Hier en Corse


Corse Matin : 40 ans d'archives

Articles

3 juillet 1972 : « Les clés vagabondes de Centuri »

Publié le 24 novembre 2018 à 6:05

 A l’extrême pointe de l’ile, une sorte de bout du monde : Centuri. A l’entrée du village se trouve un château des Mille et une Nuits, bâti par le comte Cipriani, dont les parents avaient fait fortune en Amérique du Sud. En bas, la « Marine » et son port miniature. Les maisons de pêcheurs sont couvertes de dalles de pierre verte, la Serpentine.

Un nouveau chapitre s’est ouvert le 6 mai 1971 pour le village. Ce jour-là, la liste emmenée par M. Victor Lorenzi recueillit plus de suffrage que celle du maire en place, le Dr Napoleoni. Centuri venait de choisir une nouvelle destinée. Trois jours de scrutin avaient été nécessaires. Les coups de théâtre abondèrent avant l’élection de M. Victor Lorenzi, qui avait décidé de donner à son frère le fief de Morsiglia pour briguer la mairie de Centuri. « A peine pour deux ou trois ans », avait-il précisé. Le temps de faire du village un petit Saint-Tropez et remettre à flot ses finances. »

Pour atteindre cet objectif, il conclut une alliance avec les membres d’une troisième liste, plus encline à combattre le Dr Napoleoni que lui-même. Mais les ralliés à l’ancien maire de Morsiglia signifiaient que le « oui » à M. Lorenzi n’est nullement un « quitus à un diktat ».

Une majorité de suffrages vint officialiser cette union en mai 71. Mais la lune de miel fut de courte durée. Dès le mois d’aout, 6 des 11 conseillers municipaux (la majorité;), emmenés par le premier adjoint, M. Pierre Carrara, désapprouvent la gestion communale de M. Lorenzi. De propos aigre-doux on en arrive à un échange de lettres recommandées. Rien ne va plus…

La « guerre des serrures » intervient. A trois ou quatre reprises, la serrure de la mairie, une vieille bâtisse délabrée, située à la sortie du hameau d’Orche, sera changée. Mieux : un beau jour, les registres des délibérations, des arrêtés municipaux, du budget communal, de la liste électorale, disparaissent. L’adjoint supplémentaire, répondra à Me Poggi, huissier de justice, venu constater la chose : « Vous le savez bien, tous ces documents ne sont pas tous à la mairie ! »

Puis M. Pierre Carrara et ses amis occupent la mairie pendant trois jours et trois nuits, afin d’obtenir le libre accès au bâtiment communal. Ils obtiennent satisfaction sur intervention du sous-préfet de Bastia.

M. Victor Lorenzi porte plainte auprès du procureur de la République contre son premier adjoint pour « occupation abusive de la mairie, entrainant le désordre dans la commune. » Il ajoute que « lors d’une précédente occupation, les gendarmes sont intervenus et que des bagarres ont eu lieu ». Et M. Lorenzi de conclure : « Actuellement, je me trouve sans la clé de la porte de la mairie. » Si bien qu’on ne savait plus qui fermait la porte à qui. Les uns et les autres étaient tour à tour suspects ou innocents. Les enquêteurs avaient par moments l’impression de se trouver face à cette image de l’infini : le serpent qui se mord la queue. Le seul à se frotter les mains étaient le serrurier du coin. A ce train-là, il allait manquer de serrure…

Et puis, au début du mois dernier, la confusion atteint son point extrême avec le départ de M.Lorenzi qui décide d’aller passer ses vacances à Villard-de-Lense (Isère). La mairie est d’abord fermée. Un écriteau en indique la raison : « Le maire est absent. » Les candidats au mariage iront officialiser ailleurs leur union, les naissances seront éventuellement enregistrées à Bastia et les vieillards à l’article de la mort, ne voulant pas compliquer les choses, se retiendront de mourir.

Une pétition réunissant 101 signatures est adressée le 15 juin dernier au sous-préfet de Bastia qui reçoit peu après M. Carrara.


Le porte-drapeau de l’opposition est un homme énergique. Il a 28 ans et un physique avantageux. Ses propos tiennent déjà du routier politique. A l’heure où nous écrivons, l’un de ses partisans est passé de l’autre côté. L’opposition n’a plus de majorité. « Je demande que tous les documents essentiels à la gestion réintègrent la mairie et que me soit remis le courrier pendant toute la durée d’absence du maire. Enfin, que des sanctions soient prises pour mettre un terme à toutes les irrégularités qui ont été portées à la connaissance des autorités. » (JC Lanfranchi)


6 décembre 1985 : « Comment sauver les peintures pariétales de la grotte d'Olmeta di Capi Corsu ? »

Publié le 16 novembre 2018 à 5:55

 ‘A Grotta Scritta’ est un endroit que les habitants de la localité, administré par M. Masini, tentent de tenir secret. Ce témoignage du passé est le seul du genre en Corse. Des spécialistes les situent à l’époque Chalcolithique, à l’âge du bronze primitif, c’est-à-dire 2000 à 1500 ans avant J-C. A Olmeta, on a fait tout ce qu’il fallait pour éviter la détérioration, mais l’été venu il est difficile de veiller aux déplacements de tous ceux veulent voir et toucher les peintures.

M. Ange Martini a de quoi réaliser une véritable encyclopédie sur le sujet. Il nous a affirmé que les premières reproductions des peintures pariétales avaient été effectuées en 1966 par René Grosjean dans son ouvrage « La Corse avant l’histoire ». « Mais la grotte était connue depuis longtemps par la population d’Olmeta. La légende rapporte même que les olmetais considéraient l’endroit comme un lieu de culte. De plus, on sait que les alentours du site, qui se trouve sur une propriété privée appartenant à la famille Defendini-Peretti, étaient cultivés. »

Après René Grosjean, c’est un peintre italien qui en 1967, a réalisé une copie de toutes les inscriptions de la grotte, remise à M.Martini, dont les archives s’enrichiront en 1970 d’une étude du professeur allemand Gottfried Kreuzer, confirmant l’incontestable intérêt des peintures pariétales.


