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26 janvier 1984 :« Reportage au centre pénitentiaire de Casabianda »

Publié le 8 décembre 2018 à 7:05

 Les récentes évasions de la prison gruyère de Bastia ont mis en avant de l’actualité les problèmes de l’administration pénitentiaire en Corse : insuffisance et inadaptation des locaux de détention. A Casabianda, point de barreaux, de mur d’enceinte, ni même de serrures aux portes. Unique en France, elle possède peu d’équivalent à l’étranger.


Dans les 1800 hectares de terrain (dont 700 en culture), les 167 détenus vaquent à leurs occupations sans toutefois en dépasser le périmètre de 20 km. Malgré l’absence de clôture, on a noté que trois fugues au cours de l’année 1983 et une en 1982.

Exceptionnellement, l’administration pénitentiaire nous a autorisé à visiter les installations et à rencontrer des membres du personnel et des détenus qui nous ont accueilli pour une journée. Après avoir quitté la RN 198, on est surpris par l’ampleur des surfaces cultivées. Sur les différentes voies quadrillant le domaine, on rencontre pêle-mêle, des véhicules conduits par des détenus et des animaux du cheptel.

Au bout d’une piste, une barrière symbolique et un gardien interrompant sa discussion avec des détenus nous accompagne dans le bureau de M. Alain Franchi, directeur depuis le 1er janvier.

La création du centre remonte à 1862. Après que le domaine a été acquis par l’Etat (suite à une vente aux enchères), l’administration en hérite une première fois. Mais l’insalubrité était telle que le pénitencier dut fermer en 1885. Avant l’assainissement des marais par les armées alliées, il ne restait en culture qu’une cinquantaine d’hectares, le reste ayant été envahi par le maquis.

C’est en juillet 1948 que Casabianda reçut ses premiers condamnés (politiques) qui assurèrent les premiers travaux de remise en état des bâtiments et de défrichement des terres.

Depuis 1953 il reçoit les condamnés de droit commun qui purgent des peines de deux à vingt ans, généralement pour attentats aux mœurs à caractères incestueux (actuellement 79%), meurtres, assassinats, parricides (15%), le reste pour vol, coups, etc. Ces détenus sont dirigés par le centre national d’orientation de la prison de Fresnes.


Dans le centre, spécialistes et techniciens se livrent pendant plusieurs jours à une étude approfondie de chaque délinquant avant l’orientation. Sont transférés ici les condamnés auxquels leur personnalité, leurs antécédents et leur éducation permettent de bénéficier du traitement en milieu ouvert.

Les pensionnaires se lèvent à 6h30. Après l’appel de 7h00, ils se rendent à leurs différentes tâches. Après le déjeuner, retour au travail de 13h30 à 18h00. Les détenus ont ensuite la liberté de circuler sur le domaine. En période estivale, ils ont accès à la plage pour se baigner ou pêcher. Dans le foyer (qu’ils gèrent), ils peuvent lire, voir la télévision ou le cinéma, jouer aux jeux de société ou au ping-pong. Au niveau des activités scolaires, ils peuvent préparer le certificat d’études ou suivre des cours d’alphabétisation et bientôt de langues étrangères, grâce à des détenus de niveau culturel élevé.

M. Joël Marié, assistant social depuis un an, s’occupe des activités socio-culturelles.

Des détenus ont aussi inauguré récemment les premières activités du groupe ‘Expression’ afin discuter avec la direction des problèmes quotidiens.

Sur la vente de leur production, les détenus perçoivent 25%, le reste allant à l’association et à l’administration.

Les parloirs sont toujours libres et se déroulent hors la présence du personnel pénitentiaire. Un pavillon aménagé permet au détenu de recevoir sa famille une fois par semaine. Les familles peuvent également pique-niquer avec leurs proches sur les 7 km de plage du domaine.


Un deuxième pavillon appelé ‘Chambre d’amour’, situé sur une plage, permet au détenu d’avoir des relations sexuelles avec son épouse. Car quelques-unes d’entre elles se sont installées dans la région d’Ajaccio ou de Bastia. Toutes ont un emploi et bénéficient une fois par semaine du parloir. Ainsi, nombre de détenus sont devenus père pendant l’exécution de leur peine. (Antoine Feracci-Photos J.Martinetti)


23 janvier 1984 : « Galeria : Zia Agnula Felicela Albertini a franchi le cap du siècle »

Publié le 8 décembre 2018 à 6:55

 Née le 16 janvier 1884 « in un’anticha casa » du petit port de pêche de Galeria, elle vient de franchir le cap du siècle. L’évènement ne pouvait être passé sous silence dans le coin de Balagne, suffisamment rude pour résister aux assauts répétés de la mer et du vent, qui forgent les caractères les plus endurcis. Elle n’a pas de secret pour expliquer sa déjà longue existence. Pas plus qu’elle ne croit aux miracles de la thérapeutique, même si elle est très reconnaissante à son médecin, le Dr Charles Doria, de bien la soigner lorsque l’assaille le virus d’une mauvaise grippe.


Lucide, tirant de sa mémoire des souvenirs enfouis, elle évoque le temps de sa jeunesse : « Enfant, j’ai commencé à travailler, car il fallait vivre. J’étais la cadette d’une famille de quatre sœurs où nul ne chômait. La journée de labeur débutait avant le lever du soleil et s’achevait après la tombée de la nuit. Comme tant d’autres, je portais des corbeilles de charbon provenant de l’exploitation du bois, vers le port voisin. Nous chargions à bord des bateaux à voiles venus d’Espagne. »

Lorsqu’on lui demande qu’elle message elle souhaite confier aux lecteurs de Corse Matin, elle nous répond : « Aghju sempre dattu boni cunsigli a tutti. Oghje li diceraghju di travaglia onestamente s’elli mi volenu sta assente… »

Le champagne est servi. Le Dr Dany Rossi, maire de la commune, exhalte les vertus qu’incarne Zia Agnula. Un bouquet de cent roses lui a été offert par la municipalité, ainsi que la médaille commémorative frappée à l’occasion du centenaire. (JB Suzzoni)


9 janvier 1984 : « M. Marc Tennevin, professeur de mathématiques menacé par le F.L.N.C »

Publié le 8 décembre 2018 à 6:50

Les professeurs enseignant au collège et lycée Fesch se retrouveront aujourd’hui en réunion extraordinaire. Il s’agit d’assister un homme dont chacun s’accorde à dire qu’en pédagogue scrupuleux et en chrétien fervent, il était un exemple dans une profession trop souvent critiquée. Après avoir tenté, au fil de mois, de convaincre M. Marc Tennevin de ne pas quitter la Corse, ses collègues ont fini par s’incliner devant le désarroi d’un homme dont le propos quotidien comme l’attitude étaient totalement étrangers à la haine et à la suspicion engendrées par les actes délibérées des uns et facilitées par l’inconscience et la passivité égoïste des autres.

