Hier en Corse


Corse Matin : 40 ans d'archives

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26 janvier 1984 :« Reportage au centre pénitentiaire de Casabianda »

Publié le 8 décembre 2018 à 7:05

 Les récentes évasions de la prison gruyère de Bastia ont mis en avant de l’actualité les problèmes de l’administration pénitentiaire en Corse : insuffisance et inadaptation des locaux de détention. A Casabianda, point de barreaux, de mur d’enceinte, ni même de serrures aux portes. Unique en France, elle possède peu d’équivalent à l’étranger.


Dans les 1800 hectares de terrain (dont 700 en culture), les 167 détenus vaquent à leurs occupations sans toutefois en dépasser le périmètre de 20 km. Malgré l’absence de clôture, on a noté que trois fugues au cours de l’année 1983 et une en 1982.

Exceptionnellement, l’administration pénitentiaire nous a autorisé à visiter les installations et à rencontrer des membres du personnel et des détenus qui nous ont accueilli pour une journée. Après avoir quitté la RN 198, on est surpris par l’ampleur des surfaces cultivées. Sur les différentes voies quadrillant le domaine, on rencontre pêle-mêle, des véhicules conduits par des détenus et des animaux du cheptel.

Au bout d’une piste, une barrière symbolique et un gardien interrompant sa discussion avec des détenus nous accompagne dans le bureau de M. Alain Franchi, directeur depuis le 1er janvier.

La création du centre remonte à 1862. Après que le domaine a été acquis par l’Etat (suite à une vente aux enchères), l’administration en hérite une première fois. Mais l’insalubrité était telle que le pénitencier dut fermer en 1885. Avant l’assainissement des marais par les armées alliées, il ne restait en culture qu’une cinquantaine d’hectares, le reste ayant été envahi par le maquis.

C’est en juillet 1948 que Casabianda reçut ses premiers condamnés (politiques) qui assurèrent les premiers travaux de remise en état des bâtiments et de défrichement des terres.

Depuis 1953 il reçoit les condamnés de droit commun qui purgent des peines de deux à vingt ans, généralement pour attentats aux mœurs à caractères incestueux (actuellement 79%), meurtres, assassinats, parricides (15%), le reste pour vol, coups, etc. Ces détenus sont dirigés par le centre national d’orientation de la prison de Fresnes.


Dans le centre, spécialistes et techniciens se livrent pendant plusieurs jours à une étude approfondie de chaque délinquant avant l’orientation. Sont transférés ici les condamnés auxquels leur personnalité, leurs antécédents et leur éducation permettent de bénéficier du traitement en milieu ouvert.

Les pensionnaires se lèvent à 6h30. Après l’appel de 7h00, ils se rendent à leurs différentes tâches. Après le déjeuner, retour au travail de 13h30 à 18h00. Les détenus ont ensuite la liberté de circuler sur le domaine. En période estivale, ils ont accès à la plage pour se baigner ou pêcher. Dans le foyer (qu’ils gèrent), ils peuvent lire, voir la télévision ou le cinéma, jouer aux jeux de société ou au ping-pong. Au niveau des activités scolaires, ils peuvent préparer le certificat d’études ou suivre des cours d’alphabétisation et bientôt de langues étrangères, grâce à des détenus de niveau culturel élevé.

M. Joël Marié, assistant social depuis un an, s’occupe des activités socio-culturelles.

Des détenus ont aussi inauguré récemment les premières activités du groupe ‘Expression’ afin discuter avec la direction des problèmes quotidiens.

Sur la vente de leur production, les détenus perçoivent 25%, le reste allant à l’association et à l’administration.

Les parloirs sont toujours libres et se déroulent hors la présence du personnel pénitentiaire. Un pavillon aménagé permet au détenu de recevoir sa famille une fois par semaine. Les familles peuvent également pique-niquer avec leurs proches sur les 7 km de plage du domaine.


