Hier en Corse


Corse Matin : 40 ans d'archives

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26 janvier 1984 :« Reportage au centre pénitentiaire de Casabianda »

Publié le 8 décembre 2018 à 7:05

 Les récentes évasions de la prison gruyère de Bastia ont mis en avant de l’actualité les problèmes de l’administration pénitentiaire en Corse : insuffisance et inadaptation des locaux de détention. A Casabianda, point de barreaux, de mur d’enceinte, ni même de serrures aux portes. Unique en France, elle possède peu d’équivalent à l’étranger.


Dans les 1800 hectares de terrain (dont 700 en culture), les 167 détenus vaquent à leurs occupations sans toutefois en dépasser le périmètre de 20 km. Malgré l’absence de clôture, on a noté que trois fugues au cours de l’année 1983 et une en 1982.

Exceptionnellement, l’administration pénitentiaire nous a autorisé à visiter les installations et à rencontrer des membres du personnel et des détenus qui nous ont accueilli pour une journée. Après avoir quitté la RN 198, on est surpris par l’ampleur des surfaces cultivées. Sur les différentes voies quadrillant le domaine, on rencontre pêle-mêle, des véhicules conduits par des détenus et des animaux du cheptel.

Au bout d’une piste, une barrière symbolique et un gardien interrompant sa discussion avec des détenus nous accompagne dans le bureau de M. Alain Franchi, directeur depuis le 1er janvier.

La création du centre remonte à 1862. Après que le domaine a été acquis par l’Etat (suite à une vente aux enchères), l’administration en hérite une première fois. Mais l’insalubrité était telle que le pénitencier dut fermer en 1885. Avant l’assainissement des marais par les armées alliées, il ne restait en culture qu’une cinquantaine d’hectares, le reste ayant été envahi par le maquis.

C’est en juillet 1948 que Casabianda reçut ses premiers condamnés (politiques) qui assurèrent les premiers travaux de remise en état des bâtiments et de défrichement des terres.

Depuis 1953 il reçoit les condamnés de droit commun qui purgent des peines de deux à vingt ans, généralement pour attentats aux mœurs à caractères incestueux (actuellement 79%), meurtres, assassinats, parricides (15%), le reste pour vol, coups, etc. Ces détenus sont dirigés par le centre national d’orientation de la prison de Fresnes.


Dans le centre, spécialistes et techniciens se livrent pendant plusieurs jours à une étude approfondie de chaque délinquant avant l’orientation. Sont transférés ici les condamnés auxquels leur personnalité, leurs antécédents et leur éducation permettent de bénéficier du traitement en milieu ouvert.

Les pensionnaires se lèvent à 6h30. Après l’appel de 7h00, ils se rendent à leurs différentes tâches. Après le déjeuner, retour au travail de 13h30 à 18h00. Les détenus ont ensuite la liberté de circuler sur le domaine. En période estivale, ils ont accès à la plage pour se baigner ou pêcher. Dans le foyer (qu’ils gèrent), ils peuvent lire, voir la télévision ou le cinéma, jouer aux jeux de société ou au ping-pong. Au niveau des activités scolaires, ils peuvent préparer le certificat d’études ou suivre des cours d’alphabétisation et bientôt de langues étrangères, grâce à des détenus de niveau culturel élevé.

M. Joël Marié, assistant social depuis un an, s’occupe des activités socio-culturelles.

Des détenus ont aussi inauguré récemment les premières activités du groupe ‘Expression’ afin discuter avec la direction des problèmes quotidiens.

Sur la vente de leur production, les détenus perçoivent 25%, le reste allant à l’association et à l’administration.

Les parloirs sont toujours libres et se déroulent hors la présence du personnel pénitentiaire. Un pavillon aménagé permet au détenu de recevoir sa famille une fois par semaine. Les familles peuvent également pique-niquer avec leurs proches sur les 7 km de plage du domaine.


Un deuxième pavillon appelé ‘Chambre d’amour’, situé sur une plage, permet au détenu d’avoir des relations sexuelles avec son épouse. Car quelques-unes d’entre elles se sont installées dans la région d’Ajaccio ou de Bastia. Toutes ont un emploi et bénéficient une fois par semaine du parloir. Ainsi, nombre de détenus sont devenus père pendant l’exécution de leur peine. (Antoine Feracci-Photos J.Martinetti)


9 janvier 1984 : « M. Marc Tennevin, professeur de mathématiques menacé par le F.L.N.C »

Publié le 8 décembre 2018 à 6:50

Les professeurs enseignant au collège et lycée Fesch se retrouveront aujourd’hui en réunion extraordinaire. Il s’agit d’assister un homme dont chacun s’accorde à dire qu’en pédagogue scrupuleux et en chrétien fervent, il était un exemple dans une profession trop souvent critiquée. Après avoir tenté, au fil de mois, de convaincre M. Marc Tennevin de ne pas quitter la Corse, ses collègues ont fini par s’incliner devant le désarroi d’un homme dont le propos quotidien comme l’attitude étaient totalement étrangers à la haine et à la suspicion engendrées par les actes délibérées des uns et facilitées par l’inconscience et la passivité égoïste des autres.

Il est probable qu’il n’y aura rien d’autre à faire demain qu’à accompagner M. Tennevin et sa famille à Campo dell’Oro. Démarche impuissante de la part de ceux qui ont choisi de réapprendre et d’enseigner ce qui peut être tenu pour une vertu : savoir avoir honte en certaines circonstances parce que ces circonstances sont aussi le fait des renoncements collectifs. (JB)

Les 130 professeurs du collège Fesch et du lycée se sont réunis hier pour évoquer le départ sous la menace d’un de leurs collègues.

Hier, ses collègues ont décidé de réfléchir ensemble et de mettre en commun leurs idées et leurs sentiments susceptibles de déboucher sur une aide matérielle et morale à la famille de ce professeur, agrégé d’histoire et de géographie, qui a connu les pires déboires psychologiques depuis deux ans.