Il est probable qu’il n’y aura rien d’autre à faire demain qu’à accompagner M. Tennevin et sa famille à Campo dell’Oro. Démarche impuissante de la part de ceux qui ont choisi de réapprendre et d’enseigner ce qui peut être tenu pour une vertu : savoir avoir honte en certaines circonstances parce que ces circonstances sont aussi le fait des renoncements collectifs. (JB)

Les 130 professeurs du collège Fesch et du lycée se sont réunis hier pour évoquer le départ sous la menace d’un de leurs collègues.

Hier, ses collègues ont décidé de réfléchir ensemble et de mettre en commun leurs idées et leurs sentiments susceptibles de déboucher sur une aide matérielle et morale à la famille de ce professeur, agrégé d’histoire et de géographie, qui a connu les pires déboires psychologiques depuis deux ans.

Aujourd’hui 10 janvier, une journée d’action est organisée, elle se traduira par un établissement désert. Une délégation se rendra au rectorat pour recueillir la prise de position de l’administration de tutelle à cet égard et afin d’étudier la possibilité administrative de voir verser le salaire de chaque manifestant, au cours de cette journée d’action, à M. Tennevin.


Plusieurs fois victime d’attentats et de menaces, M. Tennevin, qui enseignait au Finosello, a souhaité changer d’établissement pour l’année 1983-1984. C’est à l’issue de ce dernier trimestre au cours duquel ce professeur paraissait avoir retrouvé la joie de vivre dans ce pays, où il disait lui-même avoir « donné le meilleur de lui-même. » Il a reçu la dernière échéance que lui « accordaient » les clandestins et a décidé de partir, notamment pour sa femme, qui est atterré.

La famille Tennevin quitte donc la Corse aujourd’hui. Il n’est pas assuré de trouver un poste dans l’académie d’Aix-en-Provence, où il se rend. Sa demande de mutation a été envoyée hors délai (cette opération se fait en général en décembre). (MM.PC)

D’autres que lui, victimes des mêmes menaces ou les devançant, avaient pris leurs précautions. En 1983, 109 enseignants du secondaire (sur 1790 occupant leur poste en Corse) ont demandé leur mutation sur le continent. Ils avaient été 70 l’année précédente. L’an dernier, 109 professeurs chargés d’enseigner à nos enfants ont demandé à partir et à nous fuir. « Nous ». (JB)


16 septembre 1974 : « Visite d'Antoine Ciosi aux bergers du plateau d'Ese »

Publié le 26 novembre 2018 à 10:40

 Chaque années, ils sont une douzaine de bergers d’Ajaccio à rejoindre les hauteurs du plateau d’Ese pour y vivre durant les trois mois de la saison estivale. La vie est parfois difficile sur ce vaste plateau que l’on peut considérer comme un des derniers paradis de la Corse, jusqu’ici intact.

Avant que ne s’achève cette transhumance, un enfant de l’île a tenu lors de son récent passage à Bastelica à leur rendre visite. Antoine Ciosi a découvert un merveilleux site qu’il ne connaissait point. Il a partagé avec eux le repas et les a remerciés en leur chantant ‘U Mulinu’ et ‘Tragulinu’. (Ch. Salvia)



11 septembre 1974 : « Balade au coeur du « Pianu » à Levie »

Publié le 26 novembre 2018 à 10:20

 Le Pianu peut s’enorgueillir de ses richesses archéologiques. Caleca, Capula et Cucuruzzù sont en passe d’être parmi les plus réputés de l’ile.

A Capula, M. de Lanfranchi et ses étudiants de l’école de fouilles de Levie ont travaillé cette année encore tout au long du mois d’août. Depuis début 1974, un menhir ainsi que des maisons du Moyen-Age ont été mis à jour. « Pour moi, il est intéressant et significatif d’avoir découvert cette statue. En l’état actuel de nos recherches, il nous manque encore la base et la partie supérieure du menhir, mais nous avons retrouvé les deux tronçons intermédiaires qui s’ajustent parfaitement » nous informe M. de Lanfranchi.

« Nous en avons trouvé un morceau dans le sol et le second dans le mur d’enceinte Est. La pierre découverte à même la terre porte gravée sur une face une épée en bas relief tandis que l’autre côté comporte une sculpture de cuirasse avec canelure. Nous avons ainsi des preuves que ce sont des gens du Moyen-Age, vraisemblablent entre le 9ème et le 12ème siècles, qui l’ont cassé et l’on placée dans le mur. »

Il faut voir selon lui une évolution des coutumes et croyances, le menhir perdant à cette époque sa signification première. Les archéologues ont retrouvé un autre menhir cassé et qui avait été réemployé pour l’aménagement d’un foyer du Bas Empire.

M. de Lanfranchi dispose d’une « carte de lecture de l’histoire du passé » selon un procédé cher aux spécialistes : l’étude de la coupe stratigraphique du terrain. Après deux ans d’ouvrage la maison a livré quelques-uns de ses secrets grâce à l’analyse de cette coupe où la terre a été « taillée » de façon à mieux pouvoir la lire.

C’est ainsi qu’à deux mètres de profondeur se situent les vestiges de l’âge du fer. On y trouve un foyer de forme rectangulaire avec un fond en terre d’argile cuite.

Au-dessus, on a localisé un foyer, de forme circulaire celui-là, datant de l’âge du fer également.

Mais ce qui passionne, c’est la balade que l’on peut désormais faire parmi les « maisons du Moyen-Age ». Sur le plateau se trouvent trois maisons dont les contours ont été délimités avec précision et qui permettent d’avoir une certaine idée de la vie de nos ancêtres. Les chercheurs ont trouvé là une assise de pierre semi-circulaire installée sous un auvent rocheux, où les habitants s’abritaient.

