Hier en Corse


Corse Matin : 40 ans d'archives

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23 janvier 1984 : « Galeria : Zia Agnula Felicela Albertini a franchi le cap du siècle »

Publié le 8 décembre 2018 à 6:55

 Née le 16 janvier 1884 « in un’anticha casa » du petit port de pêche de Galeria, elle vient de franchir le cap du siècle. L’évènement ne pouvait être passé sous silence dans le coin de Balagne, suffisamment rude pour résister aux assauts répétés de la mer et du vent, qui forgent les caractères les plus endurcis. Elle n’a pas de secret pour expliquer sa déjà longue existence. Pas plus qu’elle ne croit aux miracles de la thérapeutique, même si elle est très reconnaissante à son médecin, le Dr Charles Doria, de bien la soigner lorsque l’assaille le virus d’une mauvaise grippe.


Lucide, tirant de sa mémoire des souvenirs enfouis, elle évoque le temps de sa jeunesse : « Enfant, j’ai commencé à travailler, car il fallait vivre. J’étais la cadette d’une famille de quatre sœurs où nul ne chômait. La journée de labeur débutait avant le lever du soleil et s’achevait après la tombée de la nuit. Comme tant d’autres, je portais des corbeilles de charbon provenant de l’exploitation du bois, vers le port voisin. Nous chargions à bord des bateaux à voiles venus d’Espagne. »

Lorsqu’on lui demande qu’elle message elle souhaite confier aux lecteurs de Corse Matin, elle nous répond : « Aghju sempre dattu boni cunsigli a tutti. Oghje li diceraghju di travaglia onestamente s’elli mi volenu sta assente… »

Le champagne est servi. Le Dr Dany Rossi, maire de la commune, exhalte les vertus qu’incarne Zia Agnula. Un bouquet de cent roses lui a été offert par la municipalité, ainsi que la médaille commémorative frappée à l’occasion du centenaire. (JB Suzzoni)


25 Juillet 1972 : « La Tribbiera existe encore en Balagne »

Publié le 26 novembre 2018 à 5:15

Au carrefour des routes de haute et moyenne montagne, le col de San-Cesario, à Catteri, offrait il y a quelques jours l’exclusivité d’une scène pittoresque de la vie d’autrefois : la Tribbiera. Ce seul mot évoque tout un passé récent, puisqu’il trouve encore des hommes pénétrés des us et coutumes de leurs ancêtres pour perpétuer une tradition à laquelle ils sont restés attachés.

Quelle surprise pour les innombrables vacanciers qui eurent le privilège de percer une partie du mystère qui entoure la vieille Corse. Pour « Tato » et Jean Satti, agriculteurs à Catteri, il ne s’agissait pas d’une quelconque mise en scène, sacrifiée au folklore, mais d’une véritable opération de battage sur l’aire de San-Cesario. Il leur fallut moissonner avec la faucille, préparer les magnifiques gerbes dorées, puis transporter celles-ci à l’aide du « carozzu » jusqu’à l’aire de battage.


Là, sous le soleil brûlant, les ‘tribbiadori’, le cœur en fête, donnaient de la voix au ‘bœufs’ retenus par le ‘coppia’ (joug) auquel était attaché ‘u tribbiu’, cylindre de pierre traîné sur l’aire pour aider au battage.


Filmés et photographiés par les touristes de passage, les heureux tribbiadori de Catteri, tinrent la vedette malgré eux. Les moissonneuses-batteuses ne les intéressent pas. D’ailleurs ne sont-elles pas dépassées elles-mêmes ? (Jean-Baptiste Suzzoni)


9 juillet 1972 : " Avant Toni Casalonga, le berger de Pigna ne savait pas que ses flûtes pouvaient devenir des objets d'art"

Publié le 24 novembre 2018 à 6:10

 Il y a une dizaine d’années, un petit village se mourrait parce qu’il lui semblait, à notre ère citadine, qu’il n’avait guère mieux à faire. L’école de Pigna s’apprêtait à fermer ses portes. Et c’était là une bien poignante perspective pour les nonnes du coin qui désespéraient de ne jamais plus entendre les cris des enfants dans la courette de leurs récréations d’antan. A moins d’un miracle…

Ce miracle est venu, en prenant la forme inattendue d’un souvenir…Le souvenir qu’avait conservé de Pigna un jeune artiste ajaccien venu là passer ses vacances d’adolescent…

Toni Casalonga, 34 ans, marié et père de famille, ancien élève des Beaux-Arts de Paris et de l’Académie de Rome, n’avait pas oublié l’image de ce village où il rêvait de revenir. Pour s’y installer et y vivre.

