Hier en Corse


Corse Matin : 40 ans d'archives

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26 juillet 1972 : "Visite à un village du Nebbiu qui ne veut pas mourir"

Publié le 26 novembre 2018 à 7:00

Les avis sont unanimes : la propagande touristique n’éveille que médiocrement un intérêt pour certaines régions de l’arrière-pays. Aujourd’hui encore, les cars s’arrêtent en des lieux privilégiés, le temps d’une visite. Puis, en route vers la mer ! Mais il arrive que la perspective des plages encombrées et des stations bruyantes provoque comme un regret. Le regret de quitter si hâtivement la calme beauté des paysages qu’ils traversent. Hier, on disait vacances, on pensait retour à la nature. Un vrai changement de vie. De nos jours, on quitte les immeubles pour les labyrinthes étouffants des terrains de campings, on passe des rues de Paris à celles d’un village qui compte 500 âmes permanentes en hiver et 5000 éphémères en saison. Le paysage du Nebbiu prend, dans l’alternance des vallées verdoyantes et d’éminences rocheuses, un aspect enchanteur et tourmenté. Aux confins de cette région, un ravissant petit village : Murato.

Juste avant d’arriver par la route, bordée de pierres sèches et sombres prenant des tons vieil or, on y rencontre des vaches efflanquées, des ânes et des cochons.

La rue, cette ligne de vie du village, est déserte. Le silence est absolu. La patronne d’un des bistrots de la place nous indique que les gens sont en vacances et qu’elle ne commence à servir des cafés qu’à 9h30. On entend les clochettes des troupeaux de chèvres se répondre de loin en loin. Au pied du village, la Bevinco roule en cascades et achève d’habiller le silence.

Sur le vieux banc de pierre, un groupe de jeunes gens cherchent le frais. Thème des conversations : Murato participe au concours des « Villages fleuris », organisé par le commissariat au Tourisme. On nous montre les balcons débordant de géraniums-lierre et les parterres de fleurs entretenus par les employés municipaux. Avant de rendre visite à la mairie, nous avons demandé à un vieux Muratais ce qu’il pensait de cette jeunesse : « Les gens prétendent qu’il faut du changement. Peut-être qu’une fois le changement venu, Murato ne sera plus ce qu’il était : la ‘perle du Nebbiu’. Ce sera un endroit comme les autres. »


Le maire, M. Jean Leccia, ne partage pas cette opinion. « Les vacanciers, c’est une bonne chose pour la commune. Cela ramène un peu de vie. Mais la construction d’hôtels, de relais touristiques, pourraient les effrayer. C’est pourquoi nous avons notre politique sur l’achat de petites et moyennes résidences. Mais nous nous heurtons aux problèmes des emplacements disponibles : les Muratais ne se dessaisissent pas facilement de leur patrimoine… »

Le maire a fait le tour des projet en cours : l’assainissement, l’enrobé sur la route qui part de l’église Saint-Michel pour aboutir à la sortie du village, l’illumination de l’église, la suppression des lignes aériennes autour de cet édifice, l’installation d’une maison des jeunes sur un terrain attenant à la mairie, l’ouverture la saison prochaine d’un terrain de camping…Et le maire de conclure : « Murato est un village qui ne veut pas mourir. » (JC Lanfranchi)



4 Septembre 1984 : "Patrimonio, le vieux vignoble entre deux mers"

Publié le 29 octobre 2018 à 4:50

L’origine de ce vignoble dans le pays parait émerger sous une forme timide et primitive, dès les premiers siècles qui ont suivi l’apparition des Phocéens (564 av J-C). Quelques bois conservés de ce vignoble semblent attester cette provenance. Sa véritable expansion se produit au milieu du XVIIème siècle. Gênes, par l’intermédiaire de la Banque de Saint-Georges, entreprend la valorisation de l’ile. Deux gouverneurs, Giovanni-Maria Spinola et Paolo-Gregorio Raggio, furent envoyés en Corse pour en accomplir la mission. Les deux gouverneurs investissent dans la région du golfe de Saint Florent. Les habitants furent alors dans l’obligation de planter de la vigne partout, même dans le désert des Agriates, où des avantages fonciers mirobolants furent offerts aux exploitants, gratis pro Déo. Vigne, céréales, coton eurent raison du désert. Le port de Saint Florent lui-même tira ses améliorations de cette nouvelle vogue.