Plus tard, ce sera au tour des archéologues corses de se pencher sur le site. Tous constateront la détérioration lente des peintures et avanceront l’idée d’une protection. En vain. « Dans quelques années, les peintures ne seront plus visibles. Déjà certaines reproduites par Franca Ghitti, en 1967, ont disparu. »

Aujourd’hui à Olmeta, plus question de se rendre en promenade à la grotte où un touriste allemand est revenu récemment avec un morceau de la grotte riche de précieux enseignements !

La solution réside dans un accord entre les propriétaires de la parcelle et la mairie. Il s’agit, selon M. Jean-Claude Ottaviani, conservateur du musée d’Aleria, de rétrocéder trois mètres carrés de terrain. Dès lors, il n’y aurait plus contradiction entre l’aspect juridique et l’action de l’Etat, dont l’effet pourrait jouer à plein. Ce jeu de la transaction n’en vaut-il pas la chandelle ? (C.M)



6 aout 1981 : « La grotte de Macinaggio »

Publié le 14 novembre 2018 à 3:30

Près de Macinaggio se trouve une grotte particulièrement intéressante. Située à six mètres au-dessus du niveau de la mer, elle est d’un accès assez difficile. L’étude, menée en 1975 par le professeur Bonnifay, de la faculté de sciences de Marseille, permettrait de dater l’effondrement au quaternaire, de ce que l’on appelle le pont Toscan.

C’est dans cette grotte qu’a été découvert un exemplaire de Cersius Cazioti, un remarquable mammifère apparu en Corse il y un ou deux millions d’années. Malgré l’intérêt et la beauté de cette grotte nous déconseillons sa visite car elle est située sous une immense falaise qui menace de s’écrouler. (Jean-Paul Sermonte)


24 mars 1961 : « A Luri, des rondes et des cris d'enfants ont chassé le fantôme de Sénèque »

Publié le 28 septembre 2018 à 11:20

 Par une journée ensoleillée, quelle merveilleuse impression nous a fait la belle vallée de Luri. Nous apercevons l’ancien sanatorium de Luri, qui se trouve à 500 mètres d’altitude. Après avoir franchi la crête du col de Sainte Lucie par une tranchée étroite creusée dans le roc, les sinuosités pittoresques d’un chemin nous font pénétrer dans une magnifique forêt de chênes-verts, laquelle nous conduit sur le plus beau des promontoires au pied de la tour de Sénèque, là où s’érigeait l’ancien couvent de Saint-Nicolas qui fut lui-même reconstruit sur l’emplacement de l’ancien château « dei Motti ». Nous nous rendons vers l’établissement.


Les ruines du couvent Saint-Nicolas devaient abriter dès 1925 l’œuvre que l’abbé Joissant, fondateur-directeur du préventorium de Luri et devait lui donner l’essor que l’on sait. Ce fut grâce au courage et à l’abnégation que cet infatigable apôtre de la Charité parvenait à faire ressurgir les murs de l’ancien monastère. C’est ainsi que la monotonie des lieux devait être rompue par la vie animée de plusieurs enfants qui purent profiter de l’action bénéfique de celui qui n’avait pas craint d’inclure au premier rang de ses préoccupations les problèmes de l’enfance. M. et Mme Gregori lui apportèrent la plus dévouée des collaborations et qui ont été, après son décès en 1939, ses continuateurs.

Depuis 1950, l’établissement est devenu « maison d’enfant à caractère sanitaire », agréée par la direction départementale de la Sécurité sociale et de l’Aide médicale.


Un effort considérable était d’une nécessité impérieuse si l’on voulait donner aux enfants le confort et la sécurité qu’ils sont en droit d’attendre. Le centre permet à un grand nombre d’enfants de s’épanouir dans une ambiance familiale. Les maisons d’enfants à caractère sanitaire reçoivent, pour une durée limitée, des sujets de 4 à 16 ans révolus, appartenant à l’une des catégories suivants : sujets chétifs susceptibles de bénéficier d’un séjour dans de bonnes conditions d’hygiène, d’alimentation et de climat ; sujet dont l’état général a été affecté par une maladie ou une intervention chirurgicale et ne paraissant pas nécessiter une convalescence prolongée, sujet vivant dans de mauvaises conditions d’hygiène et d’alimentation et présentant un fléchissement léger de l’état général qui n’est pas en rapport avec une infection contagieuse quelconque : sujets atteints de certaines affections ne justifiant pas un traitement dans un établissement hospitalier ou une surveillance particulière.

Les enfants sont appelés à faire des séjours d’une période renouvelable tous les trois mois, selon l’avis du médecin attaché au Centre.

Ce sont bien entendus les médecins qui préconisent le placement des enfants. Dès leur admission, les enfants font un séjour au lazaret, au cours duquel ils sont mis en observation pendant deux semaines afin de pouvoir déterminer s’ils sont atteints d’une infection contagieuse, avant de les mettre en contact avec les autres enfants.

L’établissement comporte une salle de radioscopie et une infirmerie. Un médecin est attaché au centre, qui suit l’évolution de chaque enfant. La maison peut accueillir jusqu’à 80 enfants, elle en compte actuellement 64, venus de tous les coins du département. Les parents sont autorisés à voir leurs enfants.

Les installations sont des plus modernes : un immense réfectoire, des dortoirs accueillants et très bien aérés, des classes spacieuses, des installations de douches très confortables et aussi un équipement sanitaire et social de tout premier ordre.

La maison met également à la disposition des enfants toute une gamme de loisirs tels que salles de jeux et d’activités éducatives, cinéma, salle de télévision, piste de basket, piscine.


La maison de la Tour de Sénèque s’assortit d’une éducation scolaire complète. Les enfants dirigés vers Luri sont d’un âge variant entre 4 et 16 ans, ce qui implique la présence de tout un personnel dont la valeur est incontestable. Cinq classes préparent les élèves au certificat d’études primaires et à l’examen d’entrée en sixième, auxquelles s’ajoutent une classe de perfectionnement destinée aux retardés pédagogiques.