Lorsqu’il revint, il perçut aussitôt la menace qui pesait sur Pigna destiné à s’éteindre. Mais il ne jugea pas la situation comme perdue. « Quand on ne dramatise pas les situations, elles sont simples… » dit ce garçon dont les traits disent l’intelligence et la volonté.

Avec ses talents de peintre, sculpteur et graveur, et le renfort de deux amis, (Alexandre Ruspini, un ébéniste ajaccien, et André Truchon, un potier parisien), il entreprit de renverser le cours du destin de Pigna.

Les trois hommes furent tout d’abord accueillis avec la curiosité bienveillante que l’on réserve aux étrangers. Le reste fut un travail de longue haleine. Comment faire admettre à des gens qui étaient par essence des agriculteurs ou des bergers qu’ils pouvaient être des artistes ? Si Pigna renait aujourd’hui de ses cendres, c’est bien parce que Toni Casalonga et ses compagnons ont su ne pas aristocratiser leur métier, ne pas élever de barrières entre eux et les autres.

Ce n’était pas la moindre des tâches. Le début de leur réussite consista à démontrer à un berger local que les flûtes qu’il fabriquait pour s’amuser, pouvaient être des œuvres d’art et qu’elles pouvaient constituer une œuvre et une production sérieuse.

Partant de constat « qu’on n’apprend rien à quelqu’un, mais qu’on le met en contact avec un marché », Toni Casalonga et ses amis ont ainsi mené tout un groupe d’habitants du village vers une fabrication artisanale concertée.

Ainsi est née « la Corsicada », coopérative dont la rentabilité est certaine et qui possède désormais huit points de vente en Corse et un neuvième à Paris.

Pigna, le village des artistes, fabrique aujourd’hui des bougies décorées aux fleurs du maquis, de petites chèvres, des sous-verres, des santons. L’un des plus étonnés fut sans doute le propriétaire Pierre Salducci dont les orangers reproduisaient jusqu’à naguère des fruits si petits qu’ils étaient pratiquement invendables.

Pour lui, on a retrouvé une ancienne recette d’un vin d’orange qui revit maintenant son heure de gloire. Le succès est au rendez-vous : cette année, on ne pourra satisfaire la demande en dépit de la production de 2000 bouteilles !

Mieux encore, on récupère la pulpe des orangers pour en faire de la confiture. Rien ne se perd. Surtout pas les efforts louables. Pigna, dont le « produit local brut » a augmenté de 50%, revit maintenant des heures souriantes et le village s’est repeuplé de 40%.

Quant à Toni Casalonga, il continue de faire surgir des trésors d’une inlassable imagination. Sa dernière initiative ? Produire avec illustrations sous forme de ravissantes gravures à l’eau-forte de merveilleuses traductions en langue corse d’œuvres poétiques anglaises, française et vietnamiennes. (André Luchesi)


3 Septembre 1984 : "Un vol en hélicoptère à 92 ans"

Publié le 29 octobre 2018 à 4:45

Mme Padovani, 92 ans, a voulu voir sa Balagne du ciel. Résidente à Santa Reparata, elle était accompagnée de sa fille Hélène et par le pilote Alain Verdier.

« C’est merveilleux » a-t-elle conclu. Le secret de sa forme : « Avoir beaucoup d’amis, ne faire de mal à personne et vivre avec les jeunes » (Photo Guizol)


13 Novembre 1990 : « Vallica, le second souffle »

Publié le 3 octobre 2018 à 20:00


« Nous gérons la misère ! » avait lancé le maire, M. Nonce-Toussaint Antoniotti, réagissant à une enquête sur la taxe d’habitation ; la palme du taux le plus élevé (16.45) ayant été attribuée à cette petite commune de Balagne. « Il y a treize ans, il n’y avait pas neuf foyers fiscaux pour 29 habitants. On en dénombre aujourd’hui 19 et 45 habitants permanents, auxquels s’ajoutent 11 autres personnes qui y séjournent plus de six mois. »



Ici, on vit de l’élevage depuis des siècles. Les exploitations agricoles sont au nombre de sept, sans oublier les éleveurs de tradition, des retraités pour la plupart qui évoluent sans prime ! Soit un cheptel de 500 bovins environ. On y trouve aussi des élevages de chevaux, un troupeau de brebis laitières, 300 ruches du seul apiculteur, sans oublier le marchand de bois de chauffage.