Aujourd’hui 10 janvier, une journée d’action est organisée, elle se traduira par un établissement désert. Une délégation se rendra au rectorat pour recueillir la prise de position de l’administration de tutelle à cet égard et afin d’étudier la possibilité administrative de voir verser le salaire de chaque manifestant, au cours de cette journée d’action, à M. Tennevin.


Plusieurs fois victime d’attentats et de menaces, M. Tennevin, qui enseignait au Finosello, a souhaité changer d’établissement pour l’année 1983-1984. C’est à l’issue de ce dernier trimestre au cours duquel ce professeur paraissait avoir retrouvé la joie de vivre dans ce pays, où il disait lui-même avoir « donné le meilleur de lui-même. » Il a reçu la dernière échéance que lui « accordaient » les clandestins et a décidé de partir, notamment pour sa femme, qui est atterré.

La famille Tennevin quitte donc la Corse aujourd’hui. Il n’est pas assuré de trouver un poste dans l’académie d’Aix-en-Provence, où il se rend. Sa demande de mutation a été envoyée hors délai (cette opération se fait en général en décembre). (MM.PC)

D’autres que lui, victimes des mêmes menaces ou les devançant, avaient pris leurs précautions. En 1983, 109 enseignants du secondaire (sur 1790 occupant leur poste en Corse) ont demandé leur mutation sur le continent. Ils avaient été 70 l’année précédente. L’an dernier, 109 professeurs chargés d’enseigner à nos enfants ont demandé à partir et à nous fuir. « Nous ». (JB)


11 septembre 1974 : « Ajaccio : une vaste campagne de propreté lancée bientôt »

Publié le 26 novembre 2018 à 8:35

Au cours de la réunion de presse du mardi, M. Pascal Rossini a fait le point sur toutes les affaires intéressant les Ajacciens. Dans le cadre de la campagne nationale de la propreté, la municipalité va s’employer à mettre l’accent sur cette question, assez préoccupante chez nous de par le laisser-aller qui semble présider, de la part de nos concitoyens, à tout ce qui touche à l’hygiène publique.

« Nous mettrons en œuvre tous les moyens de persuasion en notre possession pour que nos concitoyens prennent conscience de l’intérêt d’une telle entreprise » indique-t-on à la mairie qui va mettre en œuvre toute une série d’actions : une campagne publicitaire intensive, avec en particulier une grande affiche signée Barberousse, qui sera apposée sur les autobus, sur tous les bâtiments publics communaux.

Deux nouveaux services seront mis en place : l’un pour le ramassage des épaves de voitures, l’autre pour la collecte de cartons et papiers. Il est en outre envisagé de créer un service de collectes d’encombrants qui encombrent bien trop souvent certaines cours d’immeubles ou bien qui sont abandonnés à la périphérie de la ville.

Le maire a précisé que des sacs en plastique permettront au service du nettoiement de débarrasser la ville de tous les jets d’ordures qui souillent certaines places et artères. Les ordures seront ensuite acheminées jusqu’à la décharge de Saint-Antoine, dans le creux du vallon pour éviter autant que faire se peut la pollution, à l’abri du vent, le pourtour du dépôt devant être protégé par une clôture suffisamment haute pour éviter l’envol des papiers gras.



26 juillet 1972 : "Visite à un village du Nebbiu qui ne veut pas mourir"

Publié le 26 novembre 2018 à 7:00

Les avis sont unanimes : la propagande touristique n’éveille que médiocrement un intérêt pour certaines régions de l’arrière-pays. Aujourd’hui encore, les cars s’arrêtent en des lieux privilégiés, le temps d’une visite. Puis, en route vers la mer ! Mais il arrive que la perspective des plages encombrées et des stations bruyantes provoque comme un regret. Le regret de quitter si hâtivement la calme beauté des paysages qu’ils traversent. Hier, on disait vacances, on pensait retour à la nature. Un vrai changement de vie. De nos jours, on quitte les immeubles pour les labyrinthes étouffants des terrains de campings, on passe des rues de Paris à celles d’un village qui compte 500 âmes permanentes en hiver et 5000 éphémères en saison. Le paysage du Nebbiu prend, dans l’alternance des vallées verdoyantes et d’éminences rocheuses, un aspect enchanteur et tourmenté. Aux confins de cette région, un ravissant petit village : Murato.

Juste avant d’arriver par la route, bordée de pierres sèches et sombres prenant des tons vieil or, on y rencontre des vaches efflanquées, des ânes et des cochons.

La rue, cette ligne de vie du village, est déserte. Le silence est absolu. La patronne d’un des bistrots de la place nous indique que les gens sont en vacances et qu’elle ne commence à servir des cafés qu’à 9h30. On entend les clochettes des troupeaux de chèvres se répondre de loin en loin. Au pied du village, la Bevinco roule en cascades et achève d’habiller le silence.

Sur le vieux banc de pierre, un groupe de jeunes gens cherchent le frais. Thème des conversations : Murato participe au concours des « Villages fleuris », organisé par le commissariat au Tourisme. On nous montre les balcons débordant de géraniums-lierre et les parterres de fleurs entretenus par les employés municipaux. Avant de rendre visite à la mairie, nous avons demandé à un vieux Muratais ce qu’il pensait de cette jeunesse : « Les gens prétendent qu’il faut du changement. Peut-être qu’une fois le changement venu, Murato ne sera plus ce qu’il était : la ‘perle du Nebbiu’. Ce sera un endroit comme les autres. »


Le maire, M. Jean Leccia, ne partage pas cette opinion. « Les vacanciers, c’est une bonne chose pour la commune. Cela ramène un peu de vie. Mais la construction d’hôtels, de relais touristiques, pourraient les effrayer. C’est pourquoi nous avons notre politique sur l’achat de petites et moyennes résidences. Mais nous nous heurtons aux problèmes des emplacements disponibles : les Muratais ne se dessaisissent pas facilement de leur patrimoine… »

Le maire a fait le tour des projet en cours : l’assainissement, l’enrobé sur la route qui part de l’église Saint-Michel pour aboutir à la sortie du village, l’illumination de l’église, la suppression des lignes aériennes autour de cet édifice, l’installation d’une maison des jeunes sur un terrain attenant à la mairie, l’ouverture la saison prochaine d’un terrain de camping…Et le maire de conclure : « Murato est un village qui ne veut pas mourir. » (JC Lanfranchi)



21 juin 1990 : « L'associu di U Bronx de Bastia »

Publié le 8 novembre 2018 à 4:45

Une quarantaine de jeunes de la Cité Aurore a décidé de créer une association dont l’objectif est de développer des activités socio-culturelles et de devenir des interlocuteurs privilégiés pour tout ce qui touche à la vie du quartier.