Nous avons eu le plaisir de voir à l’œuvre cinq jeunes instituteurs et institutrices, tous normaliens, se classant parmi les meilleurs éléments choisis par le vice-rectorat de Corse. Parallèlement à l’effort d’équipement, il a été prévu des logements pour les maitres et une agréable salle de séjour leur permettant de se retrouver dans une ambiance de bon aloi.

L’instruction religieuse n’est pas en reste. Le curé doyen de Luri enseigne le catéchisme et célèbre régulièrement la messe dans la chapelle de l’établissement.

La maison reçoit également, pendant la saison d’été, différents groupes d’enfants qui viennent faire provision d’air frais.

Saluons Mlle Pétronille Santoni qui seconde Mme Gregori dans ses absorbantes et délicates fonctions inhérentes à la direction d’un établissement d’une telle importance. (Henry Sanesi)




1er Mars 1961 : « Georges Lemonier enlumine les vitraux du sanctuaire de Lavasina »

Publié le 28 septembre 2018 à 6:30


Nous l’avons rencontré alors qu’il traçait de fort belles esquisses agrémentant le cadre du « Studio Opéra », et auxquelles l’artiste a su faire refléter fidèlement les mouvements subtils et gracieux inhérents à l’art de la danse. Puis nous l’avons retrouvé dans son atelier de Minelli, aux portes duquel nous nous plaisions à remarquer un très grand nombre de toiles témoignant toutes d’un talent très personnel.


Georges Lemonnier est en Corse depuis quelques mois. Ancien élève des Beaux-Arts de Paris et de l’académie scandinave de Paris, il a été pendant plusieurs années chef d’atelier à l’école des Beaux-Arts de Rabat. Chef décorateur à la télévision marocaine, décorateur du palais du roi du Maroc, il avait été appelé à aménager la villa de la princesse Salla Amina.

Au Portugal, il a décoré deux des plus grands casinos du pays et doté l’église d’Armagao de Pera de sept admirables vitraux et d’un chemin de croix en bois gravé. Car il également peintre-verrier et il également à pied d’œuvre au sanctuaire de Lavasina, grâce à l’obligeance du R.P Guy. Il a su donner aux vitraux que l’on pourra voir à Lavasina les effets de couleur les plus riches. Les deux vitraux placés de part et d’autre de l’entrée du sanctuaire, de 2.m 45 X 1.m 35, représentent Saint François recevant les stigmates, et Sainte Claire présentant l’hostie aux Sarrasins. Deux autres vitraux sont en cours d’exécution. « Quand j’aurais pénétré plus intensément l’âme de la Corse, dans le cadre grandiose de certains de ses paysages, je n’hésiterais point à œuvrer en vue d’atteindre et de capter la beauté des sujets que saura m’inspirer l’Ile de Beauté. » (Henry Sanesi)



14 Aout 1979 : « Léonor Fini, grande dame d'un monastère fantastique »

Publié le 7 juin 2018 à 10:25

 Léonor Fini hante le monastère de Nonza avec deux amis et trois chats. La grande dame mystérieuse de la peinture est fidèle depuis de nombreuses années à ce refuge estival. Loin de la foule, des cocktails et des expositions, elle retrouve le secret des cellules de moine, le silence d’un autre âge, écho intérieur d’une exceptionnelle richesse.

Un portillon composé d’une mosaïque de morceaux de bois s’ouvrant sur une terrasse, les marches usées d’un ancien débarcadère s’enfonçant dans les eaux, autant d’invite à pénétrer un monde à part où le quotidien bascule devant le poids des siècles et la magie de l’art. Devant ce havre de paix où Léonor Fini a planté le hamac du Robinson volontaire, Trilbi, son chat, monte la garde. Soudain, une silhouette noire à l’accent italien : « Entrez messieurs… ».

Un siamois dort sur le divan, sous le portrait d’une jeune femme que l’on croit sortie d’une nouvelle fantastique d’Edgard Poe. Au milieu de la pièce, couvée par une multitude de coussins aux masques de chats, trône Léonor Fini, le front ceint d’un turban aux couleurs de son rouge à lèvres.

C’est « dans cet endroit magnifique et sans touristes » qu’elle conçoit et enfante ces monstres hallucinants et hallucinés saisis à la fois par la peur et le désir.


Cette grande amie de Max Ernst aime évoquer le baroque de la Renaissance, parle de ses réalisations en cours : les illustrations d’un conte archaïque russe et celles d’un couple éternel de Roméo et Juliette dont les sérigraphies seront exposées en octobre à Paris.

Surréaliste, elle pratique dans ses après-midis d’été la « peinture automatique » comme d’autre l’écriture. « Pendant que je peins ou dessine, j’ai le sentiment que mes mains sont guidées par un autre qui est en moi et qui m’entraine irrésistiblement. »

Recluse dans son monastère avec la mer pour confidente, elle vit sa vie d’artiste. « Je m’amuse, je suis heureuse. C’est une chose tellement sublime que de se retrouver seule devant l’œuvre à faire. »

Ses œuvres sont exposées dans toute l’Europe et aux Amériques. Mais si on lui demande de quel pays elle se réclame, elle qui est née en Argentine, elle n’hésite pas : « Du mien, qui est imaginaire. » (Jean-Pierre Girolami -Gérard Baldocchi)



12 Aout 1973 : « Luri : un paradis de seize hameaux pour 650 âmes permanentes et 200 en plein été »

Publié le 28 mai 2018 à 2:55

 « C’est beau un village, n’est ce pas ? » . Le premier touriste rencontré dans un bistrot le long de la route qui traverse Plazza, hameau principal de Luri, n’arrête pas de nous dire que la vie y est belle, et il ne sera pas le seul à clamer ce véritable hymne d’amour à la région. Les seize hameaux de la commune possèdent la vertu de faire rêver le citadin avide de vivre un véritable retour à la nature et un peu de liberté.


M. Sauveur Leandri est le premier magistrat. Volubile, convaincu, il est maire depuis 1947. Il partage son temps entre sa mairie et Bastia où il dirige un cabinet d’assurances. « Je suis à Piazza en moyenne trois jours par semaine ». On sent qu’il a à cœur de soutenir les intérêts de sa commune dans le moindre de ses propos.

