Hier en Corse


Corse Matin : 40 ans d'archives

Articles

21 octobre 1978 : « Au tribunal : Son équipe était en mauvaise posture...il tire sur le ballon »

Publié le 8 novembre 2018 à 2:25

 Il est des fois où la réalité rejoint la fiction. Voulant éviter à tout prix à son équipe le déshonneur d’être menée à la marque, un supporter n’a rien trouvé de mieux que de tirer sur le ballon rond. Fine gâchette, il fit mouche avant que le ballon finisse au fond des filets ! Mais l’affaire sur laquelle les juges de la chambre correctionnelle du tribunal de grande instance avaient à se prononcer hier ne s’arrête pas là. Ajoutant au comique de la situation, les déclarations de l’arbitre affirmant « n’avoir rien vu » et la disparition de la boule de cuir à l’arrivée de la maréchaussée…

« Un spectacle de cinéma digne des meilleurs classiques », dira le bâtonnier Me Trani, posant ainsi le problème de son client, un jeune homme dont le comportement immature est à l’origine de plusieurs condamnations. Dans son exaltation, Jean-Marie L. s’est servi d’une arme de quatrième catégorie, un 7,65mm, pour laquelle il ne possédait aucune autorisation de détention.

« C’était un pistolet d’alarme » s’exclame le prévenu à l’adresse du président Eon.

Selon des témoins, le prévenu était dans un tel état d’excitation qu’il fallut le ceinturer pour l’empêcher de faire des bêtises. Mais la solidarité calenzanaise veillait les destinées du ballon stoppé en pleine course. Si le but avait été atteint, il n’avait pas été marqué. Et pour le supporter en déplacement à Murato, l’intervention était digne du coup de maitre.

M. Etienne Riolacci, substitut du procureur de la République, ne saurait partager ce point de vue. « Les faits sont établis. Je requiers contre l’accusé une peine d’emprisonnement ferme. »

Au cours de sa plaidoirie, Me Trani replacera l’affaire dans son contexte, celui d’un match de foot « dont l’enjeu, en ce dimanche 23 avril 1978, passionna autant Jean -Marie Lucchetti que les autres supporters calenzanais. Celui qui a toujours comparu devant le tribunal pour des faits relevant principalement de l’espièglerie et de l’enfantillage, a été suffisamment maladroit pour venir armé sur un stade. Lorsqu’il vit les avants de Murato menacer le gardien de but de Calenzana, son sang ne fit qu’un tour. »

Insistant sur le côté psychique de l’inculpé, le bâtonnier sollicita pour son client « la plus grande compréhension. » Jugement : trois mois de prison et maintien en détention. (Marc Pantalacci)


15 avril 1964 : « Le procès de la banque de Corse »

Publié le 2 octobre 2018 à 11:00

 5 ans après la fermeture des guichets de la Banque de Corse, s’est ouvert devant le tribunal de Bastia, le procès des banquiers François-Marie et Pierre-Paul Luigi, de leur fondé de pouvoir, Louis Mariani, d’un de leurs clients, Vincent Agostini, ex-marchand de ferraille, de leur comptable, Emile Espagnac, et de leur ex-employé François Luigi qui fut leur associé dans l’exploitation d’un garage. Ils sont tous mêlés, à des degrés différents, au krach de la banque, en 1959.

Les trois premiers sont inculpés d’abus de confiance, de banqueroute, de faux en écriture de commerce et on leur reproche d’avoir trompé la commission de contrôle des banques.

L’expert qui apposait sa signature au bas des bilans truqués est accusé de faux en écriture ; le cinquième accusé, dont le commerce avec l’étranger autorisa bien des suppositions, de complicité de banqueroute. Le sixième de complicité d’abus de confiance.

Si les délits paraissent précisés, le domaine dans lequel ils furent commis réclame le recours à un éclaircissement. Il n’est pas facile de dénouer l’écheveau du droit bancaire. Un livre de comptabilité offre plus de difficultés au profane qu’une tablette recouverte d’hiéroglyphes.

Cinq ans, cela suffit pour rembourser les créanciers à 50% comme l’a rappelé François-Marie Luigi, mais ce n’est assez pour effacer entièrement le souvenir de la stupeur provoquée par l’arrestation d’un homme en vue qui ne cachait pas ses ambitions et qui semblait en mesure de les justifier.

Prestige du nom, intelligence, fortune, on peut dire que le sort avait fait la part-belle à F-M Luigi. Aux yeux de l’opinion, dès le début, la personnalité d’un inculpé éclipsa celle des autres, de sorte qu’à aucun moment la faillite de la banque n’a été dissocié de la chute de l’ancien président de la chambre de commerce de Bastia, devant lequel se dresse, en accusateur passionné, parfois fébrile, Louis Mariani. Les deux hommes se sont opposés tout au long de l’instruction avec une violence qui alla aussi loin que leur amitié passée, se rejetant mutuellement la responsabilité du krach.

On distingue deux épisodes dans cette histoire balzacienne et c’est d’abord Mariani qui est poussé sur le devant de la scène.

Au printemps 1959, un inspecteur de la Banque de France, M. Merceron, constate que les bilans fournis par la banque Luigi depuis plusieurs années sont truqués et que la trésorerie est inquiétante. Les banquiers se défendent et obtiennent de la commission de contrôle la nomination d’un administrateur provisoire, M. Chambraud, expert comptable à Nice, qui découvre que de nombreux titres appartenant à des clients ont été vendus à l’insu de leurs propriétaires. Il estime que le montant de ces ventes s’élève à 50 Millions de Francs. Interrogé, Louis Mariani lui déclare que ses patrons ont été tenus dans l’ignorance de telles malversations, qu’il en a pris l’initiative personnelle. On l’inculpe d’abus de confiance et il est arrêté. Il se rétractera quatre jours plus tard, affirmant que ses patrons étaient au courant et l’envie l’a quitté de jouer les boucs-émissaires.

On découvre ensuite que des découverts importants ont été consentis à des débiteurs qui n’auraient pu soutirer un centime dans une autre banque. Le plus élevé a été accordé à Vincent Agostini : il frôle les 300 millions. On s’aperçoit que les frères Luigi se sont appropriés la part du lion, prélevant chacun d’eux 20 millions de francs, au titre de la répartition des bénéfices. Un chiffre énorme au regard des ressources et de l’activité de l’établissement, lequel, pour échapper aux obligations qu’impose aux banques privées l’organisme de tutelle qui maquille son volume d’activité (coefficient de liquidités déclarés comme étant de 96% au lieu de 14%, plafond de bons du Trésor inférieur au plafond réglementaire, etc..)

M. Merceron a bien du mal à retrouver son fil dans cet embrouillamini, car la difficulté n’est qu’un tissu d’irrégularités. Les pistes sont brouillées.

Deuxième acte : ces constatations entrainent l’arrestation du président de la Chambre de commerce et de son frère. Agostini, bientôt, partagera leur sort. Ils resteront en prison jusqu’en février 1961. Il est reproché aux deux banquiers et à Mariani d’avoir détourné 830 millions provenant de dépots à vue. 359 millions étant jugés irrécupérables par les experts et le syndic de faillite.

Le comptable et François-Lucien Luiggi font figure de comparses et se disent victimes de la confiance que leur inspirait le « patron »

Le rôle de Vincent Agostini reste ambigu. Il conteste le montant des sommes qui lui auraient été avancées. Mais il a été établi qu’il fut crédité de 40 millions, sous couvert d’une vente d’immeuble qui n’a jamais eu lieu.

L’interrogatoire de F-M Luigi et de Mariani a occupé toute la matinée. « Je n’ai jamais été que l’éxécutant. La vente des titres a été organisée et dirigée par F-M Luigi. Avec son frère, il a dilapidé 183 millions en 8 ans, au titre des bénéfices. Leur politique consistait à appâter les clients en servant de gros intérêts, afin d’attirer de l’argent dans les caisses. »

Selon lui, la faillite provient en grande partie des spéculations faites sur la ferraille, par l’intermédiaire d’Agostini et à ce sujet, il affirme que « 100 millions se promènent toujours en Italie. » Il accuse ensuite ses anciens patrons d’avoir profité de son incarcération pour détruire des pièces révélatrices de leur culpabilité et qui eussent été de nature à l’aider dans sa défense. Il les accuse aussi d’avoir accepté de l’argent des clients quelques heures avant « la catastrophe » (que l’on aurait pu éviter si l’on avait accepté les offres d’une banque d’Afrique du Nord).

Il affirme que le jour de l’arrivée de M. Merceron, F-M Luigi lui téléphona du continent : « Fais tout disparaitre, j’arrive. » Il évoque l’ordre de se taire : « Attention Mariani, silence, je suis puissant, tu sais. » En échange de son sacrifice, on lui aurait promis de s’occuper de sa famille et de sauver la banque (qu’il évoque avec beaucoup de nostalgie dans la voix) et les créanciers. « Il m’en a fait le serment devant le Christ. »

Profondément abattu, victime d’une dépression nerveuse, hors d’état de résister aux menaces et aux promesses alternées, il a cédé. Sa dernière phrase, à la barre, lâchée comme la flèche du Parthe : « Ils ont encore de l’argent. »

A la volubilité de Mariani s’oppose la maitrise de son ancien patron, très grand seigneur dans l’allure et le langage et qui s’exprime posément. Il renvoie la balle sans tarder. « Je n’ai jamais signé aucune vente de titres. En vérité je ne connaissais pas la situation exacte de la banque. Je me reposais sur Mariani qui était dans la maison depuis trente ans et qui avait mon entière confiance, comme il avait eu celle de mon grand-père. Depuis 1945, mes fonctions publiques occupaient le plus clair de mon temps. Je ne passais qu’une demi-heure chaque jour dans mon bureau. » Il admet être une espèce de banquier honoris causa.

« A mon sens, le compte Agostini est la cause profonde de la catastrophe. Un pourcentage important va être versé bientôt aux créanciers. Ce qui manque pour qu’ils soient remboursés intégralement, c’est Mariani qui l’a pris, sous le couvert du compte que vous savez. Il a 100 millions dans la poche. »

« Ce qui m’arrive est monstrueux. Mais je voudrais vous rappeler que des établissements tels que la Société Générale ne sont pas à l’abri de surprises de ce genre. Naguère dans ce département, un employé d’une des succursales des établissements n’a-t-il pas commis en plusieurs années des détournements de l’ordre de 60 millions ? »

Pierre-Paul Luigi, son frère, habitait Paris toute l’année et ne s’occupait pas directement de la marche de la banque, ce que personne ne conteste, souligne Mme Cristiani-Guilbaud. Son audition n’apporte rien au débat.

A la reprise, on entend Vincent Agostini qui prétend qu’il ignorait le découvert de 320 millions qu’on lui impute à crime. Ses affaires étaient prospères et les sommes importantes à la tête desquelles il se trouvait souvent ne devait que passer par le canal de la Banque de la Corse sous forme d’accréditifs.

Peu à l’aise dans le domaine de la comptabilité, le marchand de ferraille qui traite des marchés d’un demi-milliard, s’en remettait à des secrétaires, en qui il avait confiance.

Espagnac, le comptable, se reconnait coupable de négligence et François-Lucien Luigi assure qu’il ne fut qu’un prête-nom qu’il s’est livré aux deux opérations qu’on lui reproche sans en tirer bénéfice et parce qu’il en ignore la nature exacte.

Suivent quelques plaignants, notamment M. Merceron, l’inspecteur de la Banque de France, qui découvrit le pot aux roses et rapporte qu’il a vu Mariani sangloter en se trainant aux pieds de Luigi.

Mes Bronzini de Carrafa, Michel Carlini, Canazzi, Rinieri, Cristiani, Pieraggi, Jean-Louis de Montera et Agostini-Terramorsi plaideront le 30 avril prochain. (Mario Rinaldi)

 

16 fevrier 1974 : « Le comte de St Germain a-t-il malmené un garagiste bastiais ? Non a répondu son amie Dalida»

Publié le 24 septembre 2018 à 4:35

 Non, Dalida n’est pas venue chanter des chansons devant le tribunal de grande instance. Elle est au Japon. Mais nous avons eu droit à la présence du comte de Saint Germain. Le tribunal l’a fait citer sous le nom de Chamfray Richard, 33 ans. Le prévenu, visage lisse, taille élancée a protesté quand on l’a appelé et a même acquiescé à l’énoncé de son identité.

Le 27 juillet 1973, M. François Luiggi, garagiste à Bastia, apprend que Dalida vient d’arriver en Corse par avion. Il se rend à l’aéroport pour lui réclamer l’argent d’une facture correspondant à la location d’une voiture louée l’année d’avant. Il la retrouve. Elle lui explique que la voiture ayant été louée pour son propre compte par une de ses amies dont elle lui communique l’adresse.

Au moment où M. Luiggi se penche pour prendre note de l’adresse, le comte de Saint Germain lui porte une manchette à la nuque. Par l’intermédiaire de son avocate, Me Francette Santini, il réclame 1000F de dommages et intérêts.

Dalida a tenu à envoyer une mise au point détaillée dans laquelle elle porte témoignage en faveur de son ami. Cette lettre a été lue à l’audience par l’avocat de la défense, M. Jacques Kam, du barreau de Paris. Elle assure que M. Luiggi s’est rendu coupable d’une agression en la sommant, en termes grossiers, de régler la note dont elle n’était pas redevable : « Ici, il n’y a pas de vedettes, lui aurait-il hurlé au visage. Tu vas payer ce que tu me dois, sinon ça ira mal… »

Elle raconte avoir été prise en chasse sur la route de l’aéroport par deux automobilistes qui se plaçaient de manière à la coincer sur l’accotement de la chaussée. Dans la première se trouvait M. Luiggi et dans la seconde un de ses employés qui devait déposer dans le sens de la partie civile.