L’Associu di U Bronx s’est installé au troisième étage du bâtiment 15 et 16, face au bar de la cité. Sur la façade, on peut d’ailleurs lire ‘Bronx’ inscrit en rouge. Son président, Mathieu Braconi et une partie de son équipe, ont accueilli la presse. Les jeunes ont déjà ficelé des projets. C’est ainsi qu’ils vont soumettre aux autorités compétentes pour d’éventuelles aides financières (mairie, conseil général, Jeunesse et Sports, etc) la création d’une salle de musculation. Un dossier chiffré à 30.000 francs.

Autres projets : une salle de danse, une vidéothèque, un lieu pour des cours de chant et l’apprentissage d’instruments de musique. A plus long terme, l’association entend installer des permanences de prévention sociale « pour une prise en charge des jeunes et des familles les plus démunies… » (Jean Marc Raffaelli-Gérard Baldocchi)




31 Aout 1984 : "Marianne et François cultivent leur jardin biologique »

Publié le 6 novembre 2018 à 9:05

La grisaille du marché de Bastia est éclairée par un rayon de soleil. Nous avons rencontré Marianne Tkaboka. Elle a 24 ans. Originaire de Monaco, elle était jusqu’en 1980 secrétaire à la télévision monégasque. Son époux, François, 28 ans, était lui professeur de guitare dans la Principauté. Il semblait manquer un but à leur vie. Un vent de liberté les pousse vers d’autres rivages. Rêvant d’une autre vie, le couple traverse en vélo, pendant quatre mois, l’Italie, la Grèce, la Sardaigne, la Tunisie, la Sicile et la Corse. A la dernière étape, c’est le coup de foudre. Ils y reviennent pour leur voyage de noces. Ils commencent par travailler un petit terrain à Pruno et s’intéressent de près à l’agriculture biologique. Ils s’établissent dans une propriété de Ville de Pietrabugno. Marianne s’occupe de la cueillette et de la vente au marché, François se charge de l’entretien et de l’arrosage des semences.

Le jeune couple adhère à l’association Nature et progrès, afin d’offrir à ses clients une garantie sérieuse. Cette association attribue une mention portant son nom en contrepartie d’un contrôle annuel très strict par une analyse de la terre et des produits. Marianne Tkaboka expose sur son étal toutes sortes de légumes dont des cœurs de bœuf d’Italie, et des ananas d’Amérique, entre autres. François a également une serre où il fait des plants qu’il revend au printemps.

Outre la culture, le couple anime une chorale. Ces jeunes agriculteurs ont dans leur projet l’achat d’un terrain où ils pourraient vivre en compagnie de David, leur enfant d’un an et demi, et du nouveau venu attendu en novembre. (Anne Marie Pastorino)



17 octobre 1987 : « Trois femmes flics à Bastia »

Publié le 22 octobre 2018 à 8:40

 Leur présence fait sensation. Ce sont les premières femmes en fonction à Bastia, d’où l’intérêt qu’elles suscitent. Francçoise, Andrée et Marie-Françoise ont pris leurs fonctions le 1er octobre dernier au commissariat central. Ce sont des femmes, d’accord, mais elles effectueront les mêmes missions que leurs homologues masculins. On évitera néanmoins de les placer en première ligne d’une manifestation ou d’une bagarre.

Elles ont été affectées sur l’ile à leur demande et comptent bien faire leur vie jusqu’à l’âge de la retraite. (I.S)



27 mars 1974 : « Désarroi chez les harkis de Casamozza »

Publié le 22 octobre 2018 à 7:55

On a un peu oublié ces anciens supplétifs de l’armée française dont le nom s’est progressivement appliqué à tous ceux qui s’étaient engagés à nos côtés pendant la guerre d’Algérie. Combien étaient-ils ? Cent mille environ si nos souvenirs sont exacts. Dès la signature des accords d’Evian, en mars 1962, ils tentèrent de gagner la France. Peu d’entre eux y parvinrent. Les autres furent massacrés dans d’horribles conditions.

En Corse, plusieurs centaines de familles s’installèrent en Corse. Deux centres d’accueil furent aménagés à Zonza et à Casamozza. Ces déracinés avaient le choix entre la valise et le cercueil.

Une cinquantaine de musulmans vivent aujourd’hui au hameau de Lucciana. Il nait un enfant par an dans chaque famille. La communauté est installée à 800 mètres de Casamozza, en contre bas de la route Bastia-Ajaccio. Là, les ministères concernés ont construit une cité en préfabriquée.

Vu d’en haut, les constructions évoquent une petite bourgade de la Mitidja. Les femmes commencent à se libérer du poids des traditions, mais rentrent chez elles en courant lorsqu’un étranger arrive. Les hommes sont employés pour la plupart. Les enfants parlent le corse.

Mais depuis quelques semaines, la communauté est plongée en plein désarroi. Elle est livrée à elle-même. On ne sait s’il s’agit d’une mesure d’économie, mais le chef du village a été déplacé à Zonza. Il n’a pas été remplacé. Or, pour ces harkis, le « chef » est tout à la fois le conseiller, le juge de paix, le secrétaire, l’infirmier. Sa femme, monitrice d’action sociale, le secondait efficacement. Rien ne va plus depuis leur départ. La communauté se sent coupée du monde. Plus de téléphone. Plus de secrétaire pour régler les questions administratives. Pour apaiser les « chikaias » aussi.