A un mètre du niveau zéro, on entre dans la couche dite du « bas empire » (romain, 3ème siècle de notre ère) avec des vestiges déjà découverts il y a un an. En remontant ainsi vers la surface on retrouve d’abord le Moyen-Age ancien caractérisé par des foyers d’argile cuite, puis le Moyen-Age récent avec la fameuse « Tegghia ». Les blocs sont disposés en demi-cercles autour du foyer dont le centre est occupé par une pierre plate chauffée sur laquelle ont faisait cuire les aliments…

Les fouilles ont vu les chercheurs recueillir des morceaux de céramique datant du Moyen-Age récent. Ces poteries semblent importées de Pise ou Gênes.

Le chantier n’en est qu’à ses débuts. Chaque pièce découverte est répertoriée avant d’être placée dans les armoires du Musée de Levie. Des études seront faites cet hiver pour arriver au but final : soulever un morceau du mystère planant sur le passé de la Corse de la nuit des temps à aujourd’hui. (JP Gherardi)



11 septembre 1974 : « Ajaccio : une vaste campagne de propreté lancée bientôt »

Publié le 26 novembre 2018 à 8:35

Au cours de la réunion de presse du mardi, M. Pascal Rossini a fait le point sur toutes les affaires intéressant les Ajacciens. Dans le cadre de la campagne nationale de la propreté, la municipalité va s’employer à mettre l’accent sur cette question, assez préoccupante chez nous de par le laisser-aller qui semble présider, de la part de nos concitoyens, à tout ce qui touche à l’hygiène publique.

« Nous mettrons en œuvre tous les moyens de persuasion en notre possession pour que nos concitoyens prennent conscience de l’intérêt d’une telle entreprise » indique-t-on à la mairie qui va mettre en œuvre toute une série d’actions : une campagne publicitaire intensive, avec en particulier une grande affiche signée Barberousse, qui sera apposée sur les autobus, sur tous les bâtiments publics communaux.

Deux nouveaux services seront mis en place : l’un pour le ramassage des épaves de voitures, l’autre pour la collecte de cartons et papiers. Il est en outre envisagé de créer un service de collectes d’encombrants qui encombrent bien trop souvent certaines cours d’immeubles ou bien qui sont abandonnés à la périphérie de la ville.

Le maire a précisé que des sacs en plastique permettront au service du nettoiement de débarrasser la ville de tous les jets d’ordures qui souillent certaines places et artères. Les ordures seront ensuite acheminées jusqu’à la décharge de Saint-Antoine, dans le creux du vallon pour éviter autant que faire se peut la pollution, à l’abri du vent, le pourtour du dépôt devant être protégé par une clôture suffisamment haute pour éviter l’envol des papiers gras.



8 septembre 1974 : « Le Nord 2501 s'écrase au-dessus de Petreto-Bicchisano »

Publié le 26 novembre 2018 à 8:00

 L’avion, qui appartenait à la 62ème escadre de transports basée à Reims, qui rentrait de Palerme pour Orly, avec une escale à Ajaccio, au retour d’une mission logistique technique pour le compte d’Air France, s’est écrasé vendredi vers 21h30 sur les pentes abruptes du mont San-Pietro au-dessus de Petreto-Bicchisano.

A terre, l’état-major de la gendarmerie mobilisait les brigades de la compagnie de Sartène et celle du sud d’Ajaccio, tandis que les gendarmes sillonnaient les routes de leurs circonscriptions.

C’est un renseignement en provenance de gens habitant dans la région de Petreto-Bicchisano disant avoir aperçu une boule de feu la veille au soir qui allait permettre à l’équipe de l’hélicoptère de la gendarmerie de localiser l’épave hier vers 3h12.

Des gendarmes et des militaires se rendaient sur les lieux. Il ne restait du ‘Nord 2501’ que des éléments éparpillés dans un rayon de plus de 100 mètres. L’accident s’est produit sur la face sud de la montagne au lieu-dit « Giuncha ». La cabine de pilotée s’est encastrée dans les rochers tandis que le reste de l’appareil se disloquait. Un seul corps a pu être retrouvé. Les trois autres sont toujours prisonniers de la cabine de pilotage.


La commission d’enquête a remarqué que les moteurs se sont détachés et ont été projetés sur les côtés. Un morceau de l’empennage, long d’une quinzaine de mètres, git presque intact dans les rochers. Tout le reste n’est que tôles broyées.

Selon certaines information, l’équipage cherchait le contact radio d’une balise directionnelle. Arrivant du sud, il a bifurqué à hauteur du golfe d’Ajaccio au-dessus de Capo-di-Muro…

A partir de là, c’est l’inconnu. C’est vraisemblablement à cause de la perte de contact que l’avion s’est égaré. (JP Gherardi)


26 juillet 1972 : "Visite à un village du Nebbiu qui ne veut pas mourir"

Publié le 26 novembre 2018 à 7:00

Les avis sont unanimes : la propagande touristique n’éveille que médiocrement un intérêt pour certaines régions de l’arrière-pays. Aujourd’hui encore, les cars s’arrêtent en des lieux privilégiés, le temps d’une visite. Puis, en route vers la mer ! Mais il arrive que la perspective des plages encombrées et des stations bruyantes provoque comme un regret. Le regret de quitter si hâtivement la calme beauté des paysages qu’ils traversent. Hier, on disait vacances, on pensait retour à la nature. Un vrai changement de vie. De nos jours, on quitte les immeubles pour les labyrinthes étouffants des terrains de campings, on passe des rues de Paris à celles d’un village qui compte 500 âmes permanentes en hiver et 5000 éphémères en saison. Le paysage du Nebbiu prend, dans l’alternance des vallées verdoyantes et d’éminences rocheuses, un aspect enchanteur et tourmenté. Aux confins de cette région, un ravissant petit village : Murato.

Juste avant d’arriver par la route, bordée de pierres sèches et sombres prenant des tons vieil or, on y rencontre des vaches efflanquées, des ânes et des cochons.

La rue, cette ligne de vie du village, est déserte. Le silence est absolu. La patronne d’un des bistrots de la place nous indique que les gens sont en vacances et qu’elle ne commence à servir des cafés qu’à 9h30. On entend les clochettes des troupeaux de chèvres se répondre de loin en loin. Au pied du village, la Bevinco roule en cascades et achève d’habiller le silence.

