Hier en Corse


Corse Matin : 40 ans d'archives

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16 septembre 1974 : « Visite d'Antoine Ciosi aux bergers du plateau d'Ese »

Publié le 26 novembre 2018 à 10:40

 Chaque années, ils sont une douzaine de bergers d’Ajaccio à rejoindre les hauteurs du plateau d’Ese pour y vivre durant les trois mois de la saison estivale. La vie est parfois difficile sur ce vaste plateau que l’on peut considérer comme un des derniers paradis de la Corse, jusqu’ici intact.

Avant que ne s’achève cette transhumance, un enfant de l’île a tenu lors de son récent passage à Bastelica à leur rendre visite. Antoine Ciosi a découvert un merveilleux site qu’il ne connaissait point. Il a partagé avec eux le repas et les a remerciés en leur chantant ‘U Mulinu’ et ‘Tragulinu’. (Ch. Salvia)



11 septembre 1974 : « Balade au coeur du « Pianu » à Levie »

Publié le 26 novembre 2018 à 10:20

 Le Pianu peut s’enorgueillir de ses richesses archéologiques. Caleca, Capula et Cucuruzzù sont en passe d’être parmi les plus réputés de l’ile.

A Capula, M. de Lanfranchi et ses étudiants de l’école de fouilles de Levie ont travaillé cette année encore tout au long du mois d’août. Depuis début 1974, un menhir ainsi que des maisons du Moyen-Age ont été mis à jour. « Pour moi, il est intéressant et significatif d’avoir découvert cette statue. En l’état actuel de nos recherches, il nous manque encore la base et la partie supérieure du menhir, mais nous avons retrouvé les deux tronçons intermédiaires qui s’ajustent parfaitement » nous informe M. de Lanfranchi.

« Nous en avons trouvé un morceau dans le sol et le second dans le mur d’enceinte Est. La pierre découverte à même la terre porte gravée sur une face une épée en bas relief tandis que l’autre côté comporte une sculpture de cuirasse avec canelure. Nous avons ainsi des preuves que ce sont des gens du Moyen-Age, vraisemblablent entre le 9ème et le 12ème siècles, qui l’ont cassé et l’on placée dans le mur. »

Il faut voir selon lui une évolution des coutumes et croyances, le menhir perdant à cette époque sa signification première. Les archéologues ont retrouvé un autre menhir cassé et qui avait été réemployé pour l’aménagement d’un foyer du Bas Empire.

M. de Lanfranchi dispose d’une « carte de lecture de l’histoire du passé » selon un procédé cher aux spécialistes : l’étude de la coupe stratigraphique du terrain. Après deux ans d’ouvrage la maison a livré quelques-uns de ses secrets grâce à l’analyse de cette coupe où la terre a été « taillée » de façon à mieux pouvoir la lire.

C’est ainsi qu’à deux mètres de profondeur se situent les vestiges de l’âge du fer. On y trouve un foyer de forme rectangulaire avec un fond en terre d’argile cuite.

Au-dessus, on a localisé un foyer, de forme circulaire celui-là, datant de l’âge du fer également.

Mais ce qui passionne, c’est la balade que l’on peut désormais faire parmi les « maisons du Moyen-Age ». Sur le plateau se trouvent trois maisons dont les contours ont été délimités avec précision et qui permettent d’avoir une certaine idée de la vie de nos ancêtres. Les chercheurs ont trouvé là une assise de pierre semi-circulaire installée sous un auvent rocheux, où les habitants s’abritaient.

A un mètre du niveau zéro, on entre dans la couche dite du « bas empire » (romain, 3ème siècle de notre ère) avec des vestiges déjà découverts il y a un an. En remontant ainsi vers la surface on retrouve d’abord le Moyen-Age ancien caractérisé par des foyers d’argile cuite, puis le Moyen-Age récent avec la fameuse « Tegghia ». Les blocs sont disposés en demi-cercles autour du foyer dont le centre est occupé par une pierre plate chauffée sur laquelle ont faisait cuire les aliments…

Les fouilles ont vu les chercheurs recueillir des morceaux de céramique datant du Moyen-Age récent. Ces poteries semblent importées de Pise ou Gênes.

Le chantier n’en est qu’à ses débuts. Chaque pièce découverte est répertoriée avant d’être placée dans les armoires du Musée de Levie. Des études seront faites cet hiver pour arriver au but final : soulever un morceau du mystère planant sur le passé de la Corse de la nuit des temps à aujourd’hui. (JP Gherardi)



11 septembre 1974 : « Ajaccio : une vaste campagne de propreté lancée bientôt »

Publié le 26 novembre 2018 à 8:35

Au cours de la réunion de presse du mardi, M. Pascal Rossini a fait le point sur toutes les affaires intéressant les Ajacciens. Dans le cadre de la campagne nationale de la propreté, la municipalité va s’employer à mettre l’accent sur cette question, assez préoccupante chez nous de par le laisser-aller qui semble présider, de la part de nos concitoyens, à tout ce qui touche à l’hygiène publique.

« Nous mettrons en œuvre tous les moyens de persuasion en notre possession pour que nos concitoyens prennent conscience de l’intérêt d’une telle entreprise » indique-t-on à la mairie qui va mettre en œuvre toute une série d’actions : une campagne publicitaire intensive, avec en particulier une grande affiche signée Barberousse, qui sera apposée sur les autobus, sur tous les bâtiments publics communaux.

Deux nouveaux services seront mis en place : l’un pour le ramassage des épaves de voitures, l’autre pour la collecte de cartons et papiers. Il est en outre envisagé de créer un service de collectes d’encombrants qui encombrent bien trop souvent certaines cours d’immeubles ou bien qui sont abandonnés à la périphérie de la ville.

Le maire a précisé que des sacs en plastique permettront au service du nettoiement de débarrasser la ville de tous les jets d’ordures qui souillent certaines places et artères. Les ordures seront ensuite acheminées jusqu’à la décharge de Saint-Antoine, dans le creux du vallon pour éviter autant que faire se peut la pollution, à l’abri du vent, le pourtour du dépôt devant être protégé par une clôture suffisamment haute pour éviter l’envol des papiers gras.