Les gouverneurs apportèrent des cépages appelés Genovese, Rossola bianca, Bianco gentile…Par la suite, de nouveaux cépages vinrent enrichir le vignoble. La Grèce, l’Espagne et l’Italie en apportèrent d’autres par les échanges commerciaux en Méditerranée. Le climat, le terroir, la flore environnante a métamorphosé certains de ces cépages en les acclimatant d’une façon originale.

Puis vint la catastrophe de 1864 qui anéantit le vignoble lors de l’attaque d’insectes hémiptères, voisins des pucerons : le phylloxéra. Mais grâce à un plant sauvageon porte-greffe dit « américain », voisin de la vigne vierge immunisé contre la maladie et grâce aussi à quelques mètres carrés de vignoble épargnés par l’épidémie, le bois nécessaire aux greffons a permis de développer à nouveau l’encépagement.

Depuis 1969, le Malbagiu et le Nielluciu peuvent seuls prétendre à l’appellation contrôlée « Vin de Corse Patrimonio ». Le label consacre la constance, la loyauté, la pureté de ces vins.

Autrefois étaient produits des blancs, des rosés, des rouges, dont l’œnométrie variait entre 13° et 16° ; aujourd’hui, on s’en tient à 12° ou 12.5°. En revanche on ne produit plus ces deux vins rouges particulier qu’on appelait le chiara ginu (teinte cerise) et le « rapidu ». Ce dernier vin fermenté dans le parmentu (cuve) était consommé très tôt et faisait la soudure entre deux récoltes. (Bruno Sborgi)


29 Octobre 1967 : « Les bergers en procession à Catteri afin que vienne la pluie »

Publié le 1 octobre 2018 à 7:15

 Après Sant’Antonino, Avapessa, c’est à Catteri que l’on devait avoir recours à une très ancienne tradition remontant au siècle dernier.

Les éleveurs de Balagne se sont tournés vers le ciel pour obtenir une grâce…Ainsi ils ont imploré hier soir le saint crucifix des Miracles que la ferveur populaire honore en Balagen. Le crucifix fut porté en procession pour que la pluie tombe enfin sur une région brulée par le soleil. Dès 18 heures, alors que la nuit tombait sur le village, une animation inaccoutumée régnait sur la place de l’église tandis que le carillon des cloches se répercutait en échos. La petite chapelle qui abrite l’énorme statue du saint Crucifix avait ouvert toutes grandes ses portes et les petites lumières des cierges, allumés par de pieuses mains, scintillaient comme des dizaines et des dizaines d’étoiles.

Bientôt la procession se formait à la sortie de l’église et se dirigeait vers la chapelle où une foule nombreuse attendait.

Tous les bergers du village, à l’air grave et pensif pénétraient à l’intérieur de la chapelle et à bras prenaient le lourd Crucifix des Miracles. Seuls les octogénaires se rappellent l’avoir vu porter en procession en pareille circonstance une seule fois avant 1900. Le doyen du village sonnait la « ciccone » et la statue du Christ était portée de la chapelle à l’église. Le ciel s’était couvert de lourds nuages sombres, alors que l’on ne cessait de jeter vers lui des regards implorants, espérant enfin le miracle…

Dans l’église, on remarquait la présence du maire M. Salvadori, de M. Chauchard, premier adjoint. Le R.P Gabriel Callet, supérieur du couvent de Marcasso prononçait un sermon d’une haute élévation de pensée, au cours duquel il retraçait les devoir du chrétien envers dieu. La grande procession s’est ensuite organisée à travers les ruelles du village. Après un long parcours, la statue réintégrait la chapelle. (J-B Suzzoni)

 

28 Avril 1988 : « Sant'Antonino en fête pour les 100 ans de Mme Bianca Maria Mariani »

Publié le 18 août 2018 à 16:40

Mme Lucie Cardoni, la nièce de Mme Mariani, avait invité tous les habitants du village ainsi que ceux de Lunghignano, d’où est originaire Mme Mariani. Mariée à André Mariani, elle est devenue veuve de guerre à 40 ans. Vivant à Sant’Antonino depuis 1911, assistante du Dr Savelli, elle se dévouera corps et âme pour ses patients.