« Il n’y avait pas seulement comme témoin M. Ambroselli, employé de M. Luiggi, mais aussi M. Peretti, qui a vu Chamfray porter un coup sur la nuque de M. Luiggi. Le tribunal ne se laissera pas impressionner par le témoignage d’une vedette, quelle qu’elle soit.» a dit Me Francette Santini. M. Kam a dénoncé « un guet-apens sur le terrain qu’on a voulu transformer en guet-apens judiciaire ». Il a critiqué le caractère, selon lui suspect des témoignages et l’ambiguïté du certificat médical produit par la partie civile. M. Chamfray a été condamné à 400 F d’amende.


8 Juin 1978 : « Aux assises :le drame de Pont-Leccia »

Publié le 23 août 2018 à 16:00


 Ces crimes ont soulevé une grande indignation. Maxime Mariani, 41 ans, maçon à Ponte-Leccia et Charles Mariani, 30 ans, sans profession, vit également à Ponte-Leccia, devront répondre de deux assassinats perpétrés à huit années de distance. Le premier meurtre a eu lieu le 11 janvier 1968 et avait couté la vie à Mlle Antonia Mariani, 48 ans, épicière du village. L’enquête avait abouti, le 22 février 1969, à une ordonnance de non-lieu.

Le second était intervenu le 12 février 1976 : Julie Colombani, une octogénaire de Ponte-Leccia en fut la victime. L’enquête débouchait sur l’arrestation de Charles Mariani, qui mettait en cause son frère Maxime et sa mère Claire Mariani. Enfin, Charles Mariani révélait qu’il était également l’auteur du meurtre d’Antonia Mariani en 1968. Il fournissait plusieurs détails sur l’affaire, avouant qu’il avait soustrait les clés du magasin et de la maison de la victime où il avait dérobé argent et bijoux. Pourtant, d’ultérieures auditions devaient amener Maxime à reconnaitre sa participation au premier crime. Des déclarations des deux frères, il résulte que Charles, alors à court d’argent, avait résolu de s’en procurer en commettant un vol au préjudice de Mlle Antonia Mariani, lointaine cousine de sa mère. Après avoir observé pendant plusieurs jours les habitudes de la commerçante et en particulier les heures de fermeture du magasin, les deux frères auraient décidé d’attenter à sa vie.

Le 10 février 1968 vers 20h30, ils aperçoivent Mlle Mariani en train de fermer son magasin. Muni d’une clé à molette, Charles s’avance en premier sur elle, la pousse à l’intérieur, lui porte plusieurs coups de cet outil à la tête. De l’autre main, il l’étouffe à l’aide d’un mouchoir. Maxime le rejoint et lui porte un coup de marteau dans la région occipitale. Un coup de marteau causant un enfoncement de la boite crânienne. Une fois le forfait accompli, il soutire 1000 F ainsi que les clés de la villa. Les deux criminels s’y rendent : Charles fait main basse sur argent et bijoux tandis que Maxime fait le guet.

Le lendemain Charles Mariani était surpris par sa mère en train de bruler ses vêtements ensanglantés. Elle n’allait pas hésiter à se joindre à ses deux fils, huit ans plus tard, lors de l’assassinat de Mme Julie Colombani.

Après avoir tout avoué et donné maints détails sur la préparation et l’accomplissement de leur crime, les deux frères se sont ensuite rétractés, prétendant que leurs aveux avaient été extorqués par la police.

Mes Mordiconi et François Chailley-Pompei auront la lourde tâche de défendre Charles Maxime Mariani. M. Pierre Audoui, avocat général, sera le magistrat de l’accusation tandis que les débats seront présidés par M. Julien Justet, conseiller à la cour d’appel. Les droits de la partie civile seront défendus par Me Paul Renucci, du barreau de Bastia, et Binelli, du barreau d’Aix-en-Provence.


L’assassinat du 12 janvier 1976 devait permettre de faire toute la lumière sur cette affaire. Un homme avait été la cheville ouvrière des deux crimes : Maxime Mariani, dit Charly, 30 ans, sans profession et domicilié à Ponte-Leccia. La première fois, il n’a fait qu’aider son frère ainé. Huit ans après, il avait obtenu la complicité du reste de la famille. Sa mère, Claire Mariani, 65 ans, et un autre frère, Sauveur Mariani, 39 ans, convoyeur à Marseille, qui était absent lors du premier assassinat.

Les accusés ont été reconnus par les psychiatres comme étant des débiles mentaux légers, mais ils étaient pleinement conscients de la gravité de leurs actes et la pauvreté ne peut servir d’excuse à des crimes aussi odieux.

Jusqu’où peut-on aller dans l’horreur ? C’est la question que l’on s’est posée hier. Seul Sauveur semble mesurer l’ampleur de la situation (pris de remords tardifs, il a tenté de mettre fin à ses jours en prison en avalant une cuillère, que lui retira de l’estomac un chirurgien).

Le président à Charles Mariani : « On dit que vous avez battu votre mère avec une chaine… »

- « C’est faux ! »

Sa mère le coupe : « Non, c’est vrai ! »

Epouse tardive d’un sujet italien, puis d’un détenu libéré de Casabianda, illettrée, témoin de l’assassinat de sa mère par un homme qui tenta d’abuser d’elle, Claire Mariani, silhouette massive aux cheveux poivre et sel, non peignée, est arrivée à la salle d’audience soutenue par des agents de police.

Le plus jeune des ses enfants, Charles, lorsqu’il est à court d’argument, la met volontiers en paravent. « C’est elle ». L’autre se défend comme elle peut. Plutôt mal.

« Je vais te tuer, au moins j’irai en prison pour quelque chose… » Seul le psychiatre pouvait apporter un peu de lumière sur des personnalités aussi frustres. Hélas la technique du vocabulaire psychanalitico-intellectuel, le nombre et la nature des questions posées de part et d’autre de la barre n’ont engendré parmi les non-initiés que doute et trouble.

Certains silences furent éloquents. Ceux de Charles par exemple, refusant de décrire l’abominable assassinat dont il fut l’auteur principal et dont le président ne tira plus un mot à ce sujet malgré les multiples exhortations.

Les assassins ont aussi des pudeurs !

Après la partie civile, l’avocat général Audoui a durant 75 minutes repris tout le dossier, les aveux, les dépositions, les constatations, présentant Claire Mariani comme « l’élément moteur » . Il a dénoncé un crime collectif, « un assassinat odieux largement prémédité. » Il a demandé la réclusion criminelle à perpétuité.

Pour la défense, Mes Jean-Paul Trani et Retali ont tenté « d’aller plus loin, de tenter de comprendre au-delà des faits ». Lourde tâche en circonstance.

Au terme d’une heure trente de délibérations, les jurés ont ramené leur verdict : les trois accusés sont condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. Des applaudissements ont accueilli cette sentence. (Jean-Claude Casanova)

Charles Mariani était encore dans le box des accusés hier matin en compagnie de son frère Maxime, 40 ans. Ils comparaissent pour le crime du 10 février 1968 et resté impuni jusqu’à un second assassinat huit ans après.

Charles fut prolixe hier. Trop même. Discourant de tout et de rien, bégayant, finissant par faire perdre patience au président Justet. Il tente d’entrée de rabaisser son frère : « Ouais, il dit qu’il est maçon, pardon, il est manœuvre… »

On ne s’aime guère chez les Mariani. Maxime fut le tuteur légal de son jeune frère au moment où il allait d’un centre de redressement à un autre. C’est lui qui après le décès de son père (qui ne reconnut aucun de ses enfants) contribua à nourrir la maisonnée.

Cherchez la femme : La justice l’a trouvée. La concubine que Charly était allé dénicher à Moriani est devenue la femme de Maxime !

-« Salaud ! me faire ça à moi, ton frère ! »

La malheureuse a confié aux enquêteurs que lors de sa vie avec le plus jeune des deux frères, elle recevait plus de coups que de caresses et que le moindre argent lui était confisqué pour la boisson.

Maxime Mariani a nié toute participation à l’assassinat de Mlle Antonia Mariani. Il a accusé la police de lui avoir extorqué des aveux sous les coups.

-Le président : « Et le juge d’instruction, il vous a aussi battu ? »

-Maxime : « Lui, non, mais la P.J était dans la pièce à côté…C’est la peur…La peur des coups, M. le président. »

L’ennui c’est que le médecin ayant examiné les accusés cinq jours après leur interpellation n’a trouvé trace d’aucune brutalité.

-Le président : « Voyons Maxime, comment avez-vous pu connaitre certains détails sur ce crime si vous ne l’avez pas commis ? »

-Maxime : « Je les avais lus dans les journaux. »

-Me Perreimond : « Et bien sûr, vous vous en souveniez parfaitement huit ans après ! »

Charly se dit innocent lui aussi. « J’ai avoué parce que la police m’a dit : tu as pris une affaire, tu peux prendre l’autre, c’est pas plus cher…Et puis j’ai pris des coups. » (Dont l’expert n’a pas trouvé sur lui la moindre trace.)


Alors, qui a tué Mlle Antonia Mariani ? Qui l’a laissé mourir dans une mare de sang, un mouchoir dans la bouche pour étouffer ses cris ?

Qui avait à la main le marteau et la clé à molette dont Charly a dit, lors des premiers aveux, qu’il avait pu les manipuler de la même main ?

On ne comprend plus, pas tant les faits que le comportement, et les psychiatres sont assailli de questions. Or le Dr Ciosi pose comme postulat que la psychiatrie n’est pas une science exacte. Selon lui, Charly est atteint de débilité légère et qu’il s’agit d’un sujet dangereux. Maxime ne présente pas de troubles psychologiques, et aucun caractère de dangerosité, avec ce correctif important : l’examen des accusés a eu lieu huit ans après les faits.

Le public a suivi la déposition en langue corse de Mme Ricetti. Elle est venue dire en qualité de témoin que la mère Mariani lui avait appris le décès de Mlle Antonia, vers 10h… alors que le corps de la victime ne fut découvert par les gendarmes qu’à 11h00. Cette déposition n’a amené qu’une réponse invariable à Claire Mariani : « Je été mise au courant du meurtre par le journal ». Et comme le président lui expliquait qu’un quotidien ne pouvait rendre compte le jour même d’une découverte faite à 11h00, elle maintient cette assertion.

« Comment aurait-elle pu lire le journal, d’ailleurs, se demanda tout haut Me Mordiconi : elle ne sait pas lire ! »

Le verdict a été rendu peu avant 22H00. Charles et Maxime Mariani ont été condamnés à perpétuité. Comme la veille, des applaudissements ont accueilli cette sentence.


6 Juin 1983 « Les assises du Var jugent Thomas Recco

Publié le 14 juillet 2018 à 14:55

 C’est à Draguignan que s’ouvrira le procès de Thomas Recco, accusé d’avoir commis six crimes à Carqueiranne et à Béziers. Tout permet de penser que les audiences se dérouleront dans un climat tendu étant donné l’horreur des crimes reprochés à l’accusé et à la haine que lui vouent les familles des victimes.

Les avocats de Recco ont tout tenté pour que ce procès ne se déroule pas à Draguignan où les jurés seront, selon eux, plus sensibilisés par cette affaire que ne l’auraient été d’autres devant une autre juridiction. L’avocat général, M. Brejoux, entend bien, pour sa part, obtenir de la cour que le procès aille jusqu’au verdict.


Recco avait été condamné en 1962 à la réclusion à perpétuité par les jurés de Bastia pour le meurtre d’un garde-pêche. On sait que s’il a toujours nié avait tué le 22 décembre 1979 trois caissières du ‘Mammouth’ de Béziers, il avait par contre avoué être l’auteur, le 18 janvier 1980, du meurtre à Carqueranne de M. Gilles Le Goff, de sa fille Sandrine, âgée de 12 ans, et d’un voisin, M. Jacques Coutrix. Par la suite, il a affirmé que ses révélations lui avaient été soutirées par la torture.

Il est, selon ses proches, totalement imprévisible. Capable de tout, il adore que l’on parle de lui.

Les débats seront dirigés par M. Brunet, conseilles à la cour d’appel d’Aix-en-Provence. Recco sera défendu par Mes. Lombard, Donsimoni, Lhote, Monneret et Bottai. La partie civile sera représentée par Mes Coste, Cabrillac, Baldy, Collard et Rivolet. (J-P.M)

*Thomas Recco a été introduit au banc des accusés, les cheveux tombant au-dessous des épaules, vêtu d’un costume trois pièces gris clair, d’une chemise blanche et d’une cravate bleu marine rayée. « Je suis innocent, je suis victime d’une machination, je suis le bouc-émissaire idéal, je fais mon chemin de croix comme Jésus Christ. » Philippe Le Goff, frère de Sandrine, une des victimes, s’adresse à lui : « Fumier, pourriture, je te tuerai ! » Recco s’assoit. Il lisse ses longs cheveux et de son étonnant regard bleu, ces yeux dont un témoin avait dit que lorsqu’on les avait vus une fois on ne pouvait jamais les oublier, il contemple le plafond.


Le chef d’escadron Daniel Bert est à la barre. C’est lui qui dirigea l’enquête à l’issue du triple meurtre de Carqueiranne. Il dépose avec beaucoup de précision. Dans son box, Thomas Recco donne des signes d’énervement. Puis il éclate : « Vous êtes des Ponce Pilate, vous avez trompé la justice et elle ferme les yeux ». L’officier de gendarmerie lui rétorque : « Je respecte l’uniforme et je ne tolérerai pas que ce soit un Recco qui la salisse. » Recco entre alors dans une crise de rage folle. « Je suis innocent, je veux qu’on me passe au détecteur de mensonges ! » Il crie, agite ses bras. Le service tente de le calmer et l’expulse.


Cet incident reflète bien le climat de tension qui a régné tout au long de cette première journée.

Le personnage est déroutant, inquiétant. Là, lorsqu’il retrousse sa lèvre inférieure et qu’il montre les dents il ressemble à un animal carnassier prêt à mordre, à déchiqueter. Puis, il devient tout miel et obséquieux et ressemble à un enfant pris en faute. C’est ce double visage qui lui a permis de mettre en confiance ses victimes. Son employeur, M. Buffa, qui l’avait engagé comme livreur dans son magasin de matériel de plongée à sa sortie de prison, dira de lui : « C’était un employé parfait, gentil avec tout le monde. » M. Buffa indique qu’il est tombé des nues lorsqu’il a appris que Recco avait volé pour d’importantes quantités de matériel dans sa société. « C’est faux, archi-faux ! » tonne Recco. « Je louais ma chambre à d’autres employés. Ce sont eux qui vous volaient.Moi je vous dis merci pour ce que vous avez fait pour moi et je vous dis : sans rancune !»