8 septembre 1974 : « Le Nord 2501 s'écrase au-dessus de Petreto-Bicchisano »

Publié le 26 novembre 2018 à 8:00

 L’avion, qui appartenait à la 62ème escadre de transports basée à Reims, qui rentrait de Palerme pour Orly, avec une escale à Ajaccio, au retour d’une mission logistique technique pour le compte d’Air France, s’est écrasé vendredi vers 21h30 sur les pentes abruptes du mont San-Pietro au-dessus de Petreto-Bicchisano.

A terre, l’état-major de la gendarmerie mobilisait les brigades de la compagnie de Sartène et celle du sud d’Ajaccio, tandis que les gendarmes sillonnaient les routes de leurs circonscriptions.

C’est un renseignement en provenance de gens habitant dans la région de Petreto-Bicchisano disant avoir aperçu une boule de feu la veille au soir qui allait permettre à l’équipe de l’hélicoptère de la gendarmerie de localiser l’épave hier vers 3h12.

Des gendarmes et des militaires se rendaient sur les lieux. Il ne restait du ‘Nord 2501’ que des éléments éparpillés dans un rayon de plus de 100 mètres. L’accident s’est produit sur la face sud de la montagne au lieu-dit « Giuncha ». La cabine de pilotée s’est encastrée dans les rochers tandis que le reste de l’appareil se disloquait. Un seul corps a pu être retrouvé. Les trois autres sont toujours prisonniers de la cabine de pilotage.


La commission d’enquête a remarqué que les moteurs se sont détachés et ont été projetés sur les côtés. Un morceau de l’empennage, long d’une quinzaine de mètres, git presque intact dans les rochers. Tout le reste n’est que tôles broyées.

Selon certaines information, l’équipage cherchait le contact radio d’une balise directionnelle. Arrivant du sud, il a bifurqué à hauteur du golfe d’Ajaccio au-dessus de Capo-di-Muro…

A partir de là, c’est l’inconnu. C’est vraisemblablement à cause de la perte de contact que l’avion s’est égaré. (JP Gherardi)


26 juillet 1972 : "Visite à un village du Nebbiu qui ne veut pas mourir"

Publié le 26 novembre 2018 à 7:00

Les avis sont unanimes : la propagande touristique n’éveille que médiocrement un intérêt pour certaines régions de l’arrière-pays. Aujourd’hui encore, les cars s’arrêtent en des lieux privilégiés, le temps d’une visite. Puis, en route vers la mer ! Mais il arrive que la perspective des plages encombrées et des stations bruyantes provoque comme un regret. Le regret de quitter si hâtivement la calme beauté des paysages qu’ils traversent. Hier, on disait vacances, on pensait retour à la nature. Un vrai changement de vie. De nos jours, on quitte les immeubles pour les labyrinthes étouffants des terrains de campings, on passe des rues de Paris à celles d’un village qui compte 500 âmes permanentes en hiver et 5000 éphémères en saison. Le paysage du Nebbiu prend, dans l’alternance des vallées verdoyantes et d’éminences rocheuses, un aspect enchanteur et tourmenté. Aux confins de cette région, un ravissant petit village : Murato.

Juste avant d’arriver par la route, bordée de pierres sèches et sombres prenant des tons vieil or, on y rencontre des vaches efflanquées, des ânes et des cochons.

La rue, cette ligne de vie du village, est déserte. Le silence est absolu. La patronne d’un des bistrots de la place nous indique que les gens sont en vacances et qu’elle ne commence à servir des cafés qu’à 9h30. On entend les clochettes des troupeaux de chèvres se répondre de loin en loin. Au pied du village, la Bevinco roule en cascades et achève d’habiller le silence.

Sur le vieux banc de pierre, un groupe de jeunes gens cherchent le frais. Thème des conversations : Murato participe au concours des « Villages fleuris », organisé par le commissariat au Tourisme. On nous montre les balcons débordant de géraniums-lierre et les parterres de fleurs entretenus par les employés municipaux. Avant de rendre visite à la mairie, nous avons demandé à un vieux Muratais ce qu’il pensait de cette jeunesse : « Les gens prétendent qu’il faut du changement. Peut-être qu’une fois le changement venu, Murato ne sera plus ce qu’il était : la ‘perle du Nebbiu’. Ce sera un endroit comme les autres. »


Le maire, M. Jean Leccia, ne partage pas cette opinion. « Les vacanciers, c’est une bonne chose pour la commune. Cela ramène un peu de vie. Mais la construction d’hôtels, de relais touristiques, pourraient les effrayer. C’est pourquoi nous avons notre politique sur l’achat de petites et moyennes résidences. Mais nous nous heurtons aux problèmes des emplacements disponibles : les Muratais ne se dessaisissent pas facilement de leur patrimoine… »

Le maire a fait le tour des projet en cours : l’assainissement, l’enrobé sur la route qui part de l’église Saint-Michel pour aboutir à la sortie du village, l’illumination de l’église, la suppression des lignes aériennes autour de cet édifice, l’installation d’une maison des jeunes sur un terrain attenant à la mairie, l’ouverture la saison prochaine d’un terrain de camping…Et le maire de conclure : « Murato est un village qui ne veut pas mourir. » (JC Lanfranchi)



25 Juillet 1972 : « La Tribbiera existe encore en Balagne »

Publié le 26 novembre 2018 à 5:15

Au carrefour des routes de haute et moyenne montagne, le col de San-Cesario, à Catteri, offrait il y a quelques jours l’exclusivité d’une scène pittoresque de la vie d’autrefois : la Tribbiera. Ce seul mot évoque tout un passé récent, puisqu’il trouve encore des hommes pénétrés des us et coutumes de leurs ancêtres pour perpétuer une tradition à laquelle ils sont restés attachés.