Avec l’essor touristique et l’urbanisation qui est son corollaire, M. Leandri nous explique qu’il a dû aussi se faire bâtisseur. Il faut par ailleurs qu’il donne satisfaction dans la mesure des choses possibles, à la revendication pour de meilleurs équipements collectifs.

Le maire a parfaitement compris le changement de responsabilité qu’impliquait désormais sa fonction : « Pour beaucoup, le maire n’est rien d’autre que l’officier de l’état civil, l’homme qui enregistre les naissances et les décès, mais il fait bien autre chose. » Son problème majeur ? Chercher de l’argent pour soutenir les intérêts de la commune. Il nous explique que le problème du budget, alimenté d’un côté par les impôts locaux, de l’autre par les subventions de l’Etat et enfin par l’emprunt qui est celui qui le préoccupe le plus.

Avec ce budget, il doit bien sûr couvrir la rémunération du personnel municipal, le remboursement des emprunts, l’aide social, l’entretien de la voirie, l’assainissement, l’entretien et la construction des écoles.

« On comprendra donc que notre municipalité est animée par le souci d’équilibrer le budget. Dans cette perspective, nous avons dégagé l’ordre des priorités. Un exemple : Santa-Severa réclame l’aménagement de son plan d’eau. Je ne suis pas contre, mais il y a beaucoup plus urgent et utile. L’assainissement n’est pas terminé par exemple. La construction en dur du groupe scolaire aussi. Songez que des six cars chargés du ramassage scolaire descendent chaque matin deux cent cinquante enfants. Ca mérite tout de même que l’on défende l’existence du C.E.G » (J.C Lanfranchi)




2 Aout 1980: « Pino, village d'azur. Un tourisme de fidélité »

Publié le 16 mai 2018 à 4:55

Perle d’eau sur les bords d’un décor grandiose, Pino est une fenêtre ouverte sur l’immensité bleue. Village tranquille et hospitalier, il vit à l’heure estivale avec une population passant de 200 habitants l’hiver à 700 en été. Le maire, M. Jean-François Giaccobi, a installé la nouvelle municipalité en février dernier à la suite du décès du maire, M. Joseph Rugani. A la tête d’une équipe jeune et dynamique, il nous a dit tout l’espoir qu’il avait en des réalisations comme l’aménagement du terrain de sport et celui de la salle des fêtes, ainsi que la construction du nouveau cimetière et des travaux importants de forage en vue de recherche d’eau. Ne pouvant pas laisser le couvent inoccupé, la commune a accepté de le mettre à la disposition du colonel Militis, avec l’accord de l’évêché, pour y accueillir des handicapés sociaux.


Pour ce qui est de l’animaux du village, il faut souligner l’effort de l’Association nautique qui fut pendant longtemps très efficacement animée par M. Jean Orsatelli, auteur notamment d’une étude très intéressante sur Pino. Celui-ci précise que l’association, créée en 1963, a modifié quelque peu le site de la plage pour améliorer l’utilisation par les plaisanciers de l’espace restreint existant. L’association organise d’ailleurs une fête le 13 aout avec une soirée dansante dont le bénéfice ira au Noël des enfants du village.

Pino a la particularité d’avoir un tourisme de fidélité plus que de passage. M. Joseph Dominici, le commerçant bien connu de Pino, nous a précisé qu’il y a toujours autant de monde par rapport aux précédentes années, mais que les gens dépensent moins. La conjoncture économique n’est hélas pas une légende mais bel et bien une réalité.

Nombre de célèbres visiteurs ont passé des vacances paisibles au village : Gustave Eiffel en 1890, venu pour le mariage de sa fille avec M. Piccioni, Téophile Delcassé, ministre de la Marine, en 1912, Georges Clemenceau en 1921…Charles de Gaulle n’a pas pu rejoindre le village à cause des pluies torrentielles de l’année 1948 qui avaient coupé la route Bastia-Pino. (Jean Paul Sermonte)



3 Janvier 1986 : « Nonza par-delà son classement »

Publié le 8 mai 2018 à 7:00

Un site exceptionnel. Un village construit sur un promontoire qui domine la mer et une immense plage de galets et de sables gris. Des maisons groupées avec des pierres en lauze, aux couleurs du Cap Corse, audacieusement accrochées aux rochers, à pic sur une falaise vertigineuse. Nonza étale ses atouts. Le site n’estompe pas toutefois les problèmes qui se posent ici comme dans toute localité éloignée des grands centres.

Les difficultés de la commune qu’administre M. Pierre Chaubon sont celles habituelles des villages corses : vieillissement et exode des habitants, activités économiques trop réduites, route d’accès dégradée, communications téléphoniques, réception incertaine des images de télévision et forte disproportion entre les populations estivales et hivernales. On passe d’une centaine en hiver à six ou sept cent en été auxquels viennent s’ajouter des milliers de visiteurs.

Nonza souffre aussi d’un réseau de distribution d’eau potable et d’assainissement vétuste, pas suffisamment étanche et inadapté et d’un problème de stationnement récurrent. Il y aussi des contraintes très rigoureuses en matière d’urbanisme dues à la géographie mais aussi aux règles imposées par le classement du site, des ressources en eau trop faibles en période de sécheresse et enfin des moyens financiers insuffisants pour faire face aux défis actuels.


Au-delà de l’action concrète, on citera cette autre axe de réflexion à long terme qui se prolongera par le démarrage du plan d’occupation des sols et la réalisation d’une étude qui, confiée à un cabinet d’experts, d’architectes, d’urbanistes et de paysagistes, pourra mieux cerner les possibilités de développement futur du village tout en lui conservant son cachet dans le cadre de la règlementation rigoureuse et contraignante liée au classement du site. (C.M)



5 Mai 1963 : « Le romancier de la guerre d'Indochine pillait les troncs d'église »

Publié le 11 avril 2018 à 11:20

« Aujourd’hui, constate Me Francette Santini, je suis l’avocat des déshérités ». Rarement on a su autant émouvoir qu’elle dans ce prétoire. Les deux prévenus qu’elle défend avec Mes Agostini-Terramorsi et Viale, forment un bien curieux couple à propos duquel on ne s’interdit pas d’évoquer les tribulations des personnages de Jean Genet. Il y a beaucoup de littérature dans le cas de Michel Varocchi (visage émacié, cheveux dans le cou, chemise et pantalon noirs, chaussures à la Charlot). Il ressemble curieusement à Bill Rapin et son allure est celle des bohèmes de St Germain des Prés. Il serait l’auteur d’un roman sur la guerre d’Indochine, « Rizières en feu », où il raconte ses souvenirs d’ancien parachutiste, livre que la censure aurait interdit et qui ferait carrière en Suisse. Un de ses manuscrits serait également en lecture chez l’éditeur Julliard.