Lorsque vient le moment de l’étude de personnalité de l’accusé, il balaie d’un geste la question du président : « Bah, pourquoi chercher dans le passé ? C’est le présent qu’il faut juger ! » On parle de son enfance, des drames de cette famille maudite de Propriano où les frères sont morts de mort violente et où les sœurs ont été internées ou sont totalement dépressives. Il est fier lorsqu’on évoque sa bravoure à l’armée mais se fâche lorsque le président Brunat rappelle qu’en 1960 il avait déjà tué un homme en Corse. « Vous influencez les jurés. C’est du passé. »

Comme au procès de 1962, Recco était revenu sur ses aveux signés. Se sentant en difficulté, il fait des mimiques, lève haut les bras et mime un morceau de pipeau. La foule gronde, il éclate de rire. « Ah, il y en a des réformes à faire ! »

Les psychiatres défilent à la barre. On apprendra qu’il se raconte avec complaisance et ostentation mais que 17 ans de détention lui ont permis de mettre au point un système de défense particulièrement efficace. Le Dr Jean-Marie Abgrall parlera d’une émotivité importante mais bien contrôlée, d’une violence contenue et d’une absence d’émotion à l’idée de la mort. Tous sont d’accord : il n’y aucune anomalie mentale chez lui.

Il aime bien que l’on parle de lui. Pas une seule fois il n’interrompra les experts. Il vit son heure de gloire.

« Je suis le seul détenu de France à être encore dans un Q.H.S, sans parloir et sans visite. » Il met ses bras en croix et dit : « On me demande souvent comment je peux tenir. Alors je dis : la foi, la foi. » La tête penchée sur le côté, il veut une nouvelle fois donner l’image du Christ dont il « endure les souffrances. »

A l’évocation de la tuerie de Carqueiranne, il devient nerveux. Il interrompt fréquemment le colonel Berto pour affirmer que tout cela n’est que mensonges, qu’il était dans un état second. Recco pense sans doute s’être bien tiré à l’issue de cette première journée. Il oublie que l’insolence, l’agression et la dérision sont des armes qui ne le servent certainement pas. (J-P Meriadec)

*L’atmosphère est explosive : à tout instant on craignait le pire. Jamais peut-être la cour d’assises du Var n’avait connu un tel climat. Hors du palais, la foule crie ‘justice’, à l’intérieur, les familles des victimes crient ‘vengeance’. La tension sera telle qu’il faudra évacuer une fois la salle et maitriser Recco.

A la suspension de séance, vers midi, M. Guy Morel, l’époux d’une des employées assassinées, se rue sur l’épouse de Recco. On l’écartera, mais il sera difficile de le ramener à la raison. Les avocats de la défense sont sévèrement pris à partie et doivent regagner leur véhicule sous escorte à la sortie du palais de justice. (J. Guerbois)


*A la demande de Me Collard, avocat de la partie civile, le président Brunat avait autorisé hier une confrontation entre Thomas Recco et Jean-Philippe Le Goff, qui a perdu son père et sa jeune sœur dans la tuerie de Carqueiranne. Au départ, il s’agissait de savoir si, dans les locaux de la gendarmerie du Pradet, le jeune garçon avait agressé l’accusé. Mais le face-à-face a pris un tour dramatique. Pathétique même. Jean-Philippe s’est tourné vers Thomas Recco, duquel il n’était séparé que de quelques mètres. Il l’a regardé droit dans les yeux et lui a dit d’une voix brisée :

-« Dis moi pourquoi tu as tué Sandrine. Dis-moi le ! »

Et Recco, pour la première fois, a baissé les yeux.

-« Tu sais que je suis innocent. Je comprends ta peine et ta douleur, mais je préfère ne pas te répondre. »

- « Dis-moi pourquoi tu as tué ma sœur. Tu l’avais devant toi. Elle te regardait. Tu l’as tuée lâchement. »

- « Non, je suis innocent ! »

- « Et tu te dis un homme ! »

Et sous les exhortations du président, Jean-Philippe Le Goff, qui vit un calvaire depuis le procès qu’il suit debout, appuyé à une barrière, a regagné sa place. Ses jambes tremblaient. Recco, qui venait de perdre un peu de sa superbe, paraissait durement accuser le coup.

La journée d’hier n’a pas été bonne pour lui. Après ses excès de la veille, ses avocats ont décidé de réagir. Me Lombard s’était fâché : - « Recco, cela suffit. Je vous adjure de faire preuve de dignité à l’image de la partie civile. Laissez vos avocats travailler et taisez-vous ! »

Recco a balbutié un timide « bien maitre ». Puis a ajouté : « Bon. Je ne parlerai plus. De toute façon, j’ai mal à la gorge. »

Mes Lhote et Monneret sont consternés lorsque, à la suite d’un mouvement d’humeur dans la salle, il se tourne vers la salle et lance : « On n’est pas au cirque Pinder ici. Un peu de respect pour la cour s’il vous plait ! »


Hier matin, il avait officiellement la parole. Le président Brunat lui a demandé de s’expliquer sur l’affaire de Carqueiranne. Triturant nerveusement les boutons de sa veste, s’excusant auprès des jurés de « ne pas savoir plaider », il allait donner sa version des faits.

« Quand j’ai quitté mon travail à 17h, je me suis rendu au centre de plongée sous-marine pour gonfler mes bouteilles. Puis je suis allé chez ma tante où j’ai pris une douche. Après, je me suis rendu chez Chantal, qui était ma fiancée, et j’ai regardé les informations de 20h. A minuit, il y a eu le coup de téléphone de mon cousin René Napo, qui m’avisait que les gendarmes me cherchaient. J’ai décidé d’aller à Carqueiranne pour voir ce qui se passait, mais au premier péage, j’ai fait demi-tour. J’ai pensé à ma liberté conditionnelle menacée et je suis allé chez mes cousins, les Caba, pour leur demander de me fournir un alibi. Je suis retourné à mon studio et je me suis couché. Au petit matin, les gendarmes venaient me chercher. Si j’avais été coupable, vous pensez bien que je ne les aurais pas attendus. »

Puis il décrit les « tortures » qu’il aurait subies dans les locaux de la gendarmerie du Pradet. « J’avais des menottes au pied et les mains liées dans le dos. Ils me frappaient à coups de poings dans le ventre et me donnaient des manchettes dans la nuque. Leurs griffes, leurs coups, m’ont crevé les tympans. Le sang coulait dans ma bouche. Puis ils m’ont martyrisé à l’aide d’un manche à balai. Croyez-moi, chez eux, c’est pire que chez Amin Dada et Khomeiny. Les violences ont duré deux jours. A la fin, j’ai signé tout ce qu’ils ont voulu. Mais tout est faux, archi-faux. »

Le président :-« Mais ces aveux, vous les avez réitérés devant M. Nunez, le juge d’instruction. »

Recco : -« Bien sûr. Le juge parlait avec les gendarmes et se servait de leur procès-verbal pour rédiger le sien. Moi j’étais une loque humaine. J’étais dans un état second. Comme ce juge italien auquel les Brigades Rouges ont extorqué des aveux. »

Les médecins l’ayant examiné ont bien noté quelques ecchymoses et une plaie sèche au niveau du tympan, mais ne peuvent rien dire si elle était récente ou ancienne. On l’a attribuée à un accident de plongée dont il était un grand pratiquant.

-« La plongée à le dos large, je ne souhaite à personne de plonger à la gendarmerie du Pradet ! »

Les gendarmes viennent à la barre. Le chef de brigade, l’adjudant Besset, dans un remarquable exposé, explique tout le déroulement de l’enquête. Les mensonges, les faux alibis de Recco, ses aveux devant le gendarme Bertrand, à qui il a déclaré : « Tu es une putain avec ton air tranquille, tu m’as fait tout avouer ! » Celui-ci raconte : « Recco m’a dit : ‘Moi, quand je vise quelqu’un, je vise toujours derrière la tête. Comme ca je n’ai pas besoin de me retourner pour voir si la personne est morte.’ »

Le gendarme Carquot vient à son tour. Il raconte comment il a retrouvé, dans le tiroir d’un débarras chez la tante de Recco, les clés de l’appartement du rez-de-chaussée de la villa des Le Goff, à Carqueiranne. Cette pièce à conviction constitue l’un des éléments essentiels de l’accusation, puisque ces clés avaient disparu le jour du crime.

« Bien sûr, dit Recco, les gendarmes ont arrangé la sauce à leur façon. Pas étonnant qu’il y en ait actuellement trois aux Baumettes. Et puis vous avez vu le travail que le G.I.G.N a fait aux trois soi-disant terroristes irlandais à Paris ? Ils ont fait la même chose avec moi. Ce sont eux qui ont apporté les soi-disant preuves. »

Sent-il qu’il n’est pas crédible ? Lui-même le perçoit. (« Quoi que je dise, on ne me croit pas. ») Il semble avoir perdu sa combativité. Son personnage ne passe pas et il ne semble pas en avoir de rechange dans son arsenal de mauvais comédien. La suite du procès portera sur la tragédie du ‘Mammouth’ de Béziers. (J-P.M)


*La journée d’hier a été dominée par les témoignages de quatre femmes : ceux de Mmes Le Goff et Coutrix qui ont donné une grande leçon de pudeur et de dignité au milieu d’un climat détestable. L’épicière marseillaise a eu le courage de venir confirmer l’alibi qu’elle fournit à Thomas Recco. Ensuite, l’épouse de l’accusé, a tenu jusqu’au bout le rôle de la femme amoureuse, malgré l’hostilité qu’elle suscite dans le public.


Menue, fragile, Mme Le Goff, qui a perdu son époux et sa fille Sandrine à Carqueiranne, explique qu’elle détestait Recco que lui avait présenté un ami travaillant comme elle à « La Pinède », institution pour enfants handicapés. « Mon mari ne l’aimait pas non plus. Il le trouvait bruyant, fanfaron, nerveux. Nous n’avions aucune confiance en lui. Il voulait à tout prix acheter à mon fils Jean-Philippe un pistolet de collection. Nous avions adjuré notre fils de ne jamais accéder à cette demande. »

Mme Le Goff ignore tout du mobile de la tragédie. « Mon mari était un homme de rigueur et de grande droiture. Si Recco lui a demandé quelque chose qui sortait de la voie rigoureuse qui était la sienne il s’est fâché et a certainement réagi. Il n’a pu dire à Recco que ses quatre vérités. Alors avec ce genre de personnage, tout pouvait arriver. »

Thomas Recco lui répond : « Sachez bien, Madame, que je partage votre douleur. » Mme Le Goff se tourne vers lui et lui lance : « Je vous en prie, taisez-vous, cessez cette comédie. » Puis elle s’effondre. « Pourquoi êtes-vous venu ce soir-là ? Pourquoi avez-vous tué mon mari et ma petite fille ? » Elle perd connaissance. Les pompiers l’emportent hors de la salle d’audience et Recco poursuit sa litanie : « Je suis innocent, je suis victime d’une machination, je suis le bouc émissaire idéal. »

Les époux Caba sont des cousins de Recco. Dans un premier temps, croyant qu’il s’agissait d’un problème mineur, ils avaient accepté de fournir un alibi et avaient déclaré qu’il avait diné avec eux le soir du meurtre. Le lendemain, en apprenant l’ampleur de la catastrophe, ils s’étaient rétractés. « C’est mon mari qui m’a demandé de dire la vérité, raconte Fernande Caba, il était sûr que nous risquions 20 ans de prison. »

Il fallait un certain courage pour confirmer un des alibis de Recco. Ce courage une femme l’a eu. Il s’agit de Mme Ordioni, qui exploite un commerce de fruits et légumes à proximité de l’immeuble où logeaient Recco et sa fiancée Chantal. Dotée d’un fort tempérament, elle ne se laisse pas impressionner par les avocats de la partie civile. Une main posée sur la hanche, elle raconte : « Le 18 janvier, Thomas Recco est passé devant mon magasin entre 19h et 19h30. Il m’a saluée. Je le vois tous les jours et je l’ai parfaitement reconnu. Oui, j’ai bien vu Thomas Recco. J’en suis sûre à 95%. »

L’avocat général, M. Brejoux, s’adresse à Mme Ordioni : « Savez-vous qu’un faux témoignage peut être puni ? »

L’épicière relève la tête : « Je n’en sais rien mais cela n’a pas d’importance. Moi je dis la vérité. »

M. René Paul, un boucher du quartier, n’a pas les mêmes accents de sincérité lorsqu’il affirme que Recco est bien venu entre 18 et 19h lui acheter des cailles. Il en est certain aujourd’hui mais lors de sa première déposition qui fut enregistrée trois jours après le drame, avait déclaré que Recco n’était pas revenu dans son commerce depuis le 11 janvier. De plus, les cailles n’ont jamais été retrouvées et Recco se met dans une fâcheuse position en disant les avoir offertes à l’un de ses compagnons de plongée sous-marine dont il refuse de donner le nom parce qu’il « n’aime pas compliquer la vie des gens » et que cet ami lui avait offert des gants de plongée volés.

-« Vous savez, il y a prescription depuis », lui dit M. Brejoux.

- « Peut-être, mais moi la justice il y a longtemps que je ne lui fais plus confiance ! » Recco s’en prend à nouveau au magistrat qui a instruit son affaire à Toulon : « Moi, j’aurais voulu que ce soient les juges Michel, Pascal ou Ceccaldi qui s’occupent de mon cas ! »

Tous les autres « témoins » cités par Recco se défilent. Non, ils n’ont pas vu l’accusé le 18 janvier, comme ce dernier l’a accusé.