Quelle surprise pour les innombrables vacanciers qui eurent le privilège de percer une partie du mystère qui entoure la vieille Corse. Pour « Tato » et Jean Satti, agriculteurs à Catteri, il ne s’agissait pas d’une quelconque mise en scène, sacrifiée au folklore, mais d’une véritable opération de battage sur l’aire de San-Cesario. Il leur fallut moissonner avec la faucille, préparer les magnifiques gerbes dorées, puis transporter celles-ci à l’aide du « carozzu » jusqu’à l’aire de battage.


Là, sous le soleil brûlant, les ‘tribbiadori’, le cœur en fête, donnaient de la voix au ‘bœufs’ retenus par le ‘coppia’ (joug) auquel était attaché ‘u tribbiu’, cylindre de pierre traîné sur l’aire pour aider au battage.


Filmés et photographiés par les touristes de passage, les heureux tribbiadori de Catteri, tinrent la vedette malgré eux. Les moissonneuses-batteuses ne les intéressent pas. D’ailleurs ne sont-elles pas dépassées elles-mêmes ? (Jean-Baptiste Suzzoni)


17 juillet 1972 : « Un squelette vieux de 9000 ans découvert près de Bonifacio »

Publié le 24 novembre 2018 à 10:05

 C’est une découverte archéologique de la plus haute importance que viennent de réaliser sur leur chantier de fouille de l’Araguina, a Bonifacio, le professeur Michel-Claude Weiss, professeur d’archéologie à la faculté de lettres de Nice, et M. François de Lanfranchi, professeur de lettres au C.E.S des Padules à Ajaccio, tous deux directeurs de l’Institut corse des études préhistoriques (pour les zones nord et sud de l’ile).

Ils ont effet mis au jour, le 14 juillet, un squelette qui constituerait la preuve la plus ancienne de l’existence de l’homme corse. D’après les premières estimations, ce squelette aurait été enseveli en 6600 avant Jésus-Christ, soit il y a plus de 9000 ans. Les services du professeur Rabischong et du professeur Duday, de la faculté de Montpellier vont venir l’étudier sur place afin de confirmer cette thèse.

Le squelette est remarquablement conservé. « Cela s’explique par le fait qu’à Bonifacio les sols sont calcaires » nous a expliqué le professeur Weiss.



Le squelette a la tête tournée vers la droite et les pieds joints. Il s’agit d’un sujet assez jeune ainsi qu’en témoigne la dentition. Le Pr Weiss qu’il s’agit d’une sépulture intentionnelle dans la mesure où le corps a été « posé ». Les os sont en effet entourés de gros blocs de pierre.


Le squelette devrait rejoindre Levie où se trouve actuellement le squelette découvert l’an dernier.

Edition du 22 juillet : La découverte est capitale pour la préhistoire méditerranéenne. Contrairement à ce que l’on pensait, il s’agit d’une femme. Elle a été l’objet d’une sépulture de la part des membres du groupe qui vivait à la manière troglodyte sous la voûte-abri de l’Araguina. Elle aurait une trentaine d’années.

Les deux archéologues ont également découvert des preuves de l’existence d’une civilisation pré-néolithique, autrement dit de la civilisation la plus ancienne jamais découverte dans l’ile. « Il s’agit de prédateurs ne connaissant pas encore l’agriculture, mais vivant encore de chasse et de pêche. »

On a en effet trouvé dans le camp des écailles de poissons, des aiguilles d’oursins ainsi que des ossements de « prolagus corsicanus », cousin du lapin. Ces éléments viennent corroborer les découvertes des fouilles de Curacchiaghiu, datant au 7ème millénaire avant Jésus-Christ la date de l’inhumation de la dame de Bonifacio.

Edition du 25 juillet 1972: « La Corse à la recherche de son passé »

La Corse est au rendez-vous des archéologues européens. « La découverte de la dame de Bonifacio est une découverte qui aura des répercussions internationales » nous dit le professeur Duday, venu de Montpellier pour étudier la découverte. Le rapport de cette mise à jour sera publié en octobre par le bulletin de la Société préhistorique française, rue Saint-Martin, à Paris.

L’un des premiers archéologues venus en Corse fut Prosper Mérimée qui découvrit l’alignement de la vallée du Taravo. Il faut remonter au lendemain de la guerre pour voir la naissance d’un courant qui a trouvé un premier aboutissement spectaculaire à Bonifacio. C’est celui de l’Institut corse d’études préhistoriques, dont le président pour cette année est M. Mariani. Ses techniciens utilisent les méthodes modernes de fouille et de recherche. L’institut joue d’ailleurs un rôle d’école. Il y a deux chantiers de fouille, l’un dirigé à Sagone par le Pr Weiss et l’autre à Curacchhiaghiu par M. de Lanfranchi, à Levie. Là, chaque année, des étudiants venus du continent travaillent et étudient les techniques modernes. C’est d’ailleurs à Curacchiaghiu qu’on a découvert les premiers vestiges d’une civilisation pré-néolithique.

La région de Bonifacio est très riche en abris sous roche, où vivaient il y a neuf mille ans des petits groupes se nourrissant de chasse et de pêche. Les conditions de conservation offertes par le calcaire sont telles que les analyses sont facilitées. Le ministère des Affaires culturelles l’a très bien compris et a racheté le site de l’Araguina. Le site sera fermé pour une huitième campagne en 1973. MM. Weiss et Lanfranchi sont très confiants. Ils ont l’intention d’ouvrir un nouveau chantier dans le site afin d’étudier les conditions d’existence de cette civilisation néolithique qui est la plus ancienne de Corse actuellement retrouvée.

