Hier en Corse


Corse Matin : 40 ans d'archives

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5 Avril 1988 : « Les plastiqués de Cervione »

Publié le 14 août 2018 à 10:45

 Nous avons reçu de M. et Mme Patouret, dont la résidence a été détruite à Cervione le courrier suivant, rédigé à l’intention des plastiqueurs :


« Nous avions une petite résidence secondaire depuis 1980. Vous nous l’avez fait sauter dans la nuit du 9 au 10 mars, avec deux autres petites maisons appartenant à des Alsaciens comme nous. Nous aimions la Corse et les Corses.

De plus, mon grand-père maternel s’appelait Sebastiani. Il est venu en Corse et s’est installé en Alsace où il a fait souche. Nous ne sommes pas des gens fortunés. Ayant travaillé tous les deux, c’est avec nos économies que nous avons construit cette petite maison pour passer nos vieux jours au soleil. Nous avons 60 et 63 ans et c’est la première fois que nous aurions pu pleinement en profiter car mon mari est malade et invalide à 80% et moi retraitée. Le soleil nous aurait fait du bien.

Mais une fois de plus, vous avez frappé aveuglément pour assouvir une certaine vengeance que nous ne comprenons pas, car la Corse est pour nous un département français comme l’Alsace. Si cela continue, vous allez faire la ruine de votre belle province. Nous ne comprenons pas vraiment quel est votre but. »

16 Janvier 1960 : « Repeupler nos villages pour accroitre le niveau de vie des insulaires »

Publié le 20 avril 2018 à 0:40

Seule l’agriculture avait dit Marbeuf, pouvait faire cesser l’état d’anarchie où se trouvait la Corse avant l’annexion. Seule l’agriculture peut faire cesser celle économique où elle se trouve encore maintenant. Mais pour qu’elle se développe, il faut donner à sa population les moyens d’y vivre décemment et sur le même pied que les habitants du continent et des colonies. Alors nos exilés pourront retourner en Corse pour récupérer les maisons que leurs ancêtres leur ont laissées. La France a toujours négligé le problème de la production corse de sorte que la bourgeoisie a abandonné la culture et s’est réfugiée dans les professions administratives. Le paysan l’a suivie par la même route.

Au cours du siècle, les richesses locales sont allées en s’amenuisant. Et comme les habitudes de vie se sont multipliées, il en est résulté un déséquilibre qui a constitué, en 1939, le fondement de la crise corse. La situation ne s’est pas rétablie par les revenus tirés de l’extérieur : traitements, pensions, retraites, allocations, ainsi que par le bénéfice du tourisme. On nous avait dit : aides toi, le ciel t’aidera. Planter des châtaigniers et des oliviers ça va bien, écrit Cosimo Defranchi, mais dès maintenant on devrait se préoccuper de l’écoulement des fruits déjà existants ou subsistant encore. Il n’y a plus de bras pour cette besogne dans nos villages et il n’y a plus de cueilleurs et de cueilleuses, ni de meuniers. Il faut repeupler nos villages. Or on ne fait rien pour cela. Il faut encore protéger son bien sans qu’il soit nécessaire de l’entourer d’une clôture dont le prix de revient serait supérieur au fonds car les municipalités n’ont pas toujours les moyens de se payer un garde-champêtre. Il faudrait aussi supprimer le libre parcours principalement celui des chèvres et des ânes abandonnés qui retournent à la vie sauvage.

Ce qui a contribué à aggraver la misère de la Corse c’est de lui avoir fait subir la loi commune aux autres départements.

Malte-Brun a dit, dans sa Géographie Universelle (1775-1828) : lorsque les gouvernements européens seront las d’entretenir des colonies, depuis longtemps plus onéreuses que profitables, la France trouvera dans le sol fertile de la Corse, dans son climat propre à la production des denrées coloniales, une source de richesses qui n’attend que les soins et les encouragements pour s’acclimater.