Puis Mme Coutrix vient à la barre. Depuis le début du procès, son émotion, sa dignité, ont impressionné les jurés et le public. Contenant ses larmes, elle raconte la soirée du 18 janvier. Elle parle du coup de fil que lui a donné la directrice de « La Pinède » alertée par Sandrine. Elle dit comment elle a demandé à son mari ce qui se passait chez les Le Goff, dont la villa est située au-dessous de la leur. Elle dit les coups de feu et son angoisse lorsqu’elle a appelé son mari qui se dirigeait, dans la nuit, vers la maison où Gilles Le Goff était déjà mort. Elle explique comment elle a alerté un autre voisin, Daniel, et comment tous deux ont découvert la tuerie.

« J’ai entendu des bruits de pas. Un homme que je n’ai pas vu, le meurtrier, remontait le chemin qui conduit à la route. C’est moi qui ai alerté les pompiers et la gendarmerie d’Hyères. » Avant de regagner sa place, elle regarde longuement Recco sans prononcer une parole. Et il baisse les yeux pour la seconde fois.

On entendra encore la directrice de « La Pinède », Mme Simo et une autre voisine, Mme Lahoutte, évoqueront les coups de fils affolés de la petite Sandrine qui disait : « Un homme en veut à papa, c’est le cousin de René. On essaye d’entrer dans la maison.»

Chantal Recco porte la tenue de son mariage avec Recco à la prison de Toulon. « On m’a insultée, on m’a frappée, un homme m’a dit qu’il me ferait la peau. Je veux que l’on sache tout cela. »

Cette jeune femme de 33 ans ne renonce pas : « J’ai épousé cet homme parce que je l’aime et parce que je sais qu’il est innocent ! » Elle explique comment Recco est arrivé chez elle peu après 21h. « Nous avons diné et nous nous sommes couchés. A minuit, nous avons reçu un coup de fil de la femme de René Napo, le cousin de Thomas. Elle était inquiète. Elle a parlé d’un drame à Carqueiranne et a dit que son mari avait été interpellé. Thomas était interloqué. Puis il est parti parce qu’il ne voulait pas me créer d’ennuis. »

Le lendemain, Recco était interpellé dans l’appartement de sa tante. Cette tante, Mme Antoinette Susini, dont Recco dit qu’elle est sa « seconde mère », viendra affirmer que son neveu est venu après 20h, le soir du drame, prendre une douche chez elle. « Je l’ai vu sans le voir. J’étais allé faire des courses. Quand je suis revenue, une serviette mouillée pendait dans la douche et la porte était fermée d’un tour de clé alors que j’en avais donné deux en partant. » Elle ne comprend pas ce que les clés de l’appartement des Le Goff faisait dans un tiroir.

*Avec l’évocation du triple meurtre de Béziers qui a débuté hier, on a l’impression de revivre les débats de la tragédie de Carqueiranne. Les trois caissières ont été tuées de la même façon que les trois victimes varoises (Renée Chamayou, 25 ans, Josette Alcaraz, 27 ans et Sylvette Maulre, 27 ans). C’est la même arme qui a été employée. Une différence pourtant : à Béziers, le mobile, c’est l’argent. Mais il n’a jamais été retrouvé.


Le commissaire principal Serage, du S.R.P.J de Montpellier, explique le drame qui s’est déroulé de 22 décembre 1979 : « A 13h45, ce samedi de veille de fêtes, une caissière, Mme Cano, se présentait à la porte de la salle de comptage du supermarché. Elle sonnait en vain. Inquiète, elle regardait à travers le hublot de la porte blindée et voyait les jambes d’une femme étendue sur le sol. Elle donnait l’alerte et quelques minutes plus tard, on découvrait les trois jeunes femmes baignant dans leur sang. Elles avaient été tuées d’une balle dans la tête tirée à bout portant. »

Sur les lieux, un carton contenant trois vestes usagées a été découvert. Il permet de comprendre le déroulement des faits. Quelqu’un avait apporté ce paquet et, comme il ne passait pas par le trapon, l’une des victimes avait ouvert la porte. L’assassin est alors entré pour accomplir son forfait en dix minutes et partir avec 600.000 F. L’enquête piétinait jusqu’au drame de Carqueiranne et l’arrestation de Recco. Une caissière le reconnu dans le journal. Quelques jours avant, elle avait passé commande d’une tente de plongée sous-marine à un employé de la société « Sporasub ». Recco était venu livrer la marchandise dans la salle de comptage. Ce témoignage en amena d’autres. Une autre jeune femme l’avait également reconnu près de la caisse n°1. Un retraité, M. Maffre, avait engagé la conversation avec lui devant le rayon vin et spiritueux. Son regard « bleu et froid » l’avait frappé.

Recco a reconnu avoir livré au « Mammouth » le 13 juin mais nie y être revenu le 22 décembre.  « Je suis venu à la demande de mon employeur. Mme Coste était malade. J’ai tourné un bon moment dans le magasin, ne sachant que faire du colis, jusqu’au moment où l’on m’a dirigé vers la salle de comptage. Le paquet ne passait pas la trappe. On m’a ouvert la porte de l’intérieur mais je ne suis pas entré. J’ai glissé le colis dans l’interstice et l’on m’a tendu le bordereau. Je suis reparti. J’ignorais que c’est là que l’on rassemblait l’argent. »

Le président demande à Recco où il était le 22 décembre. « Ce jour-là, je ne travaillais pas. J’ai réparé l’aspirateur puis je suis allé chez un garagiste pour lui demander s’il avait une petite voiture à me vendre pour mes parents. Ma mère m’avait téléphoné la veille pour me la demander. Ensuite, je suis revenu à l’appartement. J’ai déjeuné avec Chantal et l’après-midi nous sommes allés nous promener à Gémenos et à la Sainte-Baume. Chantal adore le grand air. »

Entendue à l’époque, Chantal ne s’était pas souvenue de cette promenade et Recco a souvent varié à propos du coup de fil de sa mère. Cette dernière, pour le sauver, avait déclaré l’avoir appelé le jour-même.

Les experts ont défilé. Le Dr Ayral de Montpellier, médecin légiste, expliqua que les trois employées ont été tuées de la même façon : une balle derrière l’oreille gauche. Josette Alcaraz fut la première. Renée Chamayou la seconde : elle avait mis ses mains derrière la tête pour se protéger. Sylvette Maurel a reçu un coup de canon sur la bouche avant de tomber à terre.

Pour le Dr Robert, les six meurtres ont été commis avec la même technique. Même précision dans l’exécution, même économie de moyens. Les sept projectiles tirés à Carqueiranne et à Béziers proviennent de la même arme. M. Baylac, expert en balistique, estime qu’il est rare de trouver autant de similitudes.


Etait-ce l’arme de Recco ? Le matin, l’un de ses anciens camarades de travail, Patrick Verdier, avait fourni des informations capitales : « Recco m’avait à plusieurs reprises demandé de lui procurer une arme. Le 3 janvier 1980, il m’a dit qu’il comptait quitter « Sporasub » pour monter une plage privée avec pédalos et planches à voile. » Où Thomas Recco avait-il pris l’argent de cette reconversion soudaine ? Les employés de « Sporasub » se souviennent que Recco leur avait offert du champagne et qu’il parla du hold-up de Béziers, déclarant notamment : "C’est vraiment sanguinaire. Les gens qui ont fait ça méritent la mort." 

Pour tout le monde, il menait un train de vie supérieur à ses moyens. Une secrétaire de la société lui avait parlé de son intention d’acquérir une voiture. Recco lui avait dit : ‘Moi, je vous prête 30.000 F tout de suite si vous voulez, et sans intérêts.’ C’est encore par le personnel de « Sporasub » que l’on apprend la visite, peu après l’arrestation de l’auteur présumé du carnage de Carqueiranne, de sa compagne Chantal. Elle était venue demander si son fiancé avait travaillé le 22 décembre, date des meurtres du « Mammouth ». En apprenant que la société était fermée ce jour-là, elle avait éclaté en sanglots en disant : « J’aurais préféré qu’il fasse ça pour une femme. » Or on sait que Chantal Recco a confirmé l’alibi de celui qui est devenu son mari selon lequel, ce jour-là, ils étaient allés se promener dans la Sainte-Baume. Cette dernière journée de débats a été mauvaise pour Recco qui pourtant fait tout pour se rendre sympathique. N’a -t-il pas dit hier : « Heureusement qu’il y a la justice et la police dans notre pays sinon ce serait l’anarchie » avant de conclure par un vibrant « Vive la France ! » (JP Meriadec)

*Micheline Recco, c’est Electre. « Chaque fois qu’il y a un malheur, ca tombe sur les Recco, c’est comme le tonnerre » dit-elle, narrant l’incroyable malédiction de sa famille.

-« Il ne vous reste plus qu’un fils » lui dit le président Brunat.

C’est hélas vrai. Sur les onze enfants, rares sont ceux ayant eu une existence paisible.


 Toussaint, l’ainé mort en 1973, a été tué par une décharge de chevrotines tirée par un de ses beaux-frères. Pierre, de douze ans son cadet, a été tué par deux hommes en 1976 sur la plage. Françoise, l’épouse du meurtrier de son frère, a succombé à un ‘coup du lapin’ après une chute dans un escalier. Antoinette ne jouit pas de toutes ses facultés mentales. Thomas est l’accusé de ce procès et un autre fils est mort empoisonné par le lait qu’il avait absorbé. Antoine est actuellement incarcéré, soupçonné d’avoir fait disparaitre deux vacancières qu’il avait emmenées à la pêche.

Mais Micheline Recco ne succombe pas à l’accablement, ni à la faiblesse. Il se dégage la volonté farouche de protéger les membres égarés d’une tribu dont elle devenue le chef.

Thomas lui crie « Je suis innocent à 100% maman. Je n’en peux plus, je parle même de me suicider. »

*Les débats sont terminés. Tous les témoins et experts ont pu s’exprimer comme ils l’entendaient. Le verdict sera rendu mardi.

*Hier, Recco a perdu pied. Plus de grimaces, ni de mimiques déplacées. Face à l’artillerie lourde de la partie civile, il paraissait avoir jeté le gant. Fini les « Je suis victime d’une machination judiciaire ! » M. Collard lui a d’ailleurs répondu : « Allons Recco, rangez vos slogans publicitaires. »


Mais au début de cette avant-dernière séance, il avait pourtant repris ses bouffoneries : « Monsieur le président, vous avez été formidable ! Si j’avais eu un juge comme vous dans mon affaire, nous aurions fait un boulot terrible. Mais vous le savez, les gendarmes et les juges ont commis des irrégularités flagrantes pour tromper la justice divine. Le ministre de l’Intérieur a lui-même reconnu que dans la police, il existait des brebis galeuses. Je remercie Gastounet… »

Avec beaucoup de précision, M. Rivolet a détaillé tous les points qui accusent Recco. Il l’exhorte à dire enfin la vérité. « Ne serait-il pas bien, moralement, de vivre en accord avec vous-même ? Dites-nous que vous avez commis ces crimes. Si vous ne le faites pas, vous n’honorerez ni le peuple corse, ni la race des hommes. » Recco se contente de dire, en haussant les épaules : « Que du vent ! »

M. Collard a prononcé une des ses plus bouleversantes plaidoiries. « Aujourd’hui, vous avez devant vous un pitre d’assises, mais le 18 janvier à Carqueiranne, il a tué trois fois. » Il parle de Sandrine, « morte les yeux grands ouverts dans l’agonie de la peur. Sandrine, c’est une voix d’outre-tombe qui accuse Recco. »

« C’est la nature de Recco qui le pousse à tuer. Sans raison. C’est un être enraciné, inscrit dans la mort dont le malheur est d’être né dans une famille qui n’est plus qu’un cimetière. Il tue parce que son indifférence à la mort est totale. »

S’adressant aux jurés, il lance : « Il y a dans cette affaire les morts que l’on enterre et ceux qu’on laisse vivre. Vous allez faire justice. Elle ne fera pas que notre chagrin sera moindre. »

M. Baldi désigne Recco du doigt : « Otez donc le masque pitoyable et sanglant dont vous vous êtes affublé depuis cinq jours. Votre attitude est une insulte. »

M. Meloux, avocat de la famille Algaraz, évoque le meurtre de Propriano : « Nous nous retrouvons dans la situation d’il y a vingt ans. »

Pendant ce temps, Recco a choisi de sombrer dans la somnolence, réelle ou feinte. Il avait perdu toute sa splendeur, sa dernière réaction d’innocent outragé ayant provoqué le jet d’une chaussure de la part d’un spectateur. Le masque de l’ironie était tombé et Recco s’est brutalement refermé sur lui-même.

M. Cristol s’adresse à lui : « Tu as tué la mère d’un enfant et peut-être la tienne ne pourra plus jamais poser sa main sur ta joue. Je souhaite que ton âme arpente éternellement les eaux du golfe de Propriano et ne puisse regagner le port. »

Mais Recco est absent et il entendra jusqu’au bout les plaidoiries des parties civiles sans intervenir.

M. Lombard pour la défense : « Au nom de votre mère, au nom de tous ceux que vous aimez, au nom du Christ, vous n’avez plus rien à nous dire, Recco ? »

-« Je suis innocent, maitre. »

Les aveux et les reconnaissances ? « Si vous enlevez les aveux et la reconnaissance, vous vous trouverez face à un dossier dont le vide donne le vertige » relève Me. Lombard. Si le doute fut plaidé, à aucun moment les défenseurs n’auront clamé l’innocence de Recco. « Si cet homme a tué 6 fois en 27 jours, c’est à désespérer de l’homme » poursuivait Me Lombard. « Si vous le condamner, vous condamnerez un fou, mais pas au sens juridique du terme. S’il est coupable, il voit peser sur lui une malédiction épouvantable. »

L’article 64 du Code pénal ne prend en charge que les cas pathologiques et non psychologiques. Ce contexte psychologique, Me Lhotte l’avait largement évoqué en désignant Recco, l’homme qui avait un jour pêché une tortue géante qu’on dépeça alors que les larmes coulaient de ses yeux. « Dès lors on chanta dans les villages la malédiction des Recco. »

« Il s’identifie au Catenacciu de Sartène » ajoute-t-il.