A la mort de son époux, elle s’installe chez sa nièce. Au fil du temps, elle a élevé les deux enfants de sa nièce et les cinq petits-enfants. Femme discrète, toujours très soignée, elle a gardé aujourd’hui ce gout pour les belles choses. Elle a tenu a porter ses bijoux et a choisi elle-même sa robe.

Le jour de l’annniversaire, on apprenait que l’une de ses arrières-petites-filles venait de mettre au monde une ravissante petite fille. La maman, Annie Naert, née Mambrini, lui a donné le nom de Bianca-Maria.

Pour l’évènement, une messe fut célébrée dans la salle à manger transformée en chapelle par le père Gilles et le père Cyprien ainsi que l’abbé Suzzoni, curé de Zilia. (Gilbert Guizol)



28 Aout 1987 « Robinson volontaire aux Agriates »

Publié le 3 juillet 2018 à 9:40

Barbe de boucanier, chapeau de brousse et ventre de propriétaire, il se sent aussi à l’aise dans la minuscule crique de Peraldo que Crocodile Dundee au milieu de la jungle australienne. Parce qu’il ne voulait plus vivre au milieu des sacs postaux, Dominique a jeté sa casquette de préposé aux orties. Il s’est inventé un univers à la mesure de sa soif de liberté. Fuyant les servitudes du quotidien, ce Robinson volontaire vit comme aux temps primitifs, de chasse et de pêche.

Peraldo, coincée entre le Lodu et Saleccia, apparait comme un paradis. Deux maisonnettes en pierres sèches, un abri de pêcheur en bois constituent toute l’urbanisation que l’on découvre quand le bateau s’amarre au ponton de fortune. Dans l’eau claire, les langoustes se prennent dans les nasses. En fait, ce sont des tambours de machines à laver.

Autour du mat de cocagne se trouve une grande table carrée. Autour de Dominique se trouvent des habitués des lieux. Surtout des femmes, créatures à moitié habillées ou complètement nues.

Il possède même un animal domestique : une vipère qui chasse les souris dans la « chambre bleue » où sont reçus les amis. Car Dominique, solitaire au grand cœur, aime la société. Hiver comme été, sa table est prête. Ragout de haricots ou bouillabaisse, personne ne s’en va le ventre vide. Comment fait-il ? Il n’y a pas d’épicier à moins de trois heures de marche. On trouve en tout cas dans son placard une farine spéciale avec laquelle il fait son pain. Pour l’eau se trouve un trou dans le sable, un tuyau et un bidon. Douche en plein air pour tout le monde.

« Ma première corvée, c’est d’allumer la cuisinière. Après, je prends mon fusil et je vais à la chasse du côté de l’étang. Pendant ce temps, la marmite est sur le feu. »

Est-il isolé ? « Oui, parfois, quand la rivière est en crue et qu’elle déborde sur la piste. »

Il ne vit jamais la solitude comme une souffrance. « Ici, je vis en communion avec la nature. »

S’il a pu construire si près du rivage, c’est par la bénédiction d’un arrêté préfectoral. Occupant le domaine public maritime, il a bâti avec ses amis un abri en bois pour lequel il acquitte 2300 F. de redevance par an. Une autorisation limitée à cinq ans mais renouvelable.

Une télé en noir et blanc diffuse trois chaines. Il lit aussi, « uniquement des livres écologistes sur les plantes et les champignons. »

Et le travail dans tout ça ? Il s’est donné une raison sociale : il sera patron pêcheur. Durant l’été, il vend à Saint Florent suffisamment de poissons pour satisfaire ses besoins.