On commence à reparler à Bonifacio du site de Piantarella, un moment étudié puis abandonné pour des raisons obscures…Là encore, il s’agit d’une expérience de grande valeur à tenter : ne parle-t-on pas d’une petite ville enfouie et qui, à l’époque, était traversée par une rivière de Figari ? (J-P Gherardi)



9 juillet 1972 : " Avant Toni Casalonga, le berger de Pigna ne savait pas que ses flûtes pouvaient devenir des objets d'art"

Publié le 24 novembre 2018 à 6:10

 Il y a une dizaine d’années, un petit village se mourrait parce qu’il lui semblait, à notre ère citadine, qu’il n’avait guère mieux à faire. L’école de Pigna s’apprêtait à fermer ses portes. Et c’était là une bien poignante perspective pour les nonnes du coin qui désespéraient de ne jamais plus entendre les cris des enfants dans la courette de leurs récréations d’antan. A moins d’un miracle…

Ce miracle est venu, en prenant la forme inattendue d’un souvenir…Le souvenir qu’avait conservé de Pigna un jeune artiste ajaccien venu là passer ses vacances d’adolescent…

Toni Casalonga, 34 ans, marié et père de famille, ancien élève des Beaux-Arts de Paris et de l’Académie de Rome, n’avait pas oublié l’image de ce village où il rêvait de revenir. Pour s’y installer et y vivre.

Lorsqu’il revint, il perçut aussitôt la menace qui pesait sur Pigna destiné à s’éteindre. Mais il ne jugea pas la situation comme perdue. « Quand on ne dramatise pas les situations, elles sont simples… » dit ce garçon dont les traits disent l’intelligence et la volonté.

Avec ses talents de peintre, sculpteur et graveur, et le renfort de deux amis, (Alexandre Ruspini, un ébéniste ajaccien, et André Truchon, un potier parisien), il entreprit de renverser le cours du destin de Pigna.

Les trois hommes furent tout d’abord accueillis avec la curiosité bienveillante que l’on réserve aux étrangers. Le reste fut un travail de longue haleine. Comment faire admettre à des gens qui étaient par essence des agriculteurs ou des bergers qu’ils pouvaient être des artistes ? Si Pigna renait aujourd’hui de ses cendres, c’est bien parce que Toni Casalonga et ses compagnons ont su ne pas aristocratiser leur métier, ne pas élever de barrières entre eux et les autres.

Ce n’était pas la moindre des tâches. Le début de leur réussite consista à démontrer à un berger local que les flûtes qu’il fabriquait pour s’amuser, pouvaient être des œuvres d’art et qu’elles pouvaient constituer une œuvre et une production sérieuse.

Partant de constat « qu’on n’apprend rien à quelqu’un, mais qu’on le met en contact avec un marché », Toni Casalonga et ses amis ont ainsi mené tout un groupe d’habitants du village vers une fabrication artisanale concertée.

Ainsi est née « la Corsicada », coopérative dont la rentabilité est certaine et qui possède désormais huit points de vente en Corse et un neuvième à Paris.

Pigna, le village des artistes, fabrique aujourd’hui des bougies décorées aux fleurs du maquis, de petites chèvres, des sous-verres, des santons. L’un des plus étonnés fut sans doute le propriétaire Pierre Salducci dont les orangers reproduisaient jusqu’à naguère des fruits si petits qu’ils étaient pratiquement invendables.

Pour lui, on a retrouvé une ancienne recette d’un vin d’orange qui revit maintenant son heure de gloire. Le succès est au rendez-vous : cette année, on ne pourra satisfaire la demande en dépit de la production de 2000 bouteilles !

Mieux encore, on récupère la pulpe des orangers pour en faire de la confiture. Rien ne se perd. Surtout pas les efforts louables. Pigna, dont le « produit local brut » a augmenté de 50%, revit maintenant des heures souriantes et le village s’est repeuplé de 40%.

Quant à Toni Casalonga, il continue de faire surgir des trésors d’une inlassable imagination. Sa dernière initiative ? Produire avec illustrations sous forme de ravissantes gravures à l’eau-forte de merveilleuses traductions en langue corse d’œuvres poétiques anglaises, française et vietnamiennes. (André Luchesi)


3 juillet 1972 : « Les clés vagabondes de Centuri »

Publié le 24 novembre 2018 à 6:05

 A l’extrême pointe de l’ile, une sorte de bout du monde : Centuri. A l’entrée du village se trouve un château des Mille et une Nuits, bâti par le comte Cipriani, dont les parents avaient fait fortune en Amérique du Sud. En bas, la « Marine » et son port miniature. Les maisons de pêcheurs sont couvertes de dalles de pierre verte, la Serpentine.

Un nouveau chapitre s’est ouvert le 6 mai 1971 pour le village. Ce jour-là, la liste emmenée par M. Victor Lorenzi recueillit plus de suffrage que celle du maire en place, le Dr Napoleoni. Centuri venait de choisir une nouvelle destinée. Trois jours de scrutin avaient été nécessaires. Les coups de théâtre abondèrent avant l’élection de M. Victor Lorenzi, qui avait décidé de donner à son frère le fief de Morsiglia pour briguer la mairie de Centuri. « A peine pour deux ou trois ans », avait-il précisé. Le temps de faire du village un petit Saint-Tropez et remettre à flot ses finances. »

Pour atteindre cet objectif, il conclut une alliance avec les membres d’une troisième liste, plus encline à combattre le Dr Napoleoni que lui-même. Mais les ralliés à l’ancien maire de Morsiglia signifiaient que le « oui » à M. Lorenzi n’est nullement un « quitus à un diktat ».

Une majorité de suffrages vint officialiser cette union en mai 71. Mais la lune de miel fut de courte durée. Dès le mois d’aout, 6 des 11 conseillers municipaux (la majorité;), emmenés par le premier adjoint, M. Pierre Carrara, désapprouvent la gestion communale de M. Lorenzi. De propos aigre-doux on en arrive à un échange de lettres recommandées. Rien ne va plus…

La « guerre des serrures » intervient. A trois ou quatre reprises, la serrure de la mairie, une vieille bâtisse délabrée, située à la sortie du hameau d’Orche, sera changée. Mieux : un beau jour, les registres des délibérations, des arrêtés municipaux, du budget communal, de la liste électorale, disparaissent. L’adjoint supplémentaire, répondra à Me Poggi, huissier de justice, venu constater la chose : « Vous le savez bien, tous ces documents ne sont pas tous à la mairie ! »

Puis M. Pierre Carrara et ses amis occupent la mairie pendant trois jours et trois nuits, afin d’obtenir le libre accès au bâtiment communal. Ils obtiennent satisfaction sur intervention du sous-préfet de Bastia.