Résultat : certains s’adonnent à la boisson. Avec toutes les conséquences qui en découlent. Il semble que l’on ait misé sur un regroupement des harkis à Zonza. Avant le départ du chef du hameau, l’un deux nous a confié : « Si M. Soule part à Zonza, nous le suivrons tous ! Personne n’acceptera de rester à Casamozza sans lui ! »

On en est là. Heureusement, une famille bastiaise joue épisodiquement le rôle de chef de hameau. Mais c’est le genre de solution qui ne satisfait personne. Ce que veulent les harkis, c’est quelqu’un qui puisse résoudre tous les petits problèmes du quotidien. On leur doit bien ça. (J-C Lanfranchi)

 

2 mars 1974 : « Mlle Moussouris, depuis vingt ans sténotypiste du Conseil Général »

Publié le 22 octobre 2018 à 4:15

 Neuf heures. La silhouette menue, vêtue d’un pantalon marron et d’une tunique à fleurs, camaïeu châtaigne, avec ses cheveux coupés courts et ses yeux pétillants d’intelligence et de curiosité, Mlle Suzanne Moussouris vous reçoit, charmante hôtesse, au bar de l’hôtel des Etrangers. « Voici vingt ans que je descends dans cet hôtel. Je m’y sens chez moi. »

Depuis 1954, elle est la sténotypiste du Conseil général. « Pour lui, je lâche tout autre engagement à Paris ou ailleurs. Je n’ai manqué qu’une seule session. »

Dans le sanctuaire de la petite assemblée, elle a toujours sa place retenue à une table sous la tribune. Ses doigts courent sur le clavier à une vitesse vertigineuse et, sur le ruban de papier s’impriment une multitude de petits signes indéchiffrables pour le profane.

«Je fais ce métier depuis 1947. J’ai eu le temps d’apprendre à ne plus être esclave de ma machine. Je peux suivre les débats ou bien m’évader tout en continuant à taper sur mes touches. »

Elle consacre huit heures par jour à la retranscription des débats. Une heure et demie de prise correspond à soixantes pages dactylographiées. Mlle Moussouris refuse de confier cette tâche de retranscription à quiconque :

L’ensemble des dossiers lui est communiqué par le secrétaire général, M. Pierre-Louis Silvani.

De nombreux clients la réclament. Après la session du conseil économique et social, elle sera mardi à un diner-débat aux côtés du ministre du travail, M. Gorse, mercredi au comité des programmes de télévision à l’O.R.T.F. Parmi ses plus anciens clients, le Conseil de l’Ordre des architectes, la Direction nationale des assurances, les colloques médicaux, etc…

La plupart de ses souvenirs se rattachent à des noms célèbres : Raymond Arch qu’elle a suivi pendant 17 ans, Jean Rostand qui se disait « dépassé par sa merveilleuse petite machine », le procès de deux S.S en 1952 au tribunal militaire de Paris, la Charte de Lagos, le cardinal Danielou, Antoine Pinay…

Elle prend tout de même des vacances au mois d’aout, en période consacré à une cure pour l’arthrose cervicale : « Mon métier est une épreuve d’endurance pour la colonne vertébrale. »

Ses hobbies ? Le bridge, le football corse et les romans d’Exbrayat et la poésie. (M.M Pugliesi Conti)



13 novembre 1990 : « Pour cent balles, t'as plus rien »

Publié le 4 octobre 2018 à 0:45


 L’argent de poche : il file vite pour beaucoup. D’autres ont choisi le mot d’ordre de l’écureuil : amasser pour pouvoir se fournir en noisettes quand la bise sera venue. Vêtements, sorties, ciné, disques, moto, les jeunes ne manquent de rien en général. Pas une seule fois l’un deux ne suggèrera que la vie est chère quand on est jeune. L’argent de poche est souvent généreusement consenti. Toutes les formules sont permises, de la semaine au mois en passant par les demandes au jour le jour.

Dominique, 15 ans : « J’ai environ 1500F par mois en argent de poche. Je ne sais pas exactement où je le dépense, en vêtements, en sorties en boite. » Il possède une chaine stéréo, une moto 80cm3. Son rêve ? « Une voiture ! »

Le « blé », ils ont compris que c’était une des bases de notre société. « Je mets de l’argent de côté » nous dit Alain.

Sylvie : « Je travaille dans le magasin de mes parents le samedi. C’est une bonne formule. » Ils ont entre 15 et 20 ans, la vie est (encore) un long fleuve tranquille. Les parents représentent une sécurité. Ils ne gèrent pas toujours leur argent avec dextérité mais ils considèrent qu’ils ont le temps.

Fabienne : « J’ai 800 F par mois. J’achète des cassettes, des livres. »

Ils ont d’autres besoins, engendrés par une société de consommation qui sans cesse transforme le superflu en nécessaire. Ils ont de plus en plus envie de vivre leur jeunesse en accédant très tôt à des produits qui relevaient dans le temps des objets de luxe. (Anne-C Chabanon)




13 Novembre 1990 : « Vallica, le second souffle »

Publié le 3 octobre 2018 à 20:00


« Nous gérons la misère ! » avait lancé le maire, M. Nonce-Toussaint Antoniotti, réagissant à une enquête sur la taxe d’habitation ; la palme du taux le plus élevé (16.45) ayant été attribuée à cette petite commune de Balagne. « Il y a treize ans, il n’y avait pas neuf foyers fiscaux pour 29 habitants. On en dénombre aujourd’hui 19 et 45 habitants permanents, auxquels s’ajoutent 11 autres personnes qui y séjournent plus de six mois. »



Ici, on vit de l’élevage depuis des siècles. Les exploitations agricoles sont au nombre de sept, sans oublier les éleveurs de tradition, des retraités pour la plupart qui évoluent sans prime ! Soit un cheptel de 500 bovins environ. On y trouve aussi des élevages de chevaux, un troupeau de brebis laitières, 300 ruches du seul apiculteur, sans oublier le marchand de bois de chauffage.

Comme autrefois, le lait et la provision de fromage sont assurés par des chèvres domestiques. Un soupçon d’autarcie pour une population de montagne qui veut néanmoins veut vivre avec son temps.


