Hier en Corse


Corse Matin : 40 ans d'archives

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23 aout 1969 : « Le double meurtre de Pila Canale »

Publié le 22 novembre 2018 à 10:30

 Il était 13h15 lorsque les voisins virent deux jeunes gens pénétrer dans l’immeuble où logent les Vincenti : c’étaient les frères Santoni (Jacques et José). Tous deux passent leurs vacances familiales. Les frères poursuivent des études de médecine à Toulouse. Le but de cette visite est une explication avec Alain Vincenti, 23 ans, agriculteur, en présence de ses parents, M. et Mme Emile Vincenti. L’explication ne dure pas : à 13h40, plusieurs détonations retentissent. La discussion a pris un ton suffisamment tendu pour que Mme Vincenti, effrayée, quitte les lieux, laissant les quatre hommes s’expliquer.


Emile Vincenti et son fils disparaissent au coin de la rue avec leurs fusils de chasse. Les frères Santoni ont été tués à bout portant.

Après avoir procédé à de multiples auditions, les enquêteurs ont pu établir que lundi dernier Alain Vincenti avait eu une vive altercation avec Jacques Santoni. Cela s’était passé à la sortie d’un dancing de Porto Pollo. Ce soir là, Vincenti tira trois coups de feu en direction de Jacques Santoni sans l’atteindre. Ce dernier ne déposa pas plainte à la gendarmerie. Affaire classée semble t-il. Et puis hier ce fut le drame. Croyant son fils menacé, le père Vincenti a-t-il tiré seul ? Les Vincenti demeuraient toujours introuvable hier soir.


Trois croix ont été tracées sur les murs de l’appartement des Vincenti avec le sang des deux infortunés jeunes gens en signe de vengeance. L’atmosphère était hier lourde d’angoisse à Pila Canale, ce fief austère où s’affrontaient jadis les bandits.

Edition du 26 aout  : On attend la reddition des deux assassins plus qu’on ne les recherche activement. On surveille, par contre, les 800 km de côtes aussi bien les ports que les aéroports. Ils ont été aperçus dimanche entre Sotta et Figari par plusieurs personnes donnant un signalement concordant, à savoir costume bleu marine et chemise marron pour Emile et chemise rouge et pantalon bleu pour son fils. Ils paraissaient aux dires des informateurs, harassés.



15 avril 1964 : « Le procès de la banque de Corse »

Publié le 2 octobre 2018 à 11:00

 5 ans après la fermeture des guichets de la Banque de Corse, s’est ouvert devant le tribunal de Bastia, le procès des banquiers François-Marie et Pierre-Paul Luigi, de leur fondé de pouvoir, Louis Mariani, d’un de leurs clients, Vincent Agostini, ex-marchand de ferraille, de leur comptable, Emile Espagnac, et de leur ex-employé François Luigi qui fut leur associé dans l’exploitation d’un garage. Ils sont tous mêlés, à des degrés différents, au krach de la banque, en 1959.

Les trois premiers sont inculpés d’abus de confiance, de banqueroute, de faux en écriture de commerce et on leur reproche d’avoir trompé la commission de contrôle des banques.

L’expert qui apposait sa signature au bas des bilans truqués est accusé de faux en écriture ; le cinquième accusé, dont le commerce avec l’étranger autorisa bien des suppositions, de complicité de banqueroute. Le sixième de complicité d’abus de confiance.

Si les délits paraissent précisés, le domaine dans lequel ils furent commis réclame le recours à un éclaircissement. Il n’est pas facile de dénouer l’écheveau du droit bancaire. Un livre de comptabilité offre plus de difficultés au profane qu’une tablette recouverte d’hiéroglyphes.

Cinq ans, cela suffit pour rembourser les créanciers à 50% comme l’a rappelé François-Marie Luigi, mais ce n’est assez pour effacer entièrement le souvenir de la stupeur provoquée par l’arrestation d’un homme en vue qui ne cachait pas ses ambitions et qui semblait en mesure de les justifier.

Prestige du nom, intelligence, fortune, on peut dire que le sort avait fait la part-belle à F-M Luigi. Aux yeux de l’opinion, dès le début, la personnalité d’un inculpé éclipsa celle des autres, de sorte qu’à aucun moment la faillite de la banque n’a été dissocié de la chute de l’ancien président de la chambre de commerce de Bastia, devant lequel se dresse, en accusateur passionné, parfois fébrile, Louis Mariani. Les deux hommes se sont opposés tout au long de l’instruction avec une violence qui alla aussi loin que leur amitié passée, se rejetant mutuellement la responsabilité du krach.

On distingue deux épisodes dans cette histoire balzacienne et c’est d’abord Mariani qui est poussé sur le devant de la scène.

Au printemps 1959, un inspecteur de la Banque de France, M. Merceron, constate que les bilans fournis par la banque Luigi depuis plusieurs années sont truqués et que la trésorerie est inquiétante. Les banquiers se défendent et obtiennent de la commission de contrôle la nomination d’un administrateur provisoire, M. Chambraud, expert comptable à Nice, qui découvre que de nombreux titres appartenant à des clients ont été vendus à l’insu de leurs propriétaires. Il estime que le montant de ces ventes s’élève à 50 Millions de Francs. Interrogé, Louis Mariani lui déclare que ses patrons ont été tenus dans l’ignorance de telles malversations, qu’il en a pris l’initiative personnelle. On l’inculpe d’abus de confiance et il est arrêté. Il se rétractera quatre jours plus tard, affirmant que ses patrons étaient au courant et l’envie l’a quitté de jouer les boucs-émissaires.

On découvre ensuite que des découverts importants ont été consentis à des débiteurs qui n’auraient pu soutirer un centime dans une autre banque. Le plus élevé a été accordé à Vincent Agostini : il frôle les 300 millions. On s’aperçoit que les frères Luigi se sont appropriés la part du lion, prélevant chacun d’eux 20 millions de francs, au titre de la répartition des bénéfices. Un chiffre énorme au regard des ressources et de l’activité de l’établissement, lequel, pour échapper aux obligations qu’impose aux banques privées l’organisme de tutelle qui maquille son volume d’activité (coefficient de liquidités déclarés comme étant de 96% au lieu de 14%, plafond de bons du Trésor inférieur au plafond réglementaire, etc..)

M. Merceron a bien du mal à retrouver son fil dans cet embrouillamini, car la difficulté n’est qu’un tissu d’irrégularités. Les pistes sont brouillées.

Deuxième acte : ces constatations entrainent l’arrestation du président de la Chambre de commerce et de son frère. Agostini, bientôt, partagera leur sort. Ils resteront en prison jusqu’en février 1961. Il est reproché aux deux banquiers et à Mariani d’avoir détourné 830 millions provenant de dépots à vue. 359 millions étant jugés irrécupérables par les experts et le syndic de faillite.

Le comptable et François-Lucien Luiggi font figure de comparses et se disent victimes de la confiance que leur inspirait le « patron »

Le rôle de Vincent Agostini reste ambigu. Il conteste le montant des sommes qui lui auraient été avancées. Mais il a été établi qu’il fut crédité de 40 millions, sous couvert d’une vente d’immeuble qui n’a jamais eu lieu.

L’interrogatoire de F-M Luigi et de Mariani a occupé toute la matinée. « Je n’ai jamais été que l’éxécutant. La vente des titres a été organisée et dirigée par F-M Luigi. Avec son frère, il a dilapidé 183 millions en 8 ans, au titre des bénéfices. Leur politique consistait à appâter les clients en servant de gros intérêts, afin d’attirer de l’argent dans les caisses. »

Selon lui, la faillite provient en grande partie des spéculations faites sur la ferraille, par l’intermédiaire d’Agostini et à ce sujet, il affirme que « 100 millions se promènent toujours en Italie. » Il accuse ensuite ses anciens patrons d’avoir profité de son incarcération pour détruire des pièces révélatrices de leur culpabilité et qui eussent été de nature à l’aider dans sa défense. Il les accuse aussi d’avoir accepté de l’argent des clients quelques heures avant « la catastrophe » (que l’on aurait pu éviter si l’on avait accepté les offres d’une banque d’Afrique du Nord).