Sur le vieux banc de pierre, un groupe de jeunes gens cherchent le frais. Thème des conversations : Murato participe au concours des « Villages fleuris », organisé par le commissariat au Tourisme. On nous montre les balcons débordant de géraniums-lierre et les parterres de fleurs entretenus par les employés municipaux. Avant de rendre visite à la mairie, nous avons demandé à un vieux Muratais ce qu’il pensait de cette jeunesse : « Les gens prétendent qu’il faut du changement. Peut-être qu’une fois le changement venu, Murato ne sera plus ce qu’il était : la ‘perle du Nebbiu’. Ce sera un endroit comme les autres. »


Le maire, M. Jean Leccia, ne partage pas cette opinion. « Les vacanciers, c’est une bonne chose pour la commune. Cela ramène un peu de vie. Mais la construction d’hôtels, de relais touristiques, pourraient les effrayer. C’est pourquoi nous avons notre politique sur l’achat de petites et moyennes résidences. Mais nous nous heurtons aux problèmes des emplacements disponibles : les Muratais ne se dessaisissent pas facilement de leur patrimoine… »

Le maire a fait le tour des projet en cours : l’assainissement, l’enrobé sur la route qui part de l’église Saint-Michel pour aboutir à la sortie du village, l’illumination de l’église, la suppression des lignes aériennes autour de cet édifice, l’installation d’une maison des jeunes sur un terrain attenant à la mairie, l’ouverture la saison prochaine d’un terrain de camping…Et le maire de conclure : « Murato est un village qui ne veut pas mourir. » (JC Lanfranchi)



25 Juillet 1972 : « La Tribbiera existe encore en Balagne »

Publié le 26 novembre 2018 à 5:15

Au carrefour des routes de haute et moyenne montagne, le col de San-Cesario, à Catteri, offrait il y a quelques jours l’exclusivité d’une scène pittoresque de la vie d’autrefois : la Tribbiera. Ce seul mot évoque tout un passé récent, puisqu’il trouve encore des hommes pénétrés des us et coutumes de leurs ancêtres pour perpétuer une tradition à laquelle ils sont restés attachés.

Quelle surprise pour les innombrables vacanciers qui eurent le privilège de percer une partie du mystère qui entoure la vieille Corse. Pour « Tato » et Jean Satti, agriculteurs à Catteri, il ne s’agissait pas d’une quelconque mise en scène, sacrifiée au folklore, mais d’une véritable opération de battage sur l’aire de San-Cesario. Il leur fallut moissonner avec la faucille, préparer les magnifiques gerbes dorées, puis transporter celles-ci à l’aide du « carozzu » jusqu’à l’aire de battage.


Là, sous le soleil brûlant, les ‘tribbiadori’, le cœur en fête, donnaient de la voix au ‘bœufs’ retenus par le ‘coppia’ (joug) auquel était attaché ‘u tribbiu’, cylindre de pierre traîné sur l’aire pour aider au battage.


Filmés et photographiés par les touristes de passage, les heureux tribbiadori de Catteri, tinrent la vedette malgré eux. Les moissonneuses-batteuses ne les intéressent pas. D’ailleurs ne sont-elles pas dépassées elles-mêmes ? (Jean-Baptiste Suzzoni)


17 juillet 1972 : « Un squelette vieux de 9000 ans découvert près de Bonifacio »

Publié le 24 novembre 2018 à 10:05

 C’est une découverte archéologique de la plus haute importance que viennent de réaliser sur leur chantier de fouille de l’Araguina, a Bonifacio, le professeur Michel-Claude Weiss, professeur d’archéologie à la faculté de lettres de Nice, et M. François de Lanfranchi, professeur de lettres au C.E.S des Padules à Ajaccio, tous deux directeurs de l’Institut corse des études préhistoriques (pour les zones nord et sud de l’ile).

Ils ont effet mis au jour, le 14 juillet, un squelette qui constituerait la preuve la plus ancienne de l’existence de l’homme corse. D’après les premières estimations, ce squelette aurait été enseveli en 6600 avant Jésus-Christ, soit il y a plus de 9000 ans. Les services du professeur Rabischong et du professeur Duday, de la faculté de Montpellier vont venir l’étudier sur place afin de confirmer cette thèse.

Le squelette est remarquablement conservé. « Cela s’explique par le fait qu’à Bonifacio les sols sont calcaires » nous a expliqué le professeur Weiss.



Le squelette a la tête tournée vers la droite et les pieds joints. Il s’agit d’un sujet assez jeune ainsi qu’en témoigne la dentition. Le Pr Weiss qu’il s’agit d’une sépulture intentionnelle dans la mesure où le corps a été « posé ». Les os sont en effet entourés de gros blocs de pierre.


Le squelette devrait rejoindre Levie où se trouve actuellement le squelette découvert l’an dernier.

Edition du 22 juillet : La découverte est capitale pour la préhistoire méditerranéenne. Contrairement à ce que l’on pensait, il s’agit d’une femme. Elle a été l’objet d’une sépulture de la part des membres du groupe qui vivait à la manière troglodyte sous la voûte-abri de l’Araguina. Elle aurait une trentaine d’années.

Les deux archéologues ont également découvert des preuves de l’existence d’une civilisation pré-néolithique, autrement dit de la civilisation la plus ancienne jamais découverte dans l’ile. « Il s’agit de prédateurs ne connaissant pas encore l’agriculture, mais vivant encore de chasse et de pêche. »

On a en effet trouvé dans le camp des écailles de poissons, des aiguilles d’oursins ainsi que des ossements de « prolagus corsicanus », cousin du lapin. Ces éléments viennent corroborer les découvertes des fouilles de Curacchiaghiu, datant au 7ème millénaire avant Jésus-Christ la date de l’inhumation de la dame de Bonifacio.

Edition du 25 juillet 1972: « La Corse à la recherche de son passé »

La Corse est au rendez-vous des archéologues européens. « La découverte de la dame de Bonifacio est une découverte qui aura des répercussions internationales » nous dit le professeur Duday, venu de Montpellier pour étudier la découverte. Le rapport de cette mise à jour sera publié en octobre par le bulletin de la Société préhistorique française, rue Saint-Martin, à Paris.