Déjà en 1915, Saint-Genest, un des premiers préfets de la Restauration observe que les lois françaises ne convenaient pas à la Corse. Il dit que la justice est trop chère. Il demande des encouragements pour l’agriculture, préconise des plantations de châtaigniers dans la montagne, fait faire des essaims de culture, de la garance, du coton, établit des pépinières de mûriers, propose l’établissement de deux greniers d’abondance, demande qu’on exploite les forêts, qu’on améliore les routes.

En 1819, le conseiller Réalier-Dumas dans son « Mémoire de 1820 sur la Corse » a écrit : « La Corse, qui n’a rien de commun avec les autres départements, aurait besoin d’une législation particulière. »

En 1939, le Ministre des Finances fait les mêmes constatations que Saint Genest. Il y a en Corse, disait-il, 150.000 hectares de bois mais l’absence de routes et de moyens de transports ont empêché jusqu’à présent, le gouvernement d’en tirer profit.

Comme l’a très bien dit le député Pierangeli : dans ce pays, maintenant pauvre, où le commerce, l’industrie, l’agriculture sont demeurés à l’état embryonnaire, et c’était une erreur d’appliquer la loi commune. L’assimilation à l’ensemble du territoire ne devait se poursuivre que progressivement au fur et à mesure du développement de l’outillage et de la marche du progrès.

De temps en temps il a bien été tenté quelques améliorations mais les siècles de fer ne sont pas terminés pour notre pauvre Corse, ont écrit Cesari-Rocca et Villat dans leur « Histoire de la Corse »

La Corse dépeuplée, les impôts trop lourds, le reboisement des montagnes négligé, les campagnes incultes, telle est la Corse d’aujourd’hui cependant que d’autres voient croître leur prospérité.

Quel remède, a dit Constant, apporter, à tant de maux dont souffre la Corse. Car il faut qu’un tel état des choses cesse à la volonté du gouvernement qui veut que la Corse prospère. Je ne vois qu’un seul remède : plus de latitude dans l’exercice de l’autorité administrative. Il faut lui conférer le régime que sa situation commande. Il faut en outre lui donner un administrateur qui soit un chef. (J.D Savelli)


22 octobre 1976 « Canale-di-Verde, mon village »

Publié le 25 mars 2018 à 5:20

"Les estivants sont partis. Canale est tombé en léthargie. Pour les cinquante âmes qui l’occupent, l’hiver est déjà là. Notre village a vu fondre ses effectifs en peu d’années. Il y a douze ans il comptait 112 habitants. La désertion des zones rurales improductives d’une part, et la scolarisation des élèves portée à 16 ans d’autre part, y ont pris des allures d’exode. Plusieurs maisons ont vu leur feu s’éteindre les unes après les autres. Désormais, un nombre considérable de vieillards composent notre village.

Je ne voudrais pas être l’avocat du diable mais au train où vont les choses je crains fort que dans un avenir très proche Canale continuant à se désagréger y laissera la vie. Il deviendra une localité de résidences secondaires et que sais-je encore…Triste sort pour cette localité située à 4 km à vol d’oiseau de la mer, à une heure de Bastia.

Les hommes, paraît-il, sont profondément attachés au village qui les a vu naître et où ont vécu leurs parents. Nous voudrions dire à nos concitoyens qui sont à la retraite et qui résident sur le continent de rentrer chez eux. Nous ajouterions : Vous venez de passer un mois dans votre village natal. Vous avez été heureux de retrouver la maison familiale, votre église, votre fontaine, les places qui ont assisté à vos premiers pas. Vous avez honoré ceux des vôtres qui reposent dans la sépulture de la famille. Chacune de ces pierres vous apportent un bienfait et vous enseigne un devoir. Enfin, la vue de votre village est un spectacle aimable et touchant où l’âme se plait.

Comment pouvez-vous rester insensible lorsque trois fois par jour vous entendez les cloches électriques égrener leurs notes graves qui ne ressemblent plus à l’angélus d’antan mais à un cri de détresse invitant au retour tous ses fils sur la terre de leurs aieux ? Qu’attendez-vous pour le faire ? Cela apporterait un regain de vie à votre village et pour vous une longévité certaine dans un environnement qui est le vôtre et que vous aimez."


4 mars 1978 «Une vieille histoire d'intimidation » La chronique d'Etienne Leca."