Il affirme que le jour de l’arrivée de M. Merceron, F-M Luigi lui téléphona du continent : « Fais tout disparaitre, j’arrive. » Il évoque l’ordre de se taire : « Attention Mariani, silence, je suis puissant, tu sais. » En échange de son sacrifice, on lui aurait promis de s’occuper de sa famille et de sauver la banque (qu’il évoque avec beaucoup de nostalgie dans la voix) et les créanciers. « Il m’en a fait le serment devant le Christ. »

Profondément abattu, victime d’une dépression nerveuse, hors d’état de résister aux menaces et aux promesses alternées, il a cédé. Sa dernière phrase, à la barre, lâchée comme la flèche du Parthe : « Ils ont encore de l’argent. »

A la volubilité de Mariani s’oppose la maitrise de son ancien patron, très grand seigneur dans l’allure et le langage et qui s’exprime posément. Il renvoie la balle sans tarder. « Je n’ai jamais signé aucune vente de titres. En vérité je ne connaissais pas la situation exacte de la banque. Je me reposais sur Mariani qui était dans la maison depuis trente ans et qui avait mon entière confiance, comme il avait eu celle de mon grand-père. Depuis 1945, mes fonctions publiques occupaient le plus clair de mon temps. Je ne passais qu’une demi-heure chaque jour dans mon bureau. » Il admet être une espèce de banquier honoris causa.

« A mon sens, le compte Agostini est la cause profonde de la catastrophe. Un pourcentage important va être versé bientôt aux créanciers. Ce qui manque pour qu’ils soient remboursés intégralement, c’est Mariani qui l’a pris, sous le couvert du compte que vous savez. Il a 100 millions dans la poche. »

« Ce qui m’arrive est monstrueux. Mais je voudrais vous rappeler que des établissements tels que la Société Générale ne sont pas à l’abri de surprises de ce genre. Naguère dans ce département, un employé d’une des succursales des établissements n’a-t-il pas commis en plusieurs années des détournements de l’ordre de 60 millions ? »

Pierre-Paul Luigi, son frère, habitait Paris toute l’année et ne s’occupait pas directement de la marche de la banque, ce que personne ne conteste, souligne Mme Cristiani-Guilbaud. Son audition n’apporte rien au débat.

A la reprise, on entend Vincent Agostini qui prétend qu’il ignorait le découvert de 320 millions qu’on lui impute à crime. Ses affaires étaient prospères et les sommes importantes à la tête desquelles il se trouvait souvent ne devait que passer par le canal de la Banque de la Corse sous forme d’accréditifs.

Peu à l’aise dans le domaine de la comptabilité, le marchand de ferraille qui traite des marchés d’un demi-milliard, s’en remettait à des secrétaires, en qui il avait confiance.

Espagnac, le comptable, se reconnait coupable de négligence et François-Lucien Luigi assure qu’il ne fut qu’un prête-nom qu’il s’est livré aux deux opérations qu’on lui reproche sans en tirer bénéfice et parce qu’il en ignore la nature exacte.

Suivent quelques plaignants, notamment M. Merceron, l’inspecteur de la Banque de France, qui découvrit le pot aux roses et rapporte qu’il a vu Mariani sangloter en se trainant aux pieds de Luigi.

Mes Bronzini de Carrafa, Michel Carlini, Canazzi, Rinieri, Cristiani, Pieraggi, Jean-Louis de Montera et Agostini-Terramorsi plaideront le 30 avril prochain. (Mario Rinaldi)

 

20 septembre 1966 : « La culture de l'amandier en Balagne »

Publié le 1 octobre 2018 à 11:35

 

La culture de l’amandier était autrefois très rémunératrice en Balagne. Elle est en partie abandonnée et pourtant elle pourrait redevenir l’une des principales ressources de notre région, à la condition d’appliquer à cet arbre un minimum de soins. L’amandier est très sensible aux gelées qui annulent parfois les récoltes. On sait que c’est l’arbre qui fleurit le premier, généralement à la fin janvier ou au début février. En Balagne, les plantations sont anciennes et elles manquent d’homogénéité. Certaines sont réduites à quelques arbres isolés ou se trouvent associées à d’autres cultures gênant l’emploi des machines et rendant taille et cueillette difficiles. Dans ces conditions, la culture ne devient plus tellement rentable ; les arbres sont souvent à l’abandon, éparpillés, vieux, et souvent on n’en récolte même pas les fruits.

L’implantation d’écoles d’agriculture en Corse, telle celle de Montesoro, à Bastia, laisse prévoir que beaucoup de nos jeunes se dirigeant vers l’agriculture pourront y acquérir les principes fondamentaux.


Parmi les variétés cultivées en Corse, on trouve « la princesse » que nous nommons « a sciacatella ». Cette variété est la plus répandue dans la région. On les déguste en hiver, en même temps que les bonnes figues, séchées par nos vieilles grands-mères.

En Balagne, la production est irrégulière et le fruit est souvent attaqué par les corneilles. Pour recueillir des fruits secs, on effectue la récolte vers le mois de septembre. Les hommes montent sur les arbres et procèdent au « gaulage », au plus grand dam du branchage et du feuillage qui tombent en même temps que les fruits. Après avoir procédé au gaulage, le travail du ramassage incombe plus particulièrement aux femmes qui partent le matin, de bonne heure, pour ramasser les fruits tombés. La femme, la plus compétente, la plus ancienne en général, appelée « commandatora », dirige les opérations sous l’œil du grand patron qui tient également à être présent. Les « chimate » se déroulent chez un propriétaire où se groupent plusieurs ouvrières. La « chimate » constitue une véritable expédition d’hommes et de femmes.

Les amandes vertes , écoulées en aout vers Calvi ou l’Ile-Rousse, sont livrés à la consommation dans les hôtels ou restaurants, où elles demeurent fort appréciées par les touristes et estivants.


Concernant la décortication, nous citerons la réalisation de M. Jean-Baptiste Antonini, d’Aregno, qui établit un calibreur fait pour quatre grosseurs d’amandes. Sortie du calibreur, chaque variété se dirige vers sa machine mise au point de façon que l’amande soit bien cassée. Puis tous les fruits passent dans la trieuse. Cette machine est encore utilisée dans la région. En Balagne, les amandes sont beaucoup utilisées pour la fabrication du « croqua ». Nous espérons que la Corse se remettra à cultiver l’amandier qui pourrait ainsi occuper la place lui revenant dans notre région. (Jean-Baptiste Suzzoni)


20 septembre 1966 : «Première liaison Ajaccio-Bastia en trois heures »

Publié le 1 octobre 2018 à 10:50

 

« Le train d’affaires » comme il a été baptisé, fait Ajaccio-Bastia en trois heures. Hier, pour la première fois, le train rapide est arrivé à Ajaccio avec une précision stupéfiante. Il était à Ajaccio-Gare exactement à 9h56 et à Ajaccio-Centre à 10h, ce qui a fortement réjoui les 28 passagers qui en quelque sorte inauguraient cette première liaison rapide. En effet, parti à 7h de Bastia, l’autorail était sa première étape, Casamozza, à 7h21 précises, à Ponte-Leccia à 7h48, à Corte à 8h20 et à Ajaccio à l’heure prévue. Le rapide a mis 1h34 pour effectuer Corte-Ajaccio. C’est quand même appréciable.