Un deuxième pavillon appelé ‘Chambre d’amour’, situé sur une plage, permet au détenu d’avoir des relations sexuelles avec son épouse. Car quelques-unes d’entre elles se sont installées dans la région d’Ajaccio ou de Bastia. Toutes ont un emploi et bénéficient une fois par semaine du parloir. Ainsi, nombre de détenus sont devenus père pendant l’exécution de leur peine. (Antoine Feracci-Photos J.Martinetti)


23 janvier 1984 : « Galeria : Zia Agnula Felicela Albertini a franchi le cap du siècle »

Publié le 8 décembre 2018 à 6:55

 Née le 16 janvier 1884 « in un’anticha casa » du petit port de pêche de Galeria, elle vient de franchir le cap du siècle. L’évènement ne pouvait être passé sous silence dans le coin de Balagne, suffisamment rude pour résister aux assauts répétés de la mer et du vent, qui forgent les caractères les plus endurcis. Elle n’a pas de secret pour expliquer sa déjà longue existence. Pas plus qu’elle ne croit aux miracles de la thérapeutique, même si elle est très reconnaissante à son médecin, le Dr Charles Doria, de bien la soigner lorsque l’assaille le virus d’une mauvaise grippe.


Lucide, tirant de sa mémoire des souvenirs enfouis, elle évoque le temps de sa jeunesse : « Enfant, j’ai commencé à travailler, car il fallait vivre. J’étais la cadette d’une famille de quatre sœurs où nul ne chômait. La journée de labeur débutait avant le lever du soleil et s’achevait après la tombée de la nuit. Comme tant d’autres, je portais des corbeilles de charbon provenant de l’exploitation du bois, vers le port voisin. Nous chargions à bord des bateaux à voiles venus d’Espagne. »

Lorsqu’on lui demande qu’elle message elle souhaite confier aux lecteurs de Corse Matin, elle nous répond : « Aghju sempre dattu boni cunsigli a tutti. Oghje li diceraghju di travaglia onestamente s’elli mi volenu sta assente… »

Le champagne est servi. Le Dr Dany Rossi, maire de la commune, exhalte les vertus qu’incarne Zia Agnula. Un bouquet de cent roses lui a été offert par la municipalité, ainsi que la médaille commémorative frappée à l’occasion du centenaire. (JB Suzzoni)


9 janvier 1984 : « M. Marc Tennevin, professeur de mathématiques menacé par le F.L.N.C »

Publié le 8 décembre 2018 à 6:50

Les professeurs enseignant au collège et lycée Fesch se retrouveront aujourd’hui en réunion extraordinaire. Il s’agit d’assister un homme dont chacun s’accorde à dire qu’en pédagogue scrupuleux et en chrétien fervent, il était un exemple dans une profession trop souvent critiquée. Après avoir tenté, au fil de mois, de convaincre M. Marc Tennevin de ne pas quitter la Corse, ses collègues ont fini par s’incliner devant le désarroi d’un homme dont le propos quotidien comme l’attitude étaient totalement étrangers à la haine et à la suspicion engendrées par les actes délibérées des uns et facilitées par l’inconscience et la passivité égoïste des autres.

Il est probable qu’il n’y aura rien d’autre à faire demain qu’à accompagner M. Tennevin et sa famille à Campo dell’Oro. Démarche impuissante de la part de ceux qui ont choisi de réapprendre et d’enseigner ce qui peut être tenu pour une vertu : savoir avoir honte en certaines circonstances parce que ces circonstances sont aussi le fait des renoncements collectifs. (JB)

Les 130 professeurs du collège Fesch et du lycée se sont réunis hier pour évoquer le départ sous la menace d’un de leurs collègues.

Hier, ses collègues ont décidé de réfléchir ensemble et de mettre en commun leurs idées et leurs sentiments susceptibles de déboucher sur une aide matérielle et morale à la famille de ce professeur, agrégé d’histoire et de géographie, qui a connu les pires déboires psychologiques depuis deux ans.

Aujourd’hui 10 janvier, une journée d’action est organisée, elle se traduira par un établissement désert. Une délégation se rendra au rectorat pour recueillir la prise de position de l’administration de tutelle à cet égard et afin d’étudier la possibilité administrative de voir verser le salaire de chaque manifestant, au cours de cette journée d’action, à M. Tennevin.


Plusieurs fois victime d’attentats et de menaces, M. Tennevin, qui enseignait au Finosello, a souhaité changer d’établissement pour l’année 1983-1984. C’est à l’issue de ce dernier trimestre au cours duquel ce professeur paraissait avoir retrouvé la joie de vivre dans ce pays, où il disait lui-même avoir « donné le meilleur de lui-même. » Il a reçu la dernière échéance que lui « accordaient » les clandestins et a décidé de partir, notamment pour sa femme, qui est atterré.

