Hier en Corse


Corse Matin : 40 ans d'archives

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16 septembre 1974 : « Visite d'Antoine Ciosi aux bergers du plateau d'Ese »

Publié le 26 novembre 2018 à 10:40

 Chaque années, ils sont une douzaine de bergers d’Ajaccio à rejoindre les hauteurs du plateau d’Ese pour y vivre durant les trois mois de la saison estivale. La vie est parfois difficile sur ce vaste plateau que l’on peut considérer comme un des derniers paradis de la Corse, jusqu’ici intact.

Avant que ne s’achève cette transhumance, un enfant de l’île a tenu lors de son récent passage à Bastelica à leur rendre visite. Antoine Ciosi a découvert un merveilleux site qu’il ne connaissait point. Il a partagé avec eux le repas et les a remerciés en leur chantant ‘U Mulinu’ et ‘Tragulinu’. (Ch. Salvia)



11 septembre 1974 : « Balade au coeur du « Pianu » à Levie »

Publié le 26 novembre 2018 à 10:20

 Le Pianu peut s’enorgueillir de ses richesses archéologiques. Caleca, Capula et Cucuruzzù sont en passe d’être parmi les plus réputés de l’ile.

A Capula, M. de Lanfranchi et ses étudiants de l’école de fouilles de Levie ont travaillé cette année encore tout au long du mois d’août. Depuis début 1974, un menhir ainsi que des maisons du Moyen-Age ont été mis à jour. « Pour moi, il est intéressant et significatif d’avoir découvert cette statue. En l’état actuel de nos recherches, il nous manque encore la base et la partie supérieure du menhir, mais nous avons retrouvé les deux tronçons intermédiaires qui s’ajustent parfaitement » nous informe M. de Lanfranchi.

« Nous en avons trouvé un morceau dans le sol et le second dans le mur d’enceinte Est. La pierre découverte à même la terre porte gravée sur une face une épée en bas relief tandis que l’autre côté comporte une sculpture de cuirasse avec canelure. Nous avons ainsi des preuves que ce sont des gens du Moyen-Age, vraisemblablent entre le 9ème et le 12ème siècles, qui l’ont cassé et l’on placée dans le mur. »

Il faut voir selon lui une évolution des coutumes et croyances, le menhir perdant à cette époque sa signification première. Les archéologues ont retrouvé un autre menhir cassé et qui avait été réemployé pour l’aménagement d’un foyer du Bas Empire.

M. de Lanfranchi dispose d’une « carte de lecture de l’histoire du passé » selon un procédé cher aux spécialistes : l’étude de la coupe stratigraphique du terrain. Après deux ans d’ouvrage la maison a livré quelques-uns de ses secrets grâce à l’analyse de cette coupe où la terre a été « taillée » de façon à mieux pouvoir la lire.

C’est ainsi qu’à deux mètres de profondeur se situent les vestiges de l’âge du fer. On y trouve un foyer de forme rectangulaire avec un fond en terre d’argile cuite.

Au-dessus, on a localisé un foyer, de forme circulaire celui-là, datant de l’âge du fer également.

Mais ce qui passionne, c’est la balade que l’on peut désormais faire parmi les « maisons du Moyen-Age ». Sur le plateau se trouvent trois maisons dont les contours ont été délimités avec précision et qui permettent d’avoir une certaine idée de la vie de nos ancêtres. Les chercheurs ont trouvé là une assise de pierre semi-circulaire installée sous un auvent rocheux, où les habitants s’abritaient.

A un mètre du niveau zéro, on entre dans la couche dite du « bas empire » (romain, 3ème siècle de notre ère) avec des vestiges déjà découverts il y a un an. En remontant ainsi vers la surface on retrouve d’abord le Moyen-Age ancien caractérisé par des foyers d’argile cuite, puis le Moyen-Age récent avec la fameuse « Tegghia ». Les blocs sont disposés en demi-cercles autour du foyer dont le centre est occupé par une pierre plate chauffée sur laquelle ont faisait cuire les aliments…

Les fouilles ont vu les chercheurs recueillir des morceaux de céramique datant du Moyen-Age récent. Ces poteries semblent importées de Pise ou Gênes.

Le chantier n’en est qu’à ses débuts. Chaque pièce découverte est répertoriée avant d’être placée dans les armoires du Musée de Levie. Des études seront faites cet hiver pour arriver au but final : soulever un morceau du mystère planant sur le passé de la Corse de la nuit des temps à aujourd’hui. (JP Gherardi)



25 Juillet 1972 : « La Tribbiera existe encore en Balagne »

Publié le 26 novembre 2018 à 5:15

Au carrefour des routes de haute et moyenne montagne, le col de San-Cesario, à Catteri, offrait il y a quelques jours l’exclusivité d’une scène pittoresque de la vie d’autrefois : la Tribbiera. Ce seul mot évoque tout un passé récent, puisqu’il trouve encore des hommes pénétrés des us et coutumes de leurs ancêtres pour perpétuer une tradition à laquelle ils sont restés attachés.