Comme autrefois, le lait et la provision de fromage sont assurés par des chèvres domestiques. Un soupçon d’autarcie pour une population de montagne qui veut néanmoins veut vivre avec son temps.


« Mes prédécesseurs avaient réalisé une adduction d’eau mais nous en manquions terriblement en période basse, car Vallica ne retient pas l’eau. L’été, c’était franchement invivable. Alors au bout de quelques jours, les vacanciers pliaient bagages… »


Les histoires d’eau de Vallica reçurent un écho dans le cadre intercommunal et la solidarité joua du côté de l’Office hydraulique. Pour débrouiller l’écheveau, il est rappelé qu’Olmi-Capella étant gravitairement desservie par la Melaja, il fut décidé d’opérer un captage sur la Tartagine. Les ouvrages d’Olmi-Capella rétrocédés à l’OEHC, ce dernier finançait l’opération. Mais une conduite de 3400 mètres y était nécessaire. Le projet estimé à 1.000.000 F l’obligeait à contracter un emprunt de 500.000F complété par une subvention du département de 50%. A une annuité de 58.729 F s’en ajoutait une autre de 12.984 F au titre du réseau AEP antérieur à 77. De quoi obérer un petit budget. Le 10 aout 1988, le village célébrait « la fête de l’eau ». Depuis, les habitations et les exploitations agricoles sont desservies.

Autre exigence : le désenclavement de l’agglomération. Le village étant inaccessible aux poids lourds, les transports de matériaux et de fourrages, voire les déménagements, se faisaient encore à dos d’âne.

« Pour mieux vivre, il faut que le Giussani devienne le lieu de promenade des Balanins. » (J-B Suzzoni)



20 septembre 1966 : « La culture de l'amandier en Balagne »

Publié le 1 octobre 2018 à 11:35

 

La culture de l’amandier était autrefois très rémunératrice en Balagne. Elle est en partie abandonnée et pourtant elle pourrait redevenir l’une des principales ressources de notre région, à la condition d’appliquer à cet arbre un minimum de soins. L’amandier est très sensible aux gelées qui annulent parfois les récoltes. On sait que c’est l’arbre qui fleurit le premier, généralement à la fin janvier ou au début février. En Balagne, les plantations sont anciennes et elles manquent d’homogénéité. Certaines sont réduites à quelques arbres isolés ou se trouvent associées à d’autres cultures gênant l’emploi des machines et rendant taille et cueillette difficiles. Dans ces conditions, la culture ne devient plus tellement rentable ; les arbres sont souvent à l’abandon, éparpillés, vieux, et souvent on n’en récolte même pas les fruits.

L’implantation d’écoles d’agriculture en Corse, telle celle de Montesoro, à Bastia, laisse prévoir que beaucoup de nos jeunes se dirigeant vers l’agriculture pourront y acquérir les principes fondamentaux.


Parmi les variétés cultivées en Corse, on trouve « la princesse » que nous nommons « a sciacatella ». Cette variété est la plus répandue dans la région. On les déguste en hiver, en même temps que les bonnes figues, séchées par nos vieilles grands-mères.

En Balagne, la production est irrégulière et le fruit est souvent attaqué par les corneilles. Pour recueillir des fruits secs, on effectue la récolte vers le mois de septembre. Les hommes montent sur les arbres et procèdent au « gaulage », au plus grand dam du branchage et du feuillage qui tombent en même temps que les fruits. Après avoir procédé au gaulage, le travail du ramassage incombe plus particulièrement aux femmes qui partent le matin, de bonne heure, pour ramasser les fruits tombés. La femme, la plus compétente, la plus ancienne en général, appelée « commandatora », dirige les opérations sous l’œil du grand patron qui tient également à être présent. Les « chimate » se déroulent chez un propriétaire où se groupent plusieurs ouvrières. La « chimate » constitue une véritable expédition d’hommes et de femmes.

Les amandes vertes , écoulées en aout vers Calvi ou l’Ile-Rousse, sont livrés à la consommation dans les hôtels ou restaurants, où elles demeurent fort appréciées par les touristes et estivants.