La famille Tennevin quitte donc la Corse aujourd’hui. Il n’est pas assuré de trouver un poste dans l’académie d’Aix-en-Provence, où il se rend. Sa demande de mutation a été envoyée hors délai (cette opération se fait en général en décembre). (MM.PC)

D’autres que lui, victimes des mêmes menaces ou les devançant, avaient pris leurs précautions. En 1983, 109 enseignants du secondaire (sur 1790 occupant leur poste en Corse) ont demandé leur mutation sur le continent. Ils avaient été 70 l’année précédente. L’an dernier, 109 professeurs chargés d’enseigner à nos enfants ont demandé à partir et à nous fuir. « Nous ». (JB)


7 janvier 1982 : « François Bornea, le 'dernier bandit corse', n'est plus »

Publié le 17 novembre 2018 à 3:10

 L’ancien gendarme devenu bandit a disparu à Zonza à l’âge de 77 ans. François Bornea est entré dans la légende de ces seigneurs au « palais vert » qui ont peuplé la solitude du maquis et tracé leur destin entre le bien et le mal. François Bornea n’aimait pas trop les journalistes ; il expliquait que chaque fois qu’il rencontrait un journaliste parisien, un tissu d’inepties et d’inexactitudes lui causèrent un tas d’ennuis. Aussi ne s’est-il jamais ouvert à aucun d’entre eux, ni même à des cinéastes, dont René Clair, ou à des romanciers parmi lesquels son ami Auguste Le Breton.

Cet homme, au visage intelligent, au regard d’aigle, connut aussi une vie tumultueuse que peut l’être une vie de bandit. De retour du service militaire, il sollicite, en 1925, son admission dans la gendarmerie maritime de Toulon. Là-bas, au sein de la colonie corse, nombreux sont les souteneurs menant la « belle vie ». Il glisse sur la mauvaise pente et la « disgrazia » l’attendra au détour de sa vie.

Radié des cadres de la gendarmerie, il s’installe chez ses parents, ç Guitera, où il effectue, ici et là, de petits travaux. Pendant cette période, les « exploits » du bandit Joseph Bartoli, qui terrorise la région du Taravo, ne le laissent pas indifférent. Aussi, les deux hommes se rencontreront-ils un soir dans un café de Cozzano.

C’est le début d’une longue liste de forfaits qui dureront quelques mois, notamment l’attaque façon far West de la voiture d’Ange Marsili assurant la liason entre Ajaccio et Zicavo. Les deux hors-la-loi vont même jusqu’à ordonner la fermeture des cafés à partir de 22h et interdire aux gendarmes de la région de sortir en armes !

En 1934, François Bornea se constituera prisonnier à la gendarmerie de Levie après avoir tenu le maquis pendant sept ans. La cour d’assises de Bastia le condamne à cinq ans d’emprisonnement. Après avoir payé sa dette, il est mobilisé en septembre 1939 et incorporé au 173ème régiment d’infanterie. A la fin des hostilités, il s’installe à Zonza où il coulera des jours paisibles.

« Voyez la pureté de notre ciel au-dessus des montagnes, et voyez aussi, du côté de la mer, ces nuées orageuses qui montent comme des mauvais courants. Ce sont ces courants qui jadis, dans un moment de folie et d’égarement, ont fait de nous des bandits, des êtres violents, vindicatifs, méchants » avait-il expliqué un jour à un écrivain le rencontrant. (M.Muraccioli)



4 janvier 1982 : « Le mystère Thomas Trombetta,enlevé à Paris il y a deux ans »

Publié le 16 novembre 2018 à 10:20

 « Mon fils avait 25 ans. Originaire de Zigliara, il avait dû quitter son village pour travailler à Paris. Depuis quatre ans, il y vivait en famille et était employé à l’E.D.F, avenue de Wagram (8ème). Le 3 janvier 1980, à 20h, dans une rue sombre de Levallois-Perret, sous les yeux de témoins formels. Il était enlevé par quatre hommes à bord d’un Renault 12 break bleu marine, semblable à ceux employés par les services de police. Depuis ce jour, nous n’avons aucune nouvelle. Une fugue est impossible. Qui pourrait me fournir un renseignement permettant de comprendre ? »