Avant que la cour et le jury ne se lève pour délibérer, Recco réagi : « Je suis Corse et possède une conception du respect et de l’honneur. Un Corse n’aurait jamais commis ces choses abominables. Je suis innocent comme notre Seigneur Jésus Christ. »

- « Satan ! » lui répond une voix dans la foule.

*Après un délibéré de près de deux heures, la cour d’assises du Var a condamné Thomas Recco à la réclusion criminelle à perpétuité. A l’énoncé de la peine, le public a applaudi à tout rompre.



20 Mars 1990 : « Procès de Jacques Faruch : un homme à la recherche de lui-même »

Publié le 23 mai 2018 à 3:45

 « Je comprends que pour les jurés, ce soit difficile d’avoir un client comme moi ! »

Dressé dans son box, décontracté dans le propos comme dans sa tenue, blouson ouvert sur un sweat-shirt, les cheveux mi-longs et la barbe noire mal taillée, Jacques Faruch ne se présente pas devant les jurés de la cour d 'assises de la Corse-du-Sud comme un accusé mais plutôt comme « un cas » qu’il offrirait à la perspicacité de ceux qui vont avoir à le juger. Rien n’est banal chez cet homme qui, tout de go, annonce d’une voix claire et forte lorsque le président l’interroge sur sa vie : « Ce qui s’est passé est passé. Pour moi, ça n’a pas d’intérêt. Ce qui est important par contre, c’est ce que j’ai appris sur moi. A savoir que je souffrais d’un grave déséquilibre et que je devais me soigner au lithium. J’aurais dû le faire avant. J’en avais pris mais j’avais arrêté au bout d’un mois parce que je n’avais pas constaté de transformation notable. Une erreur qui m’a conduit jusqu’à cette issue fatale qu’a été la mort de Michel Sforzini… »

Ce 28 octobre 1983, au centre commercial L’Escale-La Rocade à Furiani, il tue de deux coups de feu, armé d’un fusil de chasse à canon court et à crosse sciée, Michel Sforzini, 27 ans, barman de l’établissement. Il se présente une demi-heure plus tard au commissariat central de Bastia mais ne peut fournir aucune explication logique à son geste. On sut plus tard qu’il s’était approché de sa victime (qui se trouvait derrière le comptoir) et lui avait demandé si celle-ci avait couché avec sa concubine, Marie-Laure Hugonnet. Comme Michel Sforzini n’avait rien répondu et avait tourné les talons pour continuer à vaquer à ses occupations, Faruch a tiré un premier coup de feu, dans le dos, puis un second à la tête, sa victime à terre.

En vrac, le meurtrier devait par la suite exposer aux enquêteurs tous les ennuis qui l’assaillaient depuis quelques temps : trois plasticages de sa pizzeria (dont deux revendiqués par le F.L.N.C) , une tentative d’extorsion de fonds la veille du drame, ses rapports difficiles avec sa compagne.

Pas banal non plus, son parcours depuis sa naissance à Paris en 1952. Fils d’un artisan juif déporté pendant la guerre, il a eu des rapports conflictuels avec lui, d’autant plus que ce père semble avoir été atteint de psychose maniaco-dépressive, une maladie psychique dont souffrait également la grand-mère de Jacques Faruch, deux de ses oncles et une de ses sœurs. « Au fur et à mesure que j’avance dans ma vie, la question de l’hérédité m’obsède. »


Est-ce pour essayer d’échapper à cette fatalité que très jeune, il s’est mis à bourlinguer à travers le monde ? Le Maroc, le Liban, les Antilles, la Réunion…sans jamais trouver sa place nulle part jusqu’à ce qu’il rencontre Marie-Laure Hugonnet et qu’ils optent ensemble pour la Corse où il a vendu des cacahuètes, puis du linge avant d’avoir une crêperie. « J’ai voulu m’ancrer. Malheureusement pour moi, je n’ai pas tenu compte du contexte politique et j’ai été amené à réagir comme si j’étais menacé. »

Les premières escarmouches ne tardent pas entre la partie civile (représentée par Mes Baellagamba, Sollacaro, Ugolini) et la défense (assurée par Mes Marie-Hélène Mattei et Jean-Louis Seatelli) pour qui leur client était « en état limite » ou « border line. » Quant à l’avocat général, Me Chazottes, ses questions laissent à penser qu’il tendrait vers une simulation de la folie de la part de Faruch.

Les deux experts ont rappelé que la psychiatrie n’est pas une science exacte. Le Dr Zurinlegstein, neuropsychiatre, qui a eu un entretien avec Faruch « trois mois après les faits », a conclu que « celui-ci a paru souffrir d’un déséquilibre psychique ayant un retentissement sur son comportement. » Lequel comportement a été réactionnel. « C’est un acte libérateur. Il n’en voulait pas spécialement à cet homme, qui n’a été qu’un bouc-émissaire. » Pour l’expert, Faruch n’était pas en état de démence tel que l’entend l’article 64 du Code pénal au moment du passage à l’acte.

Une nuance supplémentaire est apportée par le dr Lamotte, psychiatre, qui lui trouve une tendance narcissique, une hypersensibilité proche du sentiment de persécution mais qui conclut à un état curable à condition d’un traitement.

Deux autres psychiatres vont être appelés à la barre. (Marie-Magdeleine Pugliesi-Conti)

Edition du 21 Mars 1990 : « Verdict aujourd’hui »

« La psychiatrie n’est pas un conversation avec une tasse de thé. C’est la science des maladies mentales et l’art de les guérir. C’est la fille ainée de la médecine ». Avec le dr Leyrie, neuropsychiatre, qui a fait partie d’un des trois collèges d’experts ayant examiné Jacques Faruch, les choses sont claires : l’accusé est atteint d’une maladie mentale de type psychotique. « Or, chez les psychotiques, il y a des passages à l’acte qui sont de véritables irruptions. »

La deuxième journée du procès a débuté dans la continuité de l’audience de la veille. On apprend que des mêmes symptômes peuvent déboucher sur des diagnostics différents, le résultat des médications appliquées étant là pour apporter la preuve de la justesse de ces diagnostics.

Transporté d’une prison à une autre depuis octobre 1983, d’un quartier médical à un autre et à chaque fois sans dossier et sans traitement, l’accusé a à chaque fois replongé dans sa pathologie agressive (il a tenté d’aveugler un gardien à l’aide d’une fourchette affûtée.)

En clair, pour le dernier expert entendu, l’article 64 peut s’appliquer à son cas. Et lorsque Me Sixte Ugolini évoque l’absence de sanction si cet article est retenu, le dr Leyrie répond : « Je raisonne en médecin. L’essentiel est qu’il continue à être pris en charge et qu’il y ait une constance dans son traitement. »

Les parties restent campées sur leurs positions : la défense est convaincue de la folie de son client, la partie civile penche pour la volonté de Faruch, pressé par sa concubine, de tout mettre en œuvre pour déboucher sur l’irresponsabilité mentale. L’avocat général est convaincu de la simulation de maladie mentale.

Toutefois, les antécédents psychopathiques de Faruch vont être évoqués par le dr Acquaviva, psychiatre à Bastia : l’accusé a été hospitalisé dans son service à trois reprises entre 81 et 82, notamment après les plasticages dont il a été la cible. On sait qu’accusé un moment d’avoir été lui-même l’auteur du deuxième attentat, il avait été placé sous contrôle judiciaire avec obligation de se soigner. Coïncidence gênante, ce contrôle a été levé trois semaines avant les faits !

Alors pourquoi n’a-t-il pas été placé en milieu psychiatrique comme l’a demandé sa concubine au préfet de la Haute-Corse, trois jours avant le drame ? Au préalable, elle s’était confiée aux gendarmes des extravagances de son ami, de son état dépressif, associé à sa consommation de haschich, d’alcool et à l’achat d’une arme. Cependant, le jour des faits, lorsqu’elle l’a vu errer, hagard et armé, dans le centre commercial de La Rocade, elle n’a prévenu ni les gendarmes ni la police. Pourquoi ? Marie-Laure Hugonnet ne le dira pas à la barre ; elle a refusé de prêter serment. Une lettre adressée au président où elle se dit victime de menaces et qui se sont conclues par le plasticage de son appartement en 1988 en est l’explication au grand dam de la partie civile qui voit dans cette attitude « un outrage à la mémoire de la victime. »

Edition du 22 Mars 1990: « Faruch n’était pas en état de démence »

Le dernier épisode du procès de Jacques Faruch aura été à la dimension des deux journées précédentes : exceptionnel. Le verdict est tombé à 20 heures et entendu dans un silence pesant : quinze années de réclusion criminelle pour l’assassinat de Michel Sforzini, le 28 octobre 1983, à Bastia.

Le matin, la jeune veuve de Michel Sforzini et de son père sont venus parler de ce gentil garçon, travailleur, dévoué à sa famille, à ses amis, à son village de Murato, si heureux de passer son premier Noel avec sa petite fille, Stéphanie, qui n’avait que huit mois. Son père comprenait mal pourquoi le procès de l’assassin de son fils avait consisté à tourner autour de l’application de l’article 64 du Code pénal débouchant sur la liberté.

La voix grave et puissante de Me Sixte Ugolini s’est étranglée d’émotion à l’évocation des circonstances de la mort de Michel Sforzini et des terribles épreuves traversées par son père et ses sœurs. Originaire lui aussi de Murato et ayant lui aussi vécu une situation analogue, son trouble a été partagé par beaucoup. « La façon dont ce crime a été commis est abominable. La première balle a été tirée par derrière, la deuxième dans la tête. L’état de Faruch était défaillant, sa situation professionnelle était difficile. Il était porteur de toute la rancœur qu’il vouait aux Corses qui ne l’avaient pas accepté. Il a dit qu’il voulait éliminer les obstacles qui se trouvaient sur son passage. Il a tiré sur un symbole… »

Me Marie-José Bellagamba a souhaité circonscrire le rôle de la psychiatrie dans ce débat judiciaire. « Faruch n’est pas fou. Il n’est que malade. Il gère sa maladie en fonction de ses besoins. Il ne faudrait pas que cette maladie devienne un passeport pour l’impunité. »

L’accusation de l’avocat général a été très méthodique. Matérialiste, autour du fusil de chasse un peu spécial (canon court et crosse sciée). Juridique pour démontrer que Faruch, « égocentrique, faible, agressif, affectivement indifférent, est un assassin comme les autres. » Collant au dossier pour soutenir qu’un homme qui avait fait une aussi parfaite description de son crime devant les gendarmes et le juge d’instruction ne pouvait pas être dément. Il réclame vingt ans de réclusion.

Me Seatelli, pour la défense, a indiqué que bien des erreurs ont été commises dans cette affaire et que Faruch n’avait tout de même pas pu abuser les vingt médecins spécialistes s’étant penchés sur son cas.


16 Mars 1990 : « Pour les beaux yeux de Carine »

Publié le 23 mai 2018 à 3:40

 Un antagonisme larvé, provoqué par une rivalité amoureuse, est à l’origine du drame qui s’est déroulé le 18 mai 1987 à Ajaccio. Cette nuit-là, plusieurs coups de feu, tirés en rafales, avaient atteint une voiture qui stationnait Boulevard Roi-Jérôme.

Sur le trottoir et derrière les jardinières délimitant la terrasse du restaurant « Le bec fin », les policiers allaient découvrir 17 douilles de 22 long rifle et sur la chaussée, un manche de pioche.

Les victimes sont Roland Pitzianti, 20 ans, un joueur de football bien connu dans la cité : atteint au niveau du cou et de l’oreille droite, il est décédé rapidement des suites de graves lésions neuro-vasculaires. Au service des urgences, les trois autres passagers ayant reçu des soins sont Ange-Marie Luciani, 22 ans, blessé par une balle au niveau du scapulaire, et le couple Antoine et Nicole Graziani, moins grièvement atteints.

L’auteur des coups de feu a été identifié par les enquêteurs : il s’agit de Paul A. (né le 18 avril 1960, serveur au « Macho », une discothèque de la ville. Deux heures plus tôt, il a eu une altercation verbale, comme il l’indiquait lui-même hier devant la cour d’assises, avec un petit groupe de jeunes gens parmi lesquels Roland Pitzianti. Cause de cette altercation, une jeune fille, Carine Leroy, qui a eu une relation voilà six mois avec Paul Andreani et qui fréquente actuellement Roland Pitzianti.

L’accusé, un jeune homme aux traits délicats, à l’aspect encore enfantin, a écouté sans broncher le greffier M. Vincent Jacopini, lire à la demande du président Marc Riolacci, l’acte de renvoi devant la cour d’assises de la Corse du Sud. L’homicide volontaire ainsi que la tentative d’homicides volontaires ont été retenus.

Paul A. explique avoir entendu, à la salle des congrès toute proche, un groupe de chanteurs corses, puis avoir pris son service un peu plus tard qu’à l’accoutumée au « Macho » où ne tardaient pas à arriver un groupe de jeunes gens (dont Roland Pitzianti). Divers témoins, dont Ange-Marie Luciani, se seraient interposés pour calmer les esprits. Paul A. aurait quitté brièvement l’établissement pour y revenir armé d’un revolver à la ceinture dont Luciani parvenait à se saisir et a jeter à travers la salle (l’arme n’a jamais été retrouvée).

Une version que dément formellement le jeune barman. Il prétend n’être sorti que pour « prendre l’air » un instant. Une rixe se serait ensuite produite à l’extérieur de l’établissement et des menaces proférées contre lui.

Quittant alors les lieux pour rejoindre son fourgon garé place du Diamant a rejoint le domicile familial, derrière le restaurant « Le bec fin ». Après avoir garé son véhicule, il prend sa carabine et s’apprête à rentrer chez lui. A ce moment-là, une voiture qu’il reconnaissait comme étant celle de Pitzianti (une Simca 100 rouge) s’arrête et amorce une marche arrière à la hauteur du bar du « Tout va bien », situé à quelques mètres du restaurant. Se sentant menacé, Paul A. ouvre le feu et prend la fuite.

Introuvable pendant des mois, il décide de se présenter le 13 janvier 1988 au cabinet du juge d’instruction chargé de l’enquête.