Quelle surprise pour les innombrables vacanciers qui eurent le privilège de percer une partie du mystère qui entoure la vieille Corse. Pour « Tato » et Jean Satti, agriculteurs à Catteri, il ne s’agissait pas d’une quelconque mise en scène, sacrifiée au folklore, mais d’une véritable opération de battage sur l’aire de San-Cesario. Il leur fallut moissonner avec la faucille, préparer les magnifiques gerbes dorées, puis transporter celles-ci à l’aide du « carozzu » jusqu’à l’aire de battage.


Là, sous le soleil brûlant, les ‘tribbiadori’, le cœur en fête, donnaient de la voix au ‘bœufs’ retenus par le ‘coppia’ (joug) auquel était attaché ‘u tribbiu’, cylindre de pierre traîné sur l’aire pour aider au battage.


Filmés et photographiés par les touristes de passage, les heureux tribbiadori de Catteri, tinrent la vedette malgré eux. Les moissonneuses-batteuses ne les intéressent pas. D’ailleurs ne sont-elles pas dépassées elles-mêmes ? (Jean-Baptiste Suzzoni)


17 juillet 1972 : « Un squelette vieux de 9000 ans découvert près de Bonifacio »

Publié le 24 novembre 2018 à 10:05

 C’est une découverte archéologique de la plus haute importance que viennent de réaliser sur leur chantier de fouille de l’Araguina, a Bonifacio, le professeur Michel-Claude Weiss, professeur d’archéologie à la faculté de lettres de Nice, et M. François de Lanfranchi, professeur de lettres au C.E.S des Padules à Ajaccio, tous deux directeurs de l’Institut corse des études préhistoriques (pour les zones nord et sud de l’ile).

Ils ont effet mis au jour, le 14 juillet, un squelette qui constituerait la preuve la plus ancienne de l’existence de l’homme corse. D’après les premières estimations, ce squelette aurait été enseveli en 6600 avant Jésus-Christ, soit il y a plus de 9000 ans. Les services du professeur Rabischong et du professeur Duday, de la faculté de Montpellier vont venir l’étudier sur place afin de confirmer cette thèse.

Le squelette est remarquablement conservé. « Cela s’explique par le fait qu’à Bonifacio les sols sont calcaires » nous a expliqué le professeur Weiss.



Le squelette a la tête tournée vers la droite et les pieds joints. Il s’agit d’un sujet assez jeune ainsi qu’en témoigne la dentition. Le Pr Weiss qu’il s’agit d’une sépulture intentionnelle dans la mesure où le corps a été « posé ». Les os sont en effet entourés de gros blocs de pierre.


Le squelette devrait rejoindre Levie où se trouve actuellement le squelette découvert l’an dernier.

Edition du 22 juillet : La découverte est capitale pour la préhistoire méditerranéenne. Contrairement à ce que l’on pensait, il s’agit d’une femme. Elle a été l’objet d’une sépulture de la part des membres du groupe qui vivait à la manière troglodyte sous la voûte-abri de l’Araguina. Elle aurait une trentaine d’années.

Les deux archéologues ont également découvert des preuves de l’existence d’une civilisation pré-néolithique, autrement dit de la civilisation la plus ancienne jamais découverte dans l’ile. « Il s’agit de prédateurs ne connaissant pas encore l’agriculture, mais vivant encore de chasse et de pêche. »

On a en effet trouvé dans le camp des écailles de poissons, des aiguilles d’oursins ainsi que des ossements de « prolagus corsicanus », cousin du lapin. Ces éléments viennent corroborer les découvertes des fouilles de Curacchiaghiu, datant au 7ème millénaire avant Jésus-Christ la date de l’inhumation de la dame de Bonifacio.

Edition du 25 juillet 1972: « La Corse à la recherche de son passé »

La Corse est au rendez-vous des archéologues européens. « La découverte de la dame de Bonifacio est une découverte qui aura des répercussions internationales » nous dit le professeur Duday, venu de Montpellier pour étudier la découverte. Le rapport de cette mise à jour sera publié en octobre par le bulletin de la Société préhistorique française, rue Saint-Martin, à Paris.

L’un des premiers archéologues venus en Corse fut Prosper Mérimée qui découvrit l’alignement de la vallée du Taravo. Il faut remonter au lendemain de la guerre pour voir la naissance d’un courant qui a trouvé un premier aboutissement spectaculaire à Bonifacio. C’est celui de l’Institut corse d’études préhistoriques, dont le président pour cette année est M. Mariani. Ses techniciens utilisent les méthodes modernes de fouille et de recherche. L’institut joue d’ailleurs un rôle d’école. Il y a deux chantiers de fouille, l’un dirigé à Sagone par le Pr Weiss et l’autre à Curacchhiaghiu par M. de Lanfranchi, à Levie. Là, chaque année, des étudiants venus du continent travaillent et étudient les techniques modernes. C’est d’ailleurs à Curacchiaghiu qu’on a découvert les premiers vestiges d’une civilisation pré-néolithique.