Cette lettre a été expédié à travers l’ile en plusieurs centaines d’exemplaires. Ultime recours. Ultime espoir. Ultime démarche…

Cette mystérieuse disparition reste une énigme pour la police parisienne. Pour son frère, il ne peut être question d’une fugue. Thomas dormait sous son toit où régnait la plus parfaite entente. Il ne peut être question non plus d’une discorde ou de l’assouvissement du désir d’aventures. Et encore moins d’un suicide. A-t-il été assassiné ?


Aucun doute pour Nonce Trombetta. « Le 3 janvier 1980, il devait diner avec deux amis qui l’attendaient devant un restaurant. Ils l’ont vu arriver au volant de la R5 d’E.D.F qui lui était affectée. Au moment où il cherchait à se garer, la R12 bleue marine s’est immobilisée à sa hauteur. Trois hommes en sont descendus et le quatrième est resté au volant. Thomas a subi une fouille en règle, mains appuyées sur le capot. Puis il est monté à l’arrière, encadré par deux individus. L’autre a pris le volant de sa R5. Celle-ci a été retrouvée abandonnée sur le cours de Vincennes le 9 janvier au matin…Une semaine plus tard. »

Dans les 48 heures après sa disparition, pas un de ses nombreux amis ne s’est manifesté.

« Quelques jours auparavant, le 22 décembre 1979, « Corses Fora » avait été inscrit à la peinture de notre maison. Nous n’avons pas compris. Nous ne militions dans aucun mouvement nationaliste. Peut-être a-t-il payé pour quelqu’un d’autre… » (JC Lanfranchi)


27 décembre 1985 : « L'occhiu pour chasser le mauvais oeil »

Publié le 16 novembre 2018 à 9:00

 Nous sommes en Casinca. Les flammes dansent joyeusement dans le fucone. La lueur qu’elles projettent fait vaciller les ombres sur les murs. De loin parviennent les sons annonçant la messe de minuit. C’est Noël. Tout autour de la cheminée, une dizaine de femmes relativement jeunes vont s’initier au secret de « l’occhiu » : l’art et la manière de chasser le mauvais sort. Le mauvais œil qui vous donne subitement mal à la tête ; qui vous indispose brutalement. Et qui disparait aussitôt dès lors que l’on s’est soumis directement, ou par un objet interposé, à cette prière que l’on marmonne plus que l’on formule.

Une vieille dame dispense son savoir. Silence, puis chapelet de mots que l’on reprend individuellement puis en cœur. Une assiette est remplie d’eau. Une ‘luminella’ et de l’huile. La prière reprend son cours. Trois gouttes d’huile sont versées dans l’assiette. A l’importance qu’elles prendront, ou pas, l’officiante vous dira si vous êtes ou non, ‘annucchiatu’. Et à quel degré. Auquel cas vous ne serez débarrassé du mal pernicieux qu’au terme de trois séances d’occhiu, pratiquées par trois officiantes différentes. La pose de la main sur la tête de celui auquel a été transmis le mauvais œil et la traditionnelle prière suffisent bien des fois à éloigner le mal.

Cette pratique mêle profane et sacré dans une Corse profondément pieuse qui ne s’est pas encore défaite, et c’est heureux, de ses racines d’hier.



6 décembre 1985 : « Comment sauver les peintures pariétales de la grotte d'Olmeta di Capi Corsu ? »

Publié le 16 novembre 2018 à 5:55

 ‘A Grotta Scritta’ est un endroit que les habitants de la localité, administré par M. Masini, tentent de tenir secret. Ce témoignage du passé est le seul du genre en Corse. Des spécialistes les situent à l’époque Chalcolithique, à l’âge du bronze primitif, c’est-à-dire 2000 à 1500 ans avant J-C. A Olmeta, on a fait tout ce qu’il fallait pour éviter la détérioration, mais l’été venu il est difficile de veiller aux déplacements de tous ceux veulent voir et toucher les peintures.

