Hier en Corse


Corse Matin : 40 ans d'archives

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17 juillet 1972 : « Un squelette vieux de 9000 ans découvert près de Bonifacio »

Publié le 24 novembre 2018 à 10:05

 C’est une découverte archéologique de la plus haute importance que viennent de réaliser sur leur chantier de fouille de l’Araguina, a Bonifacio, le professeur Michel-Claude Weiss, professeur d’archéologie à la faculté de lettres de Nice, et M. François de Lanfranchi, professeur de lettres au C.E.S des Padules à Ajaccio, tous deux directeurs de l’Institut corse des études préhistoriques (pour les zones nord et sud de l’ile).

Ils ont effet mis au jour, le 14 juillet, un squelette qui constituerait la preuve la plus ancienne de l’existence de l’homme corse. D’après les premières estimations, ce squelette aurait été enseveli en 6600 avant Jésus-Christ, soit il y a plus de 9000 ans. Les services du professeur Rabischong et du professeur Duday, de la faculté de Montpellier vont venir l’étudier sur place afin de confirmer cette thèse.

Le squelette est remarquablement conservé. « Cela s’explique par le fait qu’à Bonifacio les sols sont calcaires » nous a expliqué le professeur Weiss.



Le squelette a la tête tournée vers la droite et les pieds joints. Il s’agit d’un sujet assez jeune ainsi qu’en témoigne la dentition. Le Pr Weiss qu’il s’agit d’une sépulture intentionnelle dans la mesure où le corps a été « posé ». Les os sont en effet entourés de gros blocs de pierre.


Le squelette devrait rejoindre Levie où se trouve actuellement le squelette découvert l’an dernier.

Edition du 22 juillet : La découverte est capitale pour la préhistoire méditerranéenne. Contrairement à ce que l’on pensait, il s’agit d’une femme. Elle a été l’objet d’une sépulture de la part des membres du groupe qui vivait à la manière troglodyte sous la voûte-abri de l’Araguina. Elle aurait une trentaine d’années.

Les deux archéologues ont également découvert des preuves de l’existence d’une civilisation pré-néolithique, autrement dit de la civilisation la plus ancienne jamais découverte dans l’ile. « Il s’agit de prédateurs ne connaissant pas encore l’agriculture, mais vivant encore de chasse et de pêche. »

On a en effet trouvé dans le camp des écailles de poissons, des aiguilles d’oursins ainsi que des ossements de « prolagus corsicanus », cousin du lapin. Ces éléments viennent corroborer les découvertes des fouilles de Curacchiaghiu, datant au 7ème millénaire avant Jésus-Christ la date de l’inhumation de la dame de Bonifacio.

Edition du 25 juillet 1972: « La Corse à la recherche de son passé »

La Corse est au rendez-vous des archéologues européens. « La découverte de la dame de Bonifacio est une découverte qui aura des répercussions internationales » nous dit le professeur Duday, venu de Montpellier pour étudier la découverte. Le rapport de cette mise à jour sera publié en octobre par le bulletin de la Société préhistorique française, rue Saint-Martin, à Paris.

L’un des premiers archéologues venus en Corse fut Prosper Mérimée qui découvrit l’alignement de la vallée du Taravo. Il faut remonter au lendemain de la guerre pour voir la naissance d’un courant qui a trouvé un premier aboutissement spectaculaire à Bonifacio. C’est celui de l’Institut corse d’études préhistoriques, dont le président pour cette année est M. Mariani. Ses techniciens utilisent les méthodes modernes de fouille et de recherche. L’institut joue d’ailleurs un rôle d’école. Il y a deux chantiers de fouille, l’un dirigé à Sagone par le Pr Weiss et l’autre à Curacchhiaghiu par M. de Lanfranchi, à Levie. Là, chaque année, des étudiants venus du continent travaillent et étudient les techniques modernes. C’est d’ailleurs à Curacchiaghiu qu’on a découvert les premiers vestiges d’une civilisation pré-néolithique.

La région de Bonifacio est très riche en abris sous roche, où vivaient il y a neuf mille ans des petits groupes se nourrissant de chasse et de pêche. Les conditions de conservation offertes par le calcaire sont telles que les analyses sont facilitées. Le ministère des Affaires culturelles l’a très bien compris et a racheté le site de l’Araguina. Le site sera fermé pour une huitième campagne en 1973. MM. Weiss et Lanfranchi sont très confiants. Ils ont l’intention d’ouvrir un nouveau chantier dans le site afin d’étudier les conditions d’existence de cette civilisation néolithique qui est la plus ancienne de Corse actuellement retrouvée.