La région de Bonifacio est très riche en abris sous roche, où vivaient il y a neuf mille ans des petits groupes se nourrissant de chasse et de pêche. Les conditions de conservation offertes par le calcaire sont telles que les analyses sont facilitées. Le ministère des Affaires culturelles l’a très bien compris et a racheté le site de l’Araguina. Le site sera fermé pour une huitième campagne en 1973. MM. Weiss et Lanfranchi sont très confiants. Ils ont l’intention d’ouvrir un nouveau chantier dans le site afin d’étudier les conditions d’existence de cette civilisation néolithique qui est la plus ancienne de Corse actuellement retrouvée.

On commence à reparler à Bonifacio du site de Piantarella, un moment étudié puis abandonné pour des raisons obscures…Là encore, il s’agit d’une expérience de grande valeur à tenter : ne parle-t-on pas d’une petite ville enfouie et qui, à l’époque, était traversée par une rivière de Figari ? (J-P Gherardi)



27 décembre 1985 : « L'occhiu pour chasser le mauvais oeil »

Publié le 16 novembre 2018 à 9:00

 Nous sommes en Casinca. Les flammes dansent joyeusement dans le fucone. La lueur qu’elles projettent fait vaciller les ombres sur les murs. De loin parviennent les sons annonçant la messe de minuit. C’est Noël. Tout autour de la cheminée, une dizaine de femmes relativement jeunes vont s’initier au secret de « l’occhiu » : l’art et la manière de chasser le mauvais sort. Le mauvais œil qui vous donne subitement mal à la tête ; qui vous indispose brutalement. Et qui disparait aussitôt dès lors que l’on s’est soumis directement, ou par un objet interposé, à cette prière que l’on marmonne plus que l’on formule.

Une vieille dame dispense son savoir. Silence, puis chapelet de mots que l’on reprend individuellement puis en cœur. Une assiette est remplie d’eau. Une ‘luminella’ et de l’huile. La prière reprend son cours. Trois gouttes d’huile sont versées dans l’assiette. A l’importance qu’elles prendront, ou pas, l’officiante vous dira si vous êtes ou non, ‘annucchiatu’. Et à quel degré. Auquel cas vous ne serez débarrassé du mal pernicieux qu’au terme de trois séances d’occhiu, pratiquées par trois officiantes différentes. La pose de la main sur la tête de celui auquel a été transmis le mauvais œil et la traditionnelle prière suffisent bien des fois à éloigner le mal.

Cette pratique mêle profane et sacré dans une Corse profondément pieuse qui ne s’est pas encore défaite, et c’est heureux, de ses racines d’hier.



6 décembre 1985 : « Comment sauver les peintures pariétales de la grotte d'Olmeta di Capi Corsu ? »

Publié le 16 novembre 2018 à 5:55

 ‘A Grotta Scritta’ est un endroit que les habitants de la localité, administré par M. Masini, tentent de tenir secret. Ce témoignage du passé est le seul du genre en Corse. Des spécialistes les situent à l’époque Chalcolithique, à l’âge du bronze primitif, c’est-à-dire 2000 à 1500 ans avant J-C. A Olmeta, on a fait tout ce qu’il fallait pour éviter la détérioration, mais l’été venu il est difficile de veiller aux déplacements de tous ceux veulent voir et toucher les peintures.

M. Ange Martini a de quoi réaliser une véritable encyclopédie sur le sujet. Il nous a affirmé que les premières reproductions des peintures pariétales avaient été effectuées en 1966 par René Grosjean dans son ouvrage « La Corse avant l’histoire ». « Mais la grotte était connue depuis longtemps par la population d’Olmeta. La légende rapporte même que les olmetais considéraient l’endroit comme un lieu de culte. De plus, on sait que les alentours du site, qui se trouve sur une propriété privée appartenant à la famille Defendini-Peretti, étaient cultivés. »

Après René Grosjean, c’est un peintre italien qui en 1967, a réalisé une copie de toutes les inscriptions de la grotte, remise à M.Martini, dont les archives s’enrichiront en 1970 d’une étude du professeur allemand Gottfried Kreuzer, confirmant l’incontestable intérêt des peintures pariétales.


Plus tard, ce sera au tour des archéologues corses de se pencher sur le site. Tous constateront la détérioration lente des peintures et avanceront l’idée d’une protection. En vain. « Dans quelques années, les peintures ne seront plus visibles. Déjà certaines reproduites par Franca Ghitti, en 1967, ont disparu. »

Aujourd’hui à Olmeta, plus question de se rendre en promenade à la grotte où un touriste allemand est revenu récemment avec un morceau de la grotte riche de précieux enseignements !