Nous avons interrogé quelques-uns de ces voyageurs. M. Poli s’est exclamé : « Enfin, la Compagnie des chemins de fer est à féliciter. » M. Pietri : « Pour 18 F, Ajaccio-Bastia en 3 heures, c’est formidable. Il était bien temps ! »


Ces quelques impressions reflètent l’opinion de tous. Le rapide était une nécessité. Le personnel des C.F.C est ravi. M. Canasi, des guichets à Ajaccio, nous a dit : « Nul doute que ce petit train n’obtienne un grand succès. Aujourd’hui, il a fait le plein, comme on dit. »


Le chauffeur, André, est lui aussi très satisfait : « C’est une petite voiture qui s’adapte merveilleusement à la voie. Il n’y a aucun danger, lorsqu’elle est en pleine vitesse, elle peut faire des pointes à 70 km/heure. Je crois que les voyageurs sont satisfaits. » (Lily Figari)


7 Septembre 1966 : « Les jeunes ajacciens nous parlent de leurs 'problèmes' »

Publié le 1 octobre 2018 à 9:10

« La fumée dans les yeux, un éléphant me regarde… » Dans un brouhaha indescriptible de musique rythmée, de Johnny à Antoine, dans un crépitement incessant de flippers et de babyfoot, de nombreux jeunes font vibrer les flippers, la cigarette aux lèvres.

Nous les avons surpris, entre copains, dans une de ces ‘boites’ où ils se réunissent presque à heure fixe. Jean-Louis, Alain, Etienne, René, Antoine viennent ici pour affronter la machine et écouter hurler leur chanteur préféré. Ils discutent de tout et de rien. Ils ne demandent rien, seulement d’être entre jeunes et de pouvoir se comprendre.


Certains nous parlent : « Nous, m’a dit René, nous avons un défaut que les vieux ne nous pardonnent pas : nous sommes jeunes, voilà. N’avons-nous pas le droit d’espérer une place de choix ? Pourquoi je viens ici ? Parce que cela me détend, que je ne pense pas à la maison où ca ne tourne pas toujours très rond. Je suis maçon, j’ai quitté l’école très tôt parce qu’il le fallait. Ce qui me dégoute, c’est de m’apercevoir que nous vivons dans un monde qui se dit de progrès et où les masures côtoient les maisons de luxe. Ca ne vous fait rien de savoir que certains types dépensent en un jour le salaire annuel d’un ouvrier ? Moi ça me dégoute. »

Je me suis habituée peu à peu à ce bruit infernal des flippers en marche et des disques criards. J’ai voulu aussi connaître leur opinion sur Antoine, le chanteur qui se dit libre. « Antoine, il possède un humour acide et s’enflamme pour une liberté déjà déterminée. Il veut se rebeller contre les principes et toutes les conventions. J’aime sa foi, il est sympathique parce qu’il est sincère. Il m’épate. »

Etienne n’est pas du tout d’accord. « Antoine, c’est une grosse fumisterie. Son seul mérite, c’est d’avoir trouvé un bon moyen de se faire de l’argent. Antoine est né…de l’ennui. »



Clic-clac, les boules sautent dans les flippers, les chiffres montent, les lumières s’allument et s’éteignent. Ils sont retournés à leur plaisir, tranquillement. L’ennui, c’est, en fait, leur pain quotidien. Ils n’ont que leur jeunesse, ils en sont de plus en plus conscients, et puisque demain n’est pas certain et que leur éducation est leur seule défense, pourquoi ne profiteraient-ils pas de la vie jusqu’à la lie ? (Lily Figari)


5 Septembre 1966 : " Une précieuse relique pour le musée napoléonien"

Publié le 1 octobre 2018 à 7:35

 Le musée va s’enrichir d’une précieuse relique, offerte par M. Jean-Claude Octave-Aubry, descendant d’Octave Aubry, de l’Académie française, historien et collectionneur napoléonine qui envisage le depot, en février prochain, du masque mortuaire de Napoléon Ier. C’est une très belle épreuve du masque bien connu, portant à la base du cou une étiquette revêtue de la signature du Dr Antomarchi. Sa hauteur est de 325 mm . Elle est renfermée dans un coffret en bois d’ébène, garni d’ornements en bronze ciselé, modèle réduit du cercueil contenant les restes de l’Empereur. L’intérieur du coffret est doublé de velours violet, et une niche épousant les contours extérieurs du masque y est aménagé pour son logement. Un coussin de velours noir bordé de galons d’argent, avec glands aux quatre coins, est joint. Il est destiné à couvrir la face du masque.


A l’appui de l’authenticité et de la provenance de cette relique, le propriétaire possède les pièces attestées par MM. D. Janvier et J. Arna, experts parisiens.

Ce masque dépendait de la succession du Dr Antommarchi, décédé à Santiago de Cuba en 1834. Il fut racheté par les fondeurs Susse frères à la dispersion de ladite succession, puis revendu au prince Demidoff, mari de la princesse Mathilde, arrière-petite-nièce de l’Empereur. Au décès du prince Demidoff, il fut racheté par le collectionneur Rose-Berry, puis par l’historien Octave Aubry.

M. Rossini a remercié par lettre M. Aubry de son offre généreuse et se rendra à Chevreuse pour recevoir la précieuse relique des mains du donateur.


29 Octobre 1967 : « Les bergers en procession à Catteri afin que vienne la pluie »

Publié le 1 octobre 2018 à 7:15

 Après Sant’Antonino, Avapessa, c’est à Catteri que l’on devait avoir recours à une très ancienne tradition remontant au siècle dernier.

Les éleveurs de Balagne se sont tournés vers le ciel pour obtenir une grâce…Ainsi ils ont imploré hier soir le saint crucifix des Miracles que la ferveur populaire honore en Balagen. Le crucifix fut porté en procession pour que la pluie tombe enfin sur une région brulée par le soleil. Dès 18 heures, alors que la nuit tombait sur le village, une animation inaccoutumée régnait sur la place de l’église tandis que le carillon des cloches se répercutait en échos. La petite chapelle qui abrite l’énorme statue du saint Crucifix avait ouvert toutes grandes ses portes et les petites lumières des cierges, allumés par de pieuses mains, scintillaient comme des dizaines et des dizaines d’étoiles.

Bientôt la procession se formait à la sortie de l’église et se dirigeait vers la chapelle où une foule nombreuse attendait.

Tous les bergers du village, à l’air grave et pensif pénétraient à l’intérieur de la chapelle et à bras prenaient le lourd Crucifix des Miracles. Seuls les octogénaires se rappellent l’avoir vu porter en procession en pareille circonstance une seule fois avant 1900. Le doyen du village sonnait la « ciccone » et la statue du Christ était portée de la chapelle à l’église. Le ciel s’était couvert de lourds nuages sombres, alors que l’on ne cessait de jeter vers lui des regards implorants, espérant enfin le miracle…

Dans l’église, on remarquait la présence du maire M. Salvadori, de M. Chauchard, premier adjoint. Le R.P Gabriel Callet, supérieur du couvent de Marcasso prononçait un sermon d’une haute élévation de pensée, au cours duquel il retraçait les devoir du chrétien envers dieu. La grande procession s’est ensuite organisée à travers les ruelles du village. Après un long parcours, la statue réintégrait la chapelle. (J-B Suzzoni)

 

18 avril 1964 : « Levie : spuntinu , aria pura e scola »

Publié le 29 septembre 2018 à 11:50

 Tous les mercredis, les élèves du C.E.G de Levie sont libres. Aussi, sous la direction de leurs professeurs, ils se livrent à des travaux archéologiques. Lors du démaquisage de mercredi, ils ont mis à jour un magnifique monument du moyen-âge, à Capula, avec enceinte et monument central.