Concernant la décortication, nous citerons la réalisation de M. Jean-Baptiste Antonini, d’Aregno, qui établit un calibreur fait pour quatre grosseurs d’amandes. Sortie du calibreur, chaque variété se dirige vers sa machine mise au point de façon que l’amande soit bien cassée. Puis tous les fruits passent dans la trieuse. Cette machine est encore utilisée dans la région. En Balagne, les amandes sont beaucoup utilisées pour la fabrication du « croqua ». Nous espérons que la Corse se remettra à cultiver l’amandier qui pourrait ainsi occuper la place lui revenant dans notre région. (Jean-Baptiste Suzzoni)


2 Novembre 1983 : « Lavatoggio : rénovation du clocher : appel entendu »

Publié le 17 septembre 2018 à 11:25


 L’appel que nous avons lancé en septembre dans la presse régionale pour la restauration de notre clocher, dont l’état, proche du délabrement, inspire de réelles inquiétudes, n’est pas resté sans écho. Plus de 60 généreux donateurs ont répondu à notre invite. Voici la liste des donateurs. Le montant total s’élève à 30.750 F.



4 Février 1995 : « Valentin, le facteur au grand coeur »

Publié le 14 septembre 2018 à 9:10


Des rivages de Galeria jusqu’à l’extrémité de la vallée du Fango, voilà près de 30 ans que Valentin le facteur sillonne la Balagne pour remplir sa mission. « Le 2 février, j’ai rendu ma sacoche après 32 ans de service des PTT. Le temps est passé si vite… »


Originaire de Montestremu, Valentin Simeoni, 55 ans, a choisi d’entrer dans les PTT car ce travail lui permettait de revenir au village. « Les quatre premières années à Paris ont été très dures, j’étais perdu ! Je suis arrivé à Galeria en 1968. J’étais au paradis, être chez moi et pouvoir servir des gens que j’aimais bien, c’était inespéré. Pour beaucoup, je suis devenu un repère. Mon rôle dépasse la distribution du courrier. J’aide des personnes âgées à remplir leurs papiers, je les conseille et les écoute. J’ai beaucoup appris au contact des anciens, ils ont tellement à donner.»

« Beaucoup de gens ne veulent pas installer de boite aux lettres ; elles me disent : ‘Valentin, si on met une boite, on te verra plus’ ». (Emmanuelle Pouquet)



28 Septembre 1993 « Ile-Rousse : le bon café depuis 1928 »

Publié le 10 août 2018 à 15:55

 Place Delaunay, le temps semble s’être immobilisé : les machines sont les mêmes depuis la création de l’entreprise en 1928, le torréfacteur de marque ‘Devigne & Janin’, abat inlassablement sa besogne, les effluves chauds rappellent les temps jadis. Les sacs en toile de jute renfermant les grains dorés en provenance d’Abyssinie, du Brésil ou d’ailleurs, nous transportent aux origines de cette plante qui excite ou apaise selon les tempéraments. Rien à voir avec les linéaires impersonnels des rayons du commerce moderne.

L’Arabica, le Robusta, le Maragogype ne sont pas de simples noms apposés au dos d’un paquet. Ils parlent à vos sens, vous pouvez les sentir, les voir, les toucher.

Ici, on torrefie, on mélange l’arome du café. Le travail est artisanal. Si René Franceschini, le fondateur de la maison, est aujourd’hui en semi-retraite, son fils Jean-Baptiste, son neveu Dumè Cardi, poursuivent la même voie.

«Mon beau-père, souligne Jean-Baptiste, a crée cette affaire autour de deux principes, la qualité et le sérieux du service. Nous nous efforçons de perpétuer cette tradition. »

En une année, c’est une trentaine de tonnes de café vert que « Le Bon Café » importe. Après torrefaction, cela donnera environ 20 tonnes de café prêt à consommer, la perte due au grillage étant de 30%.

« Notre café, toujours fraichement grillé, n’a jamais plus de 48 heures de torréfaction quand il est livré à la consommation. C’est ce que les cafés du continent ne peuvent et ne pourront jamais réaliser. » Nous le croyons volontiers. Garçon, un café ! (Patrick Vinciguerra)



10 Juin 1983 « A Calvi, l'art de célébrer la mer »

Publié le 16 juillet 2018 à 14:25

 Comme un défi lancé au temps, Michel Franchi continue de célébrer la mer. A Calvi, il recrée dans son antre de la Maison Giraud, l’univers de son enfance. Lui, le vieux marin-poète ! (Photo G.Guizol)



25 Aout 1987 « Mort en luttant contre le feu »

Publié le 1 juillet 2018 à 4:05

C’est le libeccio qui devait tracer l’itinéraire du feu : parti à 9h30 de la décharge de Moncale, le front des flammes s’étendait très vite à la commune de Calenzana qu’il traversait de part en part pour atteindre le col de Selvi, via Montemaggiore. Les sauveteurs craignirent alors que le sinistre passe le flanc de la colline pour se diriger vers Lavatoggio et Avapessa, mais le vent tourna et les flammes encerclèrent Montemaggiore et Cassano.