M. Ange Martini a de quoi réaliser une véritable encyclopédie sur le sujet. Il nous a affirmé que les premières reproductions des peintures pariétales avaient été effectuées en 1966 par René Grosjean dans son ouvrage « La Corse avant l’histoire ». « Mais la grotte était connue depuis longtemps par la population d’Olmeta. La légende rapporte même que les olmetais considéraient l’endroit comme un lieu de culte. De plus, on sait que les alentours du site, qui se trouve sur une propriété privée appartenant à la famille Defendini-Peretti, étaient cultivés. »

Après René Grosjean, c’est un peintre italien qui en 1967, a réalisé une copie de toutes les inscriptions de la grotte, remise à M.Martini, dont les archives s’enrichiront en 1970 d’une étude du professeur allemand Gottfried Kreuzer, confirmant l’incontestable intérêt des peintures pariétales.


Plus tard, ce sera au tour des archéologues corses de se pencher sur le site. Tous constateront la détérioration lente des peintures et avanceront l’idée d’une protection. En vain. « Dans quelques années, les peintures ne seront plus visibles. Déjà certaines reproduites par Franca Ghitti, en 1967, ont disparu. »

Aujourd’hui à Olmeta, plus question de se rendre en promenade à la grotte où un touriste allemand est revenu récemment avec un morceau de la grotte riche de précieux enseignements !

La solution réside dans un accord entre les propriétaires de la parcelle et la mairie. Il s’agit, selon M. Jean-Claude Ottaviani, conservateur du musée d’Aleria, de rétrocéder trois mètres carrés de terrain. Dès lors, il n’y aurait plus contradiction entre l’aspect juridique et l’action de l’Etat, dont l’effet pourrait jouer à plein. Ce jeu de la transaction n’en vaut-il pas la chandelle ? (C.M)



7 novembre 1985 : « Isabelle Ciaravola, une jeune étoile ajaccienne parmi les constellations de la capitale »

Publié le 15 novembre 2018 à 11:00

 Une très bonne nouvelle pour la musique et la danse insulaire. Une jeune Ajaccienne, âgée de treize ans, est lauréate du Conservatoire national supérieur de la musique et de la danse de Paris. Mlle Ciaravola a réussi le concours d’entrée et qui réunissait cent soixante-dix candidates venues de tous les coins de France. Quatorze danseuses ont été retenues.

Ce succès ravit ses professeurs d’Ajaccio, Mmes Rouvière et Gozzi-Portal, mais aussi celui de Paris, M. Daniel Franck, professeur au Théâtre national de l’Opéra et de l’académie Chaptal. C’est dans la classe de Mlle Christiane Vaussard qu’elle poursuivra ses études de danse.

Un nouveau succès pour la famille Ciaravola-Minighetti qui s’était déjà distinguée cette année à travers la sœur aînée Emmanuelle, 16 ans, qui s’est vue décerner la médaille d’or du conservatoire d’Ajaccio pour son talent en tant que pianiste. (AC)


28 aout 1981 : « Mme Lucie Romanetti, première femme gardienne de la paix en Corse »

Publié le 15 novembre 2018 à 6:30

 Depuis janvier 1972, elle est agent de police. Cette gardienne de la paix, originaire d’Ocana et de Calcataggio, est la première femme à exercer ce métier en Corse. Elle a été affectée à la police de l’aéroport de Campo dell’Oro.

Pour rentrer dans la police, elle a suivi un stage de cinq mois à Reims. Au cours de celui-ci, elle a reçu l’instruction nécessaire sur tout ce qui concerne le travail d’un gardien de la paix. Apte à se défendre (elle a pris des cours de self-defense), elle a également suivi des cours de secourisme afin de prodiguer les premiers soins à un blessé. De plus, elle a suivi des exercices de tir avec démontage et remontage des armes qu’elle manipule.

Le sport n’était pas exclu de la formation puisque Mme Romanetti prenait part deux fois par semaine à un footing de huit kilomètres et à des courses de vitesse sur 60 et 600 mètres. (André Carcopino)


19 aout 1981 : "Des centaines d'heures de patience pour "Soleil Royal""

Publié le 14 novembre 2018 à 4:25

 Des centaines d’heures de patience pour le ‘Soleil Royal’. Cette maquette a été réalisée par M. Paul Telli, d’Ajaccio. (Jo Mignucci)



6 aout 1981 : « La grotte de Macinaggio »

Publié le 14 novembre 2018 à 3:30

Près de Macinaggio se trouve une grotte particulièrement intéressante. Située à six mètres au-dessus du niveau de la mer, elle est d’un accès assez difficile. L’étude, menée en 1975 par le professeur Bonnifay, de la faculté de sciences de Marseille, permettrait de dater l’effondrement au quaternaire, de ce que l’on appelle le pont Toscan.