L’été, il rend aussi service, devenant tour à tour guide, infirmier, dépanneur de bateaux à la dérive et même vétérinaire. Un jour, il a même chassé un importun qui regardait de trop près les Eves dévoilées de son paradis.

Il est seul à la morte saison. Ses cousins de Vescovato lui rendent visite par la piste le dimanche.

« J’aime la société et les bringues, mais pas de femme chez moi plus de quarante-huit heures. » Du sentiment oui, mais à durée limitée.

Le programme politique de son territoire est affiché dans la cuisine sur une bouée de sauvetage accrochée au mur : « Lascia core ! »

Envisage-t-il parfois un bref retour à la civilisation ? « Oui, je vais aller demander une subvention pour entretenir la crique… » (Jean-Pierre Girolami -Gérard Baldocchi)



27 Juillet 1997 « Louis Devichi, l'ermite-vigneron »

Publié le 18 juin 2018 à 5:10

 Une superbe maison de maître aux volets clos, au milieu d’hectares autrefois plantés de blé, puis de cédratiers. Depuis 150 ans, Barbaggio est le royaume de la vigne. A une époque, le meilleur débouché pour le raisin ‘Malvoisie’ produit ici était le marché quotidien de Bastia, qui en regorgeait.

Ce fut l’univers d’enfance de Louis Devichi, aujourd’hui âgé de 75 ans. Son grand-père était alors agriculteur et maire du village, sa mère institutrice. L’un de ses oncles avait découvert la mine d’amiante de Canari.

Il nous accueille dans la seule pièce aux volets ouverts de sa maison familiale. Par choix, il vit sans électricité ni gaz, cuisinant au feu de bois. Sur les murs, à la craie blanche, sont dessinés des profils évoquant ceux des bas-reliefs égyptiens. Des signes précis alignés horizontalement qui nous rappellent quelque chose. « Non, ce n’est pas de l’étrusque. Il s’agit d’une écriture hermétique. » Il n’en dira pas plus.

Après avoir travaillé avec son père, il a choisi de vivre en ermite, détenteur d’une prodigieuse culture historique. « Pendant 40 ans, j’ai cherché moi-même, dans les documents et sur le terrain et puis j’ai fait des rapprochements » raconte-t-il. C’est sa rencontre avec l’abbé Lucchini dans les années 50 qui fut déterminante. « C’était un vieux curé de Venaco, docteur en théologie. Le plus grand radiesthésiste. Je l’ai consulté sur l’histoire de la Corse. Il me disait des choses qui étaient demeurées jusqu’alors secrètes. Il lisait dans la pensée. »

« L’histoire de la corse est tellement compliquée qu’elle est indéchiffrable ». Nombre d’étudiants en thèse sont venus consulter Louis Devichi dans sa retraite. « Savez-vous que les Romains ont débarqué en Corse par le désert des Agriates ? C’est dans la plaine d’Oletta qu’ils ont défait les Carthaginois. Vous savez que les citadelles gênoises de Saint-Florent et Ajaccio ont été reconstruites par les Français ? Quand on a commencé à creuser sous la citadelle de Saint-Florent, on a découvert de grandes jarres de terre rouge. A l’intérieur de chacune d’entre elles, on a trouvé un squelette et des inscriptions disant qu’il y a avait eu une grande bataille. Ils ont tout cassé en faisant les travaux. Je suis persuadé qu’il s’agissait des sépultures des victimes de la bataille entre les Romains et les Carthaginois. Laquelle a décidé du sort de la Corse. »

Marie-Françoise, sa petite-cousine de 11 ans, mettra certainement à profit cette mémoire si vivante et si fantastiquement transmise par son cousin érudit. (Jocelyne Normand)



10 Janvier 1975 « La mort de Pedrito »

Publié le 17 juin 2018 à 13:05

 Avec Pedrito Maestracci-Pietri, c’est une sympathique figure bastiaise qui s’en va. Une figure que nous n’oublierons pas de sitôt, tant il est vrai que des générations de lycéens se souviendront du tribun au verbe haut et teinté d’humour, qui était leur ami.