M. Victor Lorenzi porte plainte auprès du procureur de la République contre son premier adjoint pour « occupation abusive de la mairie, entrainant le désordre dans la commune. » Il ajoute que « lors d’une précédente occupation, les gendarmes sont intervenus et que des bagarres ont eu lieu ». Et M. Lorenzi de conclure : « Actuellement, je me trouve sans la clé de la porte de la mairie. » Si bien qu’on ne savait plus qui fermait la porte à qui. Les uns et les autres étaient tour à tour suspects ou innocents. Les enquêteurs avaient par moments l’impression de se trouver face à cette image de l’infini : le serpent qui se mord la queue. Le seul à se frotter les mains étaient le serrurier du coin. A ce train-là, il allait manquer de serrure…

Et puis, au début du mois dernier, la confusion atteint son point extrême avec le départ de M.Lorenzi qui décide d’aller passer ses vacances à Villard-de-Lense (Isère). La mairie est d’abord fermée. Un écriteau en indique la raison : « Le maire est absent. » Les candidats au mariage iront officialiser ailleurs leur union, les naissances seront éventuellement enregistrées à Bastia et les vieillards à l’article de la mort, ne voulant pas compliquer les choses, se retiendront de mourir.

Une pétition réunissant 101 signatures est adressée le 15 juin dernier au sous-préfet de Bastia qui reçoit peu après M. Carrara.


Le porte-drapeau de l’opposition est un homme énergique. Il a 28 ans et un physique avantageux. Ses propos tiennent déjà du routier politique. A l’heure où nous écrivons, l’un de ses partisans est passé de l’autre côté. L’opposition n’a plus de majorité. « Je demande que tous les documents essentiels à la gestion réintègrent la mairie et que me soit remis le courrier pendant toute la durée d’absence du maire. Enfin, que des sanctions soient prises pour mettre un terme à toutes les irrégularités qui ont été portées à la connaissance des autorités. » (JC Lanfranchi)


23 juillet 1978 : « Des nudistes badigeonnés au minium près de Porto-Vecchio »

Publié le 22 novembre 2018 à 2:45

 Qui a oublié les actions menées dans le Cap Corse par le commando de peintres sous la décision d’un élu ? Ou bien l’opération décidée par les édiles de Pianottoli puis d’Olmeto.

Un mini-commando a décidé d’agir du côté de Sainte-Lucie de Porto-Vecchio. Vendredi, 15h00. Est-ce la température caniculaire qui incite des vacanciers à se promener « toutes voiles dehors » sur la plage de Pinarello ? Pour des baigneurs de la région, souvent en famille, certaines parties d’anatomie pourraient aller se faire voir ailleurs.

Fers de lance de ce mouvement assez général, deux jeunes gens d’une vingtaine d’années sont donc passés à l’action à l’aide de pinceaux. Tant pis pour ceux qui n’avaient pas eu le temps de cacher l’objet du délit ! Celui-ci était badigeonné à la peinture orange au minium, réfléchissante la nuit.

Un nudiste n’a pas apprécié les motifs peints sur son anatomie la plus intime. Il est allé les présenter aux gendarmes de Solenzara qui ont pu constater leur caractère assez indélébile…

Il s’agit de M. Michel Khon, 34 ans, ingénieur employé par I.B.M, domicilié à Chennevière, qui a déposé plainte.

Cette affaire rappelle qu’il convient d’examiner le problème avec nuance. D’une manière générale, la population saine s’estime seulement agressée lorsque la provocation est évidente. Sur une plage fréquentée par des familles ou des enfants. Relâchement de mœurs ou pas ! Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut fustiger ceux qui, au nom de la liberté, opposent, aux tabous de la religion et de la morale, les leurs, souvent indécents. Il faut comprendre la fureur de certains baigneurs qui ont affirmé avoir vu récemment, sur le sable de Verghia, un couple se livrer à des ébats liés à la libération sexuelle.

De la même manière, il est difficile de suivre ceux qui mobilisent leur goût de l’action contre des naturistes enhardis par le caractère sauvage et isolé de certains coins.

La liberté des uns finit là où commence celle des autres. (JC Lanfranchi)


21 octobre 1978 : « Au tribunal : Son équipe était en mauvaise posture...il tire sur le ballon »

Publié le 8 novembre 2018 à 2:25

 Il est des fois où la réalité rejoint la fiction. Voulant éviter à tout prix à son équipe le déshonneur d’être menée à la marque, un supporter n’a rien trouvé de mieux que de tirer sur le ballon rond. Fine gâchette, il fit mouche avant que le ballon finisse au fond des filets ! Mais l’affaire sur laquelle les juges de la chambre correctionnelle du tribunal de grande instance avaient à se prononcer hier ne s’arrête pas là. Ajoutant au comique de la situation, les déclarations de l’arbitre affirmant « n’avoir rien vu » et la disparition de la boule de cuir à l’arrivée de la maréchaussée…

« Un spectacle de cinéma digne des meilleurs classiques », dira le bâtonnier Me Trani, posant ainsi le problème de son client, un jeune homme dont le comportement immature est à l’origine de plusieurs condamnations. Dans son exaltation, Jean-Marie L. s’est servi d’une arme de quatrième catégorie, un 7,65mm, pour laquelle il ne possédait aucune autorisation de détention.

« C’était un pistolet d’alarme » s’exclame le prévenu à l’adresse du président Eon.