Publié le 9 mars 2018 à 16:15

« Elles nous assomment, les féministes, par la façon dont elles s’y prennent. En Corse, la femme, qu’elle soit épouse, fille, sœur, amie, garde dans le cœur de tous les hommes le caractère de leur propre mère, ces déchainements semblent désagréables. Ils sonnent faux et suscitent un malaise. Elles savent bien, les femmes corses, à condition de sauver les apparences de la gloire virile, lequel des deux époux dirige le foyer. Il ne convient pas de farder la réalité en niant qu’il ait jamais pu se produire chez nous des cas de violences et d’outrage. Je pensais à une histoire vraie qui me fut racontée en lisant hier un long réquisitoire d’un écrivain contre le viol. Les choses se sont déroulées de manière calme, insidieuse. Il y avait, après la guerre de 1914, un jeune couple qui vivait dans le quartier du port. Mais le bonheur ne dura pas longtemps. Un jour qu’il travaillait sur les quais, le mari trouva la mort dans un accident. Dans le même quartier végétait un garçon d’une trentaine d’années, grand, fort, les épaules larges et les reins solides. Le bonhomme soulevait d’indignation les alentours, moins par son oisiveté que par le cynisme de sa placidité et de son féroce égoisme. On l’avait vu appeler sa mère d’en bas pour avoir un verre d’eau, invitant la malheureuse à descendre et remonter trois étages !

La jeune veuve vaquait en silence aux soins de sa maison. Sa porte ne s’ouvrait qu’à sa cousine, qui deux fois dans la semaine, l’accompagnait jusqu’au Canniciu.

Dans le cerveau reptilien du lazzarone, un mécanisme s’était déclenché. Cette fille si belle demeurait maintenant toute seule dans un appartement de plusieurs pièces. Lors de ses rares sorties, elle sentit peser sur elle les regards de l’homme, éternellement assis, vautré près du portail. Il surgit un jour chez elle. Il n’avait eu qu’à pousser la porte. Il lui déclara : « Nous deux, on voit se mettre ensemble ». Il ne demandait pas, il décidait.

Puisqu’il adoptait le ton de l’intimité, d’un immense effort, elle surmonta sa répulsion, se mit au diapason, sourit avec sympathie, l’invita à s’asseoir. Elle sortit même de la vaisselle, offrant une tasse de café. L’autre triomphait en silence. Ce jour-là, elle prétexta avoir une course à faire et revint chez elle accompagnée d’un inspecteur de police. L’homme s’était mis au lit et l’attendait.

Epilogue : deux ans de prison ferme. La moralité de l’histoire se trouva dans la bouche d’une vieille femme du quartier : ‘Vulia tasta u dolce, ava rode l’amaru’ (Il voulait goûter à la douceur, maintenant, il remâche l’amertume.)

 

 

21 Avril 1973 "Les ravages du progrès"

Publié le 30 janvier 2018 à 9:35


Dans nos village il est de bon ton lorsqu’on a quelque notoriété de faire crépir sa maison. Les maçons collent sur de merveilleuses pierres sèches une épaisse couche de pâtisserie, que dans un second temps on badigeonnera à la crème Chantilly.

Ce que voyant, le voisin, qui estime sa notoriété égale, et entend montrer que lui aussi a les moyens, enduit et peint à son tour. En effaçant ainsi leurs pierres centenaires, en transformant leur aspect extérieur, nos villages ne perdent-ils un peu de leur âme ? (JC Casanova)

9 février 1976 « Traditions perdues, prénoms oubliés et gastronomie éteinte »

Publié le 21 janvier 2018 à 16:30

 Un lecteur nous a écrit. Il s’étonne qu’au moment où « chacun se sent plus corse que le voisin », il soit laissé le champ libre à l’érosion de ce qui reste de nos traditions.

« Pourquoi les Corses renient-t-ils les habitudes anciennes en ne donnant plus à leurs enfants les prénoms de leurs aieux ? Finis : Francesc’Antone, Petru Santu, Alluerdu, Ghiuvan Felice, Luc’Antone, Anna Maria, Laurina, Laura, Maria Felice, Lucia, Anghiula, Stella, Natalina, etc. Il y a maintenant dans nos familles une débauches de prénoms extra-locale tels que : Patrick, Eric, Didier, Cyrille, Oswald, Fabrice, Nadia, Murielle, Sandrine, Carole, Ingrid, Inès, Edith, Sabine, Odile.