« Un splendide ébahissement ! Nos parents nous ont vu préparer les serpettes, les limes, les haches, tout était paré. Les tranches de jambon, la tarte de Jean, les galettes de Charles, rien n’était laissé au hasard : l’expédition au Pianu était fin prête. »

Les élèves allaient vivre ce 17 mars 1964 un aventure captivante. A 8h30, les voitures mises à la disposition de cette grande équipe s’ébranlait. Les musettes étaient rangées dans les coffres et les armes disposées sous les banquettes. Enfin, Capula s’élevait devant nous, une simple colline recouverte de chênes laissant entrevoir, entre les branches, des murs. La première équipe a pris position au pied du mur d’enceinte. Jean-André et Jean furent chargés de démaquiser l’enceinte. Plus loin, Charles, Jacky et des élèves de 4ème devaient s’occuper de faire disparaitre le maquis recouvrant la plate-forme. Enfin, les 5èmes et 6èmes s’attaquaient au massif central formé par un enchevêtrement de ronces. Quel magnifique travail ! Alors que les ronces entaillaient les chairs, que la poignée des serpes faisaient naitre des ampoules, seule importait la découverte. Les structures constituées par des murs de fondations apparaissaient petit à petit. Un magnifique mur d’enceinte voyait le jour pour la première fois depuis de très nombreuses années.

Plus loin, une structure rectangulaire de plus de dix mètres de long sur sept mètres de large jaillissait sous les coups redoublés des serpes. « Pareils à des magiciens, nous avons vécu l’expérience enivrante des chercheurs ! Enfin, à midi, l’estomac creusé par toutes ces émotions, l’esprit rasséréné, l’âme fière, nous étions fins prêts pour le sacrifice suprême. Sur ces ruines de civilisations disparues, le prizutu a émergé, lui aussi, des musettes. Quel admirable moment : béatement allongés, nous avons connu un long moment d’euphorie. »

Voici la composition de l’équipe archéologique de l’école : Giorgi François, De Peretti Jeannot, Giuseppi, Bizet, Crovetti, Marcellesi, de Lanfranchi, Léonetti, Guerra Jean-Baptiste, Angeli Jean-Baptiste, De Peretti Charles, Taiclet, Canarelli, Fornesi, Galucci, Ferracci, Mela. (F. Grimaldi)



12 Avril 1964 : « Les cent ans de Mlle Marthe Battesti »

Publié le 29 septembre 2018 à 7:30


Vero est fier de Mme Marthe Battesti. L’air pur que l’on respire à Vero, à plus de 300 m d’altitude, doit être pour quelque chose dans le secret de ses cent ans. Elle passe ses journées allongée dans une petite chambre rustique, au premier étage d’une minuscule et très vieille maison du village, à deux pas d’un calvaire. Sur l’édredon voisinent un livre de messe, un ouvrage réservé aux élèves des classes primaires et le roman « Le sable vif » de Pierre Moinot, prix des libraires 1964.

Née Orsoni, elle nait à Vero le 11 avril 1864. Elle se souvient mal du long chemin parcouru depuis. Elle a vécu en Algérie aux côtés de son époux (mort il y a quelques années) qui faisait partie de l’administration pénitentiaire.

Elle a obtenu son brevet élémentaire, diplôme rarissime dans ces petits villages corses dont la population dépasse rarement les 200 âmes. Elle avait ensuite occupé quelques postes de suppléantes dans l’enseignement. Il lui en est resté la soif de s’instruire davantage et de lire, de lire toujours alors que petit à petit, sa mémoire et son ouïe se ressentaient des atteintes du temps. La centenaire vit aujourd’hui en compagnie de sa nièce dont le dévouement est à souligner, elle-même mère de dix enfants.



24 mars 1961 : « A Luri, des rondes et des cris d'enfants ont chassé le fantôme de Sénèque »

Publié le 28 septembre 2018 à 11:20

 Par une journée ensoleillée, quelle merveilleuse impression nous a fait la belle vallée de Luri. Nous apercevons l’ancien sanatorium de Luri, qui se trouve à 500 mètres d’altitude. Après avoir franchi la crête du col de Sainte Lucie par une tranchée étroite creusée dans le roc, les sinuosités pittoresques d’un chemin nous font pénétrer dans une magnifique forêt de chênes-verts, laquelle nous conduit sur le plus beau des promontoires au pied de la tour de Sénèque, là où s’érigeait l’ancien couvent de Saint-Nicolas qui fut lui-même reconstruit sur l’emplacement de l’ancien château « dei Motti ». Nous nous rendons vers l’établissement.


Les ruines du couvent Saint-Nicolas devaient abriter dès 1925 l’œuvre que l’abbé Joissant, fondateur-directeur du préventorium de Luri et devait lui donner l’essor que l’on sait. Ce fut grâce au courage et à l’abnégation que cet infatigable apôtre de la Charité parvenait à faire ressurgir les murs de l’ancien monastère. C’est ainsi que la monotonie des lieux devait être rompue par la vie animée de plusieurs enfants qui purent profiter de l’action bénéfique de celui qui n’avait pas craint d’inclure au premier rang de ses préoccupations les problèmes de l’enfance. M. et Mme Gregori lui apportèrent la plus dévouée des collaborations et qui ont été, après son décès en 1939, ses continuateurs.

Depuis 1950, l’établissement est devenu « maison d’enfant à caractère sanitaire », agréée par la direction départementale de la Sécurité sociale et de l’Aide médicale.


Un effort considérable était d’une nécessité impérieuse si l’on voulait donner aux enfants le confort et la sécurité qu’ils sont en droit d’attendre. Le centre permet à un grand nombre d’enfants de s’épanouir dans une ambiance familiale. Les maisons d’enfants à caractère sanitaire reçoivent, pour une durée limitée, des sujets de 4 à 16 ans révolus, appartenant à l’une des catégories suivants : sujets chétifs susceptibles de bénéficier d’un séjour dans de bonnes conditions d’hygiène, d’alimentation et de climat ; sujet dont l’état général a été affecté par une maladie ou une intervention chirurgicale et ne paraissant pas nécessiter une convalescence prolongée, sujet vivant dans de mauvaises conditions d’hygiène et d’alimentation et présentant un fléchissement léger de l’état général qui n’est pas en rapport avec une infection contagieuse quelconque : sujets atteints de certaines affections ne justifiant pas un traitement dans un établissement hospitalier ou une surveillance particulière.

Les enfants sont appelés à faire des séjours d’une période renouvelable tous les trois mois, selon l’avis du médecin attaché au Centre.

Ce sont bien entendus les médecins qui préconisent le placement des enfants. Dès leur admission, les enfants font un séjour au lazaret, au cours duquel ils sont mis en observation pendant deux semaines afin de pouvoir déterminer s’ils sont atteints d’une infection contagieuse, avant de les mettre en contact avec les autres enfants.

L’établissement comporte une salle de radioscopie et une infirmerie. Un médecin est attaché au centre, qui suit l’évolution de chaque enfant. La maison peut accueillir jusqu’à 80 enfants, elle en compte actuellement 64, venus de tous les coins du département. Les parents sont autorisés à voir leurs enfants.

Les installations sont des plus modernes : un immense réfectoire, des dortoirs accueillants et très bien aérés, des classes spacieuses, des installations de douches très confortables et aussi un équipement sanitaire et social de tout premier ordre.

La maison met également à la disposition des enfants toute une gamme de loisirs tels que salles de jeux et d’activités éducatives, cinéma, salle de télévision, piste de basket, piscine.