Quelle part doit-on faire à l’affabulation ? N’aurait-il pas dû subir un examen mental, comme son ami, le sautillant Maurice Dorde au regard de levrette apeurée qui, parce qu’il fut exempté du service militaire, a la marotte de l’uniforme : il habille sa maigreur d’une tenue d’officier et l’écrase de décoration, de la Légion d’honneur au Nicham Iftikar en passant par le Mérite agricole. Il a vu sa famille sous les balles des fellagha dans l’Algérie en révolte où il a vécu quelques temps. Ce spectacle l’a traumatisé et a aggravé un déséquilibre préexistant dans la mythomanie est une des caractéristiques.

Le duo a commis une série de vols du côté du Cap. Varocchi agissant pour son propre compte, a pillé le tronc d’une église.

"Mais, dit Me Santini, le vol n’est pas établi et je cherche en vain la déposition d’un témoin dans le dossier. Les soupçons se sont dirigés vers lui uniquement parce que sa tête ne plaisait pas aux habitants de la localité… De plus, seules quelques pièces de monnaies ont été retrouvées dans ses poches. "

De concert, Varocchi et Dorde ont cambriolé en l’absence de ses jeunes locataires, le camp de vacances Léo-Lagrange d’Erbalunga et volé une motocyclette dont le propriétaire réclame un bon prix, avec une assurance qui ne s’est pas communiquée à son avocat, Me Pieraggi.

Mes Viale et Agostini-Terramorsi assistent Dorde, l’enfant de l’assistance publique, le conscrit réformé pour troubles mentaux, le prévenu si gentil, si poli, l’excellent ouvrier qui a repeint la prison de Bastia de la cave au grenier lors de son séjour.

« Varocchi, physiquement, n’est plus capable, dit Me Santini. Pour lui, elle équivaudrait à une condamnation à mort. Il est tuberculeux et il ne guérira qu’à la condition qu’il soit envoyé dans un sanatorium aussitôt que possible. Sa vie est entre les mains du tribunal, et une vie humaine vaudra toujours plus que le rasoir électrique chipé dans un camp de vacances. »

En définitive, Dorde aura la possibilité de manier le pinceau pendant trois mois encore et le romancier récolte successivement trois, six et huit mois de prison. A quelque chose malheur est bon : Julliard a retenu son dernier manuscrit.


16 Novembre 1982: « Corbara : un général et un haut fonctionnaire portoricain retrouvent le village ancestral »

Publié le 6 avril 2018 à 15:00

Trois Portoricains d’origine corse étaient ces jours-ci dans l’ile dans l’intention de remonter le temps et retrouver trace de leurs origines et de leurs familles.

Deux sur trois des ces Corses d’outre-Atlantique ne parlent que l’anglais ou l’espagnol. A Corbara, c’est un Franceschini, dont l’aïeul partit vers 1800 pour s’installer aux Antilles, qui revenait chercher d’éventuels parents et connaitre le village, berceau de sa famille. Il était accompagné d’un Corso-Portoricain célèbre aux Etats-Unis, le général d’aviation Mihel Gilormini, et de Julien Gilormini, habitant également Porto Rico, parent du général mais né, lui, à Patrimonio, dont le général est issu lui aussi.

M. Mario Franceschini, haut fonctionnaire de l’administration américaine, a retrouvé en Mme Vigouroux-Emmanuelli, descendante de la famille Franceschini, une cousine éloignée, et ensemble, avec l’aide de leur cousin, le curé doyen de Corbara, le chanoine Franceschini, ils ont remonté le temps à la recherche de leur source commune jusqu’à Jacques-Marie Franceschini, époux et Sylvia Monchi, de Sassari, pères et mères de Martha Franceschini, impératrice du Maroc sous le nom de Davia, et de ses frères Augustin et Vincent Juan.

Les Franceschini, apparenté de Corbara et de Porto Rico, étant issus de ce dernier dont une partie de la descendance partit en effet au début du XIXème siècle vers les grandes Antilles pour s’y fixer définitivement. Il était troublant de voir des deux descendants de Jacques-Marie, Mario l’Américain et le curé de Corbara, côte à côte et se ressemblant à un point tel que l’on aurait cru voir deux frères. Ils rendirent ensuite visite à M. Luiggi. Une visite de courtoisie d’un enfant exilé du village auprès du maire de la commune, après quoi tous se dirigeaient vers Calvi où ils rendaient visite à M. Emmanuelli, père de Mme Vigouroux, et dont la mère était une arrière-arrière-petite nièce de l’impératrice du Maroc, et de cet autre Jacques, qui partit vers les Antilles et fut l’aïeul de Mario Franceschini.

Une bien belle histoire d’aventure entre la Corse et Porto Rico. (Pierre Colombani)



7 Novembre 1982 : « Olmeta du Cap a fêté sa centenaire ! »

Publié le 5 avril 2018 à 0:45

Mme Anna Fraticelli vient toujours d’avoir cent ans. C’est la première fois dans toute son histoire que se produit à Olmeta un évènement aussi mémorable. Tout le village avait tenu à s’associer à la joie de la famille. Gâteaux, muscat, champagne n’ont pas manqué. Elle reçut avec émotion les fleurs, les cadeaux et les félicitations affectueuses de chacun, souhaitant à tous d’obtenir la même longévité qu’elle.