« Mes prédécesseurs avaient réalisé une adduction d’eau mais nous en manquions terriblement en période basse, car Vallica ne retient pas l’eau. L’été, c’était franchement invivable. Alors au bout de quelques jours, les vacanciers pliaient bagages… »


Les histoires d’eau de Vallica reçurent un écho dans le cadre intercommunal et la solidarité joua du côté de l’Office hydraulique. Pour débrouiller l’écheveau, il est rappelé qu’Olmi-Capella étant gravitairement desservie par la Melaja, il fut décidé d’opérer un captage sur la Tartagine. Les ouvrages d’Olmi-Capella rétrocédés à l’OEHC, ce dernier finançait l’opération. Mais une conduite de 3400 mètres y était nécessaire. Le projet estimé à 1.000.000 F l’obligeait à contracter un emprunt de 500.000F complété par une subvention du département de 50%. A une annuité de 58.729 F s’en ajoutait une autre de 12.984 F au titre du réseau AEP antérieur à 77. De quoi obérer un petit budget. Le 10 aout 1988, le village célébrait « la fête de l’eau ». Depuis, les habitations et les exploitations agricoles sont desservies.

Autre exigence : le désenclavement de l’agglomération. Le village étant inaccessible aux poids lourds, les transports de matériaux et de fourrages, voire les déménagements, se faisaient encore à dos d’âne.

« Pour mieux vivre, il faut que le Giussani devienne le lieu de promenade des Balanins. » (J-B Suzzoni)



20 septembre 1966 : «Première liaison Ajaccio-Bastia en trois heures »

Publié le 1 octobre 2018 à 10:50

 

« Le train d’affaires » comme il a été baptisé, fait Ajaccio-Bastia en trois heures. Hier, pour la première fois, le train rapide est arrivé à Ajaccio avec une précision stupéfiante. Il était à Ajaccio-Gare exactement à 9h56 et à Ajaccio-Centre à 10h, ce qui a fortement réjoui les 28 passagers qui en quelque sorte inauguraient cette première liaison rapide. En effet, parti à 7h de Bastia, l’autorail était sa première étape, Casamozza, à 7h21 précises, à Ponte-Leccia à 7h48, à Corte à 8h20 et à Ajaccio à l’heure prévue. Le rapide a mis 1h34 pour effectuer Corte-Ajaccio. C’est quand même appréciable.

Nous avons interrogé quelques-uns de ces voyageurs. M. Poli s’est exclamé : « Enfin, la Compagnie des chemins de fer est à féliciter. » M. Pietri : « Pour 18 F, Ajaccio-Bastia en 3 heures, c’est formidable. Il était bien temps ! »


Ces quelques impressions reflètent l’opinion de tous. Le rapide était une nécessité. Le personnel des C.F.C est ravi. M. Canasi, des guichets à Ajaccio, nous a dit : « Nul doute que ce petit train n’obtienne un grand succès. Aujourd’hui, il a fait le plein, comme on dit. »


Le chauffeur, André, est lui aussi très satisfait : « C’est une petite voiture qui s’adapte merveilleusement à la voie. Il n’y a aucun danger, lorsqu’elle est en pleine vitesse, elle peut faire des pointes à 70 km/heure. Je crois que les voyageurs sont satisfaits. » (Lily Figari)


7 Septembre 1966 : « Les jeunes ajacciens nous parlent de leurs 'problèmes' »

Publié le 1 octobre 2018 à 9:10

« La fumée dans les yeux, un éléphant me regarde… » Dans un brouhaha indescriptible de musique rythmée, de Johnny à Antoine, dans un crépitement incessant de flippers et de babyfoot, de nombreux jeunes font vibrer les flippers, la cigarette aux lèvres.

Nous les avons surpris, entre copains, dans une de ces ‘boites’ où ils se réunissent presque à heure fixe. Jean-Louis, Alain, Etienne, René, Antoine viennent ici pour affronter la machine et écouter hurler leur chanteur préféré. Ils discutent de tout et de rien. Ils ne demandent rien, seulement d’être entre jeunes et de pouvoir se comprendre.


Certains nous parlent : « Nous, m’a dit René, nous avons un défaut que les vieux ne nous pardonnent pas : nous sommes jeunes, voilà. N’avons-nous pas le droit d’espérer une place de choix ? Pourquoi je viens ici ? Parce que cela me détend, que je ne pense pas à la maison où ca ne tourne pas toujours très rond. Je suis maçon, j’ai quitté l’école très tôt parce qu’il le fallait. Ce qui me dégoute, c’est de m’apercevoir que nous vivons dans un monde qui se dit de progrès et où les masures côtoient les maisons de luxe. Ca ne vous fait rien de savoir que certains types dépensent en un jour le salaire annuel d’un ouvrier ? Moi ça me dégoute. »

Je me suis habituée peu à peu à ce bruit infernal des flippers en marche et des disques criards. J’ai voulu aussi connaître leur opinion sur Antoine, le chanteur qui se dit libre. « Antoine, il possède un humour acide et s’enflamme pour une liberté déjà déterminée. Il veut se rebeller contre les principes et toutes les conventions. J’aime sa foi, il est sympathique parce qu’il est sincère. Il m’épate. »

Etienne n’est pas du tout d’accord. « Antoine, c’est une grosse fumisterie. Son seul mérite, c’est d’avoir trouvé un bon moyen de se faire de l’argent. Antoine est né…de l’ennui. »



Clic-clac, les boules sautent dans les flippers, les chiffres montent, les lumières s’allument et s’éteignent. Ils sont retournés à leur plaisir, tranquillement. L’ennui, c’est, en fait, leur pain quotidien. Ils n’ont que leur jeunesse, ils en sont de plus en plus conscients, et puisque demain n’est pas certain et que leur éducation est leur seule défense, pourquoi ne profiteraient-ils pas de la vie jusqu’à la lie ? (Lily Figari)


18 avril 1964 : « Levie : spuntinu , aria pura e scola »

Publié le 29 septembre 2018 à 11:50

 Tous les mercredis, les élèves du C.E.G de Levie sont libres. Aussi, sous la direction de leurs professeurs, ils se livrent à des travaux archéologiques. Lors du démaquisage de mercredi, ils ont mis à jour un magnifique monument du moyen-âge, à Capula, avec enceinte et monument central.