La maison de la Tour de Sénèque s’assortit d’une éducation scolaire complète. Les enfants dirigés vers Luri sont d’un âge variant entre 4 et 16 ans, ce qui implique la présence de tout un personnel dont la valeur est incontestable. Cinq classes préparent les élèves au certificat d’études primaires et à l’examen d’entrée en sixième, auxquelles s’ajoutent une classe de perfectionnement destinée aux retardés pédagogiques.

Nous avons eu le plaisir de voir à l’œuvre cinq jeunes instituteurs et institutrices, tous normaliens, se classant parmi les meilleurs éléments choisis par le vice-rectorat de Corse. Parallèlement à l’effort d’équipement, il a été prévu des logements pour les maitres et une agréable salle de séjour leur permettant de se retrouver dans une ambiance de bon aloi.

L’instruction religieuse n’est pas en reste. Le curé doyen de Luri enseigne le catéchisme et célèbre régulièrement la messe dans la chapelle de l’établissement.

La maison reçoit également, pendant la saison d’été, différents groupes d’enfants qui viennent faire provision d’air frais.

Saluons Mlle Pétronille Santoni qui seconde Mme Gregori dans ses absorbantes et délicates fonctions inhérentes à la direction d’un établissement d’une telle importance. (Henry Sanesi)




5 Mars 1961 : « Lucien est venu au monde hier dans une voiture, route de Pisciatello »

Publié le 28 septembre 2018 à 9:40

 Les propriétaires du « Bar du Coin » à Pisciatello n’en crurent pas leurs oreilles, hier matin, en entendant un homme, affolé, en proie à une violente émotion, leur raconter une curieuse histoire.

N’écoutant que leur bon cœur, ils bondirent à la suite de leur client qui les entraina vers une Aronde en stationnement sur le bas-côté de la route menant à Ajaccio. En se penchant par la portière, ils virent et comprirent la raison de l’affolement de leur interlocuteur.

A l’intérieur du véhicule, une femme de mettre au monde un superbe bébé qui poussait ses premiers vagissements. Les parents et l’enfant furent transportés dans l’établissement où un lit fut rapidement aménagé.

Les voisines apportèrent à Mme Simone Buresi (habitante de Coti-Chiavari) et à son bébé les premiers soins tandis que les hommes réconfortaient de leur mieux M. Buresi, heureux mais bouleversé.


Mme Gendron, sage-femme à la clinique Ripert, alertée, sautait à 9h30 dans sa Dauphine et arrivait au « Bar du Coin ». Elle acheva ce que les braves voisines avaient commencé. Puis, Mme Buresi fut conduite à la clinique avec son enfant. Lucien a été changé et pesé. 3 kilos, bon poids.

Nous formons des vœux pour la prospérité de Lucien et complimentons son papa et sa maman tout en félicitant tous ceux qui ont aidé à sa venue au monde, ce 4 mars 1961, à 9h30 sur la route de Pisciatello. (François Peretti-Photo Wickelson)


1er Mars 1961 : « Georges Lemonier enlumine les vitraux du sanctuaire de Lavasina »

Publié le 28 septembre 2018 à 6:30


Nous l’avons rencontré alors qu’il traçait de fort belles esquisses agrémentant le cadre du « Studio Opéra », et auxquelles l’artiste a su faire refléter fidèlement les mouvements subtils et gracieux inhérents à l’art de la danse. Puis nous l’avons retrouvé dans son atelier de Minelli, aux portes duquel nous nous plaisions à remarquer un très grand nombre de toiles témoignant toutes d’un talent très personnel.


Georges Lemonnier est en Corse depuis quelques mois. Ancien élève des Beaux-Arts de Paris et de l’académie scandinave de Paris, il a été pendant plusieurs années chef d’atelier à l’école des Beaux-Arts de Rabat. Chef décorateur à la télévision marocaine, décorateur du palais du roi du Maroc, il avait été appelé à aménager la villa de la princesse Salla Amina.

Au Portugal, il a décoré deux des plus grands casinos du pays et doté l’église d’Armagao de Pera de sept admirables vitraux et d’un chemin de croix en bois gravé. Car il également peintre-verrier et il également à pied d’œuvre au sanctuaire de Lavasina, grâce à l’obligeance du R.P Guy. Il a su donner aux vitraux que l’on pourra voir à Lavasina les effets de couleur les plus riches. Les deux vitraux placés de part et d’autre de l’entrée du sanctuaire, de 2.m 45 X 1.m 35, représentent Saint François recevant les stigmates, et Sainte Claire présentant l’hostie aux Sarrasins. Deux autres vitraux sont en cours d’exécution. « Quand j’aurais pénétré plus intensément l’âme de la Corse, dans le cadre grandiose de certains de ses paysages, je n’hésiterais point à œuvrer en vue d’atteindre et de capter la beauté des sujets que saura m’inspirer l’Ile de Beauté. » (Henry Sanesi)



3 Avril 1979 : « Un nouveau printemps pour la cithare corse »

Publié le 6 septembre 2018 à 16:55


Tirée des greniers de l’oubli, a cetera va retrouver sa place…Celle qu’occupait cet instrument d’expression dans la vie culturelle de l’ile. Des chercheurs ont inlassablement fouillé et recueillis les sons du siècle dernier.

Bernard Fieschi et après lui Nando Acquaviva du groupe « A Cumpagnia », ont été les premiers à réhabiliter l’usage de a cetera, dont la fabrication copiée sur un modèle du XVIIème siècle, venu de Morosaglia, a été suivie à Verona par deux jeunes corses, Michel Buresi et Antoine Massoni dans les ateliers du facteurs Bartolomeo Formentelli.

Des livres sur la Corse au XVIIème siècle la citent  comme étant l’instrument favori du peuple. L’auteur allemand Ferdinand Gregovorius, de passage à Calvi, l’évoquait : « On l’a remarqué souvent : la corporation des cordonniers cultive la musique et la poésie. Sur le désir que j’en exprimai, Jean Sachs, de Calvi, appelle quelques-uns des meilleurs chanteurs de la ville. La petite société se réunit dans l’arrière-boutique. Les musiciens apportèrent leurs chaises, le maitre prit la cetera et chanta à gorge déployée. La cetera a seize cordes et ressemble à la mandoline, mais elle est plus grande et sa table d’harmonie est un peu aplatie. On en fait vibrer les cordes au moyen d’un petit morceau de corne aiguisée. »

«Aujourd’hui, nous dit Michel Buresi, je suis en mesure de confectionner ici sur place une cetera. » Six cent heures sont nécessaires à la création de l’instrument fait en bois de sorbier. (Jean-Baptiste Suzzoni)




30 Septembre 1965 : « Le 'petit bébé blanc' de Lambaréné est aujourd'hui garagiste à Ajaccio »

Publié le 27 avril 2018 à 16:05

« Cela s’écrit avec un ‘y’. Avec un ‘i’, je serais polonais. Avec un ‘v’, c’est ukrainien. » M. Jean Baranovsky, le garagiste du quartier Saint-Jean, apporte ces précisions avec un accent authentique comme son nom. Il a quitté Odessa voilà bientôt un demi-siècle. Avec plusieurs milliers de compatriotes, il quittait à jamais son pays.

Après maintes péripéties, le courrier à bord duquel il se trouvait venait de jeter l’ancre dans un port inconnu.

C’était en 1921. Un pêcheur ramait en direction du bateau. « Vous êtes français ? » demanda l’émigré ukrainien, en plaçant ses mains en porte-voix. « Je suis Corse », répondit le pêcheur. Il était arrivé à Ajaccio.

Durant la nuit, une dizaine de ces émigrés russes plongeaient dans l’eau du port et gagnaient le rivage à la nage pour disparaitre ensuite. Certains n’ont jamais quitté l’ile depuis et y ont fait souche.