L’un des premiers archéologues venus en Corse fut Prosper Mérimée qui découvrit l’alignement de la vallée du Taravo. Il faut remonter au lendemain de la guerre pour voir la naissance d’un courant qui a trouvé un premier aboutissement spectaculaire à Bonifacio. C’est celui de l’Institut corse d’études préhistoriques, dont le président pour cette année est M. Mariani. Ses techniciens utilisent les méthodes modernes de fouille et de recherche. L’institut joue d’ailleurs un rôle d’école. Il y a deux chantiers de fouille, l’un dirigé à Sagone par le Pr Weiss et l’autre à Curacchhiaghiu par M. de Lanfranchi, à Levie. Là, chaque année, des étudiants venus du continent travaillent et étudient les techniques modernes. C’est d’ailleurs à Curacchiaghiu qu’on a découvert les premiers vestiges d’une civilisation pré-néolithique.

La région de Bonifacio est très riche en abris sous roche, où vivaient il y a neuf mille ans des petits groupes se nourrissant de chasse et de pêche. Les conditions de conservation offertes par le calcaire sont telles que les analyses sont facilitées. Le ministère des Affaires culturelles l’a très bien compris et a racheté le site de l’Araguina. Le site sera fermé pour une huitième campagne en 1973. MM. Weiss et Lanfranchi sont très confiants. Ils ont l’intention d’ouvrir un nouveau chantier dans le site afin d’étudier les conditions d’existence de cette civilisation néolithique qui est la plus ancienne de Corse actuellement retrouvée.

On commence à reparler à Bonifacio du site de Piantarella, un moment étudié puis abandonné pour des raisons obscures…Là encore, il s’agit d’une expérience de grande valeur à tenter : ne parle-t-on pas d’une petite ville enfouie et qui, à l’époque, était traversée par une rivière de Figari ? (J-P Gherardi)



9 juillet 1972 : " Avant Toni Casalonga, le berger de Pigna ne savait pas que ses flûtes pouvaient devenir des objets d'art"

Publié le 24 novembre 2018 à 6:10

 Il y a une dizaine d’années, un petit village se mourrait parce qu’il lui semblait, à notre ère citadine, qu’il n’avait guère mieux à faire. L’école de Pigna s’apprêtait à fermer ses portes. Et c’était là une bien poignante perspective pour les nonnes du coin qui désespéraient de ne jamais plus entendre les cris des enfants dans la courette de leurs récréations d’antan. A moins d’un miracle…

Ce miracle est venu, en prenant la forme inattendue d’un souvenir…Le souvenir qu’avait conservé de Pigna un jeune artiste ajaccien venu là passer ses vacances d’adolescent…

Toni Casalonga, 34 ans, marié et père de famille, ancien élève des Beaux-Arts de Paris et de l’Académie de Rome, n’avait pas oublié l’image de ce village où il rêvait de revenir. Pour s’y installer et y vivre.

Lorsqu’il revint, il perçut aussitôt la menace qui pesait sur Pigna destiné à s’éteindre. Mais il ne jugea pas la situation comme perdue. « Quand on ne dramatise pas les situations, elles sont simples… » dit ce garçon dont les traits disent l’intelligence et la volonté.

Avec ses talents de peintre, sculpteur et graveur, et le renfort de deux amis, (Alexandre Ruspini, un ébéniste ajaccien, et André Truchon, un potier parisien), il entreprit de renverser le cours du destin de Pigna.

Les trois hommes furent tout d’abord accueillis avec la curiosité bienveillante que l’on réserve aux étrangers. Le reste fut un travail de longue haleine. Comment faire admettre à des gens qui étaient par essence des agriculteurs ou des bergers qu’ils pouvaient être des artistes ? Si Pigna renait aujourd’hui de ses cendres, c’est bien parce que Toni Casalonga et ses compagnons ont su ne pas aristocratiser leur métier, ne pas élever de barrières entre eux et les autres.

Ce n’était pas la moindre des tâches. Le début de leur réussite consista à démontrer à un berger local que les flûtes qu’il fabriquait pour s’amuser, pouvaient être des œuvres d’art et qu’elles pouvaient constituer une œuvre et une production sérieuse.

Partant de constat « qu’on n’apprend rien à quelqu’un, mais qu’on le met en contact avec un marché », Toni Casalonga et ses amis ont ainsi mené tout un groupe d’habitants du village vers une fabrication artisanale concertée.

Ainsi est née « la Corsicada », coopérative dont la rentabilité est certaine et qui possède désormais huit points de vente en Corse et un neuvième à Paris.

Pigna, le village des artistes, fabrique aujourd’hui des bougies décorées aux fleurs du maquis, de petites chèvres, des sous-verres, des santons. L’un des plus étonnés fut sans doute le propriétaire Pierre Salducci dont les orangers reproduisaient jusqu’à naguère des fruits si petits qu’ils étaient pratiquement invendables.

Pour lui, on a retrouvé une ancienne recette d’un vin d’orange qui revit maintenant son heure de gloire. Le succès est au rendez-vous : cette année, on ne pourra satisfaire la demande en dépit de la production de 2000 bouteilles !

Mieux encore, on récupère la pulpe des orangers pour en faire de la confiture. Rien ne se perd. Surtout pas les efforts louables. Pigna, dont le « produit local brut » a augmenté de 50%, revit maintenant des heures souriantes et le village s’est repeuplé de 40%.

Quant à Toni Casalonga, il continue de faire surgir des trésors d’une inlassable imagination. Sa dernière initiative ? Produire avec illustrations sous forme de ravissantes gravures à l’eau-forte de merveilleuses traductions en langue corse d’œuvres poétiques anglaises, française et vietnamiennes. (André Luchesi)


3 juillet 1972 : « Les clés vagabondes de Centuri »

Publié le 24 novembre 2018 à 6:05

 A l’extrême pointe de l’ile, une sorte de bout du monde : Centuri. A l’entrée du village se trouve un château des Mille et une Nuits, bâti par le comte Cipriani, dont les parents avaient fait fortune en Amérique du Sud. En bas, la « Marine » et son port miniature. Les maisons de pêcheurs sont couvertes de dalles de pierre verte, la Serpentine.

Un nouveau chapitre s’est ouvert le 6 mai 1971 pour le village. Ce jour-là, la liste emmenée par M. Victor Lorenzi recueillit plus de suffrage que celle du maire en place, le Dr Napoleoni. Centuri venait de choisir une nouvelle destinée. Trois jours de scrutin avaient été nécessaires. Les coups de théâtre abondèrent avant l’élection de M. Victor Lorenzi, qui avait décidé de donner à son frère le fief de Morsiglia pour briguer la mairie de Centuri. « A peine pour deux ou trois ans », avait-il précisé. Le temps de faire du village un petit Saint-Tropez et remettre à flot ses finances. »

Pour atteindre cet objectif, il conclut une alliance avec les membres d’une troisième liste, plus encline à combattre le Dr Napoleoni que lui-même. Mais les ralliés à l’ancien maire de Morsiglia signifiaient que le « oui » à M. Lorenzi n’est nullement un « quitus à un diktat ».