« Un splendide ébahissement ! Nos parents nous ont vu préparer les serpettes, les limes, les haches, tout était paré. Les tranches de jambon, la tarte de Jean, les galettes de Charles, rien n’était laissé au hasard : l’expédition au Pianu était fin prête. »

Les élèves allaient vivre ce 17 mars 1964 un aventure captivante. A 8h30, les voitures mises à la disposition de cette grande équipe s’ébranlait. Les musettes étaient rangées dans les coffres et les armes disposées sous les banquettes. Enfin, Capula s’élevait devant nous, une simple colline recouverte de chênes laissant entrevoir, entre les branches, des murs. La première équipe a pris position au pied du mur d’enceinte. Jean-André et Jean furent chargés de démaquiser l’enceinte. Plus loin, Charles, Jacky et des élèves de 4ème devaient s’occuper de faire disparaitre le maquis recouvrant la plate-forme. Enfin, les 5èmes et 6èmes s’attaquaient au massif central formé par un enchevêtrement de ronces. Quel magnifique travail ! Alors que les ronces entaillaient les chairs, que la poignée des serpes faisaient naitre des ampoules, seule importait la découverte. Les structures constituées par des murs de fondations apparaissaient petit à petit. Un magnifique mur d’enceinte voyait le jour pour la première fois depuis de très nombreuses années.

Plus loin, une structure rectangulaire de plus de dix mètres de long sur sept mètres de large jaillissait sous les coups redoublés des serpes. « Pareils à des magiciens, nous avons vécu l’expérience enivrante des chercheurs ! Enfin, à midi, l’estomac creusé par toutes ces émotions, l’esprit rasséréné, l’âme fière, nous étions fins prêts pour le sacrifice suprême. Sur ces ruines de civilisations disparues, le prizutu a émergé, lui aussi, des musettes. Quel admirable moment : béatement allongés, nous avons connu un long moment d’euphorie. »

Voici la composition de l’équipe archéologique de l’école : Giorgi François, De Peretti Jeannot, Giuseppi, Bizet, Crovetti, Marcellesi, de Lanfranchi, Léonetti, Guerra Jean-Baptiste, Angeli Jean-Baptiste, De Peretti Charles, Taiclet, Canarelli, Fornesi, Galucci, Ferracci, Mela. (F. Grimaldi)



20 fevrier 1974 : « Les revendeuses de la halle aux poissons : 'il faut mettre à l'index celles qui nous portent tort par leurs prix' »

Publié le 24 septembre 2018 à 5:20


 La halle aux poissons n’a rien de comparable avec un sanctuaire et l’ambiance ne manque pas. L’autre matin, on nous guettait du coin de l’œil entre le merlan et quelques rougets. Nous fûmes entourés par les revendeuses qui voulaient nous parler. Notre article sur certains prix exorbitants avait donné le ton.

Toutes craignaient que leurs clients ne les comparent désormais à ces « requins » dont on parle souvent à la halle aux poissons.


« Il faut croire que les clients qui se plaignent sont tous des fins gourmets, nous a dit Mme Remiti. Ils ne parlent que du prix des rougets, des merlans et des langoustes. Mais ils ne critiquent jamais les prix des poissons de second ordre ».

« Vendre les rougets à 40 F le kilo, non ! Cela ne m’est pas arrivé. Je ne sais pas si d’autres l’ont fait. » Il y a quelques jours, trois membres de la gendarmerie maritime avait effectués un contrôle, opérant en civil.

Pour Mme Poli, « si certaines vendent des langoustes, c’est sous le tablier bien sûr car la pêche en est encore interdite. Evidemment, de temps à autre, il y a quelques spécimens qui se laissent prendre dans les filets. Mais il est difficile de les vendre à ce prix. D’ailleurs, regardez les prix affichés aujourd’hui : 65 F. En pleine saison nous avons des difficultés à les vendre à 50 ou 60 F le kilo. Alors, maintenant… »

« Les rougets, nous les vendons 30 F le kilo car nous les achetons aux pêcheurs entre 25 et 28 F suivant les jours. Les merlans sont affichés le plus souvent à 25 F » nous a confié Mme Ceccarini.

Même son de cloche chez Mme Matté d’Orazio : « La semaine dernière, j’ai même dû afficher le merlan à 20 F et le vendre à 15 F. C’est comme les bogues ! Les prix ne peuvent pas être rigides. Je les ai vendues à 12 F le kilo après les avoir payées 10F. C’est la quantité de poisson sur le marché qui détermine le prix pour certaines qualités. »

Que ce soit Mme Casudu, Mme Raimondi, Mme Lofredi ou Mme Biaggi, toutes nous montrent leurs panneaux de prix et si pour les rougets, les mostelles ou la langouste, les prix sont constants, pour les autres, les traces d’éponge et de craie récentes ou anciennes montrent les fluctuations des prix. Il ne restera plus au client qu’à consommer d’autres poissons que des rougets…Peut-être reviendront-ils un jour à un niveau plus accessible ? (M. Arbona)





16 février 1974 : « Objets perdus ou trouvés ? S'adresser au bureau des épaves à la mairie d'Ajaccio »

Publié le 24 septembre 2018 à 4:10


 Le service dépendant de la mairie fonctionne en permanence, au rez-de-chaussée de l’ancien marché couvert, et placé sous la responsabilité du brigadier-chef Mathieu Braconi, assisté de Patrick Maurisse et Richard Turckevez, seules habilités à manipuler les objets. Un objet perdu ou trouvé est enregistré au bureau qui le conserve un an et un jour. La personne qui l’a trouvé est en mesure de le réclamer mais devra le restituer dans un délai allant jusqu’à vingt ans si l’authentique propriétaire se fait connaitre. Elle en deviendra par contre le propriétaire intégral passé le délai de 30 ans. Si elle n’en veut pas, l’objet est mis aux enchères.