Le commando « Chass » de Bastia et les hommes des centres de Balagne étaient dépêchés sur les lieux. Malgré cette grande armée combattante placée sous la direction du colonel Battesti, les flammes cernèrent plusieurs maisons.

Un homme a trouvé la mort après être allée au bout de ses forces. M. Jean-Antoine Guidoni, 50 ans, célibataire était un des plus anciens sapeurs forestiers de Zilia. Dans la tourmente de braise, il s’est épuisé à contenir la progression du feu. Une fois dans son véhicule, un pneu crevait et il dut changer sa roue en toute hâte. Arrivé près du couvent d’Alziprato, très affaibli, il a été victime d’un malaise cardiaque auquel il ne survécut pas.

Les médecins ne purent que constater son décès. Jean-André Grimaldi, maire de Calenzana, et Jacques Santelli maire de Zilia se sont rendus sur les lieux. M. Santelli connaissait très bien la victime : « Nous sommes né la même annéee à Zilia. Il était le chauffeur de notre mule mécanique et était d’un courage exceptionnel. Il était disponible de jour comme de nuit pour combattre le feu. Nous perdons un homme de grande valeur et un ami. »



A 20 heures, le sinistre était maitrisé. (J-M.R)


26 juin 1970 « L'ouverture du col de Marsolino, un pont entre Calenzana et Galeria »

Publié le 14 juin 2018 à 6:20

 Une halte dans une des auberges longeant la R.F qui conduit le visiteur jusqu’à l’incomparable cirque de Bonifato, puis un demi-tour sur la gauche et l’on se retrouve à hauteur du hameau des rapatriés d’Algérie où l’ouverture d’un chemin caillouteux que nous empruntons indique le prolongement de la route jusqu’au col de Marsolino.

Auprès de nous, visiblement satisfait, M. Philippe Martini, maire de Calenzana, évoque des souvenirs de jeunesse. De chaque côté de la piste qui serpente au milieu d’un décor agreste et sauvage, les fleurs poussent à profusion, créant une féérie de couleurs.

Et voici le col de Marsolino, maintenant franchissable grâce à une excavation creusée sous la roche dure par près de 8 mètres de profondeur, sur 6 mètres de largeur.

Nous découvrons alors une autre Balagne, belle et sauvage. Cà et là, des maisonnettes en pierres sèches habitées par des bergers transhumants du Niolo caractérisent la Corse ancienne. Au hasard d’un arrêt, l’accueil y sera chaleureux et l’hospitalité sincèrement profonde.

L’ouverture du coll réalise la jonction entre les chemins du village des rapatriés au col et de Polveraggia au pont « à cinq arcades » du Fango, transformant les conditions d’existence de plusieurs familles pour lesquelles s’ouvre une ère nouvelle.

Ce projet, qui remonte à 1910, a atteint le stade de la réalisation grâce à une subvention (900.000F) du ministère de l’Agriculture et un emprunt (210.000F) contracté par la commune auprès de la caisse du Crédit agricole.

Une fois nivelée, cette route permettra une circulation bien plus aisée qu’à l’heure actuelle. Elle présente un intérêt agricole indéniable tendant à la mise en valeur qui se dessine à travers les plaines alluviales de Paradella, d’un côté, et de Marsolino et Filosorma, de l’autre. De plus, la réduction des distances rapproche Calenzana de Galeria (33 km au lieu de 55 km) et permet des échanges non négligeables sur le plan social. (J-B Suzzoni)



2 Juin 1970 « C'est l'intervention d'un jeune homme qui a permis d'éviter la noyade de quatre personnes à Sant'Ambroggio »

Publié le 11 juin 2018 à 6:15

Une véritable tragédie de la mer a été évitée de justesse dimanche après-midi au lieu-dit ‘Pinzuli’, près de Sant’Ambroggio. Il était 14h15 environ. M. René Maron, 42 ans, directeur du village de vacances de la C.N.R.O de Folelli, son épouse et leur jeune fille Sylviane, 12 ans, avaient décidé d’annuler la baignade familiale en raison du mauvais état de la mer. Aussi décidèrent-ils de s’installer sur les rochers. Tandis que la famille pêchait le long de la côte, une très forte vague vint frapper le rocher sur lequel se trouvait Mme Maron, laquelle fut déséquilibrée et emportée dans l’eau.