C’est dans cette grotte qu’a été découvert un exemplaire de Cersius Cazioti, un remarquable mammifère apparu en Corse il y un ou deux millions d’années. Malgré l’intérêt et la beauté de cette grotte nous déconseillons sa visite car elle est située sous une immense falaise qui menace de s’écrouler. (Jean-Paul Sermonte)


31 Aout 1984 : "Marianne et François cultivent leur jardin biologique »

Publié le 6 novembre 2018 à 9:05

La grisaille du marché de Bastia est éclairée par un rayon de soleil. Nous avons rencontré Marianne Tkaboka. Elle a 24 ans. Originaire de Monaco, elle était jusqu’en 1980 secrétaire à la télévision monégasque. Son époux, François, 28 ans, était lui professeur de guitare dans la Principauté. Il semblait manquer un but à leur vie. Un vent de liberté les pousse vers d’autres rivages. Rêvant d’une autre vie, le couple traverse en vélo, pendant quatre mois, l’Italie, la Grèce, la Sardaigne, la Tunisie, la Sicile et la Corse. A la dernière étape, c’est le coup de foudre. Ils y reviennent pour leur voyage de noces. Ils commencent par travailler un petit terrain à Pruno et s’intéressent de près à l’agriculture biologique. Ils s’établissent dans une propriété de Ville de Pietrabugno. Marianne s’occupe de la cueillette et de la vente au marché, François se charge de l’entretien et de l’arrosage des semences.

Le jeune couple adhère à l’association Nature et progrès, afin d’offrir à ses clients une garantie sérieuse. Cette association attribue une mention portant son nom en contrepartie d’un contrôle annuel très strict par une analyse de la terre et des produits. Marianne Tkaboka expose sur son étal toutes sortes de légumes dont des cœurs de bœuf d’Italie, et des ananas d’Amérique, entre autres. François a également une serre où il fait des plants qu’il revend au printemps.

Outre la culture, le couple anime une chorale. Ces jeunes agriculteurs ont dans leur projet l’achat d’un terrain où ils pourraient vivre en compagnie de David, leur enfant d’un an et demi, et du nouveau venu attendu en novembre. (Anne Marie Pastorino)



23 Aout 1984 : « Vincent Orsini, le président de la République Libre de Macchione »

Publié le 6 novembre 2018 à 8:20

 Aux alentours de Bastia, une bâtisse lance depuis sa porte d’entrée un bienveillant appel : « Salut, Puissant du jour, au gueux sans toit, seul, ou avec une escorte, ici le nombre peu importe, car, sans mesure est notre foi, visiteur, pousse cette porte du Macchione, comme chez toi. Sans préjugés d’aucune sorte, avec nous, chante, mange et bois. Au moment de partir, emporte nos vœux de paix, de bonheur et de joie. »

Cette affichette est apposée sur la porte du palais présidentiel de la République libre du Macchione. Le pays est gouverné par Vincent Orsini. On a tout dit sur l’auteur de la ‘Barcarolle’. On a parlé de son talent, de sa maison, de son livre d’or et de ses mémorables soirées.

Sur les hauteurs de Lupino, une pancarte indique aux promeneurs les chemins du plus petit Etat du monde. Le président accueille les visiteurs avec sa guitare. De sa voix forte et sûre, il ponctue de vers doux ou amers les phrases qu’il ne trouve pas assez imagées.