Autre domaine : la cuisine. Jadis, lorsqu’on invitait quelqu’un à sa table, c’était pour lui offrir une belle lasagnada, un bon stufadu, des manfare , un arostu di caprettu, un piatu du curadella ou encore une tianata di fascioli lumbelloni et pour finir un casciu aschese, niulincu o calenzanincu…

De nos jours dans les villages, le paysan invite à déguster un bon méchoui, un bon couscous, une paella, des brochettes et en dessert des fromages arrivés en congélateur de la métropole lorsqu’ils ne viennent pas de l’étranger.

Je pourrais dire que paraissent morts à jamais l’amour familial, l’amitié, la charité, l’affection, l’entraide. Chacun vit pour soi. On ne s’aide plus dans cueillette des fruits. Finies les traditionnelles veillées au coin du feu avec les voisins, les amis, les parents. La radio et la télévision ont mis tout le monde à la porte. D’ailleurs il n’y a plus de feux de cheminée mais des radiateurs électriques. Il n’y a plus de châtaignes au séchoir. Il n’y a plus d’ânes car il n’y a plus d’écuries.

On ne mange plus la charcuterie de Mamone et on boit plus le vin de nos pères. On ne joue plus à la scoba, à brisca, à la manille, mais à la belote, au rami, au bridge.

On ne fume plus l’herbe tabacca. On ne boit plus plus l’eau de vie de nos vignes ou de nos arbres fruitiers.

Même les mœurs électorales ont changé. Jadis on truquait les bulletins de vote. C’était presque la légalité. De nos jours on fraude. C’est plus grave.

On a perdu le culte des vieilles sérénades en troquant la vieille et noble guitare de nos belles nuits d’été contre un transistor enroué ou un tourne-disques à piles…Au monde d’aujourd’hui ne répond plus que faiblement le monde d’hier. Sommes-nous plus heureux ? Matériellement certes. Pour le reste on demande à voir.

 

27 mars 1960 : « Au cours de leurs assemblées générale, les rapatriés d'Afrique du Nord précisent leur but de leur action et élaborent un vaste programme de mise en valeur de la Corse »

Publié le 21 octobre 2017 à 6:15

C’est en présence d’une assistance particulièrement nombreuse que s’ouvrait hier dans une des grandes salles de l’école du centre, l’assemblée générale annuelle des Rapatriés d’Afrique du Nord. M. Jean Peretti, l’actif et distingué président, promoteur dans notre département de l’Union des Rapatriés, était entouré de M. Mattei, proviseur du lycée, de M. Badani, inspecteur principal d’enregistrement, de M. Bereni, avoué, de M. Mac Daniel Hercher, chef des services agricoles à la Somivac , de M. Grillot, secrétaire général, et de M. Peretti, trésorier général.

L’orateur a esquissé les différentes questions inscrites au programme d’avenir des rapatriés. Avec une éloquence remarquable, M. Jean Peretti évoque une vision de l’ile qui apparait dans une exctinction évanescente dont le départ remonte au temps où Emmanuel Arène « républicanisait » la Corse avec des nominations de petits fonctionnaires signées en blanc. C’est ainsi que nous sommes tombés, dans l’espace de 60 ans, de 350.000 à 140.000 âmes. Heureusement que les nouvelles indépendances nous ramènent vers l’ile de nombreux rapatriés corses ou métropolitains, représentant un capital d’une valeur exceptionnelle. Ces apports ont été formés à l’école de l’action dont Lyautey disait qu’elle était la joie de l’âme. Ces hommes nouveaux refusent pour leur chère ile le destin suicidaire que leur avait assigné une politique insouciante. Il poursuit en soulignant que cette élite qui charrie dans ses veines le sang noble et généreux de notre race apportera à l’ile de beauté l’injection d’amour et de puissance qui lui donnera dans sa prospérité une beauté encore plus rayonnante. Il se demande comment le peuple corse a pu arriver à une misère aussi inconcevable. « A-t-on jamais vu une femme aussi parfaite tendre la main ? »