Parmi les objets trouvés, on trouve le plus souvent des permis de conduire, livrets de famille, passeports, trousseaux de clés. L’année dernière, 306 objets ont été trouvés et 546 perdus. Entre autres objets perdus, un Moulinex tout neuf, une paire de chaussures et même un perroquet vert à demi déplumé mais toujours vivant, sur une plage de la ville. Citons également une quarantaine de vélomoteurs. Le service continuera à fonctionner pour autant que durera la distraction, l’étourdissement de l’être humain, de plus en plus fréquente de nos jours. (Charly Salvia)

4 février 1974 : « Les femmes et le travail en Corse »

Publié le 22 septembre 2018 à 13:55

 

D’après les estimations de l’I.N.S.E.E, la Corse comptait en 1968 une population active de 65.000 personnes, soit 32.5% de la population totale. Sachant que la moyenne nationale s’élève à 40%, on a tendance à attribuer cet écart à un sous-emploi de la main-d’œuvre féminine. La tradition insulaire veut qu’une femme n’a pas exactement sa place sur le marché du travail. On dit facilement qu’elle a plus qu’une autre tendance à rechercher refuge dans le mariage et que, gardienne du foyer et responsable de l’éducation des enfants, cela suffit à la qualité de sa vie. On ajoute aussi que les attributions traditionnellement domestiques de la femme corse, associées à la carence des possibilités locales, sont de nature à l’empêcher d’aller au bout de ses possibilités intellectuelles ou pratiques susceptibles de déboucher sur un métier véritable. On dit encore qu’il n’est pas valorisant pour une femme corse de rechercher officiellement du travail. Nous avons voulu rechercher la part de vérité de cette profusion de « on dit ».

Le fait d’être une ile. Tous les problèmes découlent de cette évidence. De Corse, on traverse la mer pour aller faire ses études sur le continent. Du continent on traverse la mer pour revenir s’installer chez soi. On peut aussi décider de quitter la Corse et faire sa vie ailleurs. Il y a aussi le cas de ceux qui ne peuvent pas partir et qui doivent trouver sur place les solutions à leurs problèmes. Cela vaut pour les hommes et les femmes.

Vanina P., 25 ans, appartient à la catégorie de celles qui ont décidé de revenir. En juin 1973, elle rentre au pays. Munie d’une licence de lettres et d’une expérience professionnelle de deux ans à Paris en tant qu’attachée de direction, elle a subitement eu peur d’être « prise dans un engrenage et de ne plus pouvoir trouver une porte de sortie sur la Corse. J’ai le sentiment que la Corse est en pleine expansion et qu’il est temps pour la jeunesse de rentrer s’installer chez elle. Je pensais que je trouverai sans trop de peine un job à la mesure de mes capacités et de mon expérience, compte tenu des multiples entreprises que je savais prendre naissance dans l’ile. C’était très présomptueux de ma part et je me berçais d’illusions. » En effet, Vanina a mis six mois avant d’être obligée d’accepter un poste de secrétaire pour 1.200F par mois. « L’A.N.P.E m’a prévenue qu’il serait difficile de trouver un emploi correspondant à celui que j’avais exercé. Chacun me laissait entendre, en faisant une moue éloquente, qu’il n’y avait rien ici »

Marie-Thérèse Lodovici, 22 ans, a elle aussi voulu revenir en Corse : « Depuis que je suis toute petite, je veux être professeur d’anglais. J’ai passé ma licence mais pour être sûre de pouvoir rester en Corse j’ai renoncé au C.A.P.E.S sachant bien que si j’étais titulaire, l’Education nationale m’enverrait d’abord exercer pendant quatre ou cinq ans dans différents postes sur le continent. » Elle cherche des suppléances ou entrer dans un cours privé. Parlant anglais et allemand, elle vient d’accepter le poste d’hôtesse d’accueil-secrétaire dans un hôtel. « Il se peut que j’embrasse définitivement cette profession, mais a priori je vais contre ma vocation. »


Le cas de Madeleine Natali, 21 ans, se rattache à celui de ceux qui n’ont pas pu partir poursuivre des études supérieures et qui ont dû trouver de quoi gagner leur vie. « Je pensais que le bac me servirait de tremplin d’évasion. Mon rêve était de faire les Arts décoratifs. Mes parents n’étaient plus chauds pour me laisser entamer des études, aléatoires à leurs yeux. Un étudiant coûte cher, et pourquoi ne pas attaquer une licence d’espagnol ? Et très vite le refrain est devenu : une licence ou rien. Rien c’est-à-dire Ajaccio mais avec un métier. Peindre, dessiner ou faire de la céramique étaient mes seules passions, mais aucun diplôme ne sanctionnait ces aptitudes. Me voilà partie en chasse, mais je ne voulais pas accepter n’importe quoi. » Après avoir passé un concours à la chambre de commerce, elle est aujourd’hui hôtesse d’accueil. « Mais j’en ai marre d’Ajaccio et je regretterais à jamais de n’avoir pu suivre les études qui m’intéressaient. »

A Ajaccio, l’Agence nationale pour l’emploi n’a que six mois d’existence. M. Racine est le conseiller professionnel chargé d’orienter les demandeurs d’emploi vers un métier correspondant à leur formation. « J’ai l’impression qu’on fait plus facilement appel à ses relations avant de s’adresser à nous. C’est peut-être encore la tradition qui veut cela. La tradition fait aussi que toutes les demandes d’emploi féminin se situent dans le secteur tertiaire. Et puis les femmes recherchent des horaires accommodant leur donnant le temps de s’occuper de leur foyer. Pour l’instant, les femmes n’ont guère le choix. Le nombre d’offres ou demandes d’emploi non satisfaites les concernant est conséquent. »

Au 31 décembre 1973, sur 692 demandes d’emploi émanant de femmes, 321 tendaient vers des activités de bureau. 98 vers le commerce, 77 vers les services hôteliers et 43 vers des postes d’enseignement.