Né à Porto-Rico, il était venu très jeune en Corse, où il avait fait ses études au lycée de Bastia avant de prendre part au conflit mondial de-14/18, où il eut une brillante conduite.

Attiré par les affaires publiques, il devint conseiller général de Saint-Florent. Après la seconde guerre mondiale, il allait se consacrer à une carrière politique où la fantaisie était alliée à des idées parfois extravagantes, et toujours marquées par sa forte personnalité.

Eternel candidat, sa forme extraordinaire lui permettait de mener des campagnes électorales mémorables, toujours tambour battant, et la canne au vent.

Ses obsèques ont eu lieu à Patrimonio où il a tant œuvré.



15 juin 1970 « Le problème des ordures ménagères dans les villages »

Publié le 12 juin 2018 à 8:25

 A la cité administrative s’est tenue une réunion qui groupait autour de M. Georges Abadie, sous-préfet de Bastia, les maires du canton de Murato, son conseiller général, M. Chiarelli, le percepteur et les représentants des ministères de l’agriculture et de l’environnement.

Il s’agissait de mettre au point un système de collecte des ordures ménagères. Un syndicat intercommunal sera créé. Le ramassage des ordures se fera en sacs perdus deux fois par semaine en hiver, et trois fois en été.

La destruction des déchets est l’un des problèmes importants de notre époque. Beaucoup de nos villages ont des difficultés à cet égard et leurs abords offrent parfois des spectacles pour le moins étonnant.

L’expérience de Murato mérite d’être suivie. Elle indique en tout cas une prise de conscience dont on ne peut que se réjouir.


27 Janvier 1986 : « Agriates : la rude vie des vieux bergers »

Publié le 8 mai 2018 à 10:00

Chez ces gens-là le réfrigérateur marche au gaz et le téléviseur fonctionne à l’essence depuis que l’on a installé un groupe électrogène. Complètement isolés au fin fond des Agriates, seuls êtres vivants dans un décor sauvage et beau, les Guidoni ne dédaignent pas un peu de confort. Bergers depuis toujours, ils vivent au rythme des saisons, coulant des jours tranquilles dans une vieille maison de maitre en partie délabrée, avec pour compagnie un troupeau de chèvres, deux ânes, six chiens, deux chats et une ribambelle de poules.

Originaires d’Asco, cette petite communauté patriarcale se résigne depuis 1957 à passer l’hiver à Ivana, un coin de maquis perdu entre Casta et l’anse de Malfalco, sur un territoire concédé par le Conservatoire du littoral. Nous les avons rencontrés avec l’aide des guides MM. Jean-Michel Casta et Patrick Real, gestionnaires avisés du syndicat mixte des Agriates.

Ivana ne figure pas sur les cartes détaillées. En 4X4, nous descendons vers une cuvette aride sous le ciel bleu et calme. Assis sur le perron comme un personnage de carte postale ancienne, Jean-Baptiste Guidoni monte la garde…

Soldat sur le chemin des Dames, il se souvient des assauts déclenchés à quatre heures du matin, de son pantalon rouge de zouave, de la mitrailleuse allemande qui l’a fauché par deux fois. Alors la solitude des Agriates, ca ne peut plus l’intimider.

Jean-Baptiste Guidoni n’est parti sur le continent que pour faire la guerre avec des dizaines de jeunes d’Asco qui, eux, ne sont jamais revenus. Lui a eu la chance de vivre et travailler au pays en suivant sa vocation de berger. Il a commencé à treize ans, en 1909.


Une grande pièce noire avec une échelle encombrée d’ustensiles, une large cheminée, un plancher inégal fait de dalles usées par les siècles. C’est l’intérieur de la famille Guidoni qui a choisi de vivre au grand air dans la nature, avec les deux cent chèvres qu’il faut traire matin et soir.