Instinctivement, M. Maron se jeta à l’eau et parvint à rattraper son épouse, mais la houle assez forte les empêcha de reprendre pied. A son tour, leur fille affolée, se précipita au milieu des vagues et M. Maron dut décupler ses efforts pour l’empêcher d’être entrainée au large. Exténué et atteint d’une syncope, M. Maron cessait de lutter. M. Filippi, de Sorbo-Ocagnano, alerté par les appels angoissés des désespérés, arriva sur les lieux. N’hésitant pas un seul instant, il tenta de porter secours aux malheureux mais se trouva lui aussi empêché.

La tragédie se jouait quand le jeune fils de M. Filippi, âgé de 16 ans, s’élançait au secours des naufragés. Avec un sang-froid extraordinaire, grâce à ses qualités exceptionnelles de nageur et de sauveteur, il parvint à ramener Mme et Mlle Maron ainsi que son père sur le rivage.

Sans perdre de temps, le jeune homme pratiquait le bouche-à-bouche et des massages cardiaques sur la personne de M. Maron.

Sitôt averti, le Dr Massimi, de Calvi, se rendait sur place où M. Maron retrouvait ses esprits. Le jeune Pierre Filippi, sans lequel l’inévitable se serait produit, mérite plus que des félicitations chaleureuses : un bel hommage. (J-B.S)


8 Avril 1996 « Lavatoggio : sacrés briseurs d'oeufs ! »

Publié le 4 juin 2018 à 5:20

 Hier eut lieu le premier championnat régional de Tiucaru. L’ambiance était à la fête hier à Lavatoggio. La compétition était organisée par le foyer rural de Lavatoggio et qui réuni une centaine de participants.

Le Tiucaru (Chjucarru), c’est avant tout une tradition ancestrale des fêtes pascales. Il s’agit d’un jeu qui oppose deux personnes munies d’œufs durs, le principe étant de briser la coquille de son adversaire.

« Nous faisions ça en famille, nous raconte M. René Parodi, 85 ans. Les parents répartissaient entre les enfants les œufs durs qu’on avait teint avec de l’oignon, de l’herbe ou du marc de café et on jouait le dimanche de Pâques après la messe. »

Ils étaient plus d’une cinquantaine au rendez-vous, venus de toute la Balagne.

Première étape : la validation des œufs par M. Roger Laurenti, contrôleur en chef. Stéthoscope sur les oreilles et auscultant chaque coquille, il nous précise : « Autrefois, certains truquaient les œufs en y introduisant du plâtre, alors il faut être vigilant ! »

Face à face, œufs bien serrés au creux du poing, l’un après l’autre, chacun doit frapper d’un coup sec, de haut en bas, le sommet de l’œuf présenté par son adversaire. Si un impact apparait, c’est gagné, et le vainqueur remporte l’œuf du perdant.

Beaucoup de rires ont accompagné cette journée chaleureuse.

Les résultats : Catégorie enfants : 1) Paul-Antoine Suzzoni (Lumio) 2) Noemie Olivi (Cateri) Catégorie Adultes : 1) Bruno Savelli (Cateri) 2) Marie-Jeanne Petrucci (Lavatoggio)

(Emmanuelle Pouquet)



4 Aout 1973 : « Le maire de Lumio résolu à combattre le 'naturisme sauvage' »

Publié le 26 mai 2018 à 11:30

 La vague de nudisme qui déferle sur le littoral balanin suscite plus d’une réaction parmi la population. Aussi, M. Eugène Ceccaldi, maire de Lumio, vient-il de prendre énergiquement position contre le ‘naturisme sauvage’ qui se développe sur le territoire de sa commune. Il est décidé à combattre.