La cour a entamé hier l’examen des faits. Parmi les témoins entendus, le père du jeune homme, Antoine A., 54 ans. Après avoir tenu il y a quelques années un bar à Paris, il exploitait le restaurant ‘Le bec fin’ jusqu’à son inculpation dans une affaire de trafic international de stupéfiants et de constitution de laboratoire pour la production de drogue, affaire pour laquelle il est actuellement détenu.

L’interrogatoire du jeune accusé révèle une personnalité précoce, une habitude à posséder de l’argent, un gout pour les sports mécaniques. Possédant une intelligence au-dessus de la moyenne, Paul A. a décidé seul son retour à Ajaccio et assumé seul une paternité à seulement 18 ans.

Aujourd’hui, plaidoirie de l’avocat de la partie civile, Me Claude Levy, réquisitoire de l’avocat général Vincent Bonnefoy et plaidoiries des deux avocats de la défense Mes Pierre-Dominique de la Foata et Antoine Sollacaro. (Mario Mattei)

Edition du 17 Mars 90 :

Double coup de théâtre dans le milieu de l’après-midi. Le premier fut provoqué par l’audition de l’une des victimes de la fusillade, M. Ange-Marie Luciani. Les deux avocats de la défense allaient le presser de questions sur son attitude lors de cette soirée du 18 mai. Pour eux, il est le deus ex machina de ce drame. Les coups portés, près de l’escalier d’accès à la place du Diamant à Paul A., après l’avoir « palpé » pour savoir s’il portait une arme, c’est lui. C’est lui aussi qui a poursuivi le jeune serveur et qui selon M. Antoine Serra aurait proféré cette terrible menace à l’égard d’Andreani : « On va aller te descendre au « Bec fin »… ! » Mais il nie avoir tenu de tels propos. Il serait également selon les avocats l’instigateur de la punition punitive.

Me Antoine Sollacaro dépose des conclusions écrites tendant à accréditer l’excuse de la provocation. L’avocat de la partie civile, Me Claude Levy, va revoir l’ordonnancement de sa plaidoirie.

Le président Marc Riolacci et les deux juges assesseurs, M. Marc Bauhain et Mlle Véronique Cristiani se trouvent confrontés à un délicat problème. S’il y a eu ainsi menace de mort, il y a peut-être eu préméditation et guet-apens. Dans ce cas-là, la qualification doit être reprise en compte.

Mlle Carine Leroy sera longuement entendue. Mais on sait que si elle a pu être l’instigatrice malgré elle de la rivalité opposant A.i et Pitzianti, elle n’était pas au « Macho » ce soir-là. Son témoignage ne vaudra que pour ce qu’elle dira sur les relations qu’elle a pu entretenir avec les deux jeunes gens. (Mario Mattei)



2 Aout 1980: « Membre unique du mouvement « Liberta », le barman dinamitero écroué pour détention d'explosif »

Publié le 16 mai 2018 à 4:15

« Il voulait faire quelque chose pour la Corse ! » Dominique C., 27 ans, originaire et demeurant à Bastia, barman de profession, décida, à la fin du mois de juin, de créer son propre mouvement clandestin intitulé ‘Liberta’.

Le 28 juin, il prend contact avec notre agence de Bastia. Il revendique la tentative d’attentat visant, le 13 juin, le Centre de formation des apprentis à Erbajolo. Ce jour-là, M. Jean Matteoli, ministre du Travail, y effectuait une visite, étape de sa visite insulaire.

Mais la presse n’a pas pris « Liberta » très au sérieux. Que va alors faire Dominique C. ? Recomposer le numéro de notre agence le 1er juillet. Il raconte que son mouvement a perpétré d’autres attentats tels ceux du camp de vacances de Porticcio, du restaurant de Santa Severa, du cabinet de M. Arii, kinésithérapeute à Corte, et d’un pont non loin d’Abbazia.

C. décide d’authentifier son mouvement en allant déposer, devant la porte de Me Paoletti, notaire bastiais, un porte-document noir. Ce dernier comporte une charge explosive, un détonateur, un morceau de mèche. Le tout enveloppé d’un papier manuscrit, un tract de « Liberta ». Dans ce tract, il précise que le mouvement a les mêmes buts que le F.L.N.C. Mais plus radical dans la lutte ! Ne serait-ce qu’en regard d’une phrase apposée sur le document : « Giscard, tu comprendras quand tu entendras la chute des corps de tes milices… »

Dès lors, l’affaire prenant des tournures dangereuses, la P.J de Bastia exerce une surveillance étroite afin de déceler un indice permettant d’identifier qui se cachait derrière « Liberta ». Une surveillance difficile car ce groupe ne se manifestera plus. Et puis avant-hier, les policiers interpellent un jeune homme de 27 ans avouant bien vite qu’il est le fondateur et le membre unique de « Liberta ». Son écriture l’a confondu. Les enquêteurs, au cours d’une perquisition, ont découvert chez lui un recueil de poésies dont certains vers furent écrits sur le fameux document.

Il a été présenté au parquet de Bastia et inculpé pour détention d’explosif.


1er Octobre 1989 : « Bastia : le violeur fait monter la tension »

Publié le 5 mai 2018 à 7:40

Emotion hier dans la region de Ghisonaccia. La rumeur s’était formidablement enflée : un sadique s’attaquant à des femmes d’âge mur avait tenté à deux reprises en quelques jours de violenter des femmes seules. On aime peu, en Corse, ce genre de triste individu. Le fils d’une des personnes attaquées avait poursuivi l’odieux personnage et l’avait proprement rossé, mettant à mal ses côtes. Pendant ce temps, méthodiquement, la gendarmerie recueillait des témoignages, recoupait les différents éléments en sa possession pour établir un signalement relativement précis.

Vendredi soir, l’homme tentait d’abuser une dame âgée se trouvant momentanément seule chez elle, après avoir fracturé plusieurs portes. Les voisins ameutés le mettaient en fuite.

Il s’agit du nommé Bill Dubois, connaissant bien la région, et pour cause. Il venait d’achever de purger une longue peine au pénitencier de Casabianda, pour des faits similaires. Il avait été libéré récemment et s’était installé dans la périphérie du centre où il avait passé de nombreuses années.

Déféré à la justice, il a été placé sous mandat de dépôt à la prison Sainte-Claire de Bastia. Non sans mal. Un piquet de grève empêcha la mise sous écrou. Les gardiens, on le sait, ont entrepris un mouvement de contestation. Il fallut faire appel au C.R.S pour bousculer les gardiens contestataires.



16 Janvier 1960 : « Un flirt de chiens qui s'achève par une bataille d'hommes »

Publié le 19 avril 2018 à 13:10

Ange Casasoprana, 27 ans, possédait un chien. François Biancamaria, 72 ans, avait une chienne. Et ce petit monde vivait à Villanova.

En mauvais termes, bien sûr, puisque les deux humains se sont retrouvés hier devant le tribunal correctionnel président par M. Multedo, juge au tribunal de grande instance, assisté du bâtonnier Poupard et du juge Ceccaldi.

M. Barselo, substitut du procureur de la République, occupait le siège du ministère public, et M.Arrighi celui du greffe.

La genèse de l’histoire est quelque peu saugrenue. Un beau jour, la chienne de M. Biancamaria, trottinant devant son maître, juché sur un âne, voulut flirter avec le chien de M. Casasoprana.

Ce dernier, outré de cette « mésalliance », ordonna à son cabot d’avoir à cesser de telles relations.

Son chien n’obtempérant pas, le jeune homme s’en prit alors à l’enjoleuse qu’il pourchassa à coups de cailloux.

Ce que voyant, M. Biancamaria traita l’empêcheur de flirter en paix de tous les noms dont certains mettaient en doute les qualités mentales et la filiation légitime du jeune Casasoprana.

Doublement offensé, l’injurié devint agresseur, et le vieillard se retrouva par terre.

Reçut-il des coups ? C’est ce qu’essaya de démontrer Me Benedetti, partie civile. L’avocat fit même le procès de la jeunesse délinquante dont il désigna le prévenu comme un prototype. Il déclara que son client , pour fuir les violences de l’individu en question, s’était trouvé obligé de changer de village.

Me Romani invoqua « l’insolence », au sens provençal du terme, de son client et fustigea la hargne et l’agressivité des personnes qu’un âge certain oppose toujours et systématiquement à la jeunesse.

Contestant la réalité des coups reçus, le défenseur demanda une application bienveillante de la loi.

Après le délibéré, le tribunal condamna le prévenu à six mois de prison avec sursis et 150 NF de dommages et intérêts.


5 Mai 1963 : « Le romancier de la guerre d'Indochine pillait les troncs d'église »

Publié le 11 avril 2018 à 11:20

« Aujourd’hui, constate Me Francette Santini, je suis l’avocat des déshérités ». Rarement on a su autant émouvoir qu’elle dans ce prétoire. Les deux prévenus qu’elle défend avec Mes Agostini-Terramorsi et Viale, forment un bien curieux couple à propos duquel on ne s’interdit pas d’évoquer les tribulations des personnages de Jean Genet. Il y a beaucoup de littérature dans le cas de Michel Varocchi (visage émacié, cheveux dans le cou, chemise et pantalon noirs, chaussures à la Charlot). Il ressemble curieusement à Bill Rapin et son allure est celle des bohèmes de St Germain des Prés. Il serait l’auteur d’un roman sur la guerre d’Indochine, « Rizières en feu », où il raconte ses souvenirs d’ancien parachutiste, livre que la censure aurait interdit et qui ferait carrière en Suisse. Un de ses manuscrits serait également en lecture chez l’éditeur Julliard.

Quelle part doit-on faire à l’affabulation ? N’aurait-il pas dû subir un examen mental, comme son ami, le sautillant Maurice Dorde au regard de levrette apeurée qui, parce qu’il fut exempté du service militaire, a la marotte de l’uniforme : il habille sa maigreur d’une tenue d’officier et l’écrase de décoration, de la Légion d’honneur au Nicham Iftikar en passant par le Mérite agricole. Il a vu sa famille sous les balles des fellagha dans l’Algérie en révolte où il a vécu quelques temps. Ce spectacle l’a traumatisé et a aggravé un déséquilibre préexistant dans la mythomanie est une des caractéristiques.

Le duo a commis une série de vols du côté du Cap. Varocchi agissant pour son propre compte, a pillé le tronc d’une église.

"Mais, dit Me Santini, le vol n’est pas établi et je cherche en vain la déposition d’un témoin dans le dossier. Les soupçons se sont dirigés vers lui uniquement parce que sa tête ne plaisait pas aux habitants de la localité… De plus, seules quelques pièces de monnaies ont été retrouvées dans ses poches. "

De concert, Varocchi et Dorde ont cambriolé en l’absence de ses jeunes locataires, le camp de vacances Léo-Lagrange d’Erbalunga et volé une motocyclette dont le propriétaire réclame un bon prix, avec une assurance qui ne s’est pas communiquée à son avocat, Me Pieraggi.

Mes Viale et Agostini-Terramorsi assistent Dorde, l’enfant de l’assistance publique, le conscrit réformé pour troubles mentaux, le prévenu si gentil, si poli, l’excellent ouvrier qui a repeint la prison de Bastia de la cave au grenier lors de son séjour.

« Varocchi, physiquement, n’est plus capable, dit Me Santini. Pour lui, elle équivaudrait à une condamnation à mort. Il est tuberculeux et il ne guérira qu’à la condition qu’il soit envoyé dans un sanatorium aussitôt que possible. Sa vie est entre les mains du tribunal, et une vie humaine vaudra toujours plus que le rasoir électrique chipé dans un camp de vacances. »

En définitive, Dorde aura la possibilité de manier le pinceau pendant trois mois encore et le romancier récolte successivement trois, six et huit mois de prison. A quelque chose malheur est bon : Julliard a retenu son dernier manuscrit.


6 janvier 1992 « Bergeries de luxe illégales à Calvi : pétition contre dynamitage »

Publié le 20 mars 2018 à 3:55

Ordonnée par le tribunal de grande instance et la cour d’appel de Bastia, la démolition de sept logements édifiés sur les hauteurs de Calvi, sans permis de construire, sera évoquée à l’audience du 8 janvier. Les habitations étant occupées, l’autorité administrative avait dû surseoir au dynamitage prévu le 5 décembre 1991. D’où le référé du préfet de Haute-Corse sollicitant du tribunal l’autorisation d’expulser.

L’affaire date de 1984. Cette année-là, huit résidences et une tour carrée sont construites à l’emplacement d’anciennes bergeries au lieu-dit « l’Ondella ». 1300m² hors œuvre brut. Un seul permis de construire avait été délivré pour une surface hors œuvre brut de 149,60m² à M. Mathieu Costa.

Le bail emphytéotique dont il pouvait se prévaloir ayant été résilié à la suite d’un jugement du tribunal de L’Ile Rousse, qui le condamne à payer 2.400.000F au propriétaire du terrain, Me Antoine-François Donsimoni, huissier de justice à Paris. Ce dernier en retrouvait la pleine jouissance et « héritait » des « constructions illégales. »

Déjà complexe, l’affaire se double d’un problème d’accès car pour se rendre aux ‘résidences’ de l’Ondella, il faut traverser la propriété de Mme Rossi qu’un contentieux oppose à Me Donsimoni à qui elle conteste cette servitude.

Pendant ce temps, une partie de la population prend fait et cause pour le maintien des lieux en l’état. Une pétition a recueilli 400 signatures, les soussignés s’adressent au préfet de Haute-Corse et « constatent que l’ensemble des travaux n’a pas porté atteinte à l’esthétique de la commune mais a contribué à mettre en valeur le terrain par la réimplantation de la flore corse, notamment des oliviers, des clémentiniers et des amandiers qui, nécessitant un entretien permanent, réduisent les risques d’incendie. »

« Estimant que les bergeries reconstruites dans la plus pure tradition du pays et l’aménagement des terrains ont permis à la végétation et au gibier de prospérer au lieu de les éliminer comme cela a trop souvent été le cas devant l’infection du béton utilisé à outrance, que trop souvent des constructions ont défiguré la Balagne pour que se renouvelle le désastre écologique que serait la disparition totale du site, les pétitionnaires concluent leur requête « en priant le préfet de ne pas procéder à l’exécution définitive et à la destruction des lieux de l’Ondella. » La mairie serait même disposée à acquérir la propriété Donsimoni, à condition que l’on renonce à la détruire. (J-B.Suzzoni)


13 janvier 1992 :  « A.F Donsimoni brise le silence »

Devenu propriétaire avec son épouse, à la suite de M. Mathieu Costa, emphytéote, qui réalisa la construction de sept résidences dont six sans permis de construire, M. Antoine-François Donsimoni s’exprime.