La solution réside dans un accord entre les propriétaires de la parcelle et la mairie. Il s’agit, selon M. Jean-Claude Ottaviani, conservateur du musée d’Aleria, de rétrocéder trois mètres carrés de terrain. Dès lors, il n’y aurait plus contradiction entre l’aspect juridique et l’action de l’Etat, dont l’effet pourrait jouer à plein. Ce jeu de la transaction n’en vaut-il pas la chandelle ? (C.M)



6 aout 1981 : « La grotte de Macinaggio »

Publié le 14 novembre 2018 à 3:30

Près de Macinaggio se trouve une grotte particulièrement intéressante. Située à six mètres au-dessus du niveau de la mer, elle est d’un accès assez difficile. L’étude, menée en 1975 par le professeur Bonnifay, de la faculté de sciences de Marseille, permettrait de dater l’effondrement au quaternaire, de ce que l’on appelle le pont Toscan.

C’est dans cette grotte qu’a été découvert un exemplaire de Cersius Cazioti, un remarquable mammifère apparu en Corse il y un ou deux millions d’années. Malgré l’intérêt et la beauté de cette grotte nous déconseillons sa visite car elle est située sous une immense falaise qui menace de s’écrouler. (Jean-Paul Sermonte)


27 Juillet 1996 : "André Biancarelli : 50 ans d'histoire de Porto-Vecchio en 16mm"

Publié le 29 octobre 2018 à 7:15

Cinquante ans de l’histoire de Porto-Vecchio (de 1945 à nos jours) contée sur une bobine de 16mm, un film muet de près de quatre heures. C’est le précieux héritage que vient de léguer un enfant de la ville à sa grande famille porto-vecchiaise. Ces séquences de 15 minutes mises bout à bout se présentent comme un kaleidoscope magique. On pourra découvrir ce document en projection publique lors de l’inauguration de la cinémathèque régionale, prévue au début de l’année 1997.


Aujourd’hui âgé de 82 ans, André Biancarelli a toujours le même regard malicieux lorsqu’il évoque tous ses souvenirs. Il se souvient de chaque image, des circonstances du tournage, de la luminosité, du choix et de l’ouverture de l’objectif. Tous ces éléments ont été minutieusement consignés sur un cahier au fil des ans, au fil des prises de vues.

Né en 1913, il fait sa scolarité à Bastia. Il restera quelques années jusqu’à ce que, poussé par son correspondant, M. Fontaine, directeur des Chemins de Fer, il parte pour Toulon à l’école de Mestrance comme élève électro-mécanicien. Embarqué tout d’abord sur le sous-marin La Monge puis sur le cuirassé Paris. Il rentre à Porto-Vecchio en 1937. « Je n’en veux pas à mon père. Il fallait le comprendre. J’étais le fils unique et c’était normal. »

Mais parce qu’il a une formation qui ne convenir à l’élevage des bovins, il va devenir sans le savoir un personnage hors du commun, à mille lieux des préoccupations du moment.

C’est en 1934 qu’il ouvre son premier atelier d’électricité et son premier commerce : ‘Paris Lumière’, rue Jérôme Leandri. « L’électricité venait de faire son apparition à Porto-Vecchio et je faisais des installations, des réparations, et vendais lustres et lumières. Les ânes, curieux du reflet, venaient donner des coups de têtes dans la vitrine. »

Puis il reprend le cinéma ‘L’Oriental’. Il organise cinq séances hebdomadaires, à raison de deux films par semaine. Plus tard, il ouvrira ‘Le Cyrnos’ à Bonifacio. En 1945, il ouvre ‘Le Moulin de la Chanson’ sur la place de la République à Porto-Vecchio. Là s’exposent toutes les nouveautés de Pathé Marconi, la Voix de son Maître, Ideal, Bruswick, Polidor, Paramount. Il acquiert une caméra Paillard 16mm à clef, avec triple objectif. C’est le début d’une passion. « Je filmais sans but précis au début. Porto-Vecchio à l’époque, c’était Clochemerle tous les jours. Lorsque j’ai projeté « Le Diable au Corps », des gens sont venus voir mon père pour se plaindre et crier à la débauche. » Chaque soir, il projette 15 minutes de la vie quotidienne. Ce n’est pour lui qu’un amusement fait fureur.

Au fil des ans va émerger des kilomètres de bobines. Lorsqu’il fermera « Paris Lumière » en 1958,« Le Moulin de la Chanson » ,« Le Cyrnos » en 1962 et « L’Oriental » en 1965, il continuera caméra au poing à engranger des milliers d’images.