On commence à reparler à Bonifacio du site de Piantarella, un moment étudié puis abandonné pour des raisons obscures…Là encore, il s’agit d’une expérience de grande valeur à tenter : ne parle-t-on pas d’une petite ville enfouie et qui, à l’époque, était traversée par une rivière de Figari ? (J-P Gherardi)



23 juillet 1978 : « Des nudistes badigeonnés au minium près de Porto-Vecchio »

Publié le 22 novembre 2018 à 2:45

 Qui a oublié les actions menées dans le Cap Corse par le commando de peintres sous la décision d’un élu ? Ou bien l’opération décidée par les édiles de Pianottoli puis d’Olmeto.

Un mini-commando a décidé d’agir du côté de Sainte-Lucie de Porto-Vecchio. Vendredi, 15h00. Est-ce la température caniculaire qui incite des vacanciers à se promener « toutes voiles dehors » sur la plage de Pinarello ? Pour des baigneurs de la région, souvent en famille, certaines parties d’anatomie pourraient aller se faire voir ailleurs.

Fers de lance de ce mouvement assez général, deux jeunes gens d’une vingtaine d’années sont donc passés à l’action à l’aide de pinceaux. Tant pis pour ceux qui n’avaient pas eu le temps de cacher l’objet du délit ! Celui-ci était badigeonné à la peinture orange au minium, réfléchissante la nuit.

Un nudiste n’a pas apprécié les motifs peints sur son anatomie la plus intime. Il est allé les présenter aux gendarmes de Solenzara qui ont pu constater leur caractère assez indélébile…

Il s’agit de M. Michel Khon, 34 ans, ingénieur employé par I.B.M, domicilié à Chennevière, qui a déposé plainte.

Cette affaire rappelle qu’il convient d’examiner le problème avec nuance. D’une manière générale, la population saine s’estime seulement agressée lorsque la provocation est évidente. Sur une plage fréquentée par des familles ou des enfants. Relâchement de mœurs ou pas ! Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut fustiger ceux qui, au nom de la liberté, opposent, aux tabous de la religion et de la morale, les leurs, souvent indécents. Il faut comprendre la fureur de certains baigneurs qui ont affirmé avoir vu récemment, sur le sable de Verghia, un couple se livrer à des ébats liés à la libération sexuelle.

De la même manière, il est difficile de suivre ceux qui mobilisent leur goût de l’action contre des naturistes enhardis par le caractère sauvage et isolé de certains coins.

La liberté des uns finit là où commence celle des autres. (JC Lanfranchi)


27 Juillet 1996 : "André Biancarelli : 50 ans d'histoire de Porto-Vecchio en 16mm"

Publié le 29 octobre 2018 à 7:15

Cinquante ans de l’histoire de Porto-Vecchio (de 1945 à nos jours) contée sur une bobine de 16mm, un film muet de près de quatre heures. C’est le précieux héritage que vient de léguer un enfant de la ville à sa grande famille porto-vecchiaise. Ces séquences de 15 minutes mises bout à bout se présentent comme un kaleidoscope magique. On pourra découvrir ce document en projection publique lors de l’inauguration de la cinémathèque régionale, prévue au début de l’année 1997.


Aujourd’hui âgé de 82 ans, André Biancarelli a toujours le même regard malicieux lorsqu’il évoque tous ses souvenirs. Il se souvient de chaque image, des circonstances du tournage, de la luminosité, du choix et de l’ouverture de l’objectif. Tous ces éléments ont été minutieusement consignés sur un cahier au fil des ans, au fil des prises de vues.

Né en 1913, il fait sa scolarité à Bastia. Il restera quelques années jusqu’à ce que, poussé par son correspondant, M. Fontaine, directeur des Chemins de Fer, il parte pour Toulon à l’école de Mestrance comme élève électro-mécanicien. Embarqué tout d’abord sur le sous-marin La Monge puis sur le cuirassé Paris. Il rentre à Porto-Vecchio en 1937. « Je n’en veux pas à mon père. Il fallait le comprendre. J’étais le fils unique et c’était normal. »

Mais parce qu’il a une formation qui ne convenir à l’élevage des bovins, il va devenir sans le savoir un personnage hors du commun, à mille lieux des préoccupations du moment.

C’est en 1934 qu’il ouvre son premier atelier d’électricité et son premier commerce : ‘Paris Lumière’, rue Jérôme Leandri. « L’électricité venait de faire son apparition à Porto-Vecchio et je faisais des installations, des réparations, et vendais lustres et lumières. Les ânes, curieux du reflet, venaient donner des coups de têtes dans la vitrine. »

Puis il reprend le cinéma ‘L’Oriental’. Il organise cinq séances hebdomadaires, à raison de deux films par semaine. Plus tard, il ouvrira ‘Le Cyrnos’ à Bonifacio. En 1945, il ouvre ‘Le Moulin de la Chanson’ sur la place de la République à Porto-Vecchio. Là s’exposent toutes les nouveautés de Pathé Marconi, la Voix de son Maître, Ideal, Bruswick, Polidor, Paramount. Il acquiert une caméra Paillard 16mm à clef, avec triple objectif. C’est le début d’une passion. « Je filmais sans but précis au début. Porto-Vecchio à l’époque, c’était Clochemerle tous les jours. Lorsque j’ai projeté « Le Diable au Corps », des gens sont venus voir mon père pour se plaindre et crier à la débauche. » Chaque soir, il projette 15 minutes de la vie quotidienne. Ce n’est pour lui qu’un amusement fait fureur.