« Il n’est pas possible de tolérer la présence de centaines de personnes qui s’exhibent dans le costume d’Adam et Eve à longueur de journée jusque sur nos plages. La brigade de gendarmerie de Calenzana tente actuellement de mettre un terme à cette situation préjudiciable aux intérêts touristiques d’une région. En plus, nos enfants auxquels on offre ce spectacle risquent d’être atteint par le développement de telles mœurs. Il y a en Corse suffisamment de camps de naturistes pour permettre à tous ceux et à toutes celles qui désirent se promener nu de se « libérer » d’un maillot de bain. Dès l’an prochain, des panneaux écrits dans toutes les langues seront plantés le long de la bande littorale. »

En attendant, la maréchaussée fait s’abattre une pluie d’amendes (de l’ordre de 500 F pour les hommes et 300 F pour les femmes.) (J-B.S)


16 Mars 1990 : « Nouvelles voix sur les ondes de Radio Calvi Citadelle »

Publié le 20 mai 2018 à 0:20

Les deux nouvelles recrues s’appellent France Fatticci et Corinne Agostini. Elles rejoignent les quinze bénévoles formant l’équipe d’animation. France a 18 ans. « La radio était une envie depuis mes premiers débuts il y a longtemps. C’est aussi une excellente expérience pour atteindre mon but : devenir GO au Club Med. »

Corinne a 20 ans. « J’avais le trac mais je me lance de temps en temps. » (E.P)



4 Juin 1993 : « L'ile Rousse : la victoire des oléiculteurs »

Publié le 30 avril 2018 à 16:10

A l’appel de la coopérative oléicole de Balagne, dont les locaux et les stocks ont été détruits le 20 mai dans un incendie criminel, une manifestation a eu lieu hier dans le centre de l’Ile-Rousse.

Plusieurs dizaines de personnes étaient au rendez-vous parmi lesquelles M. Toni Casalonga, président du conseil économique social et culturel de la Corse, M. Hyacinthe Mattei, conseiller général de l’Ile-Rousse, M. Ange Poli, président de la chambre d’agriculture, de M. Alex Alessandrini, président de l’office de développement agricole et rural de la Corse, etc…Ils ont été accueillis par M. Alain Costa, président du groupement d’oléiculteurs producteurs d’huile d’olive de la région Corse ainsi que par MM. René Colombani et Joseph Renucci respectivement président et directeur de la coopérative oléicole de Balagne.

Au carrefour de la route de Monticello, où des tracts et des rameaux d’olivers étaient distribués aux passants, les manifestants se groupaient autour de banderolles portant les inscriptions « Un c’hè Balagna senz’olivu », « Nous reconstruirons la coopérative », « Agricultura Corsa Rivulata » ou encore « Gan paiera le stock ».

M. Alain Costa a souligné «le sentiment de colère. C’est la volonté de développement économique d’une région qui est bafouée, la négation de l’intérieur et le mépris du travail. Nous sommes également en colère en réponse aux tentatives d’intimidation dont nous sommes l’objet. »

Un impressionnant déploiement de forces de l’ordre a été mis en place dans la rue Notre-Dame, siège du cabinet d’assurances de la coopérative. Quelques 80 gendarmes mobiles armés de l’escadron 12.8 de Dijon barraient la rue de part et d’autre du bureau.


A l’issue de son entretien à la mairie, Alain Costa annonçait à l’assistance que l’assureur, M. Nicolas Pianacci, avait pris la décision de « prendre en compte la totalité des frais de reconstruction de la coopérative et le montant total des stocks. » (Emmanuelle Pouquet)



17 Mai 1963: « Un yacht abandonné découvert au large de Galeria »

Publié le 18 avril 2018 à 9:05

Un yacht vide de ses occupants a été découvert hier en fin de matinée, à 200 mètres environ de l’entrée du golfe de Galeria. Le « Sylva » a été remorqué jusqu’au port.

C’est le boulanger de Galeria, M. Jean Ceccaldi, qui allant à Calvi s’approvisionner en farine, a aperçu le premier le voilier dérivant sur la mer. Grâce à ses jumelles, il vit distinctement deux hommes et une femme au milieu des flots déchainés. La femme roulait sous les vagues et ne semblait plus donner de signe de vie.