De ses souvenirs du temps où il animait les salons de la haute société florentine, il rapporte des anecdotes de bon vivant. Anecdotes qu’il mime comme un comédien. Auteur de 300 chansons, il ne quitte pas sa guitare. Eternellement souriant et optimiste, il jure de bonne foi que quoiqu’il arrive de par le monde, il suffit de chanter : « Il ne faut pas en faire un drame. » (Anne-Marie Pastorino)



20 Aout 1984 : « Le pianiste du vieux port »

Publié le 6 novembre 2018 à 7:30

 Des airs de Scott Joplin et d’Errol Garner viennent mourir dans les cocktails. Bernard Maury, pianiste de bar dans un établissement du vieux port de Bastia, est très lucide sur son actuelle situation. Ce musicien accompli, chef d’orchestre des « Trois Maillets » dans le quartier latin, admet que les bons pianistes sont rares dans les bars.

Pour un artiste, il admet qu’il est dangereux de s’adonner à la musique de fond à longue échéance. Il lui faut se mettre à la portée du public, qui bien souvent veut entendre du « commercial ». Pas de création, peu d’expression : métier frustrant s’il en est. Bernard Maury ajoute tout de même qu’il jouit d’une liberté quelquefois appréciable.(Anne-Marie Pastorino)


7 Aout 1984 : « La statue de Jérôme Bonaparte jetée au bas de son socle par des vandales »

Publié le 6 novembre 2018 à 6:45

 Ce matin, des habitants venaient constater qu’un acte de vandalisme et de malveillance avait jeté en bas de son piédestal l’une des statues du monument. La chute a fait un bruit assez fort pour faire sursauter les riverains de la place du Diamant. Il était environ 4 heures du matin. Jérôme souffre d’un enfoncement de la boîte crânienne.


Les statues ne sont pas fixées, elles sont simplement posées sur leur socle. Elles adhèrent grâce à leur poids de l’ordre de 250 à 300 kilos. En ville, les vieux Ajacciens ressentent ce geste comme une offense personnelle et essayent de préjuger d’où pourrait provenir le mauvais coup…(M.A)



4 Septembre 1984 : "Patrimonio, le vieux vignoble entre deux mers"

Publié le 29 octobre 2018 à 4:50

L’origine de ce vignoble dans le pays parait émerger sous une forme timide et primitive, dès les premiers siècles qui ont suivi l’apparition des Phocéens (564 av J-C). Quelques bois conservés de ce vignoble semblent attester cette provenance. Sa véritable expansion se produit au milieu du XVIIème siècle. Gênes, par l’intermédiaire de la Banque de Saint-Georges, entreprend la valorisation de l’ile. Deux gouverneurs, Giovanni-Maria Spinola et Paolo-Gregorio Raggio, furent envoyés en Corse pour en accomplir la mission. Les deux gouverneurs investissent dans la région du golfe de Saint Florent. Les habitants furent alors dans l’obligation de planter de la vigne partout, même dans le désert des Agriates, où des avantages fonciers mirobolants furent offerts aux exploitants, gratis pro Déo. Vigne, céréales, coton eurent raison du désert. Le port de Saint Florent lui-même tira ses améliorations de cette nouvelle vogue.

Les gouverneurs apportèrent des cépages appelés Genovese, Rossola bianca, Bianco gentile…Par la suite, de nouveaux cépages vinrent enrichir le vignoble. La Grèce, l’Espagne et l’Italie en apportèrent d’autres par les échanges commerciaux en Méditerranée. Le climat, le terroir, la flore environnante a métamorphosé certains de ces cépages en les acclimatant d’une façon originale.

Puis vint la catastrophe de 1864 qui anéantit le vignoble lors de l’attaque d’insectes hémiptères, voisins des pucerons : le phylloxéra. Mais grâce à un plant sauvageon porte-greffe dit « américain », voisin de la vigne vierge immunisé contre la maladie et grâce aussi à quelques mètres carrés de vignoble épargnés par l’épidémie, le bois nécessaire aux greffons a permis de développer à nouveau l’encépagement.

Depuis 1969, le Malbagiu et le Nielluciu peuvent seuls prétendre à l’appellation contrôlée « Vin de Corse Patrimonio ». Le label consacre la constance, la loyauté, la pureté de ces vins.

Autrefois étaient produits des blancs, des rosés, des rouges, dont l’œnométrie variait entre 13° et 16° ; aujourd’hui, on s’en tient à 12° ou 12.5°. En revanche on ne produit plus ces deux vins rouges particulier qu’on appelait le chiara ginu (teinte cerise) et le « rapidu ». Ce dernier vin fermenté dans le parmentu (cuve) était consommé très tôt et faisait la soudure entre deux récoltes. (Bruno Sborgi)


3 Septembre 1984 : "Un vol en hélicoptère à 92 ans"

Publié le 29 octobre 2018 à 4:45

Mme Padovani, 92 ans, a voulu voir sa Balagne du ciel. Résidente à Santa Reparata, elle était accompagnée de sa fille Hélène et par le pilote Alain Verdier.