Au fil des ans va émerger des kilomètres de bobines. Lorsqu’il fermera « Paris Lumière » en 1958,« Le Moulin de la Chanson » ,« Le Cyrnos » en 1962 et « L’Oriental » en 1965, il continuera caméra au poing à engranger des milliers d’images.

Il y a tout juste un an, il prend la décision de coller bout à bout toutes les séquences de 15 minutes qu’il a minutieusement archivées.


Certaines sont inédites et n’ont jamais été projetées à « L’Oriental ». D’autres sont connues comme ce coucher de soleil à Palombaggia donné à Paul Meurice pour le montage de ‘L’œil du Monocle’. Par son acte, il veut léguer un témoignage à la collectivité. Nulle part en Corse, cinquante années de l’évolution d’une cité n’ont ainsi été mémorisées.

André Biancarelli a immortalisé les sites du ‘Pinonu’ de Palombaggia, les plages voisines, les anciens bergers de Picovaggia, les cérémonies commémoratives au monument aux Morts, les premières recherches archéologiques avec Grosjean, l’arrivée des premiers touristes sur les plages, des artistes, des hommes politiques (Barre, Chirac, Debré…), les élections, la crue du Stabiacciu de 1966, les processions, l’arrivée de la Légion étrangère à Bonifacio, les matchs de football…(Louis Bernardini)

6 juin 1971 : « Jour de réception à l'ile Cavallo »

Publié le 20 octobre 2018 à 0:15

 L’ile a été le théâtre d’évènements inhabituels. Castel, un des grands prêtres du Tout-Paris noctambule, a décidé d’y planter sa tente et d’y installer ses amis. C’est hier que, sans aucun apparat, mais dans l’allégresse générale, ont été inauguré la petite piste d’aviation et l’ensemble résidentiel de vacances qui ont été aménagés sur ce grand rocher attrayant qui mesure deux kilomètres de long sur un de large.

Une Caravelle équipée en charter avait conduit ses invités à Ajaccio en fin de matinée. De là, deux appareils de la compagnie « Corsair », deux avions de l’Aéro-Club de Saint-Tropez et un monomoteur de l’Aéro-Club de la Corse transportèrent hommes politiques, vedettes, journalistes et mannequins jusqu’à l’ile. Vêtu d’une tunique de couleur foncée et d’un pantalon bleu, Castel accueillait ses hôtes un à un. On pouvait reconnaitre M. Maurice Bokanoski, Micheline Presle, le modéliste Jacques Delahaye, Petula Clark.

Sous un soleil radieux, les invités se sustentèrent en plein air et très copieusement. Au menu : charcuterie, cabri grillé et frites. Le tout arrosé par les meilleurs crus de l’ile.

L’après-midi d’hier a été consacrée à la flânerie, au farniente, aux baignades et aux bains de soleil. Certains des invités, transportés par l’éclat d’un ciel sans nuages, n’hésitèrent pas à faire trempette dans le plus simple appareil. C’est là une tentation que procurent bien des petites iles paradisiaques.

Jean Castel, en parfait homme d’affaires, a eu l’idée de cette société civile qui, grâce à ses 230 actionnaires, va permettre d’aménager un ensemble de vacances. On conçoit aisément, lorsqu’on connait la célébrité de Castel qu’une piste d’aviation était devenue nécessaire.

Hier, la pluie et le vent semblaient avoir voulu se venger des hommes qui ont osé occuper un domaine qui, jusque-là, ils étaient les seuls à se partager.

Aux amis parisiens s’étaient joints de très nombreux invités corses. Les soirées de samedi et dimanche ont été animés par l’orchestre « les pieds nickelés » avec le concours du chanteur corse Luc Vico. (G. Fouet)




3 Avril 1979 : « Corsoeuf : un beau champion »

Publié le 6 septembre 2018 à 16:00


L’équipe a remporté le championnat corporatif de football de Porto-Vecchio. Les joueurs des frères Terrazzoni sont devenus imbattables durant la compétition. La comPaul Ougier -Patrice Papi – Jacky Lastrajoli – Roger Terrazzoni – Donato Franco (Photo : M. Muraccioli)