L’alerte fut aussitôt donnée mais aucune trace des naufragés n’a été découverte jusqu’à présent. D’après les papiers de bord, quatre personnes se trouvaient sur l’embarcation, deux Français et deux Allemands. Le voilier avait été repéré le 11 mai à Cannes. Le yacht avait quitté le golfe de l’Argentella où par suite du mauvais temps, il avait cherché refuge et s’était ensuite abrité dans celui de Galeria. Son amarre ayant cassé, il dériva. On ignore encore pourquoi ses occupant se sont jetés à la mer. Les disparus ont été identifiés. Il s’agit de M. Bruno Vielard, son épouse née Odile de Marcellier de Gaujaz de Boysson, 24 ans, originaire de Saumur ; Jean-Louis Vielard, 26 ans, née à Mulhouse, étudiant à Morvillars, cousin de Bruno Vielard. Geoge Carl Koch, demeurant à Cologne, et André Viale, ami de la famille Vielard. Le yacht appartient à M. Philippe Vielard, ingénieur à Sud-Aviation, demeurant à Grasse, et cousin des deux disparus. Il s’est rendu sur les lieux. C’est M. Faustin Bartoli, patron pêcheur à Calvi, qui a aperçu le corps de Jean-Louis Vielard, flottant à la surface de la mer. Un second frère du disparu est attendu aujourd’hui. On disait hier à Calvi que les Vielard seraient les proches parents d’une haute personnalité gouvernementale.

Hier soir, on apprenait qu’un avion de la base militaire d’Aspretto avait repéré trois corps immergés au lieu-dit « Pointe de Palazzo », situé entre le golfe de Girolata et le golfe de Galeria, soit à plus de 16 kilomètres au sud de l’endroit, où le boulanger avait aperçu le yacht abandonné. Ils ont sans doute dérivé à cause du vent. Le même appareil signalait un quatrième corps.



9 Mai 1963 : « Moncale : un peu de lumière svp ! »

Publié le 13 avril 2018 à 0:25

Le village n’est guère favorisé par la lumière électrique. La ligne qui dessert toute la partie du village est très défectueuse. A partir de 18 heures, nous avons des pannes fréquentes et des baisses de tension allant jusqu’à 80 W. Impossible de lire et d’écouter la radio, si nécessaires pour meubler nos soirées. Le syndicat intercommunal nous assure que depuis 1959, Moncale figure en premier sur la liste des villages pour la transformation des lignes électriques défectueuses. Nous sommes en 1963 ! Et dire que certains de nos concitoyens ont passé commande de télévision en vue de la prochaine mise en service du relais Calvi-Salvi.

13 janvier 1992 « Giovani Agnelli quitte Alziprato »

Publié le 21 mars 2018 à 19:25

« Agnelli s’en va ! » La rumeur ne serait pas infondée. Son dernier séjour à Calvi remonte au mois de juillet 91. L’industriel italien n’a pas réapparu depuis. Le patron de Fiat avait l’habitude de prendre ses vacances au printemps et à l’automne. Pour la première fois, on ne l’a pas revu en septembre.

« Le commandant du bateau a bien appelé un jour pour s’annoncer au port Xavier-Colonna où un emplacement lui est réservé, mais sans qu’on sache pourquoi, il n’est jamais arrivé. Les recettes s’en ressentent un peu car M. Agnelli entraine beaucoup de monde dans son sillage » constate le capitaine du port de plaisance de Calvi.

A Alziprato, les grands de ce monde retrouvaient Agnelli. Il advint parfois que l’incognito soit surpris. Dernier en date : Henri Kissinger. En provenance de Budapest, l’ancien chef du département d’Etat américain qui avait atterri à l’aéroport de Calvi-Balagne ne passa pas inaperçu. Seuls les habitants de Zilia auront pu le voir se promener.

Kissinger parti, Agnelli ne reviendra qu’une fois de Rome le 11 juillet. Après avoir fait un crochet par Alziprato, il avait ce jour-là gagné son bateau l’Extra Beat dans le port de Calvi d’où il appareilla pour les Baléares.

« Si c’est vrai qu’il a décidé de rompre avec la Corse, c’est dommage. C’est un homme très simple à qui il arrivait d’emprunter la vieille R5 du gardien pour se rendre d’Alziprato à Calvi » confient ceux qui le connaissent le mieux.

La situation politique de l’ile ne serait pas étrangère à la décision du constructeur automobile.

Agnelli louait le couvent d’Alziprato l’été après la « mise à mort » du festival international de musique que créèrent en 1974 le baron Henri Louis de La Grange et Maurice Fleuret contraints de quitter les lieux il y a 11 ans. Il en devint propriétaire au début de 1989.

Tiré des ruines et de l’oubli par le baron de La Grange, Alziprato, après avoir survécu à la merveilleuse aventure des Nuits, allait bénéficier de la sollicitude de la richissime famille italienne. (JB Suzzoni)