24 octobre 1976 « Pino : un réservoir supplémentaire de 150.000 litres pour alimenter la commune en eau potable »

Publié le 25 mars 2018 à 5:25

On dit que Pino est un village des plus charmants du Cap Corse. Etagé au dessus de la mer, sur des pentes rapides, il conserve, entre deux vallons, au milieu d'une luxuriante et magnifique végétation, plusieurs tours de défense, dont une carrée. Son église paroissiale, bâtie sur une terrasse entourée de cyprès, et le couvent, dominent la marine de Scalo.

Pino n'a pas tourné le dos à l'avenir, bien au contraire! M. Joseph Rugani, premier adjoint au maire, nous affirmait récemment que la commune que dirige M. Guasco s'était dotée d'un réseau d'assainissement complété par une station d'épuration. "De plus, nous sommes confrontés l'été au délicat problème de la desserte en eau potable et nous venons de réaliser un troisième réservoir de 150.000 litres. Il portera notre réserve en eau à 360.000 litres."

Il nous a également signalé que la municipalité avait procédé à la restauration de l'église paroissiale puis à celle de la chapelle Santa Lucia. Preuve que les gens de Pino sont profondément attachés à leur territoire.

Le tourisme est très présent ici. Et quels touristes! Les gens de Pino sont en effet fiers de compter parmi leurs hôtes M. Rey, Ambassadeur de France en Belgique, M. Sauvagnargues, ancien ministre des Affaires Etrangères, M. Vallet, ancien Directeur de L'Electricité de France, etc...(Charles Monti)




11 au 15 mai 1965 "Si un jour fermait l'enfer blanc de Canari"

Publié le 14 février 2018 à 0:50


Une cinquantaine de kilomètres à peine séparent Bastia de Olcani. Pourtant lorsque la voiture vous laisse au point le plus haut de la localité, il semble que vous venez de passer une frontière. Une sorte de vague à l’âme s’installe en vous. Un désir de paix profond vous gagne. Le grand soleil qui éclabousse le paysage, la nature qui a mis son plus beau manteau, les vieilles maisons dont les murs ont recueilli la poussière des siècles, les teghie décolorées, la route étroite qui monte vers vous depuis la vallée. Sur tout cela, le grand silence, étonnant, incroyable.

Olcani a fourni à la marine marchande autant de matelots que de capitaines. Un beau jour de 1939, un souffle arriva de la montagne toute proche en même temps qu’une poussière impalpable venait se coller aux feuilles des arbres : la mine de Canari. Elle venait de tourner une page de l’avenir du Cap. La mine de Canari, c’est cette montagne au nord de Olcani. La main de l’homme lui a donné des airs de pyramides. Les machines lui ont taillé des escaliers de géant. L’usine se découpe dans un ciel vierge de toute nébulosité. La mine est le gisement d’amiante peut-être le plus riche de l’Europe. La Corse avait, garde toujours ici sa chance que seuls peuvent lui ôter des coalitions d’intérêts et aussi le masochisme destructeur et inconscient venant de certains Corses eux-mêmes. Le site est rentable si certaines précautions sont prises, si les procéduriers modèrent leur appétits et agissent comme de vrais citoyens conscients de la partie qui se joue. Une région est en péril, des villages vont mourir, des activités annexes de la mine vont péricliter, voilà qui doit faire réfléchir et amener les pouvoirs publics à estimer à sa juste mesure la perte irréparable de cette industrie minière.

« Irréparable, catastrophique, monsieur ! » C’est M. Giorgetti, le maire de Olcani, retraité de 62 ans, qui nous le dialogue. Il est le maire depuis l’ouverture de la mine. Dans ses habits de semaine qui ne respirent ni la recherche, ni la fantaisie, petit, maigre, un col de chemise boutonné et sans cravate, il vient manifestement de quitter son carré de champ lorsque notre photographe l’a surpris. Il nous parle des soucis, des perspectives immédiates et lointaines de la commune. Il est inquiet. On vient le voir, on vient lui demander conseil. Il rassure, il console. La mine ne fermera pas. Elle ne peut pas ; c’est contraire à la vie, au développement de la commune. Cet « Enfer blanc » que la tempête plaque sur les visages le jour où la météo fait des caprices est le souffle qui a donné la vie à Olcani. Il a la couleur du paradis pour les familles du village. « Avant l’ouverture de la mine, la jeunesse fuyait le village. Nous nous sommes accrochés à cette terre ingrate attendant on ne sait quel miracle pour que s’ouvrent à nouveau les maisons et que nos hameaux retrouvent le sourire. La mine a fait ce miracle. »

Nous visitons le hameau inférieur du village. Il y a là une quinzaine d’enfants aux mines éveillés et au regard terriblement inquisiteur. Beaucoup plus de filles, bien proprettes dans leurs tabliers à fleurs. L’école compte 26 élèves. « Que l’exploitation de la mine vienne à cesser et l’école d’Olcani ne résistera pas à la saignée de l’exode. Olcani veut vivre. »

Mme Alexandrine Giovacchini, mère de dix enfants, est originaire de Pero-Casevecchie. Elle est venue à Olcani il y aura bientôt 17 ans. Son mari est ouvrier à la mine. Il n’a aucune spécialisation qui pourrait permettre, en cas de fermeture de l’usine, un reclassement immédiat. Il y a aussi le spectre du relogement pour cette famille peut-être appelée à se tourner vers la ville en cas de fermeture. Ici, l’angoisse est double et Mme Giovacchini me livre sa peur dans un joli sourire, pendant que tous ses gosses s’agglutinent autour d’elle, indifférents à la lourde atmosphère d’angoisse qui plane sur les habitations.

Albo est le second hameau d’Ogliastro. Il a donné son nom à la commune qui elle aussi bâtit depuis 26 ans son économie sur la mine. Ogliastro n’a pas de dimensions, pas de commencement, pas de fin non plus. Le village s’étire, s’éparpille. Ici demeurent des propriétaires qui depuis longtemps ont fait peser sur la commune leurs conceptions administratives. Puis le vent électoral a tourné. La mine a repeuplé les maisons abandonnées et désertes. Elle a aménagé, construit, réparé, aidé, libérant ainsi les nouveaux habitants d’Ogliastro des sujétions locales qui firent les décisions aux municipales. Ce sont des choses qu’on ne pardonne pas. Périsse la mine ! Périsse l’industrie qui a donné une âme au village et un village à des ouvriers. Un seul petit noyau exprime cette opinion.