Il y a tout juste un an, il prend la décision de coller bout à bout toutes les séquences de 15 minutes qu’il a minutieusement archivées.


Certaines sont inédites et n’ont jamais été projetées à « L’Oriental ». D’autres sont connues comme ce coucher de soleil à Palombaggia donné à Paul Meurice pour le montage de ‘L’œil du Monocle’. Par son acte, il veut léguer un témoignage à la collectivité. Nulle part en Corse, cinquante années de l’évolution d’une cité n’ont ainsi été mémorisées.

André Biancarelli a immortalisé les sites du ‘Pinonu’ de Palombaggia, les plages voisines, les anciens bergers de Picovaggia, les cérémonies commémoratives au monument aux Morts, les premières recherches archéologiques avec Grosjean, l’arrivée des premiers touristes sur les plages, des artistes, des hommes politiques (Barre, Chirac, Debré…), les élections, la crue du Stabiacciu de 1966, les processions, l’arrivée de la Légion étrangère à Bonifacio, les matchs de football…(Louis Bernardini)

5 Mars 1974 : « Il devient verrier...pour reconstruire la Corse »

Publié le 22 octobre 2018 à 5:20

 Philosophe, Jean-Paul Vincensini est ce jeune licencié en droit, titulaire d’une maitrise d’histoire et d’un diplôme d’ingénieur en aménagement touristiques, qui a tout abandonné pour repartir à zéro.

« Le barreau, la magistrature, ne me convenant pas, j’avais pensé au tourisme. Et puis j’ai vite compris qu’une telle profession m’obligerais à participer à la détérioration de la Corse. Alors, je suis devenu verrier, tout simplement parce qu’il n’y en avait pas en Corse. Et surtout parce que ce métier allait me permettre de participer à la reconstruction de la Corse. »

« Il s’agit d’un art du feu. Assembler des morceaux de verre, les cuire, les colorer pour faire des vitraux, par exemple. Je travaille essentiellement avec la Corsicada et le groupe Monumenti. »

Natif de San Lorenzu, où l’installation de cinq artisans a relancé l’économie, il anime l’association A Rustaghja pour l’animation et la sauvegarde de la Castagniccia. « Toutes ces activités conduisent au bonheur, je crois…. » (J-B Suzzoni)



11 février 1980 : « Potiers d'aujourd'hui à Corte »

Publié le 13 octobre 2018 à 4:25

 La poterie remonte loin dans la longue histoire de l’ile. Il n’est que de visiter le musée archéologique de Sartène ou celui d’Aleria pour se convaincre de l’originalité des influences, des contraintes de formes nées de la matière première utilisée.

Pourtant, cette activité allait au siècle dernier disparaitre de la liste des métiers ruraux de la Corse, sous la poussée de productions importées d’Espagne, d’Italie et du Midi de la France (les poteries vernissées de Vallauris sont enconre très répandues dans les maisons corses), qui offraient des produits plus solides. Les ateliers de fabrication de poterie en terre amiantée tels que Campile ou Farinole allaient disparaitre complètement.


Depuis dix ans, cependant, le métier de potier semble retrouver un nouveau souffle. Les efforts du Centre de promotion sociale de Corte et de la Corsicada ont abouti à la formation et à l’installation de jeunes potiers. Les potiers ont décidé de créer leur propre station de traitement de la terre qui produira l’ensemble des matières premières. « A Terra » est destinée à traiter cent tonnes de terre. La station sera construite à Corte sur un terrain offert par la municipalité. (Texte et photos Antoine Feracci)



6 Novembre 1999 : « Deux mains d'or à 1750 mètres d'altitude »

Publié le 4 octobre 2018 à 8:45

Le 9 novembre au FRAC de Corte sera présentée l’œuvre de Claudio Parmiggiani ‘Ferro Mercurio Oro’ en présence des docteurs Jean-Charles Colonna (maire de Corte) et Jean-Pierre Combette (maire de Vivario)

Claudio Parmiggiani a choisi de proposer une œuvre située dans la nature. Impressionné par la force des paysages de l’ile, c’est sur une de ses montagnes qu’il a souhaité inscrire un geste secret et mystérieux. L’œuvre se compose de deux parties presque semblables : l’une déposée au FRAC et l’autre destinée à être insérée dans la roche. Chaque partie est constituée de deux blocs de 40X16X 16 cm portant chacun une empreinte de main.