17 Janvier 1975 « Porto-Vecchio : une jeune virtuose »

Publié le 17 juin 2018 à 13:20

Instrument de musique le plus populaire de l’ile, la guitare a de nombreux adeptes. Certains en « grattent » sans avoir jamais appris, simplement parce qu’ils ont « l’oreille » et le sens de la musique. D’autres sont de véritables virtuoses. Plus rares sont les femmes à en jouer, surtout lorsqu’elles sont toutes jeunes, comme Patricia. Il lui faudra encore beaucoup travailler. Mais le sérieux avec lequel elle exécute ses morceaux prouve qu’elle n’en restera pas là. D’ailleurs comment pourrait-il en être autrement avec son excellent professeure, Dominique Coli, plus connu sous le Menga, et dont le talent n’est plus à démontrer ? (Photo M.S)


14 juin 1970 « Porto-Vecchio : un homard de plus de 10 kg ! »

Publié le 12 juin 2018 à 8:10

10.200 kilos ! Tel est le poids affiché sur la balance par le monstrueux homard, présenté sur la place de l’église par son pêcheur, M. Vincent Chiocca. Des pinces à faire frémir ! (Photo Lanfranchi)


5 Aout 1979 : « Les avions-taxis, une autre façon de se déplacer »

Publié le 7 juin 2018 à 9:10

 Après la récente inauguration de l’aéroport de Figari-Sud-Corse, il nous a paru utile de présenter quelque peu méconnu de l’aérodrome : l’aviation générale et ses avions-taxis qui rendent de grands services.

Ces petits avions, biplans ou multiplans baptisés « Beechcraft Baron » ou « Piper Navajo » contribuent à donner le véritable reflet d’un aéroport qui se veut intégralement fonctionnel.

« Air Service Méditerrannée » est dirigé par M. Jean-Paul Barnier. Motivé par le désir de s’installer et de travailler en Corse, il s’adonne à sa passion et déploie tous les efforts afin de vulgariser ce moyen de transport. Le voilà donc, depuis Juin 1977, s’appliquant à ramifier son action avec son pilote, M. Eric Digonnet. (M. Muraccioli)


11 Avril 1996 « Conca : quatre morts dans le crash de l' « Alouette »

Publié le 4 juin 2018 à 5:45

 Il est un peu plus de 15 heures, l’appareil de la société Hélidan, affrété par EDF, est en opération de surveillance sur le réseau électrique de la commune de Conca. Sur la bande littorale plus exactement, à Tarco. Plusieurs témoins observent son évolution à basse altitude. Une altitude normale puisqu’il suit les câbles électriques soutenus par deux énormes pylônes implantés sur chacune des crêtes de cette étroite vallée.

Soudain, alors qu’il se trouve à la verticale du camping municipal et pour une raison incompréhensible, il va percuter l’un des trois cables haute tension qui rompt sous le choc, et tombe. La chute, de près d’une centaine de mètres, ne dure que quelques secondes. Les secours ne peuvent que constater le décès des quatre hommes.

Aux commandes se trouvait Daniel Pertuisot, un pilote hautement qualifié qui avait choisi de vivre dans l’extrême-sud depuis deux ans. Avec lui, Richard Quèbre, un employé de l’entreprise Raffalli-Electricité, vivant à Muratellu. Puis deux agents EDF : Jacques Poli, un employé modèle originaire de Monaccia d’Aullène et Daniel Agostini, un cadre de l’entreprise et une personnalité qui ne comptait que des amis et jouissait d’une grande estime.

La nouvelle a jeté la consternation dans la micro-région.

Il est usuel qu’EDF procède à la surveillance des lignes par hélicoptère. Le relief de la Corse imposant pratiquement ce type de moyen de déplacement. (Louis Bernardini)



13 Mars 1990 : « Conca et son G.R 20 »

Publié le 17 mai 2018 à 8:35

Una conca, cela veut dire une combe, un amphitthéâtre, un cirque. Il y a dix ans encore, le village était blotti dans un écrin de verdure. Puis le feu est passé, dévorant les pins suspendus à la Punta d’Ortu. Autre ennemi du village : la désertification.

Certes, Conca a compté un millier d’habitants avant 1914 : dans la cour de récréation jouaient quelques 150 enfants. « Mais nous gardons une population de 700 personnes, explique M. François Mosconi, maire de la commune. Nous avons construit trois logements HLM qui ont permis à plusieurs ménages de se fixer ici. »

« Le littoral, c’est bien, mais il faut sauver la commune mère » clame celui que tout le monde appelle Fanfan, comme pendant l’épopée de l’U.S.C. Le futur maire, alors capitaine de l’équipe cortenaise, avait hissé la cité paoline sur la plus haute marche du podium footballistique insulaire.