Ici, pas de téléphone. Il y a tout de même la télévision. Le père, Dominique-Marie, fait comprendre dans un sourire qu’en cas de panne, elle ne lui manquerait pas. Le café bout dans la veille cafetière en fer émaillé. Jean-Baptiste, le doyen, l’accompagne d’une rasade d’eau-de-vie.

La vie est-elle dure à Ivana ? La réponse vient de la maitresse de maison, une de ces vieilles femmes que le labeur ne rebute pas : « On serait mieux au village, mais il faut bien gagner son pain. » Et depuis une trentaine d’années, ils viennent dès octobre s’installer ici. A leur arrivée, ils ont constaté que les rodeurs de l’été sont passés par là.


« Ici le facteur ne vient qu’une fois par semaine et les gendarmes une fois dans l’année » nous dit Jean-Baptiste Guidoni avec ce parler corse propre aux gens du Haut-Asco et de la Balagne. Parfois, il neige. En janvier 1985, au plus fort d’une tempête, les bergers ne pouvaient plus ouvrir la porte de la maison. La mère était malade et il a fallu des heures d’effort au fils Antoine pour franchir en voiture la piste recouverte de neige.

C’est bientôt l’heure de la traite. Patiemment, ils vont participer au rituel en ramenant vers la cave les bidons de lait récoltés dans la « chiostra » où sont enfermées les chèvres, que les Guidoni connaissent une par une. Les chasseurs ou les amis viennent gouter leur fromage blanc lorsqu’une promenade les emportent hors des sentiers battus.



29 Mars 1988 "Mystérieux cadavre à St Florent"

Publié le 19 février 2018 à 11:30

Des promeneurs ont découvert le corps d’un homme sans vie sur un des pontons du port. Appelé sur place, le médecin ne peut que constater le décès. De nombreux médicaments ont été retrouvés à l’intérieur de la trousse de toilette de la victime. Santé défaillante ou suicide ? On s’interroge sur la personnalité et les causes de la mort de cet homme d’une soixantaine d’années, aux cheveux blancs et sans pièce d’identité. Aperçu depuis quelques jours par des commerçants, il pourrait s’agir d’un ressortissant anglais ou américain qui n’a dormi dans aucun hôtel de St Florent. Les enquêteurs s’attellent à vérifier auprès des diverses compagnies de transports l’arrivée des ressortissants étrangers.

12 mai 1986 : "Nautilus : la féérie sous-marine sans bouteille"

Publié le 22 décembre 2017 à 13:30

A partir du mois de juin, les richesses infinies des profondeurs vont se dévoiler aux regards des visiteurs et on atteindra là la féerie telle que n’aurait pu désavouer Jules Verne en personne. D’ailleurs, la nouvelle perle des mers s’appellera le Nautilus. Il s’agit d’un batea-aquarium de cent soixante places où la majeure partie de la coque sera en « plexi » transparent ! Les passagers verront au-dessous du niveau de la mer ! Ce catamaran de 24 mètres de long et 9 de large effectuera des promenades au large de St Florent. Trois autres sont prévus pour le sud et la Balagne…

« Il s’agit d’un navire futuriste tout de verre et d’aluminium » explique Michel Peretti, un hôtelier particulièrement dynamique pétri d’idées et de projets : après son « Saleccia » qui sillonne la côte et son « Nautilus » qui ne manquera pas de séduire, il songe déjà à jeter un pont entre Bastia et l’ile d’Elbe. Il prend un risque financier : le prototype coûtera plus de cinq millions de francs.

Les plus belles promenades seront celles de nuit : vingt-quatre projecteurs illumineront les fonds. On découvrira même des vestiges et notamment une vieille ancre d’un gallion royal. La municipalité va construire prochainement un quai spécialement conçu pour le « Nautilus ». (Jean-Marc Raffaelli).



7 Mars 1980 : « L'hôtel La Roya détruit par un attentat »

Publié le 16 août 2017 à 16:55

Une forte explosion a fait de grands dégats à l’hotel. On vit s’élever de grandes flammes de l’établissement de M. Ienco. Cet acte a fait d’un Eden une vision de cauchemar.