Selon des témoins, le prévenu était dans un tel état d’excitation qu’il fallut le ceinturer pour l’empêcher de faire des bêtises. Mais la solidarité calenzanaise veillait les destinées du ballon stoppé en pleine course. Si le but avait été atteint, il n’avait pas été marqué. Et pour le supporter en déplacement à Murato, l’intervention était digne du coup de maitre.

M. Etienne Riolacci, substitut du procureur de la République, ne saurait partager ce point de vue. « Les faits sont établis. Je requiers contre l’accusé une peine d’emprisonnement ferme. »

Au cours de sa plaidoirie, Me Trani replacera l’affaire dans son contexte, celui d’un match de foot « dont l’enjeu, en ce dimanche 23 avril 1978, passionna autant Jean -Marie Lucchetti que les autres supporters calenzanais. Celui qui a toujours comparu devant le tribunal pour des faits relevant principalement de l’espièglerie et de l’enfantillage, a été suffisamment maladroit pour venir armé sur un stade. Lorsqu’il vit les avants de Murato menacer le gardien de but de Calenzana, son sang ne fit qu’un tour. »

Insistant sur le côté psychique de l’inculpé, le bâtonnier sollicita pour son client « la plus grande compréhension. » Jugement : trois mois de prison et maintien en détention. (Marc Pantalacci)


23 octobre 1987 : « Le voyage extraordinaire d'un Corse aux Etats-Unis »

Publié le 22 octobre 2018 à 9:35

 Pourquoi certaines villes américaines portent-elles des noms évocateurs de la Corse tels que Paoli, Corsica ou Corsicana ? C’est en se posant cette question que Bertrand Barbot est parti au mois de septembre pour un voyage de trois semaines aux Etats-Unis. Une autre idée l’animait : trouver des marchés pour l’artisanat local.

A l’université de Columbia de New York, il épluche les archives de la Révolution américaine pendant six jours. Il apprendra que les patriotes américains écrivant la constitution avaient pour modèle celle de Pascal Paoli. Les archives font aussi état de rencontres entre Paoli et Washington, Ash ou Franklin. Même exilé en Angleterre, Paoli garda des contacts avec les révolutionnaires.

De cette époque, les Américains ont gardé un souvenir un peu particulier et une certaine tendresse pour la Corse, tout au moins en ce qui concerne les universitaires.

Corsica City, sud Dakota, une petite ville de 700 habitants du Middle West. La visite de Bertrand Barbot est une surprise ici. Les journaux locaux (le « Daily Republic » et le « Corsica Globe » consacrent des articles au jeune ébéniste. La télévision Kelo Land TV lui fait même une place dans son journal. Le scénario sera le même en Indiana, au Texas ou en Pennsylvanie. Apparemment, on aime ce genre d’initiative.

De ces liens entre révolutionnaires est resté une tradition amusante. Dans certaines familles la coutume veut que l’un des enfants s’appelle Pascal voire Pascal Paoli. Les registres d’état civil sont très parlants à ce sujet. (Isabelle Luccioni)



27 mars 1974 : « Désarroi chez les harkis de Casamozza »

Publié le 22 octobre 2018 à 7:55

On a un peu oublié ces anciens supplétifs de l’armée française dont le nom s’est progressivement appliqué à tous ceux qui s’étaient engagés à nos côtés pendant la guerre d’Algérie. Combien étaient-ils ? Cent mille environ si nos souvenirs sont exacts. Dès la signature des accords d’Evian, en mars 1962, ils tentèrent de gagner la France. Peu d’entre eux y parvinrent. Les autres furent massacrés dans d’horribles conditions.

En Corse, plusieurs centaines de familles s’installèrent en Corse. Deux centres d’accueil furent aménagés à Zonza et à Casamozza. Ces déracinés avaient le choix entre la valise et le cercueil.

Une cinquantaine de musulmans vivent aujourd’hui au hameau de Lucciana. Il nait un enfant par an dans chaque famille. La communauté est installée à 800 mètres de Casamozza, en contre bas de la route Bastia-Ajaccio. Là, les ministères concernés ont construit une cité en préfabriquée.

Vu d’en haut, les constructions évoquent une petite bourgade de la Mitidja. Les femmes commencent à se libérer du poids des traditions, mais rentrent chez elles en courant lorsqu’un étranger arrive. Les hommes sont employés pour la plupart. Les enfants parlent le corse.

Mais depuis quelques semaines, la communauté est plongée en plein désarroi. Elle est livrée à elle-même. On ne sait s’il s’agit d’une mesure d’économie, mais le chef du village a été déplacé à Zonza. Il n’a pas été remplacé. Or, pour ces harkis, le « chef » est tout à la fois le conseiller, le juge de paix, le secrétaire, l’infirmier. Sa femme, monitrice d’action sociale, le secondait efficacement. Rien ne va plus depuis leur départ. La communauté se sent coupée du monde. Plus de téléphone. Plus de secrétaire pour régler les questions administratives. Pour apaiser les « chikaias » aussi.

Résultat : certains s’adonnent à la boisson. Avec toutes les conséquences qui en découlent. Il semble que l’on ait misé sur un regroupement des harkis à Zonza. Avant le départ du chef du hameau, l’un deux nous a confié : « Si M. Soule part à Zonza, nous le suivrons tous ! Personne n’acceptera de rester à Casamozza sans lui ! »

On en est là. Heureusement, une famille bastiaise joue épisodiquement le rôle de chef de hameau. Mais c’est le genre de solution qui ne satisfait personne. Ce que veulent les harkis, c’est quelqu’un qui puisse résoudre tous les petits problèmes du quotidien. On leur doit bien ça. (J-C Lanfranchi)

 

5 Mars 1974 : « Il devient verrier...pour reconstruire la Corse »

Publié le 22 octobre 2018 à 5:20

 Philosophe, Jean-Paul Vincensini est ce jeune licencié en droit, titulaire d’une maitrise d’histoire et d’un diplôme d’ingénieur en aménagement touristiques, qui a tout abandonné pour repartir à zéro.