La pièce conservée au FRAC est en fonte et les empreintes reçoivent du mercure, celle qui sera incluse dans la nature est en bronze et les empreintes dorées. Lors d’une randonnée sur le monte d’Oru, Claudio Parmiggiani a localisé l’emplacement qui lui a semblé idéal pour y inscrire son geste artistique. Il s’agit d’une roche qui est inclinée vers la vallée, à trois quart d’heure de marche des bergeries de Puzzatello, à 1750 m d’altitude. L’ONF a délivré l’autorisation d’implantation de l’œuvre. La commune de Vivario s’est montrée très favorable à cette réalisation sur le terrain communal. La mise en place de l’œuvre a eu lieu le 10 juin 1999. (A.F)


5 Septembre 1966 : " Une précieuse relique pour le musée napoléonien"

Publié le 1 octobre 2018 à 7:35

 Le musée va s’enrichir d’une précieuse relique, offerte par M. Jean-Claude Octave-Aubry, descendant d’Octave Aubry, de l’Académie française, historien et collectionneur napoléonine qui envisage le depot, en février prochain, du masque mortuaire de Napoléon Ier. C’est une très belle épreuve du masque bien connu, portant à la base du cou une étiquette revêtue de la signature du Dr Antomarchi. Sa hauteur est de 325 mm . Elle est renfermée dans un coffret en bois d’ébène, garni d’ornements en bronze ciselé, modèle réduit du cercueil contenant les restes de l’Empereur. L’intérieur du coffret est doublé de velours violet, et une niche épousant les contours extérieurs du masque y est aménagé pour son logement. Un coussin de velours noir bordé de galons d’argent, avec glands aux quatre coins, est joint. Il est destiné à couvrir la face du masque.


A l’appui de l’authenticité et de la provenance de cette relique, le propriétaire possède les pièces attestées par MM. D. Janvier et J. Arna, experts parisiens.

Ce masque dépendait de la succession du Dr Antommarchi, décédé à Santiago de Cuba en 1834. Il fut racheté par les fondeurs Susse frères à la dispersion de ladite succession, puis revendu au prince Demidoff, mari de la princesse Mathilde, arrière-petite-nièce de l’Empereur. Au décès du prince Demidoff, il fut racheté par le collectionneur Rose-Berry, puis par l’historien Octave Aubry.

M. Rossini a remercié par lettre M. Aubry de son offre généreuse et se rendra à Chevreuse pour recevoir la précieuse relique des mains du donateur.


1er Mars 1961 : « Georges Lemonier enlumine les vitraux du sanctuaire de Lavasina »

Publié le 28 septembre 2018 à 6:30


Nous l’avons rencontré alors qu’il traçait de fort belles esquisses agrémentant le cadre du « Studio Opéra », et auxquelles l’artiste a su faire refléter fidèlement les mouvements subtils et gracieux inhérents à l’art de la danse. Puis nous l’avons retrouvé dans son atelier de Minelli, aux portes duquel nous nous plaisions à remarquer un très grand nombre de toiles témoignant toutes d’un talent très personnel.


Georges Lemonnier est en Corse depuis quelques mois. Ancien élève des Beaux-Arts de Paris et de l’académie scandinave de Paris, il a été pendant plusieurs années chef d’atelier à l’école des Beaux-Arts de Rabat. Chef décorateur à la télévision marocaine, décorateur du palais du roi du Maroc, il avait été appelé à aménager la villa de la princesse Salla Amina.

Au Portugal, il a décoré deux des plus grands casinos du pays et doté l’église d’Armagao de Pera de sept admirables vitraux et d’un chemin de croix en bois gravé. Car il également peintre-verrier et il également à pied d’œuvre au sanctuaire de Lavasina, grâce à l’obligeance du R.P Guy. Il a su donner aux vitraux que l’on pourra voir à Lavasina les effets de couleur les plus riches. Les deux vitraux placés de part et d’autre de l’entrée du sanctuaire, de 2.m 45 X 1.m 35, représentent Saint François recevant les stigmates, et Sainte Claire présentant l’hostie aux Sarrasins. Deux autres vitraux sont en cours d’exécution. « Quand j’aurais pénétré plus intensément l’âme de la Corse, dans le cadre grandiose de certains de ses paysages, je n’hésiterais point à œuvrer en vue d’atteindre et de capter la beauté des sujets que saura m’inspirer l’Ile de Beauté. » (Henry Sanesi)



22 fevrier 1975 : « Les témoignages photographiques d'Ange Tomasi attendent d'être la propriété d'une fondation »

Publié le 25 septembre 2018 à 9:00

Il y a un an, un visiteur allemand, demandait à Mme Ange Tomasi à quel âge était mort son mari. Celle-ci, veuve depuis Octobre 1950, lui répondait : « A 67 ans ». L’étranger s’en alla et lui dit : « Je croyais, Madame, qu’il avait vécu 150 ans. »

Cette réflexion fait mesurer combien est importante la collection de photographie dont est aujourd’hui gardienne son épouse.