Cet hiver, toutes les rues ou presques sont en chantier. Conca est classée commune touristique, on profite des travaux d’élargissement pour multiplier les murs en pierres de taille. Côté confort, on s’offre le tout-à-l’égout avec une station d’épuration.

A l’école du village, une cinquantaine d’élèves se pressent sur les bancs. Les parents travaillent presque tous à Porto-Vecchio. Le samedi, le fourgon de l’épicier fait une grande tournée. Sur le vaste territoire de la commune, plus de trente maisons neuves ont poussé en dix ans, situées parfois très loin du centre.

Autour de l’église se rassemblent l’école, la poste, les trois bars, une boulangerie, deux boucheries et un salon de coiffure. « Nous avons aussi un ambulancier » ajoute Antoine Susini, le premier adjoint.

Une silhouette que tout le village observe avec attendrissement lorsqu’elle traverse les rues d’un pas prudent : celle de la doyenne des Concais, Anghula-Maria Marchi, 98 ans. Plusieurs fois par semaine, elle trottine d’un commerçant à l’autre, son cabas à la main. « Mais oui je vais bien » répond-elle quand on s’inquiète de sa santé.

On vieillit bien à Conca. « Pourtant, notre jeunesse n’a pas été facile, se souvient M. François Susini, 76 ans. Piocher des journées entières. Travailler, travailler, tout le bord de mer était semé. » Conca ne manque pas de souvenirs, mais l’attaque du village par les Allemands demeure le plus vivace. « C’était le 22 septembre 1943 au matin, se souvient François Susini. Un véritable déluge de feu. Un obus est tombé ici, à quelques mètres de la maison. On voit encore des impacts de balles sur le clocher. La population a fui dans la montagne. Nous y sommes restés deux jours, dormant dans les bergeries. Mais les Allemands ne sont pas rentrés au village ». Hélas, trois jeunes gens furent tués par les occupants.

Autrefois, lorsque la chaleur estivale accablait la plaine et que la malaria menaçait, les Concais prenaient la route de la montagne, direction la fraicheur du col de Bavella où les villageois possèdent ces étonnants caselli.

« Vers le 15 juin, tout le village migrait, nous raconte Marc Profizi, 74 ans, gérant du café du Centre. On arrivait le lendemain à minuit après avoir dormi à la belle étoile. » Le sentier emprunté s’appelle aujourd’hui G.R 20. Ce sentier a changé le destin du village. Conca est désormais connu dans toute l’Europe. Un tourisme qui dope l’économie locale. « N’exagérons rien, note Mme Leccia Maria du café du Centre. Les randonneurs mettent de moins en moins la main au portefeuille. »

Conca, c’est aussi le littoral, allant de Favone à Fautea, 15 kilomètres de côtes avec la belle marine de Tarco. La commune compte 2.300 lits et un village vacances. En été, l’agglomération dépasse en août les 3000 habitants.

« Nous veillons aussi à l’animation hivernale, explique M. Jackie Astolfi, du bar-tabac « Le Soleil Levant ». « Avec les jeunes, nous avons crée un ball-trap qui fait le plein tous les week-ends. » Et puis l’A.S Conca brille sur les stades de football (l’équipe évolue en PHA).

Chacun de ses enfants y revient chaque année. Même les caselli de Bavella ne parviennent plus à ravir la vedette à Conca et à ses plages. (Nicolas Giudici)



5 mars 1978 "Un centenaire heureux : M. Joseph Andreani"

Publié le 9 mars 2018 à 16:30

Le 25 février 1978, Joseph Andreani voyait le jour à Porto-Vecchio. Il est désormais centenaire. La démarche alerte, la plaisanterie et la cigarette aux lèvres, il nous déclare : « Si on m’enlevait le tabac, on m’enlève cinq ans de vie… »

Ouvrier agricole, veuf à 47 ans, il a élevé huit enfants. Grand travailleur, il plantait encore il y a encore deux ans ses pommes de terre au ‘Matonu’, à l’Ospedale, dont il est une des célèbres figures.


Le capitaine Bradesi, président des Anciens combattants de Porto-Vecchio, et M. Alessandri, porte-drapeau. La seule ombre fut le souvenir de ce fils disparu il y a un an. « Le bon dieu n’aurait pas pu me prendre à sa place ? » Il a soufflé ses bougies tandis que le champagne pétillait dans les coupes. Puis il racontait les anecdotes d’un temps lointain comme si c’était hier.