7 Mars 1980 : « Le drame de Rutali reconstitué hier »

Publié le 16 août 2017 à 16:55

Rutali a revécu les gestes l’ayant plongé dans un drame touchant deux familles vivant à quelques dizaines de mètres l’une de l’autre. Le juge d’instruction Guy Pancrazi a procédé à la reconstitution du meurtre de M. Jacques-Ange Casta, 36 ans, abattu d’une décharge de chevrotines par sa voisine Angèle Ettori, 37 ans, mère de famille.

Les gens du village ne se sont guère montrés. Seuls quelques rares voisins avaient mis le nez dehors. Blonde, menue, vêtue d’une veste de fourrure grise, elle n’a fait aucune difficulté pour donner au juge d’instruction sa version des faits. La maison de la victime se trouve de l’autre côté de la route. Elle s’est dirigée vers le garage et en est ressortie avec le fusil de chasse. Puis elle est montée à l’étage et a refait le geste fatal. La victime fut atteinte à côté d’un gros châtaignier qui porte des traces d’impacts.

On reste stupéfait devant la précision de ce tir lâché à plus de 30 mètres ! Elle a répété avoir tiré « pour faire peur » parce qu’il l’importunait par une cour trop pressante. Une version démentie par la famille.

7 Aout 1986 : « Hélico contre ligne à haute tension à St Florent : un mort »

Publié le 15 août 2017 à 5:30


Les campings, la plage, le soleil : c’est la joyeuse insouciance d’une journée estivale.

13h20 : au dessus de la plaine d’Oletta évolue un hélico qui sillonne le ciel. A son bord, M. François Suzanne, 50 ans, pilote d’hélicoptère demeurant à Brest. Dans son Alouette II, il effectue des travaux d’épandage au dessus des vignes.
Sa mission terminée, il rejoint St Florent. Soudain, l’hélicoptère est touché au lieu-dit « Castignoni ». Il semblerait qu’il ait heurté une ligne à haute tension avant de s’écraser. Le corps du pilote sera transféré à Nice dans la journée.


1er Aout 1986 : « Jessie, Miss Corse Nue »

Publié le 11 août 2017 à 14:05

Chaude ambiance au « Palladium » plein à craquer mardi soir à St Florent pour le spectacle de Miss Nue. Trois ravissantes candidates postulaient au titre. C’est Jessie qui a été élue devant ses deux dauphines Marianne (la brune) et Nathalie (la blonde). Toutes trois ont reçu un grand bouquet de fleurs de la part de l’équipe du club dirigé par Jean-Louis Pattachini. Dans sa cabine, le disc-jockey Thierry Cochereau « envoyait la sauce ». Pour la dernière des trois exhibitions, dans le plus simple appareil, des sursauts de pudeur chez les candidates ont suscité une certaine impatience. On a beaucoup ri en regardant trois membres du jury danser le slow avec les candidates sur un sketch parodique de Guy Bedos et Sophie Daumier.

27 Juin 1969 : « Jugé à Marseille. L'agent immobilier qui voulait construire à St Florent, un 'Saint Tropez Corse', se retrouve en correctionnelle. »

Publié le 6 juin 2017 à 16:35

François Léandri comparaissait hier devant le tribunal correctionnel de Marseille. Cet homme d’affaires a détourné en cinq ans 1 300 000 Francs au préjudice d’une cinquantaine de personnes en ne leur proposant que ‘du vent’ selon le Président Dozé.


Léandri et Auguste Bornand sont inculpés d’escroquerie, d’abus de confiance, de chèques sans provision et d’infraction à la loi sur les sociétés. Léandri avait débuté dans les affaires financières il y a une dizaine d’années en ouvrant un cabinet de prêts sur hypothèques à Marseille. Il aurait utilisé l’argent de ses clients pour acheter une propriété à St Florent.