Albo est le second hameau d’Ogliastro. La géographie l’a gâté. La mer à quelques centaines de mètres, la route nationale a ses portes. Des avantages qui ont donné à Albo le rôle le plus important dans le circuit économique local. Le nouveau maire Pierre Morganti me reçoit dans sa minuscule mairie. Je vois deux bureaux, une machine à écrire, une registre cadastral de bonnes dimensions, les papiers habituels en attente de signature. En pantalon clair et sweater rouge, le visage tanné par les embruns, ce pêcheur ne mâche pas ses mots sur les conjonctions qui ont amené la situation actuelle. Les faiblesses de l’administration, les appétits immodérés des propriétaires riverains, les ennemis de la mine devenus des amis aujourd’hui, des abus, des coalitions d’intérêts, tout cela a précipité la catastrophe. La mine a entièrement comblé le petit golfe miniature où se miraient l’hôtel et la tour génoise. La masse gris souris qui pénètre dans la marine d’Albo comme une langue gigantesque et figée n’a rien de flatteur pour l’esthétique.

Les pêcheurs, dont le champ de prospection a été diminué par la mine qui a tué la végétation sous-marine ont manifesté un excellent appétit financier. On parle d’une demande de 240 « briques ». Il est probable que ces victimes attendront encore longtemps la pluie des millions espérés.

Quatre-vingts personnes ont ici leur logement. Les bâtisses s’étirent sur ce qui fut naguère une grève où venaient s’échouer les barques de pêche. Pour l’heure, la marine d’Ogliastro vit surtout de la mine. Face à l’agglomération, une montagne abrupte barre le paysage. Sur ses flancs se dessine un Z gigantesque. C’est la route creusée au bulldozer qui monte vers le cratère où s’engouffre le minerai arraché au ventre de la mine selon la technique « circulaire par paliers ». La verdure a disparu sous l’impalpable poussière.

A l’hôtel Morganti, nous rencontrons M. Morganti père. Il a perdu une jambe. De son pantalon bleu de Chine, je vois sortir un fuseau de bois effilé que termine un plat cylindre de caoutchouc. Pour lui, la mine a sans doute raréfié le poisson mais il ne faut pas lui attribuer la « maigreur des récoltes. » Enfonçant encore davantage sur son front le morion de sa casquette, plissant ses lèvres qui disparaissent un moment dans la végétation pileuse de ses moustaches, il me confie : « La pêche, ce fut mon affaire. Je peux en parler. Le poisson n’a pas fui le littoral puisque des chalutiers, de nombreuses barques viennent prospecter nos réserves. Il y a par ici langoustes et rougets et autres aloses. Alors pas d’histoires ! Evidement il y en a moins qu’avant, mais c’est un phénomène qui atteint la Méditerranée tout entière. Les rives de notre mer se désagrègent. La boue qui en est résulté s’est déposée sur la végétation sous-marine. Pas de végétation, pas de frayères. Vous avez compris, maintenant ? »

Fermera, fermera pas ? Le maire m’assure : « Que la mine vienne à fermer et voilà le désert qui va s’installer à la Marine. Le boulanger ne pétrira plus son pain et le tôlier jettera sa clé. La mine a réparé les maisons, apporté la vie. Les marchands ambulants iront planter leur tente ailleurs… »

La plus forte secousse économique touchera surtout Canari où se trouve la mine d’amiante. Le maire, M. Simonetti, nous a reçu. « Ce pays de marins est devenu un pays d’industrie. Canari comptait 880 habitants. En été, 2000 personnes vivent dans ma commune. Pour faire face à la poussée démographique et à l’apport humain exigé par la mine nous avons adopté une politique de construction. »

Les licenciements vont toucher ici plus de 100 ouvriers et va disparaitre du circuit communal une importante masse salariale… « Je ne crois pas à la fermeture de la mine. Et si la décision se matérialise, eh bien ! la mine continuera à fonctionner. Car elle est rentable après transformations nécessaires. Il est aberrant de laisser périr un capital industriel qui couvre 13% des besoins du pays. »

A Canari les actionnaires de la mine étaient prêts à faire un effort si l’Etat en consentait un autre, ce qui signifie que l’amiante corse peut devenir compétitive donc être de bon rapport.

(François Guarnieri)


 

19 Mars 1972 « Les 100 ans de Mme Benigni, d'Erbalunga »

Publié le 14 janvier 2018 à 5:05


« C’est demain mon anniversaire. Mes enfants, soyez gentils : accompagnez-moi jusqu’au salon de coiffure de Mme Danielle Rossi à Pietranera ! Il faut absolument que je sois en beauté ! » Mme Annonciade Benigni, née Ponzevera, a vu le jour dans le quartier du vieux-port à Bastia, le 19 mars 1872.

Petite, remuante, les yeux bleus, elle voit parfaitement et entend suffisamment pour répondre à nos questions. « Le secret de ma longévité ? Une alimentation saine, l’air pur et l’habitude de la marche à Erbalunga, où je suis retirée depuis 1953. » Elle assistera aujourd’hui à une messe en son honneur, en l’église Saint Erasme d’Erbalunga, par le doyen Cristofari. Elus et personnalités y prendront part. (J-C Lanfranchi)


4 mai 1966 : "Macinaggio : une belle prise."

Publié le 4 décembre 2017 à 18:05


Un pèlerin de 3m75, pesant la demi-tonne, s’est pris dans les filets à thons du patron-pêcheur Jojo Polidori et son matelot Jean. Trop lourd pour être hissé à bord, il fut remorqué à quai pour être débarrassé du filet puis relâché au large. La prise est inutile. Résultat : une journée de pêche perdue et de nombreuses heures de remaillage en vue !