11 octobre 1982 "Mme Marie-Dominique Cardi (103 ans en janvier)"

Publié le 4 février 2018 à 16:30


Née le 10 janvier 1880 à Partinello, Mme Marie-Dominique Cardi déborde toujours de vitalité ! Pour planter, arroser, entretenir son jardin potager, la doyenne des Corses n’hésite pas à faire deux kilomètres à pied. Elle attribue d’ailleurs le secret de sa longévité à son jardin. On raconte qu’elle fait de jolis napperons au crochet…et sans lunettes ! (JC Lanfranchi)


6 Octobre 1982 "Et si le liège redevenait l'or vert de l'extrême sud?"

Publié le 4 février 2018 à 16:25

Le commerce est en bonne voie de redevenir le fer de lance de l’essor économique. Sur les 40.000 quintaux que les suberaies de la Corse produisent chaque année, 30.000 sont récoltés dans la région de Porto-Vecchio. La récolte du liège s’effectue en moyenne tous les dix ou douze ans, dès lors que la matière première a acquis ce but, il faut au préalable préparer la suberaie en la débarassant d’abord de ses vieux arbres improductifs qui ne donnent que du liège boisé, et qui empêchent la régénération de la forêt. Puis le démasclage par équipes spécialisées permet le ramassage du liège destiné à la fabrication de bouchons ainsi que du liège brut dont on se sert pour la confection d’objets de toutes sortes. Les 20.000 autres sont exportés sur le continent. De l’usine « Liecor » sont sortis en 1981, 500 tonnes de bouchons et 2000 tonnes d’aggloméré pour l’isolation. L’isolation de la salle de réunion du conseil de l’Europe à Strasbourg a été réalisée grâce au produit de cette usine de traitement. « Nous nous attachons à aller de l’avant pour le plus grand bien de l’essor économique du sud de la Corse. » nous dit M. Simon Poggi, directeur de « Liecor ».


Le liège ne fut exploité qu’en 1870 par les Espagnols qui firent l’acquisition de forêts dans la région de Porto-Vecchio. L’industrie du liège démarra le jour où naquit la très belle suberaie s’étendant en Pietra-Longa Salvini, à Sotta et Mela à Porto-Vecchio. Devant le constat encourageant de la reprise, plusieurs propriétaires-forestiers de la région de Porto-Vecchio ont décidé d’étudier les meilleures méthodes en adaptant aux conditions locales les connaissances acquises ailleurs.


 

5 Octobre 1982 "La centenaire de Conca"

Publié le 3 février 2018 à 15:05

Mme Annonciade Grimaldi a fêté ses cent ans. Née à Conca le 22 septembre 1882, elle a élevée trois enfants dont l’ainée est âgée de 65 ans.

Sa vie a été dure et remplie de sacrifices, à l’instar de la plupart des femmes qui ont connu la difficile existence insulaire, du début du siècle jusqu’aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale.


Son époux Paul-Mathieu est décédé il y a dix ans. En tant que femme d’agriculteur, son rôle a consisté à l’aider dans les tâches les plus pénibles. Combien de kilomètres ses jambes ont-elles parcourues de Conca à Bavella et d’Impartu à Favone ? « Tous les jours, il fallait partir avec un fardeau sur la tête, généralement une bassine remplie de légumes, de fruits et parfois d’animaux de basse-cour »

Pour son anniversaire, une petite fête a été organisée par M.Mosconi, le maire. On a choqué les verres en son honneur en souhaitant que de nouvelles joies lui permettent de supporter le poids de ce siècle d’âge. (Marius Muraccioli)


23 janvier 1998 "Capo -di-Muro : un squelette découvert dans le sable"

Publié le 3 février 2018 à 4:55

Macabre découverte sur la plage de Cala d’Orzu. Des pêcheurs ont découvert un cadavre. Les gendarmes se sont retrouvés devant un problème difficile à résoudre. Le corps avait séjourné trop longtemps dans l’eau pour être identifiable.

L’autopsie a révélée qu’il s’agissait d’un homme d’une soixantaine d’années. Il serait resté quatre à cinq mois dans l’eau. Des papiers d’identité appartenant à un ressortissant espagnol ont été retrouvés à proximité du corps. Mais rien ne prouve qu’ils appartiennent à l’homme découvert. (I.L)

9 janvier 1998 "Porto-Vecchio : abattu devant son domicile"

Publié le 3 février 2018 à 4:05


Les faits se sont déroulés avec une extrême rapidité. La nuit vient de tomber lorsque François Rauber regagne avec son épouse son domicile. Les hommes qui ont assassiné François Rauber l’attendaient et ont fait preuve d’une extrême détermination. Il a eu le temps de parler à son épouse : « Rentre vite et appelle les secours ». Il fait quelques mètres, contourne sa voiture pour tenter de se mettre à l’abri. Il s’est ensuite écroulé mortellement, atteint par plusieurs projectiles.

Après avoir, pendant près de vingt ans dirigé sa société à Porto-Vecchio, il n’y séjourne que quelques mois par an. « Berp », son entreprise d’imprimerie, a fermé ses portes il y a quatre ans. Et depuis, il voyage à travers le monde, essentiellement en Afrique, exerçant la profession de représentant de commerce.