« Moi, je ne savais pas nager. J’avais repéré un youyou, relié à notre bateau par une amarre. Je me suis laissé glisser le long de la corde, j’ai sauté dans la petite barque, l’ai détachée et, sans faire de bruit, j’ai ramé vers le rivage. Puis j’ai pris le maquis. » conclut en souriant M. Baranovsky.

Il se fait embaucher à Cauro, où son solide bagage de mécanique lui vaut de trouver du travail. A Ghisoni, il fait redémarrer une scierie restée en panne. A Francardo, il va connaitre une jeune fille d’Omessa qui deviendra sa femme. Tous deux vont quitter la Corse pour Paris.

Le 7 juillet 1925, le jour du départ de M. Baranovsky pour le Gabon, va naitre Théodore. On a offert à son père la direction technique d’une importante société de bois.

Il s’installe seul, dans une case bâtie sur l’une des nombreuses îles du lac Osenga. Une ile pour lui seul. Un soir, il voit arriver une pirogue. Elle accoste, un homme blanc en descend et se présente : « Docteur Schweitzer. Il y a longtemps que vous habitez cette ile ? » demandet-il à M. Baronovsky.

La conversation allait durer toute la nuit, le docteur Schweitzer ne cessant de questionner son hôte sur la Russie, avant la révolution, pendant, après.

« Il était extrêmement intéressé par les réponses que je lui faisais. »

Ce n’est qu’à l’aube que les deux hommes se séparent, le Dr Schweitzer ayant convaincu M. Baranovsky de venir à Lambaréné, à quelques lieues de là, de l’autre côté du fleuve.

« Deux mois plus tard, ma femme et mon enfant m’ont rejoint. Il fut soigné pour une maladie bégnine, à l’hôpital de Lambaréné…Le premier enfant blanc soigné par le Dr Scwheitzer. »

M. Baranovsky, sa femme, Théodore et Joséphine (son deuxième enfant) vécurent là-bas jusqu’en 1931 avant de retourner définitivement en Corse.

« C’est en Corse que j’ai trouvé une seconde patrie. C’est ici que sont nés mes autres enfants. Léonide à Omessa, où j’avais monté un atelier, Sonia et Georges à Vico, où j’ai travaillé jusqu’en 1938. Charles en 1956 à Ajaccio, où je me suis définitivement installé. Mes fils travaillent avec moi. Et mes dix-sept petits-enfants sont Corses a-t-il conclu non sans fierté. (Mario Mattei -Photo Wickelson)



9 Septembre 1965 : « A la foire de la Santa di u Niolu, j'ai entendu le dernier carré de la Corse qui se meurt »

Publié le 24 avril 2018 à 1:20

L’eau est tombée en abondance sur tout le relief du Niolo. Une chappe humide a noyé les montagnes, les vallées, du village.

A Casamaccioli, parmi les forains arrivés depuis deux jours, s’était insinué un petit vent de panique. Ce mercredi 8 septembre allait-il leur échapper ? Car ils savent, les forains, ce qu’il en coûte de voir se gondoler sous les trombes d’eau les toiles de leurs frêles constructions à l’intérieur desquelles ils ont disposé des marchandises qui valent par le bénéfice qu’elles rapportent, le pesant travail d’une saison. Et la pluie, cela veut dire le vide devant les baraques, le vide aussi dans la caisse.

Marchands de pipes, détaillants en chaussures, débitants de casse-croûte, restaurateurs d’un jour, diseurs de bonne aventure, échangeurs de jetons improvisés, avaient donc des raisons de nourrir quelques inquiétudes en observant là-haut, les fourches granitiques des « Cinq-Moines » figés pour l’éternité et se laissant dévorer le menton par un lourd nuage qui s’effilochait doucement comme une barbe passée au « rastellu ».

Mais ils avaient confiance, car ici aussi, la Vierge fait toujours des miracles. « Jamais, prétend un dicton, une goutte d’eau n’a mouillé la cape dorée de la Santa, le jour du 8 septembre qui est celui où nous la vénérons… »


Le miracle a eu lieu. Ce matin, une aube resplendissante s’est levée sur le Niolo. Le Cinto, la Paglia Orba dressent, orgueilleux et superbes, dans un azur bleu-pastel, leur masse impressionnante de granit. Bien plus bas, à 900 mètres d’altitude, Casamaccioli, dont la population est brusquement passée de 400 à 8000 habitants, remercie de cette grâce le ciel et la Vierge. La Vierge trône devant l’église, petite statue en bois, sans prétention. Chaque année à la même date, ils viennent en foule lui dédier des fleurs, des cierges, lui confier mentalement leurs peines. Et c’est alors un grand souffle de foi qui passe pendant la procession sur laquelle semble flotter, tellement elle est légère, la Santa de bois, de stuc, aux couleurs bleues, or et pourpre, que des siècles ont à peine altérer. Près de 80 hommes appartenant à la confrérie ont passé la robe et l’aube blanche. De l’église à la place où va s’enrouler et se dérouler la « Granitola », il y a une centaine de mètres à peine. Des chants, des mouvements, des bannières qui passent et repassent ; des milliers de visages attentifs et curieux. La « Granitola » semble porter la Santa sur une vague humaine qui petit à petit devient fluide, se disloque et s’en va dans toutes les directions.

La procession a lieu le matin, ce qui permet de libérer l’après-midi, réservé à des distractions….disons, beaucoup plus terrestres. M. Luciani, maire de Casamaccioli a eu de l’occupation pour donner aux fêtes l’éclat désirable. Huit mille personnes se sont déplacées, cela fait un sacré nombre de voitures qui ont emprunté la Scala de Santa Regina. 1300 véhicules ont été contrôlés à l’arrivée. Tous ont pu trouver un indispensable parking non loin des stands et des baraques de la foire.

La foire ! L’œil cherche vainement à découvrir quelques vestiges des foires d’antan, dans ce caravansérail de provisoires boutiques. On trouve des stands de tir, des panoplies de couteaux, des bancs lourds de pacotille de bazar ! Sous les châtaigniers, il y a aussi des roulettes. « Rien ne va plus. » Les jetons tombent sur le tapis vert. Le cinq a gagné.

Je rencontre un homme d’une taille démesuré (une vraie taille de niolin). Il porte pantalon de « frustanu » et veste de velours à la chasseur tarabiscotée sur les épaules. Son nez semble fuir dans sa moustache. Je lui demande :

-« Mais où sont les foires d’antan ? »

-« Vous n’êtes pas d’ici, ca se voit. Vous sauriez que la foire aux bestiaux, c’est fini. On a vendu trois ânes, ce matin. Ce n’est plus la foire aux mulets, c’est la foire aux chevaux-vapeurs ! Vous voyez ici, ces gros châtaigniers ? Il ont tenu plus d’animaux avec les laisses qu’il n’y a des jours dans cinquante années. C’était le bon temps comme on dit. Aujourd’hui, on vous fat manger, par exemple, du couscous pour le déjeuner ! Nous c’était prisuttu, coppa, cagiu niulincu et binu di Ponte Leccia ! »

Il y a beaucoup d’affiches à Casamaccioli. Zavatta s’en arrive ce soir au pays du Niolo tâter des possibilités locales à se dilater la rate. Il y a aussi Regina et Bruno, Pascal et Dominique. Il y a la « Paghella », groupe folklorique corse de Paris qui vient prolonger sa croisade régionaliste sous les châtaigniers avec une comédie de Vattelapesca.

Mais ce que j’ai voulu entendre surtout, c’est le dernier carré de la Corse d’hier. Des poètes, des improvisateurs. Une race qui s’éteint. Une poignée qui veut encore brandir le flambeau d’une langue qui n’arrive pas à fédérer toutes les bonnes volontés.