« J’ai été choqué par le comportement à l’audience de Me Manderieux, conseil du préfet de Haute-Corse. Cet avocat n’a pas reculé devant la divulgation en plein prétoire du passé pénal de M.Mathieu Costa allant jusqu’à faire état de sept années de réclusion criminelle. Or, M. Costa a été réhabilité. On peut s’étonner qu’un avocat ait recours à de telles manœuvres dans l’espoir manifeste d’influencer le tribunal. Sur le fond, aucun permis de construire n’a jamais été refusé à ma connaissance et en outre Mme Hautier-Donsimoni et moi-même n’avons jamais été mis en demeure d’exécuter quelques décisions de justice que ce soit. Sur le plan purement juridique, il a été démontré par Me Cervoni que M. le préfet n’avait aucune qualité pour introduire la procédure au demeurant devant une juridiction incompétente et sans respecter les préliminaires nécessaires et indispensables consistant notamment en la mise en cause de tous les tiers dont les droits seraient anéantis par la mesure de destruction.

En outre, on se retrouve devant : un jugement du 1er juin 1990 et un arrêt du 8 mars 91 desquels il ne résulte pas que le maire ait requis la démolition. L’administration tente de poursuivre l’exécution forcée d’une mesure qu’elle n’a point sollicitée. Des rumeurs erronées concernant le caractère ‘non aedificandi’ qu’aurait présenté le terrain de l’Ondella lors des travaux entrepris entre 1978 et 1985 se répandent, alors que seule devait être prise en considération la qualification du certificat d’urbanisme délivré en 1976 et qui le classait en zone constructible. Tout dans cette affaire est très clair. Il n’y a ni amphibologie, ni ambiguité. Les manifestations de sympathie de nombreux Calvais dont je suis assuré qu’elles s’adressent avant tout à un compatriote dont le patronyme figure en bonne place sur le monument aux morts de notre cité me vont droit au cœur et m’encouragent à redoubler d’efforts pour trouver la solution nécessaire que la loi de décentralisation prévoit. A défaut d’accord et lorsqu’une décision de justice définitive ordonnera la démolition, il ne sera pas nécessaire de me contraindre à l’exécuter : je m’engage alors à détruire tout l’environnement de ce terrain et y arracher tous les arbres. Mes enfants sauront alors où se trouvent leurs véritables racines dès lors que les rameaux d’oliviers auront été détruits. »

15 janvier 1992 :  « Bergeries de Calvi : le préfet va faire démolir »

Le tribunal a ordonné l’expulsion des occupants des constructions délictueuses dans les quinze jours et autorisé le représentant de l’Etat à emprunter la propriété privée mitoyenne du site des bergeries. Réunis sous l’autorité de M. Pierre Hervé, président du tribunal de grande instance de Bastia, les juges des référés ont rendu leur ordonnance. Le tribunal a décid’ d’autoriser le préfet de Haute-Corse à emprunter une propriété privée afin d’avoir accès au site des bergeries et ordonné « l’expulsion des constructions délictueuses avec au besoin, l’assistance de la force publique. »

En ce qui concerne le problème de la démolition, le tribunal des référés de Bastia ne se prononce pas. Dans ses motifs, il dit « sans objet la demande tendant à être autorisé à pénétrer sur la propriété supportant les constructions délictueuses et sans objet la demande tendant à être autorisé à faire procéder à la démolition des constructions délictueuses. » En fait, les juges n’ont aucunement désavoué le préfet de Haute-Corse à l’origine de ces demandes. Simplement, les juges n’ont pas outrepassé leurs droits. Le préfet n’a pas caché sa satisfaction.


26 juin 1982 « Perpétuité pour Simon Foglia »

Publié le 15 mars 2018 à 18:25

Les faits : Le 2 septembre 1978, Mathilde Marchioni, veuve Giorgi, âgée de 53 ans, demeurant à Marseille, en vacances chez sa mère à Pietroso où demeurait également son beau-frère Simon Foglia, quitte le domicile maternel en compagnie de celui-ci. Ils ne devaient plus y retourner. Le cadavre de Mathilde Marchioni était découvert dans un état de décomposition avancée le 16 septembre 1978 au lieu-dit ‘Moulin de Linare’ à Saparelle, sur la commune de Pietroso, à 300 m de son domicile. La victime présentait un enfoncement de la boite crânienne au niveau de la région occipitale avec fissure irradiée jusqu’à la base du crâne qui avait entrainé un coma immédiat suivi d’une mort très rapide. On estime que la blessure a pu être faite avec un instrument contondant. Une serpe au manche brisé a été découverte à proximité du cadavre. Simon Foglia a quant à lui disparu. Il présentait un état dépressif depuis la mort de sa femme survenue cinq ans plus tôt et aurait envisagé de se remarier avec Mathilde Marchioni. Econduit, il lui aurait alors asséné un coup avec le dos de la serpe. Les recherches pour le retrouver sont demeurées vaines. Certains pensent qu’il se serait suicidé après avoir donné la mort à Mme Marchioni. Il sera jugé par contumace.

Le procès : C’est dans une salle vide que s’est déroulée l’audience. Ni jurés ni témoins ni public dans cette affaire. L’avocat général Michel Mattei a rappelé ces faits en précisant bien que la procédure engagée était régulière. « Ce crime passionnel cadre bien avec la pathologie mentale de Simon Foglia », a-t-il déclaré. Le président Eon a confirmé la peine. (J.P.G)


12 juin 1982 "Amours brulantes : le feu à la pinède de Calvi!"

Publié le 14 mars 2018 à 5:50

Deux tourtereaux de même sexe s’aimaient d’amour tendre. Ils s’étaient mis « en ménage » dans la région parisienne. Puis vint le temps du ciel assombri, des disputes et des jalousies. L’un deux a pris son envol à destination de Calvi où il trouva du travail au Club Olympique.

André Fleury, 26 ans, jardinier à Créteil, a sauté dans le premier avion à destination de la Corse. « Vous comprenez, dit-il au président Marchesi, quelque peu agacé, nous avions eu un an de relations passionnées. »

La première entrevue eut lieu dans la baie de Calvi. « En pédalo » précise la procédure. Elle s’avéra vaine. Le soir même Fleury tentait la démarche de la dernière chance. Il attendait son ami dans son bungalow. Là, l’autre le laisse comme une vieille chaussette. Sans un mot, il tourna les talons et s’en alla.

Fou de rage et de chagrin, l’autre, au comble de l’exaspération eut l’idée folle de mettre le feu à l’endroit. Les flammes purificatrices allaient tout dévorer ! Il confectionne un bûcher avec une corbeille à papiers, y entasse toutes sorte de choses et craqua l’allumette dans la bungalow en bois. La pinède calvaise faillit s’embraser tout entière sous l’effet d’une brise venue de la mer. « Heureusement que le vent ne s’est pas mis à souffler », observe le président. Allumer un feu de ce genre, c’est s’exposer aux foudres de la justice.

« Ce n’est pas de vos relations passionnées dont il est question ici, a tranché sèchement le président coupant le prévenu dans des explications sentimentales que le code ignore. Pour M. Riolacci, les faits, graves, auraient pu avoir des conséquences dramatiques. Il s’en est d’ailleurs fallu d’un rien. Il a requis une forte peine de prison. En défense, Me Seffar a souligné que le prévenu, il s’agissait d’un drame conjugal.

"C’est pour reprendre la vie commune qu’il était venu à Calvi. « Fleury avait tout essayé, allant même jusqu’à annoncer son prochain suicide. Il fut repoussé. C’est alors que lui vint à l’esprit l’idée de l’incendie vengeur. Ce fut un geste de passion. Fleury n’est pas dangereux. Son psychisme est très fragile. Ne l’accablez pas. »

Il a été condamné à deux ans de prison dont un ferme. Il a accueilli sans sourciller. (J-C. C)


25 mars 1978 "FRANCIA : pour le dialogue, mais contre l'indépendance"

Publié le 10 mars 2018 à 16:10

Jeudi, 19 h, à notre agence. Un coup de téléphone : « Ici M… » dit une voix légèrement teintée d’accent corse. « Je suis chargé de prendre contact avec votre journal, de la part d’un mouvement clandestin. Rendez-vous vers 22h, place de la Gare. Un motard tournera autour de votre véhicule. Vous le suivrez. D’autres consignes vous seront données ultérieurement. Vous emmènerez votre photographe. » Il raccroche.

Nous suivons le motard jusqu’à Pisciatello, en empruntant l’ancienne route. Deux hommes nous arrêtent. L’un vérifie que nous sommes seuls, l’autre attend. Celui qui nous fouille porte un émetteur-récepteur.

Couverts d’une cagoule, nous prenons place à l’intérieur d’une voiture. Pendant une heure, nous sillonnons la route. Cela fait partie d’une stratégie destinée à nous désorienter. Nous arrivons. Conduits à l’intérieur d’une bâtisse, on nous enlève nos cagoules. Nous sommes dans une pièce minuscule. Une douzaine d’hommes en armes nous entourent, tous masqués. Quelques bougies éclairent la scène. L’homme à la tête couverte d’une sorte de drap blanc. Il porte des lunettes sombres. " Nous sommes des représentants de FRANCIA (Front d’action nationale contre l’indépendance et l’autonomie). Nous avons estimé que le moment de parler était venu pour nous. Nous sommes structurés et nombreux."

-« Comment est né votre mouvement ? » -"Après Aleria, un groupe de patriotes corses a décidé de se manifester pour répliquer. Ce furent d’abord « Ghjustizia et Liberta », puis l’action pour la Corse francaise et enfin « Sampiero Corsu ». La fusion de ces différents groupes forme notre mouvement actuel"

-« Comment êtes-vous organisés ? » « En une sorte de collège bicéphale comportant une branche active et une branche politique. Nous sommes tous Corses. Plusieurs dizaines d’hommes actifs disséminés sur toute l’ile. Nous sommes infiltrés partout. Nous connaissons nos adversaires. Certains de nos auxiliaires sont infiltrée chez nos ennemis et nous renseignent ! »

-« Vos motivations ? » "Nous souhaitons d’abord que le nouveau gouvernement mâte le F.L.N.C. Dans le cas contraire, c’est nous qui le ferons. Nous sommes animés d’une résolution inébranlable. Nous ne voulons pas la violence mais tous les moyens sont bons pour que la Corse reste dans l’unité nationale. La Corse ne sera jamais mise à l’encan."

-« Etes-vous des ‘barbouzes’ ? « Si nous étions des vrais barbouzes, le F.L.N.C n’existerait plus depuis longtemps. Regardez ces explosifs. Soit nous les avons volé sur des chantiers, soit des entrepreneurs sympathisants nous les ont fournis. Mais c’est tout »

-« Avez-vous quelque chose à voir avec tous les récents attentats ? » « Nous revendiquons tous les attentats commis contre les autonomistes, excepté celui qui visait la mère du Dr Edmond Simeoni ».

-« Dans l’avenir, quel sera votre attitude ? » -« Nous sommes pour le dialogue, à condition d’exclure au préalable toute idée d’indépendance ou d’autonomie. Nous sommes prêts à arrêter les violences si le F.L.N.C en fait autant. Si ils poursuivent leurs actions, ils trouveront en face d’eux des hommes déterminés qui les empêcheront d’être nuisibles à la Corse. »

Notre entretien se termine. Par deux fois Jo Mignucci fait scintiller son flash. Deux homes nous raccompagnent vers notre véhicule. Le temps de retirer nos masques, nos correspondants anonymes ont déjà disparu dans la nuit. (C.R)



6 Mai 1982 "Un pistolet d'alarme pour l'institutrice cow-boy"

Publié le 21 février 2018 à 14:30

Blonde à lunettes, léger costume bleu, boucles d’oreilles discrètes, Marie-Antoine, 26 ans, institutrice à Ajaccio, comparaissait hier devant la cour. A cette description manque le pistolet dont elle s’est servie le 3 aout 1981 dans la plaine de Peri.

Il ne s’agissait que d’un pistolet d’alarme qui de surcroit avait été chargé à l’envers. M. Pierre Guerrini en a conçu une telle peur que, pris de vomissement inextinguibles, il a rendu en peu de temps son déjeuner.

A en croire Marie-Antoinette, M. Pierre Guerrini n’est pas un inoffensif dineur. Amie de sa femme, Bernadette Guerrini, elle avait assisté à des scènes de violences au cours desquelles elle avait été obligée de s’interposer. Si bien qu’une instance en divorce s’en était suivie.

Au cours de ces scènes, Pierre Guerrini se serait retourné contre elle après avoir battu sa femme et lui aurait arraché sa montre. Après les excuses de la famille, Marie-Antoinette avait renoncé à porter plainte pour les coups mais aurait bien voulu récupérer sa montre. Au lieu de cela, Pierre Guerrini se montrait laxiste, disant qu’il ne fallait pas en faire un drame. A bout de patience, elle se rend au poste de police. L’inspecteur, un peu fatigué ce jour-là, lui avait donné une convocation à se rendre au commissariat pour Pierre Guerrini. Elle s’est ensuite rendu en voiture dans la plaine de Peri, amenant avec elle son amie Bernadette Guerrini. Alors que celle-ci était restée dans la voiture, Marie-Antoinette était sortie pour se rendre à pied à la reconquête de sa montre.

Chemin faisant, elle avait rencontré un petit garçon qui l’avait emmenée chez les Guerrini en disant qu’une femme policier arrivait. Et quand les Guerrini l’avaient vu arriver, ils avaient dit : « C’est elle la femme inspecteur de police ? » L’ambiance s’est ensuite tendue.