Il s’était ensuite lancé dans une vaste affaire de construction, prétendant édifier un ‘St Tropez corse’ : des villas résidentielles présentées sous le nom de ‘Fior del Mare’. Ainsi furent alléchés de nombreux actionnaires qui apportèrent à Léandri 600 000 francs. « Si on m’avait encore laissé deux mois, j’aurai réalisé mon projet » a affirmé le prévenu.

29 novembre 1981 : « Olmeta di Tuda : 100 chèvres et plusieurs chevaux carbonisés dans l'incendie criminel d'une bergerie »

Publié le 11 février 2017 à 5:15

L’acte criminel peut à priori être retenu. C’est sur cette hypothèse que vient de s’ouvrir l’enquête. Il était 4h30 quand des flammes sont nées dans la bergerie faite de planches, au lieu-dit « Falasquella », appartenant à M. Raphael Santucci, 19 ans, berger domicilié à Bastia. Le vent venait de se lever en tempête. Le feu s’est développé très vite, trouvant un aliment de choix dans la bergerie de planches. (Corse matin)

1er juillet 1977 : « Un voilier chavire au nord de Saint Florent : une jeune femme périe noyée ».

Publié le 5 février 2017 à 10:45


La pointe de Canelle, au nord de Saint Florent, sur la côte est du Cap Corse, a été le théâtre d’un drame de la mer, hier, aux environs de 11h15.

Le voilier « Fleur de Mai » barré par M. Michel Frankel, ingénieur en informatique, demeurant à Nice, et ayant à son bord la propre fille de ces dernier, Valérie, âgée de sept ans, ainsi qu’une amie, Mlle Claude Rosier, 23 ans, médecin à la clinique Pasteur à Toulouse, s’est renversé, après avoir, semble- t-il, heurté un écueil.

M.Frankel devait immédiatement la ramener à bord, malgré la mauvaise position du voilier, mais il semble que Mlle Rosier ait heurté un objet immergé, et qu’elle fut probablement frappée d’hydrocution. Malgré toutes les réanimations, elle ne put être sauvée. Dans cette situation dramatique, la petite Valérie étant elle aussi coincée à bord du voilier, M. Frankel envoya six fusées de détresse, qui furent aperçus depuis Saint Florent

Mlle Claude Rosier, qui se trouvait à l’avant de l’embarcation, face au barreur, fut, à la suite du choc, précipitée à la mer, qui en cet endroit, était assez forte. M.Frankel, où des plaisanciers se portèrent au secours des naufragés. La famille de la victime a été avertie, ainsi que le Cross Med de Toulon, car le « Fleur de Mai » continue de dériver au large des côtes du Cap Corse. (Corse matin)

 


6 mars 1983 : "126 bouteilles de pastis disparaissent à Oletta "

Publié le 4 février 2017 à 9:30

Au cours de la nuit de vendredi, un vol de spiritueux a été commis au préjudice de M. Jean-Bernard Forzo, propriétaire du restaurant Le Chalet à Oletta. Le ou les auteurs se sont introduits dans le garage du restaurant et on fait main-basse sur 126 bouteilles de pastis.(Corse matin)

10 mars 1971 : « L'avenir de Saint Florent est pour une bonne part sur l'eau. »

Publié le 2 février 2017 à 0:50

Saint Florent est une sorte de havre de paix, blotti entre deux hautes montagnes, un lieu béni des dieux. C’est à coup sur un des coins de Corse promis au plus bel avenir, misant à la fois sur une spéculation agricole traditionnelle dans son arrière-pays et sur le tourisme et la mer.

L’année 1971 fera date dans les annales de la station balnéaire. Cette année ont commencé d’importants travaux pour doter la station d’un port de plaisance prenant le relais du pittoresque abri de pêcheurs. La jetée a été prolongée de quelques 150 mètres et incurvée pour abriter les 16000 mètres carrés du plan d’eau ainsi formé, de la houle et du gros temps venant du large. La mise en service est prévue pour le mois d’aout.

La vocation de Saint Florent n’est pas de devenir un second Saint Tropez. Dans un tel cadre vierge tout reste à faire, non à copier. (Corse matin)