M.P-L Albertini, président de « Parlemu Corsu » et Elia Papa d’Acci vont orchestrer les joutes oratoires après avoir décidé quelle lyre sera la meilleure. La baraque choisie pour cette manifestation est petite. Elle me semble à l’image d’un passé qui s’en va, malgré le talent des participants, malgré tous les trésors d’imagination et de nuance qui forcent à croire qu’une richesse aussi spirituelle doit pouvoir franchir les siècles pour garder à la Corse son visage. Qu’ils sont beaux ces accents qui chantent une terre vouée à un nouveau destin. Qu’elles sont méritoires les dernières batailles que se livrent le passé et l’avenir. Seulement écoutez : tout près, un forain en retard sur l’appétit donne de la voix pour liquider la dernière poupée qui lui reste et cela fait rêver au pays de la poésie. N’est-ce pas cher Peppu Flori ? (François Guarnieri -Photos Mars)


9 Septembre 1965 : « A l'occasion de ses 99 ans, M. François Mattei a fait l'objet d'une touchante manifestation de la part de son personnel »

Publié le 23 avril 2018 à 13:40

Né en 1866, François Mattei vient d’entrer dans sa centième année. Cette sympathique figure bastiaise a marqué toute une époque. Elle marque encore de sa seule présence la nôtre.

Entouré de l’affection des siens, de ses amis et de la considération unanime, celui dont la réputation et le nom ont franchi les mers est arrivé à ce grand âge dans des conditions vraiment exceptionnelles. Au terme d’un siècle de vie, l’étonnant François Mattei dirige encore les usines Mattei, où il ne s’est jamais passé une journée sans qu’on ne le vit franchir le seuil.

Hier, ce 99ème anniversaire a été l’occasion d’une très touchante manifestation de sympathie. Il a reçu les vœux et les compliments de ses proches et de son personnel, qui lui voue une respectueuse considération.

C’est dans la grande cave des usines que la fête a eu lieu. Sur l’arche de verdure qui avait été confectionnée en son honneur avait été posé des écriteaux portant en dialecte corse huit vers qui en disent long sur les relations qui unissent ce vieil homme et ceux qui sont à son service depuis plusieurs générations parfois :

« In stu ghjornu, o sgio Francescu

Tuttu u vostru persunnale

Vi dicce statevi fescu

Per cent’anni tale e quale

In stu giornu di i vostri cent’anni

Vi prega con amore filiale

Longhe annate di pace senza danni. »

M. Mattei a également reçu les félicitations de M. Jacques Faggianelli, maire qu’entouraient MM. Pancho, Negroni, Marcel Georges et Adam Mamelli, adjoints. Le maire déclarait : « Ce centenaire, la ville entière de Bastia le salue. Vous avez derrière vous une vie de labeur, patient et convaincu, une vie de persévérance qui vous autorise aujourd’hui à être fier, car vous êtes le fils de vos œuvres. La voilà la vraie noblesse. La maison que vous avez faite a honoré Bastia et la Corse. Je ne voudrais pas oublier les gestes que vous avez eus à l’égard des malheureux, des malades, des humbles de cette ville, au moment où généreusement vous nous aidiez à les loger. Ce fut un geste gratuit et discret, comme bien d’autres. »

Très simplement, M. Mattei remercia le maire pour « les paroles trop élogieuses » prononcés à son égard. Il a levé en disant : « Je bois à la santé de tous et de toutes. » (Photo A. Gravini)



9 Septembre 1965 : « Vivario a choisi la voie du progrès et du bien-être »

Publié le 22 avril 2018 à 11:50

Dans les récentes élections municipales de mars, Vivario est l’une, parmi la dizaine de communes corses, à s’être donné une femme pour maire : Mlle Duchesse Filippi. Elle doit son fauteuil de premier magistrat au choix de son frère, M. Paul-Laurent Filippi. Celui-ci s’est en effet distingué, en ce dimanche 14 mars 1965, en faisant triompher deux listes dont il était le chef de file : l’une à Lento, dans son fief du canton de Campitello, l’autre à Vivario, d’où est originaire sa famille, laquelle a donné de nombreux maires à la commune. En optant pour Lento, le docteur Filippi a donné à sa sœur le siège qui lui revenait à Vivario.

Elle administre la commune avec la collaboration de son premier adjoint M. Paul Sinibaldi, qui arbore à sa boutonnière la rosette de la résistance. Le président fondateur de la Jeunesse Sportive Vivaraise va désormais orienter une partie de ses efforts vers la création d’un stade à Tattone. Tattone, administré par M. Jean-Baptiste Marietti, a vu la chance lui sourire lorsque fut enfin décidée la construction du sanatorium de Tattone. Plusieurs jeunes gens de Vivario ont alors abandonné tout projet d’exode : le « sana » leur apportait une place d’embauche qu’ils courraient chercher ailleurs.

Vivario voit sa population doubler durant la belle saison : on y revient, souvent de très loin, goûter la fraicheur des nuits estivales et venir contempler, le temps d’un congé, les paysages rupestres du « Vecchio ». Cette rivière attire particulièrement les amateurs de truites qui viennent les traquer dans les gorges sauvages de Canaglia, la mal nommée. C’est aussi le rendez-vous des chasseurs. A la fin de l’été, le perdreau et la bécasse viennent flirter sur les pentes dominées par la vieille tour gênoise, où Lorenzo de Bradi avait fait vivre les personnages d’un de ses romans. Vivario possède sa société de chasse : « La Diane Chasseresse ».

La fontaine de Diane est la plus belle du village, « celle où coule la meilleure eau » affirment fièrement les Vivarais, qui ont d’autres sources à vanter : « Gatti Suprana », « Sumero », « Fontanello ». De l’eau à distiller au pastis. Car si Venaco a ses fromages, Vivario a ses distilleurs : Tardy, Pantalacci, Filippi, des noms familiers aux amateurs de cet apéritif, c’est-à-dire un peu tout le monde en Corse.

Mais il n’y a pas que l’eau de source : il y a aura bientôt, vers la fin d’octobre, nous a affirmé M. Paul Sinibaldi, l’eau potable aux robinets. Jusque-là, le maigre débit ne suffisait pas à alimenter tout le village. L’eau était coupée à certaines heures et dans certains quartiers pour la donner à d’autres. Ce problème majeur sera bientôt réglé. La municipalité a confié à l’architecte Gour le projet d’adduction d’eau. Les travaux ont été effectués sous la conduite de M. Quastana, ingénieur du génie rural, par l’entreprise Pierre Pietri, de Bastia. Celle-ci a terminé, à la fin du mois dernier, la construction d’un réservoir de 200.000 litres, ainsi que la pose de deux canalisations d’amenée, l’une des deux servant de réserve.

Autre projet : l’alimentation en eau potable du hameau de Tattone, projet adopté et approuvé en septembre 1962 par l’autorité préfectorale. De plus, la réorganisation de l’enlèvement des ordures ménagères est en projet. La commune est parmi les plus propres de l’ile. Autre projet à venir ; la construction d’une salle des fêtes avec toit amovible ou bien la création d’un groupe scolaire à Tattone, obligation impérieuse depuis la mise en service du sanatorium.