Rendu fou de rage par la vue de sa femme dans la voiture, Guerrini se serait élancé vers elle mais Marie-Antoinette s’interposa. Mais en plus de Guerrini, elle devait composer avec les deux sœurs de ce dernier, Antoinette et Simone. Elle avait été obligée de tirer son arme pour se dégager. Me Terramorsi a fait apparaitre que l’arme n’était qu’un pistolet d’alarme. Le tribunal l’a condamné à 15 jours de prison avec sursis. Il vaut mieux s’appeler Marie-Antoinette à la fin du vingtième siècle qu’à celle du dix-huitième. Me Auoui a observé que c’était tout de même elle qui avait mis le feu aux poudres en se présentant chez son adversaire. Délibéré le 19 mai.

 

6 avril 1973 "Reconstitution du drame de Solenzara"

Publié le 27 janvier 2018 à 6:45

« Une absurde fatalité ». Ces mots sont revenus sur les lèvres de nombreux habitants de Solenzara. Certains avaient cessé toute activité hier entre 10h et 12h pour suivre les péripéties de la reconstitution du drame s’étant produit le 28 février 1972 en plein village, juste en face du bar-dancing « Les Muriers ». Ce jour-là, Christian Valentini, 19 ans, un maçon originaire de San Gavino du Fiumorbu, tirait une décharge de chevrotines sur la voiture d’Ange Dominici, un jeune charcutier de 26 ans demeurant à Poggio di Nazza. L’absurde fatalité a voulu que des militaires faisant du stop contraignent Christian Valentini à revenir à Solenzara et que reprenne la querelle qui, la veille au soir, avait éclaté aux « Muriers ».

Il était un peu plus de 10h quand arriva le parquet d’Ajaccio, M.Théo Ceccaldi, juge d’instruction ; M.Audoui, procureur de la république, ainsi que le commissaire Frassati, les défenseurs de l’accusé Me Ursula Agostini-Terramorsi,Me Romani et le représentant de la partie civile, Me Chailley-Pompei. Christian Valentini a les visage pâle, les cheveux coupés très courts. Vêtu d’une veste noire, d’un pull blanc et d’un pantalon grenat, il fait quelques pas hésitants sous le soleil déjà aveuglant.

M.Paul Guipponi, le propriétaire du bar et Jérome Poggio, qui se trouvait à côté de la victime quand elle a été tué, sont entendus. On retiendra qu’il y a eu altercation entre Valentini et Dominici. Dominici aurait menacé Valentini avec son arme. Puis les deux jeunes gens se séparent après un échange d’insulte. Valentini dira avoir été insulté de façon intolérable.

Ange Dominici remonte dans sa 2 CV grise et se dirige vers la sortie sud du village. A ses côtés, Jérome Poggio. Pour Poggio, la voiture était à peu près à 25 mètres de la Peugeot de Valentini quand le coup est parti. Il a pris peu, a ouvert la portière et s’est jeté sur le sol « à cet endroit », dit-il en mimant un roulé boulet à hauteur d’une pierre bordant un trottoir. On constate que les deux voitures sont à 25 mètres l’une de l’autre, ce qui est en contradiction avec les rapports d’expertises réalisées par les enquêteurs de la P.J.

Puis l’accusé est appelé à refaire son geste. Il fait lui-même placer la 2 CV…Il dit d’abord l’avoir vu arriver alors qu’il traversait la chaussée, s’être ensuite dirigé vers son véhicule dont il a ouvert le coffre pour sortir son fusil de chasse. Quand la 2 CV conduite par un gendarme s’arrête sur l’injonction de Valentini, 8 mètres séparent à peine les deux voitures. « Il avait le pistolet braqué vers moi » dit-il, en le faisant placer à mi-hauteur du pare-brise. Et dans un silence poignant, Valentini mime son geste. A l’époque, la balle avait frappée Dominici en pleine tête.



26 février 1976 « Deux des déserteurs qui avaient provoqué un affrontement avec la population d'Albertacce condamnés à des peines de prison ferme »

Publié le 26 janvier 2018 à 1:25


On se souvient des affrontements d’octobre dernier entre quatre déserteurs de l’armée et des habitants d’Albertacce. Affrontements sanglants qui aboutirent à la mort de deux des militaires, l’un d’une décharge de chevrotines dans le dos, l’autre par suite d’un suicide alors qu’il se trouvait traqué. Pierre Knops, alias Paul Kneis, 19 ans, et Jurger Schulder, alias Joachim Schaller, 20 ans, comparaissaient hier.

Fin septembre 1975, les deux militaires et Victor Rose, alias Pintz Rohnel, 26 ans, et Gundolf Francke, avaient faussé compagnie à leur unité de Corte. Pendant quelques jours, ils s’installaient dans le chalet de neige à Vergio, puis levaient le camp. Le 30, ils pénétraient dans une maison inhabitée appartenant à M. Basile Albertini, dans les environs d’Albertacce. Là, ils volaient des vêtements, des vivres et un couteau. M. Albertini avait confié la garde et l’entretien de cette maison à un des membres de sa famille, M. Xavier Albertini.


Le 1er octobre, accompagné de son frère Jean, il se rend dans la propriété. Alors que Jean s’affaire au débroussaillage, Xavier pénètre dans la maison. Il se trouvait face à face avec Knop et Rose ; Rose lui asséna un coup de bâton sur la tête, tandis que Knops se précipitait sur lui. Xavier Albertini parvenait à les bousculer et à leur échapper mais ceux-ci le poursuivaient à l’extérieur. Xavier Albertini fut blessé d’un coup de couteau à la jambe. Jean, attiré par ce remue-ménage, frappa les agresseurs à coups de rateau. Ceux-ci se réfugiaient dans la maison et donnaient l’alarme à leurs compagnons qui dormaient encore. Ils prirent ensuite la fuite en direction du Golo.

Les deux frères se rendirent à Albertacce pour demander aux villageois de leur prêter main forte. Indignés, une trentaine d’eux se réunissaient, armés de fusils de chasse, et organisaient une expédition.

Entre temps, les gendarmes avaient été alertés. Ils entendaient des cris venant de la rivière et apercevaient un attroupement de personnes. Trois coups de feu éclatèrent. Ils découvrirent Gundolf Francke grièvement blessé d’une décharge de chevrotines dans le dos, et deux de ses camarades non loin. Ils furent transportés au bureau de la brigade. Gundolf Francke décéda des suites de ses blessures. C’était le moins coupable des quatre. Victor Rose était parvenu à prendre la fuite. Traqué dans une villa de Ghisonnaccia, il devait se suicider quelques jours après.

L’audience a débuté avec l’interrogatoire des deux légionnaires, qui ont nié s’être servis d’une arme. Me Anne-Rose Florenchie pour la partie civile, a demandé le franc symbolique de dommages et intérêts au nom de M. Basile Albertini et réclame 10.000 F pour M. Xavier Albertini.

Le représentant du ministère public, M.Riolacci, a requis un minimum de huit mois de prison ferme à l’encontre de Knops, qui a participé activement aux brutalités contre les plaignants.

Me Chailley-Pompei, représentant de la défense, a demandé de faire la part des choses. Si d’un côté il y a eu vol et violence, il y a eu de l’autre, un meurtre.

Le tribunal a condamné Knops à un an de prison. Schudler a écopé de cinq mois ferme. Le tribunal a accordé le franc symbolique à M. Basle Albertini et 2.000F à M.Xavier Albertini.



21 février 1976 "Reconstitution mouvementée"

Publié le 25 janvier 2018 à 15:25

Ceux qui avaient manqué la reconstitution du premier crime étaient présents hier pour ashsister à la reconstitution du second, commis le 12 janvier dernier. Dès 8h30, la quasi-totalité de la population convergeait vers la demeure où Claire Mariani, Sauveur et Charly étranglèrent Mlle Julie Colombani. Les trois protagonistes ont été reçus par les huées de la foule. Sur place, Me Paul Renucci, partie civile, le bâtonnier Mordiconi et Me Martine Mordiconi, défenseur de Charly, Me Mathieu Cristiani, défenseur de Claire Mariani et Me Retali, défenseur de Sauveur Mariani.

Sur le plancher de la salle à manger et en partie caché par le rideau, masquant un minuscule réduit, un mannequin occupe l’endroit exact où fut découverte la malheureuse victime. Les trois meurtriers ont refait les gestes du 12 janvier 1976. A 16h30 cejour-là, Sauveur et Charly faisaient le guet à 150m de la maison, à l’intersection de la RN 193 et de la route de Calvi, pour s’assurer du départ de Mlle Jeanne Salicetti, professeur au lycée de Corte qui venait régulièrement rendre visite à sa tante Mlle Julie Colombani, vivant seule.

Une fois Mlle Salicetti partie, elle cogna à l’huis de Mlle Colombani, se fit ouvrir et laissa la porte entr’ouverte pour permettre à ses deux enfants attendant sous la porte cochère d’une boulangerie située de l’autre côté de la rue, de l’y rejoindre.

A leur vue, Mlle Colombani pressentant le sort qui allait lui être réservé, prétexta une course chez sa voisine. Ce qu’elle avait redouté arriva très vite.

Claire Mariani tira les rideaux, ferma à double tour la porte-fenêtre. Charly baillonna sa victime et la poussant dans la salle à manger, ordonna à son frère de prendre dans sa poche la cordelette dont il s’était muni et de l’enrouler autour du cou de la victime. Mlle Colombani parvint à murmurer : « Ne me faites pas de mal, ne me tuez pas, prenez tout ce que vous voulez, je ne vous dénoncerai pas ! » Rien n’y fit. Claire et son fils tirèrent jusqu’à ce que la vieille demoiselle s’affaisse.

Charly s’empara de 6.700.000 ancien francs qu’elle gardait dans sa chambre à l’étage. Les deux frères se disputaient déjà le partage lorsque leur mère leur cria de l’étage au-dessous : « Descendez, Mlle Julie bouge encore. » Charly lui asséna un coup de poing sur la tête et l’étrangla de ses propres mains. A 17h30, tous trois sortent par une porte dérobée de l’entresol. Claire Mariani cachant 500.000.000 anciens francs sous une pierre proche de sa demeure, ils louèrent un taxi pour Corte où ils s’habillèrent de la tête aux pieds avant de gagner, toujours en taxi, Ajaccio où Charly et Sauveur comptaient, le lendemain, s’envoler vers Marseille.

Mlle Colombani était la marraine de l’un des huit enfants de Claire Mariani. Elle avait pris sous sa protection cette famille nombreuse dont trois de ses membres allaient froidement l’exécuter. C’est Claire Mariani qui a choisi l’arme du crime. « Pas de sang. Il faudrait nous laver les mains et nous n’aurons pas de temps à perdre. »

Après la reconstitution, c’est à coups de pieds et de poings que la famille Mariani, enchainée à des gendarmes, furent propulsés à l’intérieur du véhicule du fourgon cellulaire. (M. Filippi et A.Feracci)


 

10 février 1976 « Le meurtre de l'épicière de Ponte Leccia, Mlle Antonia Mari, reconstitué hier»

Publié le 25 janvier 2018 à 15:05

Tôt hier matin, les habitants de Ponte-Leccia avaient quitté leurs demeures ou fermé boutiques pour assister au déroulement de la reconstitution du meurtre de Mlle Antonia Mari le 10 février 1968.

Extraits de la maison d’arrêt de Sainte-Claire, Charly et Maxime Mariani sont arrivés à 9h30 à Ponte-Leccia. Ils étaient accompagnés par leurs avocats Me Chailly-Bompei, le bâtonnier Antoine Mordiconi et Me Martine Mordiconi.

Coup de théâtre lorsque Charly nia toute participation au crime dont il avait pourtant avoué être le seul auteur le 14 janvier dernier.

On pouvait s’attendre hier à ce que les habitants manifestent leur hostilité contre les deux meurtriers et l’on pouvait même craindre qu’ils ne soient sérieusement pris à partie. C’est ce à quoi avait pensé le capitaine Tauziet, commandant de la compagnie de gendarmerie de Corte qui avait disposé sur les lieux d’importantes forces de police. C’est sous les cris de « assassins ! », « à mort ! » que les frères Mariani ont été extraits du fourgon cellulaire et déposés à quelques mètres de la petite épicerie où l’assassinat a eu lieu.

Charly refusant de refaire le moindre geste, il est revenu à Maxime la tâche de reconstituer cette tragédie. S’adressant à lui en langue corse, M. Jacques Flach lui demande de relater sa participation au crime. Il raconta que ce soir-là, entre 20h et 21h, son frère Charly et lui, l’un caché par un gros platane, l’autre par un pilier, avaient fait le guet devant l’épicerie en attendant l’heure de la fermeture. Charly pénétra dans le magasin au moment où Mlle Mariani s’apprêtait à en sortir. Maxime gagna à son tour l’entrée des lieux, sous une porte cochère. Par l’entrebaillement de la porte, il vit son frère tenant un marteau et une clé à molette assénant des coups à l’épicière. « Arrête, arrête, c’est trop, j’ai peur. » Rien n’y fit. Charly frappait tantôt d’un outil, tantôt de l’autre. Pour l’empêcher de crier, il avait enfoncé un mouchoir dans la bouche de sa proie. Il continua à frapper, mettant le crâne de sa victime en bouillie…

Le juge d’instruction lui demanda de prendre la place occupée à terre par Mlle Mariani. Maxime s’exécuta, sous le regard indifférent de son frère dont les hochements de tête signifiaient que son frère en faisait vraiment trop…Ils furent ensuite reconduits séparément à la prison de Bastia. Cette reconstitution donne une lourde tâche à leurs défenseurs, Mes Antoine et Martine Mordiconi.

Ce jour-là, les meurtriers avaient pris la fuite à travers champs pour rejoindre leur domicile, à 2 kilomètres de distance. C’est là que Charly avait reconnu avoir brûlé ses vêtements tachés du sang de sa victime.

On attend désormais la reconstitution du second crime qui le 12 janvier dernier coûta la vie à Mlle Julie Colombani. (M.Filippi)