« Le barreau, la magistrature, ne me convenant pas, j’avais pensé au tourisme. Et puis j’ai vite compris qu’une telle profession m’obligerais à participer à la détérioration de la Corse. Alors, je suis devenu verrier, tout simplement parce qu’il n’y en avait pas en Corse. Et surtout parce que ce métier allait me permettre de participer à la reconstruction de la Corse. »

« Il s’agit d’un art du feu. Assembler des morceaux de verre, les cuire, les colorer pour faire des vitraux, par exemple. Je travaille essentiellement avec la Corsicada et le groupe Monumenti. »

Natif de San Lorenzu, où l’installation de cinq artisans a relancé l’économie, il anime l’association A Rustaghja pour l’animation et la sauvegarde de la Castagniccia. « Toutes ces activités conduisent au bonheur, je crois…. » (J-B Suzzoni)



5 mars 1974 :« M. Luigi fête ses cent ans »

Publié le 22 octobre 2018 à 4:40

 Le 9 mars, une sympathique et notable famille de Bastia et du Cap-Corse, la famille Luigi, célèbrera le centième anniversaire de son ainé, M. Dominique Luigi, né à Conghiglio. Il est également le doyen des pharmaciens bastiais.

Il a fait ses études primaires et secondaires au lycée de Bastia puis effectua un stage de pharmacie chez son oncle, M. Toussaint Luigi, pharmacien à Vico. Il suivit ensuite pendant deux ans les cours de l’école de pharmacie de Marseille et obtint ses diplômes de 1ere classe comme à la faculté de Montpellier. C’est en juillet 1902 qu’il installa ses laboratoires et son comptoir à Bastia, à l’endroit même où son fils gère aujourd’hui la pharmacie, à l’angle de la rue Napoléon et de la place Saint Nicolas.

C’est là, pendant près de 50 ans, que M. Luigi exerça la profession qu’il avait choisie, attirant sur son établissement, par la courtoisie de son accueil, l’intelligence et le sérieux qu’il apportait aux choses de son art, une réputation dont la qualité n’a d’égale que la longévité. Son fils représente la 3ème génération de pharmaciens qui se sont succédé dans cette famille.

Marié en 1917 à une Nicrosi, de Rogliano, il est le père de quatre enfants et le grand-père de huit petits-enfants. Dans sa profession, il a eu à faire face à l’épidémie de grippe espagnole au cours de laquelle son oncle de Vico succomba. En 1943, au moment de la libération de Bastia, l’immeuble où se trouve la pharmacie fut bombardé. Mais grâce à sa persévérance, son affaire repartait d’un bon pied en 1947.

Pour son anniversaire, le chanoine Sauveur Casanova dira une messe d’action de grâces.



2 mars 1974 : « Mlle Moussouris, depuis vingt ans sténotypiste du Conseil Général »

Publié le 22 octobre 2018 à 4:15

 Neuf heures. La silhouette menue, vêtue d’un pantalon marron et d’une tunique à fleurs, camaïeu châtaigne, avec ses cheveux coupés courts et ses yeux pétillants d’intelligence et de curiosité, Mlle Suzanne Moussouris vous reçoit, charmante hôtesse, au bar de l’hôtel des Etrangers. « Voici vingt ans que je descends dans cet hôtel. Je m’y sens chez moi. »

Depuis 1954, elle est la sténotypiste du Conseil général. « Pour lui, je lâche tout autre engagement à Paris ou ailleurs. Je n’ai manqué qu’une seule session. »

Dans le sanctuaire de la petite assemblée, elle a toujours sa place retenue à une table sous la tribune. Ses doigts courent sur le clavier à une vitesse vertigineuse et, sur le ruban de papier s’impriment une multitude de petits signes indéchiffrables pour le profane.

«Je fais ce métier depuis 1947. J’ai eu le temps d’apprendre à ne plus être esclave de ma machine. Je peux suivre les débats ou bien m’évader tout en continuant à taper sur mes touches. »

Elle consacre huit heures par jour à la retranscription des débats. Une heure et demie de prise correspond à soixantes pages dactylographiées. Mlle Moussouris refuse de confier cette tâche de retranscription à quiconque :

L’ensemble des dossiers lui est communiqué par le secrétaire général, M. Pierre-Louis Silvani.

De nombreux clients la réclament. Après la session du conseil économique et social, elle sera mardi à un diner-débat aux côtés du ministre du travail, M. Gorse, mercredi au comité des programmes de télévision à l’O.R.T.F. Parmi ses plus anciens clients, le Conseil de l’Ordre des architectes, la Direction nationale des assurances, les colloques médicaux, etc…

La plupart de ses souvenirs se rattachent à des noms célèbres : Raymond Arch qu’elle a suivi pendant 17 ans, Jean Rostand qui se disait « dépassé par sa merveilleuse petite machine », le procès de deux S.S en 1952 au tribunal militaire de Paris, la Charte de Lagos, le cardinal Danielou, Antoine Pinay…

Elle prend tout de même des vacances au mois d’aout, en période consacré à une cure pour l’arthrose cervicale : « Mon métier est une épreuve d’endurance pour la colonne vertébrale. »

Ses hobbies ? Le bridge, le football corse et les romans d’Exbrayat et la poésie. (M.M Pugliesi Conti)



13 juin 1971 : « Sartène : poursuivi par un taureau à 85 ans »

Publié le 20 octobre 2018 à 0:25

 M. René Brondel et sa charmante épouse forment un couple qui démontre que l’on a l’âge de ses artères. M. Brondel, ingénieur, à 85 ans. Au volant de sa voiture, il a parcouru notre ile. Il a pris plus de mille diapositives qui illustreront les conférences qu’il donne pour faire aimer notre pays.

Descendu à l’hôtel des Roches, il a visité les monuments mégalithiques et les églises de la région.