Une majorité de suffrages vint officialiser cette union en mai 71. Mais la lune de miel fut de courte durée. Dès le mois d’aout, 6 des 11 conseillers municipaux (la majorité;), emmenés par le premier adjoint, M. Pierre Carrara, désapprouvent la gestion communale de M. Lorenzi. De propos aigre-doux on en arrive à un échange de lettres recommandées. Rien ne va plus…

La « guerre des serrures » intervient. A trois ou quatre reprises, la serrure de la mairie, une vieille bâtisse délabrée, située à la sortie du hameau d’Orche, sera changée. Mieux : un beau jour, les registres des délibérations, des arrêtés municipaux, du budget communal, de la liste électorale, disparaissent. L’adjoint supplémentaire, répondra à Me Poggi, huissier de justice, venu constater la chose : « Vous le savez bien, tous ces documents ne sont pas tous à la mairie ! »

Puis M. Pierre Carrara et ses amis occupent la mairie pendant trois jours et trois nuits, afin d’obtenir le libre accès au bâtiment communal. Ils obtiennent satisfaction sur intervention du sous-préfet de Bastia.

M. Victor Lorenzi porte plainte auprès du procureur de la République contre son premier adjoint pour « occupation abusive de la mairie, entrainant le désordre dans la commune. » Il ajoute que « lors d’une précédente occupation, les gendarmes sont intervenus et que des bagarres ont eu lieu ». Et M. Lorenzi de conclure : « Actuellement, je me trouve sans la clé de la porte de la mairie. » Si bien qu’on ne savait plus qui fermait la porte à qui. Les uns et les autres étaient tour à tour suspects ou innocents. Les enquêteurs avaient par moments l’impression de se trouver face à cette image de l’infini : le serpent qui se mord la queue. Le seul à se frotter les mains étaient le serrurier du coin. A ce train-là, il allait manquer de serrure…

Et puis, au début du mois dernier, la confusion atteint son point extrême avec le départ de M.Lorenzi qui décide d’aller passer ses vacances à Villard-de-Lense (Isère). La mairie est d’abord fermée. Un écriteau en indique la raison : « Le maire est absent. » Les candidats au mariage iront officialiser ailleurs leur union, les naissances seront éventuellement enregistrées à Bastia et les vieillards à l’article de la mort, ne voulant pas compliquer les choses, se retiendront de mourir.

Une pétition réunissant 101 signatures est adressée le 15 juin dernier au sous-préfet de Bastia qui reçoit peu après M. Carrara.


Le porte-drapeau de l’opposition est un homme énergique. Il a 28 ans et un physique avantageux. Ses propos tiennent déjà du routier politique. A l’heure où nous écrivons, l’un de ses partisans est passé de l’autre côté. L’opposition n’a plus de majorité. « Je demande que tous les documents essentiels à la gestion réintègrent la mairie et que me soit remis le courrier pendant toute la durée d’absence du maire. Enfin, que des sanctions soient prises pour mettre un terme à toutes les irrégularités qui ont été portées à la connaissance des autorités. » (JC Lanfranchi)


23 aout 1969 : « Le double meurtre de Pila Canale »

Publié le 22 novembre 2018 à 10:30

 Il était 13h15 lorsque les voisins virent deux jeunes gens pénétrer dans l’immeuble où logent les Vincenti : c’étaient les frères Santoni (Jacques et José). Tous deux passent leurs vacances familiales. Les frères poursuivent des études de médecine à Toulouse. Le but de cette visite est une explication avec Alain Vincenti, 23 ans, agriculteur, en présence de ses parents, M. et Mme Emile Vincenti. L’explication ne dure pas : à 13h40, plusieurs détonations retentissent. La discussion a pris un ton suffisamment tendu pour que Mme Vincenti, effrayée, quitte les lieux, laissant les quatre hommes s’expliquer.


Emile Vincenti et son fils disparaissent au coin de la rue avec leurs fusils de chasse. Les frères Santoni ont été tués à bout portant.

Après avoir procédé à de multiples auditions, les enquêteurs ont pu établir que lundi dernier Alain Vincenti avait eu une vive altercation avec Jacques Santoni. Cela s’était passé à la sortie d’un dancing de Porto Pollo. Ce soir là, Vincenti tira trois coups de feu en direction de Jacques Santoni sans l’atteindre. Ce dernier ne déposa pas plainte à la gendarmerie. Affaire classée semble t-il. Et puis hier ce fut le drame. Croyant son fils menacé, le père Vincenti a-t-il tiré seul ? Les Vincenti demeuraient toujours introuvable hier soir.


Trois croix ont été tracées sur les murs de l’appartement des Vincenti avec le sang des deux infortunés jeunes gens en signe de vengeance. L’atmosphère était hier lourde d’angoisse à Pila Canale, ce fief austère où s’affrontaient jadis les bandits.

Edition du 26 aout  : On attend la reddition des deux assassins plus qu’on ne les recherche activement. On surveille, par contre, les 800 km de côtes aussi bien les ports que les aéroports. Ils ont été aperçus dimanche entre Sotta et Figari par plusieurs personnes donnant un signalement concordant, à savoir costume bleu marine et chemise marron pour Emile et chemise rouge et pantalon bleu pour son fils. Ils paraissaient aux dires des informateurs, harassés.



23 juillet 1978 : « Des nudistes badigeonnés au minium près de Porto-Vecchio »

Publié le 22 novembre 2018 à 2:45

 Qui a oublié les actions menées dans le Cap Corse par le commando de peintres sous la décision d’un élu ? Ou bien l’opération décidée par les édiles de Pianottoli puis d’Olmeto.

Un mini-commando a décidé d’agir du côté de Sainte-Lucie de Porto-Vecchio. Vendredi, 15h00. Est-ce la température caniculaire qui incite des vacanciers à se promener « toutes voiles dehors » sur la plage de Pinarello ? Pour des baigneurs de la région, souvent en famille, certaines parties d’anatomie pourraient aller se faire voir ailleurs.