Imaginez une salle tapissée de quatre pans de rayons de bois grimpant jusqu’au plafond. Sur chaque étagère se trouvent entre 10 et 20 boites numérotées et classées. C’est là que sont renfermées les clichés, témoignages de tel ou tel coin de la Corse et de la vie quotidienne de l’ile à travers diverses époques. Mme Tomasi elle-même en ignore le nombre. « Il doit y en avoir 20.000 à peu près. Le quart se trouve rangé à la cave. »

Aucune scène n’a échappé à l’objectif d’Ange Tomasi. De la vie religieuse à la vie rurale ou citadine. L’auteur a aussi réalisé une étude complète sur l’élevage en Corse. Ange Tomasi racheta à un collectionneur des clichés en 18 X 24 datés de 1885-1886.

Tous ces documents constituent un véritable musée que sa propriétaire voudrait léguer à la Corse. « J’aimerais tant qu’une fondation soit créée. J’ai le sentiment que si cette collection devient privée, elle sera perdue pout tout le monde. Ce patrimoine appartient à tous les Corses. » (MM.PC)



15 fevrier 1975 : « Alistro : gardien de la plaine et de la mer »

Publié le 25 septembre 2018 à 8:00

 Alistro fait partie de la commune de San Giulano. Si Alistro est connu et réputé pour ses vins, ses fruits, sa plage, on ne peut l’évoquer sans penser à son phare. Nous avons eu l’occasion de le visiter et dès notre arrivée nous avons été accueillis par le gardien, M. Regulus Maurizzi. Originaire de Matra, il a été muté de Bastia en 1948 au phare de la Giraglia qu’il a quitté en 1963 pour rejoindre son poste actuel. Nous avons gravi les 102 marches en colimaçon et sommes arrivés dans la pièce où se trouve le phare à feu tournant avec un appareil optique Frenel d’une puissance de 1500 watts d’une portée de 35 kilomètres.

Le phare, construit en 1864, avait précédé la construction d’un sémaphore à feu fixe que les Allemands avaient dynamité en 1943 au moment de leur départ. Après de longues discussions, le phare a été épargné mais non sans que le système lumineux n’ait été décapité par l’explosion d’une couronne de dynamite.

C’est en 1951 que la coupole a été reconstuite. De la merveilleuse terrasse qui l’entoure, on découvre un panorama magnifique avec à l’arrière-plan les villages de Canale-du-Verde et Linguizetta, à ses pieds le joli lotissement Cardoni avec ses 30 villas toutes blanches, les vignobles, les cultures et plus loin, le bleu de l’immense Tyrrhénienne.


Nous avons demandé à M. Maurizzi s’il était content de son sort. Il nous a répondu affirmativement et qu’il avait toujours été dans son travail qui le tient 24/24 du 1e janvier au 31 décembre. Un tableau prévoit les heures d’allumage et d’extinction tous les jours du crépuscule jusqu’à 5 minutes avant le lever du soleil.

Dans deux ans, M. Maurizzi sera à la retraite après avoir consciencieusement rempli sa tâche. Il est en train de faire construire en contre-bas du phare une petite maison avec un jardin. Le phare continuera de tourner pour guider et mener à bon port les navires et les avions pendant la nuit. (André Frasseto)



6 fevrier 1975 : « Le promoteur du premier studio d'enregistrement corse a débuté avec un micro sur un manche à balais »

Publié le 25 septembre 2018 à 5:45

 « Bientôt, chacun pourra enregistrer et repartir avec son disque sous le bras. » M. Antoine Leonardi, qui vient d’ouvrir un studio d’enregistrement dans son magasin de l’avenue Maréchal Moncey, va réaliser un projet qui lui tient à cœur : il va faire l’acquisition d’un appareil de gravure instantanée de disque.

Ce jeune P.D.G de 26 ans, originaire de Bastia, est toujours à la pointe du progrès et il entend doter la Corse d’un ensemble d’enregistrement des plus modernes. « J’ai toujours eu une passion pour tout ce qui touche au son. En 1968, Francis Montaigu, qui tournait un petit film en Corse, m’a demandé d’être responsable de la prise de son. Ça a été le début. Par la suite mon ami Joseph Susini est venu me présenter son premier disque et nous avons pu constater quelques imperfections techniques. Il m’a demandé si nous pouvions faire quelque chose pour son prochain disque. Et nous avons tenté quelque chose avec un simple magnétophone et un manche à balai sur lequel un micro était fixé avec un bout de ficelle…Les résultats furent surprenants. L’O.R.T.F elle-même a fait état de nos progrès techniques dans l’enregistrement. L’idée était lancée et la maison d’enregistrement ‘Ricordu’ était lancée. »



Mais l’installation d’un studio d’enregistrement nécessite de très gros efforts financiers, car les appareils coûtent très chers (il faut compter une mise de fonds de 150.000F pour un petit appareillage comme celui de M. Leonardi) Mais quand on a la foi, on surmonte tous les obstacles, surtout lorsqu’on possède de vrais amis.