3 mai 1966 : « Ne touchez pas à l'antenne clamaient hier 200 manifestants qui se sont opposés à la destruction du réémetteur pirate t.v de Luri

Publié le 4 décembre 2017 à 17:40

Il y a une quinzaine de jours l’affaire dite des « réémetteurs » était appelée devant le tribunal de grande instance sur plainte du syndicat des revendeurs en télévision, l’O.R.T.F s’étant constituée partie civile à l’audience.

Les deux personnes impliquées dans l’installation illégale des rééemetteurs, MM. Villechalanne et Descoing, de Bastia, ont connu vendredi dernier le jugement les condamnant à une assez forte amende et à la destruction desdits réémetteurs. Malgré l’introduction d’un appel qui est suspensif, M. Descoing décida hier de se rendre à Luri pour procéder à la démolition de l’antenne qu’il avait installée au sommet de la tour de Sénèque. Il s’est fait accompagner d’un huissier dans l’éventualité où il serait mis dans l’impossibilité de détruire l’objet du délit…Il se trouva devant une foule relativement nombreuse à son arrivée.

Deux cent cinquante personnes étaient arrivées à pied ou en voitures. Une trentaine de voitures barraient la chaussée conduisant à la tour. Sur le devant d’un véhicule une pancarte portait ces mots : « Français à part entière, vieux, malades et enfants, voulons la T.V »

M.Descoing ne put que rebrousser chemin pendant que l’huissier consignait sur son constat les images de cette révolte silencieuse. On peut pratiquement écrire que toutes les familles de Luri avaient délégué à la manifestation au moins un de leurs membres. Une motion à été remise à M. Leandri, maire de Luri qui la remettra à la sous-préfecture de Bastia. Cette motion demande le maintien du réémetteur clandestin en attendant que l’O.R.T.F tienne ses promesses. Elle avait mis à l’étude un projet pour que cette région reçoive normalement les émissions mais il semble qu’elle ait abandonnée ce projet. En effet pour que le réémetteur soit rentable il faut qu’il puisse arroser au moins deux cent antennes de récepteurs. A Luri, nous sommes loin du compte.


 


9 janvier 1987 : "Morsigia, Centuri, Ersa : pour que l'electricite soit!"

Publié le 17 novembre 2017 à 6:10

Bastia-Morsiglia? Un peu plus de 50km. Le handicap de la distance et celui de certaines portions du réseau routier rendent les communications et les échanges difficiles. Aujourd’hui, la colère gronde au bout du cap Corse. « Trois fois par semaine, nous sommes isolés du reste du monde. La situation va en s’empirant. Je me suis livré à un petit calcul : si l’on avait ajouté toutes les coupures constatées durant l’année précédente, en janvier 1986, nous aurions eu 13 jours sans électricité » clame avec amertume ce retraité qui regrette sans doute de s’être retiré en Corse. « J’envie les Ardéchois. Eux, qui sont restés sans électricité durant un jour et demi ont réussi à émouvoir la France entière. »

Les coupures sont fréquentes et régulières. Des appareils électriques rendent l’âme, les installations frigorifiques du libre service sont détériorés, la machinerie du menuisier capitule. Mais il y a plus grave encore. Les stations de pompage qui alimentent en eau les hameaux de ‘Sundi’ et ‘Mucchieda’ refusent de rendre tout service. Le bout du monde se trouve à la pointe du cap Corse. E.D.F répond que « du fait que l’interruption est due à des perturbations atmosphériques » , sa responsabilité « ne peut être engagée. » (C.M)


 


16 Juin 1972 : « Cap Corse : Plusieurs centaines d'hectares ravagés par une invasion de chenilles »

Publié le 4 octobre 2017 à 4:45

Un curieux phénomène naturel se développe depuis plusieurs jours sur la côte nord-est du Cap Corse. Des millions, des milliards de chenilles ont envahi plusieurs centaine d’hectares, des chenilles brunes dévorant tout sur leur passage. C’est comme un voile de deuil, gris-brunâtre, qui s’est abattu sur toute une région. Les verts bosquets de chênes ont perdu leur éclat. Elles forment une couche gluante et malodorante : sur les arbres, polis jusqu’à la dernière feuille. Tout ce qui était vert a disparu. L’invasion est pour l’heure, bien délimitée. C’est sur la commune de Tomino que ces bestioles se sont cantonnées, au sud de Macinaggio, sur près de quatre kilomètres, le long de la R.N 198, jusqu’à la mer.

« Il y en a partout, nous disait le maire, M. Sylvestre Filippi. Elles ont mis à mal toute la végétation et continuent de grimper à l’assaut de la montagne. Je me demande où l’on va. On dirait qu’un incendie a dévasté la commune. »

Elles s’attaquent principalement au chênes-verts, à certains oliviers, aux arbousiers, aux cistes. Seuls les frênes sont épargnés. Elles font toutes les tailles. La majorité mesure de 3 à 5 centimètres de long, avec une tête jaune énorme et deux gros yeux. C’est la chenille dit « processionnaire du pin ». On la rencontre chaque été sur les conifères.

« Nous avons fait appel à M. Denis Valentini, ingénieur en chef du Génie rural, qui a nous a lui-même envoyé un ingénieur spécialiste des végétaux. Hélas ! il semble qu’il n’y ait pas grand-chose à faire, sinon subir. Attendre que leur appétit se soit rassasié. » nous dit le Maire.

Un chef de chantier nous disait qu’elles laissent derrière elles comme des fils d’araignée qui laissent des traces. « Deux de mes ouvriers ont été brûlés. Ils ont des plaques sur la peau. »

Reste à expliquer ce curieux phénomène, cette saute d’humeur de la nature. Il semble qu’il soit difficile d’invoquer un déséquilibre dû à des pesticides par exemple, encore que le maire souligne le fait que les oiseaux sont chaque année moins nombreux.

(Jean-Claude Casanova)


 


14 Septembre 1992 : « Rogliano-Capraia : un même destin »

Publié le 26 septembre 2017 à 7:25

Antoine Breschi, maire de Rogliano, Giuseppe Rosa, sindaco de l’ile de Capraia, ont paraphé hier un acte de jumelage décidant de se forger un même destin. Les liens entre les habitants de la commune et l’ile sont anciens. Il y a de beaux jours en perspective pour ces deux iles.