Fers de lance de ce mouvement assez général, deux jeunes gens d’une vingtaine d’années sont donc passés à l’action à l’aide de pinceaux. Tant pis pour ceux qui n’avaient pas eu le temps de cacher l’objet du délit ! Celui-ci était badigeonné à la peinture orange au minium, réfléchissante la nuit.

Un nudiste n’a pas apprécié les motifs peints sur son anatomie la plus intime. Il est allé les présenter aux gendarmes de Solenzara qui ont pu constater leur caractère assez indélébile…

Il s’agit de M. Michel Khon, 34 ans, ingénieur employé par I.B.M, domicilié à Chennevière, qui a déposé plainte.

Cette affaire rappelle qu’il convient d’examiner le problème avec nuance. D’une manière générale, la population saine s’estime seulement agressée lorsque la provocation est évidente. Sur une plage fréquentée par des familles ou des enfants. Relâchement de mœurs ou pas ! Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut fustiger ceux qui, au nom de la liberté, opposent, aux tabous de la religion et de la morale, les leurs, souvent indécents. Il faut comprendre la fureur de certains baigneurs qui ont affirmé avoir vu récemment, sur le sable de Verghia, un couple se livrer à des ébats liés à la libération sexuelle.

De la même manière, il est difficile de suivre ceux qui mobilisent leur goût de l’action contre des naturistes enhardis par le caractère sauvage et isolé de certains coins.

La liberté des uns finit là où commence celle des autres. (JC Lanfranchi)


7 janvier 1982 : « François Bornea, le 'dernier bandit corse', n'est plus »

Publié le 17 novembre 2018 à 3:10

 L’ancien gendarme devenu bandit a disparu à Zonza à l’âge de 77 ans. François Bornea est entré dans la légende de ces seigneurs au « palais vert » qui ont peuplé la solitude du maquis et tracé leur destin entre le bien et le mal. François Bornea n’aimait pas trop les journalistes ; il expliquait que chaque fois qu’il rencontrait un journaliste parisien, un tissu d’inepties et d’inexactitudes lui causèrent un tas d’ennuis. Aussi ne s’est-il jamais ouvert à aucun d’entre eux, ni même à des cinéastes, dont René Clair, ou à des romanciers parmi lesquels son ami Auguste Le Breton.

Cet homme, au visage intelligent, au regard d’aigle, connut aussi une vie tumultueuse que peut l’être une vie de bandit. De retour du service militaire, il sollicite, en 1925, son admission dans la gendarmerie maritime de Toulon. Là-bas, au sein de la colonie corse, nombreux sont les souteneurs menant la « belle vie ». Il glisse sur la mauvaise pente et la « disgrazia » l’attendra au détour de sa vie.

Radié des cadres de la gendarmerie, il s’installe chez ses parents, ç Guitera, où il effectue, ici et là, de petits travaux. Pendant cette période, les « exploits » du bandit Joseph Bartoli, qui terrorise la région du Taravo, ne le laissent pas indifférent. Aussi, les deux hommes se rencontreront-ils un soir dans un café de Cozzano.

C’est le début d’une longue liste de forfaits qui dureront quelques mois, notamment l’attaque façon far West de la voiture d’Ange Marsili assurant la liason entre Ajaccio et Zicavo. Les deux hors-la-loi vont même jusqu’à ordonner la fermeture des cafés à partir de 22h et interdire aux gendarmes de la région de sortir en armes !

En 1934, François Bornea se constituera prisonnier à la gendarmerie de Levie après avoir tenu le maquis pendant sept ans. La cour d’assises de Bastia le condamne à cinq ans d’emprisonnement. Après avoir payé sa dette, il est mobilisé en septembre 1939 et incorporé au 173ème régiment d’infanterie. A la fin des hostilités, il s’installe à Zonza où il coulera des jours paisibles.

« Voyez la pureté de notre ciel au-dessus des montagnes, et voyez aussi, du côté de la mer, ces nuées orageuses qui montent comme des mauvais courants. Ce sont ces courants qui jadis, dans un moment de folie et d’égarement, ont fait de nous des bandits, des êtres violents, vindicatifs, méchants » avait-il expliqué un jour à un écrivain le rencontrant. (M.Muraccioli)



4 janvier 1982 : « Le mystère Thomas Trombetta,enlevé à Paris il y a deux ans »

Publié le 16 novembre 2018 à 10:20

 « Mon fils avait 25 ans. Originaire de Zigliara, il avait dû quitter son village pour travailler à Paris. Depuis quatre ans, il y vivait en famille et était employé à l’E.D.F, avenue de Wagram (8ème). Le 3 janvier 1980, à 20h, dans une rue sombre de Levallois-Perret, sous les yeux de témoins formels. Il était enlevé par quatre hommes à bord d’un Renault 12 break bleu marine, semblable à ceux employés par les services de police. Depuis ce jour, nous n’avons aucune nouvelle. Une fugue est impossible. Qui pourrait me fournir un renseignement permettant de comprendre ? »

Cette lettre a été expédié à travers l’ile en plusieurs centaines d’exemplaires. Ultime recours. Ultime espoir. Ultime démarche…

Cette mystérieuse disparition reste une énigme pour la police parisienne. Pour son frère, il ne peut être question d’une fugue. Thomas dormait sous son toit où régnait la plus parfaite entente. Il ne peut être question non plus d’une discorde ou de l’assouvissement du désir d’aventures. Et encore moins d’un suicide. A-t-il été assassiné ?


Aucun doute pour Nonce Trombetta. « Le 3 janvier 1980, il devait diner avec deux amis qui l’attendaient devant un restaurant. Ils l’ont vu arriver au volant de la R5 d’E.D.F qui lui était affectée. Au moment où il cherchait à se garer, la R12 bleue marine s’est immobilisée à sa hauteur. Trois hommes en sont descendus et le quatrième est resté au volant. Thomas a subi une fouille en règle, mains appuyées sur le capot. Puis il est monté à l’arrière, encadré par deux individus. L’autre a pris le volant de sa R5. Celle-ci a été retrouvée abandonnée sur le cours de Vincennes le 9 janvier au matin…Une semaine plus tard. »

Dans les 48 heures après sa disparition, pas un de ses nombreux amis ne s’est manifesté.