A Santa Lucia di Tallano, c’est le dynamique M. Bernardini, le maire, qui a tenu à leur servir de cicerone. Mme Géromine Taffanelli, 95 ans, la doyenne, a posé pour les photos avec la classe d’un modèle professionnelle.

Une seule ombre au tableau : sur la commune de Zoza, un taureau furieux a chargé M. Brondel qui a dû retrouver ses jambes de 20 ans.

En Palestine, il avait été pourchassé par des femmes voilées qu’il avait photographiées. Le photographe a trouvé l’épisode du taureau moins dangereux que l’autre.


6 juin 1971 : « Jour de réception à l'ile Cavallo »

Publié le 20 octobre 2018 à 0:15

 L’ile a été le théâtre d’évènements inhabituels. Castel, un des grands prêtres du Tout-Paris noctambule, a décidé d’y planter sa tente et d’y installer ses amis. C’est hier que, sans aucun apparat, mais dans l’allégresse générale, ont été inauguré la petite piste d’aviation et l’ensemble résidentiel de vacances qui ont été aménagés sur ce grand rocher attrayant qui mesure deux kilomètres de long sur un de large.

Une Caravelle équipée en charter avait conduit ses invités à Ajaccio en fin de matinée. De là, deux appareils de la compagnie « Corsair », deux avions de l’Aéro-Club de Saint-Tropez et un monomoteur de l’Aéro-Club de la Corse transportèrent hommes politiques, vedettes, journalistes et mannequins jusqu’à l’ile. Vêtu d’une tunique de couleur foncée et d’un pantalon bleu, Castel accueillait ses hôtes un à un. On pouvait reconnaitre M. Maurice Bokanoski, Micheline Presle, le modéliste Jacques Delahaye, Petula Clark.

Sous un soleil radieux, les invités se sustentèrent en plein air et très copieusement. Au menu : charcuterie, cabri grillé et frites. Le tout arrosé par les meilleurs crus de l’ile.

L’après-midi d’hier a été consacrée à la flânerie, au farniente, aux baignades et aux bains de soleil. Certains des invités, transportés par l’éclat d’un ciel sans nuages, n’hésitèrent pas à faire trempette dans le plus simple appareil. C’est là une tentation que procurent bien des petites iles paradisiaques.

Jean Castel, en parfait homme d’affaires, a eu l’idée de cette société civile qui, grâce à ses 230 actionnaires, va permettre d’aménager un ensemble de vacances. On conçoit aisément, lorsqu’on connait la célébrité de Castel qu’une piste d’aviation était devenue nécessaire.

Hier, la pluie et le vent semblaient avoir voulu se venger des hommes qui ont osé occuper un domaine qui, jusque-là, ils étaient les seuls à se partager.

Aux amis parisiens s’étaient joints de très nombreux invités corses. Les soirées de samedi et dimanche ont été animés par l’orchestre « les pieds nickelés » avec le concours du chanteur corse Luc Vico. (G. Fouet)




30 décembre 1977 : « Ajaccio : une fontaine qui mousse

Publié le 16 octobre 2018 à 10:40

 Elle n’arrête pas de faire des bulles, cette fontaine de la place de Gaulle, dans laquelle d’aimables plaisantins pour les uns, de tristes vandales pour d’autres, ont jeté l’autre soir suffisamment de détersifs pour faire couler dans le parking municipal souterrain une marée de mousse. Il a fallu faire appel aux pompiers pour dégager cette marée blanche.


Le maire, M. Ornano, livre son point de vue : « L’incident a entrainé des dommages tant au parking qu’aux voiture qui y étaient garées. Je tiens à m’élever contre ces actes de vandalismes qui, faisant fi des efforts consentis par les Ajacciens pour l’amélioration de leur cadre de vie, sont le reflet d’une inconscience sans bornes de la part de leurs auteurs. Il est déplorable que des individus irresponsables que des individus prennent un malin plaisir à détruire ce qui a été fait la veille. Il est temps que chacun prenne conscience que la qualité de la vie collective suppose un minimum de civisme et de respect du bien commun. »


17 décembre 1977 : « L'ancien gardien de prison est devenu dresseurs de boeufs, à Corsoli »

Publié le 16 octobre 2018 à 10:35

 Reflet bucolique qui marque à peine la rudesse d’une existence au rythme des saisons et des intempéries, chacune des photos de notre collaborateur Antoine Feracci raconte les jours austères et paisibles de Jean Olivieri. Retourné depuis 1972 dans son hameau natal de Corsoli, après une retraite anticipée de gardien de prison et avide d’occuper ses loisirs, il a décidé de faire ce que d’autres ne faisaient plus. Il a renoué avec une tradition familiale : le labour et le dressage des bœufs. Ce seigneur de 58 ans arpente des terres interdites aux engins motorisés et en sept jours, il dresse des bœufs, les accoutume au « coppiu » de châtaigniers, tant et si bien que l’araire ancestral trace ses sillons sans dévier d’un pouce. Il arrive parfois que l’animal soit rétif et refuse de se plier au joug. Dès lors, il est irrémédiablement destiné au boucher. Jean Olivieri dispose d’une réserve de dix bœufs. A tour de rôle, il leur communique tout ce qu’ils doivent savoir du terrain et des saisons. Il apprend à les connaitre et ensemble ils ouvrent la terre féconde. Une fois dressé, les bœufs sont vendus. « L’argent ne s’en va pas aux Japon ou aux Etats-Unis, il reste en Corse. »


Mais Jean Olivieri ne se contente pas de vendre les bœufs qu’il a dressé, il en achète aussi afin de pouvoir les dresser. Notre laboureur a retrouvé les gestes de ses ancêtres et le bonheur. Il voudrait qu’il en soit de même pour tous ceux qui ont la possibilité de semer sur ces innombrables terrasses accrochées à flanc de montagne, témoins d’une richesse éteinte et qui ne demande qu’à revivre à nouveau l’époque de la tribbiera en ce mois de juillet où le soleil et les hommes communient dans la même chaleur.