Il faut donc remédier à cet état des choses par l’application du programme radical que voici : Elaborer un plan de l’habitat pour villes et campagnes d’un cachet s’harmonisant avec les aspects du pays et qui permette de loger les nouveaux venus. Mettre toutes les terres en culture, en céréales, vignes, légumes, arboriculture, étoffement de nos châtaigneraies, reboisement de nos forêts. Créer toutes les industries de transformation des produits et dérivés de la terre. Développer par chalutiers modernes toute l’étendue de la pêche. Consentir au développement du tourisme et à la construction d’hôtels confortables. Pousser les transports en régularité, en sécurité. Développer les marchés et les échanges. Créer pour cela une foire à Bastia, capital économique de l’ile. Créer à Corte une faculté. Doter la Corse d’une caisse interprofessionnelle des retraites. Doter l’ile de toutes les distractions intellectuelles d’un grand pays. Lutter contre la vie chère.

L’ile, intelligemment mise en valeur et débarrassée de toutes les entraves d’un statut départemental qui lui vaut tous les inconvénients d’un département en la privant de tous les avantages du contact direct, peut atteindre et supporter facilement une population d’un million d’habitants dont la qualité exceptionnelle a été démontrée dans la création de l’ancien empire colonial qui est, en grande partie, l’œuvre des Corses.

Nous pourrons avoir, à ce moment-là, un budget de 120 milliards qui permettra de rembourser l’emprunt de démarrage avec une incidence à peu près nulle sur le coût de la vie, si l’on tient compte des investissements considérables qui d’ici là se seront réalisés dans notre chère ile. (Henry Sanesi)

 


1er Mars 1960 : « Faut-il avoir recours aux Corses expatriés pour aider au relèvement de notre île ? »

Publié le 19 octobre 2017 à 6:15

L’idée a été lancée par le Groupement de la défense des intérêts économiques de la Corse, dans un rapport présenté aux autorités responsables par son président, M. Martini. Ce rapport contient des suggestions du plus haut intérêt, mais l’une d’elles me parait quelque peu discutable. Elle vise à faire appel aux Corses « expatriés» pour leur demander de souscrire à un emprunt d’équipement amortissable en vingt ans et de l’ordre de dix milliards d’anciens francs. Ce groupement est peiné de voir l’Etat faire si peu de cas de notre ile, et las d’attendre un secours qui ne vient pas, il en arrive à demander aux Corses eux-mêmes de faire les frais du redressement économique de leur ile. C’est une disposition d’application difficile. Comment recenser et atteindre tous les compatriotes installés hors du pays natal ? Doit-on compter les Corses installé dans la métropole ? Qui serait charger de collecter les fonds, de verser les intérêts des sommes prêtées et de procéder au remboursement de celles-ci aux échéances prévue ? Dix milliards, n’est ce pas une somme un peu trop élevée en égard aux ressources de la plupart de nos compatriotes, qui vivent du produit de leur travail et non de leurs rentes ? D’autre part, il n’est pas moral que l’Etat se décharge des obligations qui sont les siennes et qui doivent lui incomber en propre. Ce geste pourrait créer un précédent fâcheux et pourrait à la longue porter atteinte à l’unité nationale. L’Etat pourrait-il le faire sans se déconsidérer et ne perdrait-t-il pas la face en montrant ainsi son impuissance au regard de ses devoirs essentiels ? Aller dans le sens de la proposition envisagée serait glisser dans la voie de l’autonomie interne sur le plan économie. Oui, ce « farà da se » ne parait pas opportun dans la conjoncture présente. Les Corses ont payé assez l’impôt du sang et ne doivent pas payer de leur argent le redressement de la Corse. Je viens d’exprimer là une opinion toute personnnelle. Il se peut que je sois dans l’erreur. Si l’idée est bonne, notre Conseil général ne manquera pas de la retenir. Car c’est lui, en définitive, le meilleur juge dans une telle matière.

(A. Mattei, Conseiller Général de la Corse)