« Quelques jours auparavant, le 22 décembre 1979, « Corses Fora » avait été inscrit à la peinture de notre maison. Nous n’avons pas compris. Nous ne militions dans aucun mouvement nationaliste. Peut-être a-t-il payé pour quelqu’un d’autre… » (JC Lanfranchi)


27 décembre 1985 : « L'occhiu pour chasser le mauvais oeil »

Publié le 16 novembre 2018 à 9:00

 Nous sommes en Casinca. Les flammes dansent joyeusement dans le fucone. La lueur qu’elles projettent fait vaciller les ombres sur les murs. De loin parviennent les sons annonçant la messe de minuit. C’est Noël. Tout autour de la cheminée, une dizaine de femmes relativement jeunes vont s’initier au secret de « l’occhiu » : l’art et la manière de chasser le mauvais sort. Le mauvais œil qui vous donne subitement mal à la tête ; qui vous indispose brutalement. Et qui disparait aussitôt dès lors que l’on s’est soumis directement, ou par un objet interposé, à cette prière que l’on marmonne plus que l’on formule.

Une vieille dame dispense son savoir. Silence, puis chapelet de mots que l’on reprend individuellement puis en cœur. Une assiette est remplie d’eau. Une ‘luminella’ et de l’huile. La prière reprend son cours. Trois gouttes d’huile sont versées dans l’assiette. A l’importance qu’elles prendront, ou pas, l’officiante vous dira si vous êtes ou non, ‘annucchiatu’. Et à quel degré. Auquel cas vous ne serez débarrassé du mal pernicieux qu’au terme de trois séances d’occhiu, pratiquées par trois officiantes différentes. La pose de la main sur la tête de celui auquel a été transmis le mauvais œil et la traditionnelle prière suffisent bien des fois à éloigner le mal.

Cette pratique mêle profane et sacré dans une Corse profondément pieuse qui ne s’est pas encore défaite, et c’est heureux, de ses racines d’hier.



6 décembre 1985 : « Comment sauver les peintures pariétales de la grotte d'Olmeta di Capi Corsu ? »

Publié le 16 novembre 2018 à 5:55

 ‘A Grotta Scritta’ est un endroit que les habitants de la localité, administré par M. Masini, tentent de tenir secret. Ce témoignage du passé est le seul du genre en Corse. Des spécialistes les situent à l’époque Chalcolithique, à l’âge du bronze primitif, c’est-à-dire 2000 à 1500 ans avant J-C. A Olmeta, on a fait tout ce qu’il fallait pour éviter la détérioration, mais l’été venu il est difficile de veiller aux déplacements de tous ceux veulent voir et toucher les peintures.

M. Ange Martini a de quoi réaliser une véritable encyclopédie sur le sujet. Il nous a affirmé que les premières reproductions des peintures pariétales avaient été effectuées en 1966 par René Grosjean dans son ouvrage « La Corse avant l’histoire ». « Mais la grotte était connue depuis longtemps par la population d’Olmeta. La légende rapporte même que les olmetais considéraient l’endroit comme un lieu de culte. De plus, on sait que les alentours du site, qui se trouve sur une propriété privée appartenant à la famille Defendini-Peretti, étaient cultivés. »

Après René Grosjean, c’est un peintre italien qui en 1967, a réalisé une copie de toutes les inscriptions de la grotte, remise à M.Martini, dont les archives s’enrichiront en 1970 d’une étude du professeur allemand Gottfried Kreuzer, confirmant l’incontestable intérêt des peintures pariétales.


Plus tard, ce sera au tour des archéologues corses de se pencher sur le site. Tous constateront la détérioration lente des peintures et avanceront l’idée d’une protection. En vain. « Dans quelques années, les peintures ne seront plus visibles. Déjà certaines reproduites par Franca Ghitti, en 1967, ont disparu. »

Aujourd’hui à Olmeta, plus question de se rendre en promenade à la grotte où un touriste allemand est revenu récemment avec un morceau de la grotte riche de précieux enseignements !

La solution réside dans un accord entre les propriétaires de la parcelle et la mairie. Il s’agit, selon M. Jean-Claude Ottaviani, conservateur du musée d’Aleria, de rétrocéder trois mètres carrés de terrain. Dès lors, il n’y aurait plus contradiction entre l’aspect juridique et l’action de l’Etat, dont l’effet pourrait jouer à plein. Ce jeu de la transaction n’en vaut-il pas la chandelle ? (C.M)



7 novembre 1985 : « Isabelle Ciaravola, une jeune étoile ajaccienne parmi les constellations de la capitale »

Publié le 15 novembre 2018 à 11:00

 Une très bonne nouvelle pour la musique et la danse insulaire. Une jeune Ajaccienne, âgée de treize ans, est lauréate du Conservatoire national supérieur de la musique et de la danse de Paris. Mlle Ciaravola a réussi le concours d’entrée et qui réunissait cent soixante-dix candidates venues de tous les coins de France. Quatorze danseuses ont été retenues.

Ce succès ravit ses professeurs d’Ajaccio, Mmes Rouvière et Gozzi-Portal, mais aussi celui de Paris, M. Daniel Franck, professeur au Théâtre national de l’Opéra et de l’académie Chaptal. C’est dans la classe de Mlle Christiane Vaussard qu’elle poursuivra ses études de danse.

Un nouveau succès pour la famille Ciaravola-Minighetti qui s’était déjà distinguée cette année à travers la sœur aînée Emmanuelle, 16 ans, qui s’est vue décerner la médaille d’or du conservatoire d’Ajaccio pour son talent en tant que pianiste. (AC)


28 aout 1981 : « Mme Lucie Romanetti, première femme gardienne de la paix en Corse »

Publié le 15 novembre 2018 à 6:30

 Depuis janvier 1972, elle est agent de police. Cette gardienne de la paix, originaire d’Ocana et de Calcataggio, est la première femme à exercer ce métier en Corse. Elle a été affectée à la police de l’aéroport de Campo dell’Oro.

Pour rentrer dans la police, elle a suivi un stage de cinq mois à Reims. Au cours de celui-ci, elle a reçu l’instruction nécessaire sur tout ce qui concerne le travail d’un gardien de la paix. Apte à se défendre (elle a pris des cours de self-defense), elle a également suivi des cours de secourisme afin de prodiguer les premiers soins à un blessé. De plus, elle a suivi des exercices de tir avec démontage et remontage des armes qu’elle manipule.

Le sport n’était pas exclu de la formation puisque Mme Romanetti prenait part deux fois par semaine à un footing de huit kilomètres et à des courses de vitesse sur 60 et 600 mètres. (André Carcopino)



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