« J’ai pensé que je pouvais aider certains chanteurs qui ne pouvaient pas être pris en charge par les maisons de disques. J’ai donc réalisé ce studio pour eux. Les tarifs que j’applique pour la location du studio sont de moitié ceux qui ont cours sur le continent. »

Le studio est unique en Corse de par sa conception et par le matériel mis à la disposition des chanteurs. Pour le réaliser, M. Leonardi a reçu un certain appui de Radio Monte-Carlo, qui espère bien en faire un point d’attache pour de futures émissions.

Le studio comprend une pièce insonorisée d’une vingtaine de mètres carrés, séparée par une vitre, un salon d’accueil, une table de mixage à 12 voies d’entrée avec tous les effets de truquages incorporés, de deux magnétophones studio et d’une table d’écoute pour la vérification des disques.

La réalisation de ce studio est un grand pas en avant pour les chanteurs de notre ile. Ils en sont d’ailleurs conscients ; l’avenue Moncey est le lieu de rendez-vous de la chanson corse. (Marcel Arbona)



1er février 1974 : « Le 'Solferino' : encore une partie du vieil Ajaccio qui disparait »

Publié le 22 septembre 2018 à 9:05


 Le ‘Solferino’ n’est plus…C’est presque un faire-part de décès pour ce vieil immeuble ajaccien qui, chaque matin, vient prendre position devant la Préfecture. L’immeuble fut un haut-lieu de la vie ajaccienne. Il avait déjà souffert il y a quelques années lorsque la brasserie Solferino avait fermé ses portes pour laisser la place à une agence d’assurances.


« C’est un mal nécessaire » nous confie Henri Poli, qui suit les travaux de démolition. « Depuis la disparition de la brasserie, l’hôtel était devenu la honte du cours Napoléon. Un véritable hôtel à cafards…avec une clientèle cosmopolite et parfois malodorante. Il fallait faire quelque chose, car cette façade sale et lézardée faisait notre désespoir. Mais c’est un peu du vieil Ajaccio qui disparait. »

Pour M. Franceschini, c’est aussi la disparition de tout un passé. « C’était l’antichambre de la Préfecture et du Conseil général. Dans cette vieille bâtisse transitait la vie politique de la Corse. »

M. Antoine Bozzi se souvient des « casses-croûtes pantagruéliques qui étaient organisés dans les arrières-salles du bâtiment. »


Mais il faut vivre avec le présent. Cette verrue, il fallait qu’elle disparaisse, car sa laideur n’avait plus rien d’historique. Un hôtel trois étoiles moderne de 65 chambres va surgir des ruines. Conçu par l’architecte Pierre Serafini, cet hôtel sera pourvu du confort le plus moderne. (Marcel Arbona)


21 Novembre 1983 : « Les Flying Padovani's en concert : du rock servi 'à fond la caisse'»

Publié le 19 septembre 2018 à 0:30

 

« Bonsoir » lâche Henry Padovani, puis la batterie lâche son rythme percutant, imitée par la basse. Christ Musto et Paul Slack ont mis la salle des congrès à ébullition. A leur pied, enroulés dans des flots de décibels, beaucoup de jeunes. Pas vraiment la grande cuvée. Pour ce concert unique à Bastia, le groupe aurait aimé plus d’ardeur dans la fréquentation. Mais peu importait. On était entre amoureux du rock. Henry avait la pêche.


Ils sautillaient sur eux-mêmes, les fanas, les branchés, les puristes et quelques punks. Certains avaient même revêtu la tenue du parfait rockeur : un cuir, un jean, des santiags. Les babas-cools s’étaient abstenus.

Le leader du groupe porte une tête de maure sur son tee-shirt blanc. Un symbole qui ne le quitte pas, même Outre -Manche. (C.R)



5 Novembre 1983 : « A Filetta et Khemais Ternane en concert au concert : l'esquisse d'une continuité culturelle »

Publié le 18 septembre 2018 à 10:20


 Osmose culturelle et musicale entre la Corse et le Maghreb l’espace d’une journée. Les deux formations ont ravi un auditoire fourni, salle des congrès du théâtre municipal de Bastia. On a découvert la sensibilité et le message historique dont sont porteurs la chanteuse Souas Ben Hmida et ses quatre musiciens.

Longs poèmes mis en musique, vieilles « noubas » et mélodies orientales issues d’un passé remontant à la nuit des temps, cet échange incite à renouveler l’expérience. (Photo Gérard Baldocchi)


2 Novembre 1983 : « Lavatoggio : rénovation du clocher : appel entendu »

Publié le 17 septembre 2018 à 11:25


 L’appel que nous avons lancé en septembre dans la presse régionale pour la restauration de notre clocher, dont l’état, proche du délabrement, inspire de réelles inquiétudes, n’est pas resté sans écho. Plus de 60 généreux donateurs ont répondu à notre invite. Voici la liste des donateurs. Le montant total s’élève à 30.750 F.