A la fin de l’année 72, il avait été question de créer une usine de tricot à Cauro. Ce projet n’a jamais vu le jour en dépit du nombre important de demandes d’emploi, féminin en particulier, qu’il avait suscité. « Il est temps de le dire : en Corse, sur le marché du travail, une femme est une demi-laissée pour compte. Au mois de décembre dernier, 370 femmes pour 202 hommes, tous qualifiés, n’ont pas reçu de réponse favorable à leur demande. Pourtant, il est à souligner que le pourcentage de demandes non satisfaites s’avère moins élevé que la moyenne nationale. »

Il nous a été difficile de chiffrer le nombre de femmes en activité en Corse. Le département ne possède pas encore de statistiques précises. Pour 81 chefs d’entreprises, on ne trouve que 13 femmes et 2 femmes pour 64 cadres supérieurs hommes. Une bonne nouvelle : une femme architecte vient d’être engagée à la mairie d’Ajaccio, qui par voie de concours, est susceptible d’être promue ingénieur subdivisionnaire.(Marie-Madeleine Pugliesi-Conti)


 

16 Novembre 1983 : « Le tunnel de Bastia a enfin ouvert »

Publié le 19 septembre 2018 à 0:00


Banderolles tricolores et visages en fête, l’ouverture du tunnel, attendue depuis six ans, a été saluée dans la bonne humeur. Pas de discours pompeux ni de rubans à couper, il faudra attendre le 1er décembre avec la visite de M. Deferre (ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation) pour cela.

A bord d’un bus de la S.A.B, élus et presse ont fait une excursion d’une minute à 4 mètres de profondeur, le long des tubes de néon et des éclairages au sodium. Le tunnel modifie considérablement le paysage urbain de Bastia. (JP. Girolami)


Le tunnel a enfin livré ses secrets aux automobilistes émus et réjouis comme s’ils pénétraient religieusement dans la caverne d’Ali Baba.

Dès 9h, nous nous sommes aventurés dans la colossale buse de béton. Là, des ouvriers briquaient le site du sol au plafond. A 11h, les automobilistes ont pu s’engouffrer sous la citadelle. Derrière les cars portant les nombreuses personnalités, le premier automobiliste, M. Tafani, semblait ravi : « Ces haies de lumière qui défilent au-dessus de votre tête donnent un précieux cachet esthétique. C’est ce qui m’a frappé en premier lieu. Ensuite vient la surprise d’être sous le Vieux-Port. »

M. Bernardini : « C’est une belle réalisation et je crois que c’est l’opinion que partageront la plupart des usagers. »

M. Fleuri se montrait plus sceptique : « Est-ce qu’on roulera mieux sur le boulevard Paoli ? »

Mme Carrega l’est tout autant : « Je pense qu’il faut reconsidérer la sortie pour que le tunnel ne soit pas un sursis trop court à l’embouteillage ! »

Ces premières voitures ont été accueillies par une salve d’applaudissements prodigués par les nombreux badauds piétons massés sur la passerelle de la place Saint-Nicolas. (J-M. Raffaelli)


13 Avril 1988 : «Ajaccio : habitat : rénover n'est pas tricher »

Publié le 18 août 2018 à 15:15

 Les rénovations de façades sont un réel investissement. Pour la ville comme pour les copropriétaires. Trop souvent, elles portent les stigmates de leurs désaccords. Pendant ce temps, le patrimoine immobilier se détériore, brisant net toute prétention touristique. Depuis quelques années, la ville a pris le taureau par les cornes. Au début de la chaine de toilettage pour immeuble : le syndic, désigné par le tribunal ou par la volonté des copropriétaires. Il établit un règlement provisoire et dresse un état descriptif des divisions en fonction des surfaces respectives et des parties privatives. A l’autre bout, au terme d’un travail juridique : l’entrepreneur.


Le coût moyen d’un ravalement de façade est de l’ordre de 350.000 F. Soit des frais de 25 000 à 30.000 F pour chaque propriétaire. Il convient de préciser que dans la vieille ville, la municipalité prend à sa charge 30% du montant des travaux. Si le solde est trop élevé pour un copropriétaire, certains cabinets s’adressent au Crédit foncier pour la constitution d’un prêt sans intérêt dont les crédits sont débloqués pour 50% à l’ouverture du chantier et le reste à la finition des travaux.

Une disposition qui devrait éviter que ne se répète la triste histoire de l’immeuble à demi-rénové comme on peut le constater ça et là, au hasard des rues. La mairie peut prendre un arrêté de péril si un immeuble présente un danger pour les passants ou les occupants. (Joseph-Guy Poletti)

7 Avril 1988 : « Les puces arrivent à Bastia »

Publié le 14 août 2018 à 14:50

 Les Bastiais pourront dès dimanche découvrir les joies du marché aux puces. Cette opération est organisée par la S.A.R.L Corse Animation Bastia. Mme Borromei, sa présidente, en donne les précisions : « Notre but est de faire que tout le monde puisse venir exposer ou vendre les choses entassés dans leurs caves ou greniers et qui ne leur sont plus d’aucune utilité. » Elle espère que dimanche, de 8 à 13 heures, le nombre de participants sera important. « Il faut que tout le monde adhère. Le but est aussi de relancer l’activité commerciale de la ville, notamment le dimanche matin. »


Pour participer, vous pouvez louer un emplacement (50f les trois mètres linéaires). Dimanche, la place Saint-Nicolas acceuillera le premier marché aux puces de son histoire. (C-L S.)

Pari gagné. L’affluence était telle qu’elle a créé la surprise jusque chez les organisateurs. Une joyeuse bousculade sous un soleil printanier, le but de l’association « Corse animation Bastia » est atteint. Joelle Borromei, cheville ouvrière de l’opération, qui était accompagné du gérant de la société qui a lancé les Puces d’Ajaccio, n’a pas caché sa satisfaction devant les 45 exposants venus parfois de loin. La foule de visiteurs a elle découvert des trésors dormant auparavant dans les caves et les greniers.






Du vieux fusil au tapis persan, du jupon de grand-mère aux 45 tours des années 60, tout s’est vendu. Grâce aux puces du dimanche, Bastia prend un air de fête qui tranche avec la léthargie habituelle. (J-P.G)