Côté restauration, le vieil hôtel Mareschini conserve sa renommée et fait toujours le plein. Idem pour le relais routier Cirelli, qui a une carte recherchée. Vivario sait retenir le touriste. A la croisée des chemins, le village a choisi la voie du progrès et du bien-être. (Mario Mattei- Photos : Wickelson)



4 Septembre 1965 : « Johnny et Sylvie sourds aux charmes de Pietroso »

Publié le 22 avril 2018 à 10:50

 « Pietroso, commune pilote de la Corse, Pietroso, capitale corses des variétés, accueille ce soir, après Enrico Macia, une autre grande vedette de la chanson, mon copain, notre copain, le roi des copains. »

C’est ainsi que M. Antoine Pagni a présenté, ce jeudi soir, Johnny Hallyday au public massé sur les gradins de l’amphithéâtre à ciel ouvert de Compagnonville de Pietroso et à l’ovation d’une foule impatiente, aux premiers rangs de laquelle on remarquait la présence du sous-préfet de Corte, du Dr Rocca-Serra et de M. Duluc, directeur à la préfecture de la Corse…

Il était 0h30 et le gala venait à peine de commencer. Tony Valéry, promu aux fonctions de présentateur avait encore à accueillir sur le podium quelques-uns des artistes qui avaient répondu à la sollicitation de M.Pagni. Mais l’idole, surmené, ayant émis le désir de passer le plus tôt possible, le gala cessa faute de public après Johnny Hallyday.

Johnny Hallyday que Sylvie Vartan avait rejoint sur le podium pour recevoir des mains de M. Pagni les diplômes qui les faisaient, lui citoyen d’honneur, elle, marraine de Compagnonville.

A l’issue du spectacle qui avait permis à un Johnny au talent indéniable de dire sa sympathie aux « pieds-noirs », un diner aux chandelles réunissait artistes et invités à Vezzani dans la villa de M. Pagni.

Un diner qui s’est terminé à l’aube par le départ mouvementé des « copains ». Excédés par la fatigue d’une tournée épuisante, M. Starck, l’impresario de Johnny Hallyday, et les musiciens, refusèrent de loger à Venaco, préférant gagner sur l’heure Calvi d’où la troupe pouvait s’envoler à 15h.00 pour Marseille. Mais les véhicules de la caravane étaient insuffisants pour transporter tout ce monde, d’où accès de mauvaise humeur, échange de propos désobligeants. Johnny y mit fin en organisant lui-même le départ…et sourd aux charmes de Pietroso il s’empressa de prendre place avec Sylvie dans la petite voiture de leur ami leur docteur Michelangeli.

C’est aux environs de 5h du matin que Johnny et Sylvie arrivèrent en compagnie de leur suite (18 personnes) à l’hôtel de la Pietra à L’Ile Rousse. Un groupe de fans de moins de 16 ans assiégea l’hôtel.

A 14h30, le couple Smet s’engouffra rapidement dans un taxi qui les conduisait à Sainte-Catherine, suivi par une trentaine de jeunes admirateurs. Nos deux idoles se sont gentiment prêtées à la traditionnelle cérémonie des autographes avant leur vol.

Une dizaine de jeunes filles ont dû rêver la nuit dernière… (Photo J-J Filippi)



17 janvier 1960 : « Corte : le futur groupe scolaire »

Publié le 22 avril 2018 à 10:10

300 millions sont prévus pour mener à bonne fin ces travaux. Située en bordure de la rue colonel-Ferracci, cette réalisation est toute à l’honneur de ceux qui l’ont entreprise. Corte espère son inauguration en 1961-1962. (Photo M.Filippi)


16 Janvier 1960 : « Repeupler nos villages pour accroitre le niveau de vie des insulaires »

Publié le 20 avril 2018 à 0:40

Seule l’agriculture avait dit Marbeuf, pouvait faire cesser l’état d’anarchie où se trouvait la Corse avant l’annexion. Seule l’agriculture peut faire cesser celle économique où elle se trouve encore maintenant. Mais pour qu’elle se développe, il faut donner à sa population les moyens d’y vivre décemment et sur le même pied que les habitants du continent et des colonies. Alors nos exilés pourront retourner en Corse pour récupérer les maisons que leurs ancêtres leur ont laissées. La France a toujours négligé le problème de la production corse de sorte que la bourgeoisie a abandonné la culture et s’est réfugiée dans les professions administratives. Le paysan l’a suivie par la même route.

Au cours du siècle, les richesses locales sont allées en s’amenuisant. Et comme les habitudes de vie se sont multipliées, il en est résulté un déséquilibre qui a constitué, en 1939, le fondement de la crise corse. La situation ne s’est pas rétablie par les revenus tirés de l’extérieur : traitements, pensions, retraites, allocations, ainsi que par le bénéfice du tourisme. On nous avait dit : aides toi, le ciel t’aidera. Planter des châtaigniers et des oliviers ça va bien, écrit Cosimo Defranchi, mais dès maintenant on devrait se préoccuper de l’écoulement des fruits déjà existants ou subsistant encore. Il n’y a plus de bras pour cette besogne dans nos villages et il n’y a plus de cueilleurs et de cueilleuses, ni de meuniers. Il faut repeupler nos villages. Or on ne fait rien pour cela. Il faut encore protéger son bien sans qu’il soit nécessaire de l’entourer d’une clôture dont le prix de revient serait supérieur au fonds car les municipalités n’ont pas toujours les moyens de se payer un garde-champêtre. Il faudrait aussi supprimer le libre parcours principalement celui des chèvres et des ânes abandonnés qui retournent à la vie sauvage.

Ce qui a contribué à aggraver la misère de la Corse c’est de lui avoir fait subir la loi commune aux autres départements.

Malte-Brun a dit, dans sa Géographie Universelle (1775-1828) : lorsque les gouvernements européens seront las d’entretenir des colonies, depuis longtemps plus onéreuses que profitables, la France trouvera dans le sol fertile de la Corse, dans son climat propre à la production des denrées coloniales, une source de richesses qui n’attend que les soins et les encouragements pour s’acclimater.

Déjà en 1915, Saint-Genest, un des premiers préfets de la Restauration observe que les lois françaises ne convenaient pas à la Corse. Il dit que la justice est trop chère. Il demande des encouragements pour l’agriculture, préconise des plantations de châtaigniers dans la montagne, fait faire des essaims de culture, de la garance, du coton, établit des pépinières de mûriers, propose l’établissement de deux greniers d’abondance, demande qu’on exploite les forêts, qu’on améliore les routes.

En 1819, le conseiller Réalier-Dumas dans son « Mémoire de 1820 sur la Corse » a écrit : « La Corse, qui n’a rien de commun avec les autres départements, aurait besoin d’une législation particulière. »

En 1939, le Ministre des Finances fait les mêmes constatations que Saint Genest. Il y a en Corse, disait-il, 150.000 hectares de bois mais l’absence de routes et de moyens de transports ont empêché jusqu’à présent, le gouvernement d’en tirer profit.

Comme l’a très bien dit le député Pierangeli : dans ce pays, maintenant pauvre, où le commerce, l’industrie, l’agriculture sont demeurés à l’état embryonnaire, et c’était une erreur d’appliquer la loi commune. L’assimilation à l’ensemble du territoire ne devait se poursuivre que progressivement au fur et à mesure du développement de l’outillage et de la marche du progrès.

De temps en temps il a bien été tenté quelques améliorations mais les siècles de fer ne sont pas terminés pour notre pauvre Corse, ont écrit Cesari-Rocca et Villat dans leur « Histoire de la Corse »

La Corse dépeuplée, les impôts trop lourds, le reboisement des montagnes négligé, les campagnes incultes, telle est la Corse d’aujourd’hui cependant que d’autres voient croître leur prospérité.

Quel remède, a dit Constant, apporter, à tant de maux dont souffre la Corse. Car il faut qu’un tel état des choses cesse à la volonté du gouvernement qui veut que la Corse prospère. Je ne vois qu’un seul remède : plus de latitude dans l’exercice de l’autorité administrative. Il faut lui conférer le régime que sa situation commande. Il faut en outre lui donner un administrateur qui soit un chef. (J.D Savelli)