Il rejoint la Corse tous les deux mois. C’est dans la campagne porto-vecchiase qu’il a construit sa résidence principale. Qui pouvait en vouloir à ce père de famille ? Cet assassinat demeurait hier soir un mystère aux yeux de tous. (Louis Bernardini)


10 janvier :  « Le tireur découvert noyé dans la piscine de sa victime »

L’enquête a pris une direction inattendue. Les indices ne manquaient pas pour établir qu’il s’agit d’un homicide prémédité. Un fait nouveau a précipité l’enquête, l’orientant vers une querelle de voisinage : la découverte, au cours de la nuit, dans la piscine de la famille Rauger, d’un second mort. Il s’agit de son voisin proche : M. Marius Feracci, âgé de 70 ans. C’est lui qui avait vendu la parcelle de terre à Francois Rauber pour qu’il y fasse construire sa villa. Mais leurs relations s’étaient envenimées à propos de l’accès : une servitude que contestait M. Ferracci à M.Rauber. Une piste longeait le jardin de Marius Ferracci. C’est cette piste que François Rauber avait décidé de bétonner. Le chantier avait provoqué la colère du voisin. L’affaire avait été porté devant la justice.

Le soir du meurtre, il serait tombé dans la piscine en voulant rejoindre sa maison mitoyenne.

François Rauber avait gardé de Marseille, sa ville natale, son accent chantant. Dans le sud de la Corse, il avait multiplié de solides amitiés et conservé sa devise : dédramatiser toute querelle.




27 mars 1972 « Cavallo : Jean Castel devra-t-il offrir le reste de l'archipel au département de la Corse ? »

Publié le 19 janvier 2018 à 3:50

Objet du litige : l’archipel des Lavezzi. Un éden privé. Le point le plus méridional du territoire national. Une récente « association pour la protection du littoral et des sites nautiques du Sud de la Corse » met depuis peu l’archipel au centre de sujets de préoccupations dont on voudrait qu’ils soient ceux de tous les Corses. L’ile Cavallo fait partie de l’archipel. En 1971, la Corse apprenait que l’archipel allait être promu au rang de communauté dorée mais heureuse sous l’impulsion de Jean Castel, propriétaire parisien très influent. Une piste d’aviation, un restaurant, des bungalows puis un centre commercial, un port-abri de plaisance et tant et tant d’autres choses, allaient faire de l’ilot le paradis du Tout-Paris assez heureux pour décrocher une des 230 parts immédiatement constituées. « L’association de sauvegarde » va tenter d’obtenir au nom de la protection des sites l’arrêt immédiat de toutes les opérations « de nature à défigurer le pays. »



Premier reproche : « la notion de propriété privée ne peut plus jouer de la même manière lorsqu’il s’agit d’iles dont la flore et la faune reviennent au patrimoine départemental. » Second reproche : « Les projets d’équipement vont gâcher un des plus beaux coins de l’ile. » Troisième reproche : « L’ile est interdite au public » Quatrième reproche : « Pourquoi les élus ont-ils laissé se faire cette opération ? »

« Ile ou non, dit l’administration, une propriété privée est une propriété privée. Dans le cas des Lavezzi, elles ont été vendues en 1959 par leurs propriétaires corses à une société continentale. Ce n’est que le 5 aout 1961 qu’un décret relatif à la protection des périmètres sensibles instituait le droit de préemption. Le 14 mai 1964, un arrêté ministériel classait les Lavezzi dans les zones où l’Etat ou le département peuvent faire jouer ce droit de préemption, sorte de droit à la priorité dans une transaction foncière. Lorsque M. Jean Castel indique qu’un nouvel actionnaire achète des parts et non des terrains sur l’ile, nous prétendons qu’il y a en fait droit à la disposition du terrain, donc vente par le biais des ventes délivrées aux preneurs. Mais nous n’avons aucune preuve juridique de cela.

Le projet d’aménagement a été approuvé par la commission départementale des sites. Voici la réponse de la direction de l’Equipement : « Jean Castel est très soucieux des impératifs à respecter. Le cahier des charges remis aux actionnaires est exemplaire. »

« Propriété privée, l’ile de Cavallo est soumise aux règles communes. L’accès du public aux plages doit être préservé. Aucun élu ne s’est jamais élevé contre cette situation. Les représentants de la population de Bonifacio ont toutes les raisons d’apprécier ce voisinage qui rapporte à l’économie locale. Castel recrute sur place et se ravitaille sur place. (Jean Bisgambiglia)


31 mars 1972  « Jean Castel répond »