« C’est merveilleux » a-t-elle conclu. Le secret de sa forme : « Avoir beaucoup d’amis, ne faire de mal à personne et vivre avec les jeunes » (Photo Guizol)


31 Octobre 1987 : « Jean-Paul Quilicci, l'homme de Bavella »

Publié le 23 octobre 2018 à 11:05

 Dans toute l’ile, pour tous ceux que passionnent l’univers de la montagne, le nom qui s’identifie le plus à l’escalade est bien celui de Jean-Paul Quilicci. En mai dernier, il a été à la tête des six Corses qui ont escaladé plusieurs sommets supérieurs à 6.000 mètres d’altitude en Bolivie.

« La montagne corse est celle que je préfère. C’est là que dès l’enfance, j’ai satisfait ma passion de l’aventure ! J’y ai affronté bien des embûches, mais c’est là que je me sens pleinement un homme et que j’ai contemplé les plus beaux spectacles. »

Après un accident de moto et cinq années de réeducation, il s’est hissé au premier rang de la haute montagne. L’agent du P.N.R.C fait aussi profiter les autres de son expérience. Avec son compère Henri Agresti, il a édité « Les cent plus belles courses randonnées ». Un travail commencé en 1980 et terminé en 1986. Il a fallu reconnaitre puis transcrire chaque course. (J.C Lanfranchi)



17 octobre 1987 : « Trois femmes flics à Bastia »

Publié le 22 octobre 2018 à 8:40

 Leur présence fait sensation. Ce sont les premières femmes en fonction à Bastia, d’où l’intérêt qu’elles suscitent. Francçoise, Andrée et Marie-Françoise ont pris leurs fonctions le 1er octobre dernier au commissariat central. Ce sont des femmes, d’accord, mais elles effectueront les mêmes missions que leurs homologues masculins. On évitera néanmoins de les placer en première ligne d’une manifestation ou d’une bagarre.

Elles ont été affectées sur l’ile à leur demande et comptent bien faire leur vie jusqu’à l’âge de la retraite. (I.S)



21 février 1980 : « Le défi de Roger Caratini, l'homme curieux de tout »

Publié le 13 octobre 2018 à 4:30

 Tout savoir, faire le tour du champ des connaissances possibles afin de former son propre jugement, ce fut l’idéal de l’honnête homme. L’idée que la connaissance est une sphère à conquérir apparait à la Rennaissance. Dans cette course à l’érudition, toute volonté encyclopédique requiert la tâche de nombreux spécialistes.

Mais il arrive que la passion de la recherche arrive à guider l’homme seul. Une rencontre fortuite avec Pierre Bordas a fait de Roger Caratini, un Corse né à Paris, qui a sa maison à Canari, un prodige de l’érudition. Cet agrégé de philosophie a rédigé en solitaire les 23 volumes « Bordas Encyclopédie ». Une œuvre monumentale confectionnée à Canari et Ersa, entre autres.

Il se définit comme un humaniste, curieux de tout et soucieux de faire partager sa culture au plus grand nombre. 4 millions de volumes ont été vendus en dix ans !

En 1966, il choisit d’écrire une encyclopédie thématique possédant une classification qui satisfasse tous les spécialistes et réponde à des commodités de présentation. Son œuvre est la seule à utiliser la méthode de la règle de classification décimale universelle (D.C.U). Elle propose un exposé personnel de certaines questions fondamentales, afin d’avoir des clartés de tout.


Il aura fallu sept ans de travail à Roger Caratini pour « pondre » ces 23 volumes. Puis il a fallu établir la bibliographie de chaque ouvrage, réunir la documentation en différentes langues.

« L’humanisme, c’est la concupiscence. Le désir de tout jamais assouvi est un sentiment indispensable à l’organisation rationnelle et méthodique d’une encyclopédie, qui est le tout en un. » (Jean-Pierre Girolami)