Il nous a affirmé que les difficultés qui lui sont faites aujourd’hui sont le fait d’un groupe de personnes très peu en contact avec l’ile. « Toutes ces discussions publiques sur ces problèmes risquent d’apporter des arguments à ceux qui invoquent les difficultés en Corse. Cet archipel est devenu une « rampe de lancement » exceptionnelle constituant un trait d’union entre les opérations prestigieuses qui se développent sur la côte nord de la Sardaigne et au sud de la Corse. Ce complexe touristique provoque une migration insensible, permanente, de personnes qui représentent un potentiel intellectuel, culturel ou humain au bénéfice du rayonnement et de l’économie d’une région dont la situation, le caractère,les sites constituent des supports incomparables. Tout doit se faire avec les habitants concernés. » (Jean Bisgambiglia)

 


11 septembre 1985 : "Porti-Vecchju : u tempu di u sale"

Publié le 10 janvier 2018 à 6:55



Voici le temps de la récolte. La production atteint son point culminant en aout, où sous l’action du fort soleil, l’évaporation des eaux-mères s’accomplit dans les différentes aires de stagnations des eaux. (M.Muraccioli)


10 mai 1986: "Bonifacio : la visite naufragée"

Publié le 23 décembre 2017 à 0:50

Dans l’ancien repaire de pirates fondé au IXème siècle par Boniface, la mer a taillé dans le calcaire d’immense falaises, attraction touristique pour des milliers de visiteurs. C’est à bord de la vedette se rendant aux grottes marines que s’est joué le drame.

La vedette « Saint Vincent » a éperonné un rocher au moment où elle ressortait de la grotte appelée Stragonata, à un endroit nommé « le Bain de Vénus… » L’eau s’est engouffrée dans la brèche et l’embarcation s’est abimée en quelques instants. Certains passagers ont été projetés par-dessus bord dans une eau à treize degrés. Tout s’est joué en trente secondes à peine.

Voici l’identité des huit victimes : Robert Drezet (Doubs), Henri Chuévot (Doubs), Gaston Courtet et son épouse (Ardèche), Mme Pierette Astier, Mme Marie Béton, M. Paul Amiot.

Le « Saint Vincent » mesurait neuf mètres, pouvait transporter vingt passagers et avait subi l’examen des services de sécurité en février dernier. Tout avait été déclaré conforme.

Vers 16h30, les corps des huit victimes ont été déposés à la morgue de Porto-Vecchio et Bonifacio et les blessés se sont répartis dans les hôpitaux des deux communes. Les Drs Bartoli, Beretti et Saladini ont géré les soins aux victimes.

Toute la nuit, Camille et Antoine Zuria ont été entendus. Camille, le jeune pilote du bateau, encore en état de choc, ne comprend pas comment il se retrouve là, dans des conditions aussi dramatiques. Son frère Antoine, propriétaire du bateau (et absent le soir du drame), non plus. Après avoir été entendu vingt quatre heures sur les normes de sécurité de son embarcation (normes respectées puisque tout le matériel de sauvetage était en place), Antoine Zuria a été relâché par la brigade hier. Son frère reste en garde à vue. Il sera déféré ce matin au parquet d’Ajaccio.

Une reconstitution a permis d’établir que le « Saint Vincent » a heurté le rocher alors qu’il entrait dans la grotte. Sous le choc, la coque subit de faibles dégats. A ce moment précis, plusieurs vedettes de promenade des grottes sont sur les lieux. Le pilote constate les dégats. L’avarie semble bénigne, il décide de rentrer au port. Le « Saint Vincent » ressort mais il va « boire » par l’avant après avoir parcouru à peine cent mètres. Une première vague s’engouffre et le trou s’agrandit. C’est la panique à bord. En moins d’une minute, le bateau va par le fond. Le pilote, bloqué dans sa cabine, sort par une ouverture latérale et va aider à repêcher les naufragés. Des bouées sont jetées, mais hélas, la mort a frappé huit fois.

Le procureur de la République reproche à Camille Zuria de ne pas avoir attendu les secours dans la grotte plutôt que d’essayer de regagner le port. De l’avis des hommes de la mer que nous avons rencontré, un bateau comme le « Saint Vincent » pouvait entrer seul, l’avarie étant très au-dessus de la ligne de flottaison. Mais ce vendredi 9 mai, la malchance était au rendez-vous. (Marius Muraccioli-Louis Bernardini)


 


18 Aout 1975 : "L'eau de l'Asinao : un grand espoir"

Publié le 1 novembre 2017 à 6:00

En ouvrant, le 15 aout, la vanne de l’eau de l’Asinao, M. Michel Ferdani, maire et conseiller général, faisait beaucoup plus qu’un geste symbolique : il offrait à son canton les perspectives d’un développement certain.

L’eau, pour Bonifacio, c’est l’espoir dans le futur et le présent. Grâce à de gigantesques travaux, l’eau est en place. Le maire a remercié les membres du Syndicat hydraulique du Sud-Est et le député-maire de Porto Vecchio. (MS)