Hier en Corse


Corse Matin : 40 ans d'archives

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26 janvier 1984 :« Reportage au centre pénitentiaire de Casabianda »

Publié le 8 décembre 2018 à 7:05

 Les récentes évasions de la prison gruyère de Bastia ont mis en avant de l’actualité les problèmes de l’administration pénitentiaire en Corse : insuffisance et inadaptation des locaux de détention. A Casabianda, point de barreaux, de mur d’enceinte, ni même de serrures aux portes. Unique en France, elle possède peu d’équivalent à l’étranger.


Dans les 1800 hectares de terrain (dont 700 en culture), les 167 détenus vaquent à leurs occupations sans toutefois en dépasser le périmètre de 20 km. Malgré l’absence de clôture, on a noté que trois fugues au cours de l’année 1983 et une en 1982.

Exceptionnellement, l’administration pénitentiaire nous a autorisé à visiter les installations et à rencontrer des membres du personnel et des détenus qui nous ont accueilli pour une journée. Après avoir quitté la RN 198, on est surpris par l’ampleur des surfaces cultivées. Sur les différentes voies quadrillant le domaine, on rencontre pêle-mêle, des véhicules conduits par des détenus et des animaux du cheptel.

Au bout d’une piste, une barrière symbolique et un gardien interrompant sa discussion avec des détenus nous accompagne dans le bureau de M. Alain Franchi, directeur depuis le 1er janvier.

La création du centre remonte à 1862. Après que le domaine a été acquis par l’Etat (suite à une vente aux enchères), l’administration en hérite une première fois. Mais l’insalubrité était telle que le pénitencier dut fermer en 1885. Avant l’assainissement des marais par les armées alliées, il ne restait en culture qu’une cinquantaine d’hectares, le reste ayant été envahi par le maquis.

C’est en juillet 1948 que Casabianda reçut ses premiers condamnés (politiques) qui assurèrent les premiers travaux de remise en état des bâtiments et de défrichement des terres.

Depuis 1953 il reçoit les condamnés de droit commun qui purgent des peines de deux à vingt ans, généralement pour attentats aux mœurs à caractères incestueux (actuellement 79%), meurtres, assassinats, parricides (15%), le reste pour vol, coups, etc. Ces détenus sont dirigés par le centre national d’orientation de la prison de Fresnes.


Dans le centre, spécialistes et techniciens se livrent pendant plusieurs jours à une étude approfondie de chaque délinquant avant l’orientation. Sont transférés ici les condamnés auxquels leur personnalité, leurs antécédents et leur éducation permettent de bénéficier du traitement en milieu ouvert.

Les pensionnaires se lèvent à 6h30. Après l’appel de 7h00, ils se rendent à leurs différentes tâches. Après le déjeuner, retour au travail de 13h30 à 18h00. Les détenus ont ensuite la liberté de circuler sur le domaine. En période estivale, ils ont accès à la plage pour se baigner ou pêcher. Dans le foyer (qu’ils gèrent), ils peuvent lire, voir la télévision ou le cinéma, jouer aux jeux de société ou au ping-pong. Au niveau des activités scolaires, ils peuvent préparer le certificat d’études ou suivre des cours d’alphabétisation et bientôt de langues étrangères, grâce à des détenus de niveau culturel élevé.

M. Joël Marié, assistant social depuis un an, s’occupe des activités socio-culturelles.

Des détenus ont aussi inauguré récemment les premières activités du groupe ‘Expression’ afin discuter avec la direction des problèmes quotidiens.

Sur la vente de leur production, les détenus perçoivent 25%, le reste allant à l’association et à l’administration.

Les parloirs sont toujours libres et se déroulent hors la présence du personnel pénitentiaire. Un pavillon aménagé permet au détenu de recevoir sa famille une fois par semaine. Les familles peuvent également pique-niquer avec leurs proches sur les 7 km de plage du domaine.


Un deuxième pavillon appelé ‘Chambre d’amour’, situé sur une plage, permet au détenu d’avoir des relations sexuelles avec son épouse. Car quelques-unes d’entre elles se sont installées dans la région d’Ajaccio ou de Bastia. Toutes ont un emploi et bénéficient une fois par semaine du parloir. Ainsi, nombre de détenus sont devenus père pendant l’exécution de leur peine. (Antoine Feracci-Photos J.Martinetti)


27 décembre 1985 : « L'occhiu pour chasser le mauvais oeil »

Publié le 16 novembre 2018 à 9:00

 Nous sommes en Casinca. Les flammes dansent joyeusement dans le fucone. La lueur qu’elles projettent fait vaciller les ombres sur les murs. De loin parviennent les sons annonçant la messe de minuit. C’est Noël. Tout autour de la cheminée, une dizaine de femmes relativement jeunes vont s’initier au secret de « l’occhiu » : l’art et la manière de chasser le mauvais sort. Le mauvais œil qui vous donne subitement mal à la tête ; qui vous indispose brutalement. Et qui disparait aussitôt dès lors que l’on s’est soumis directement, ou par un objet interposé, à cette prière que l’on marmonne plus que l’on formule.

Une vieille dame dispense son savoir. Silence, puis chapelet de mots que l’on reprend individuellement puis en cœur. Une assiette est remplie d’eau. Une ‘luminella’ et de l’huile. La prière reprend son cours. Trois gouttes d’huile sont versées dans l’assiette. A l’importance qu’elles prendront, ou pas, l’officiante vous dira si vous êtes ou non, ‘annucchiatu’. Et à quel degré. Auquel cas vous ne serez débarrassé du mal pernicieux qu’au terme de trois séances d’occhiu, pratiquées par trois officiantes différentes. La pose de la main sur la tête de celui auquel a été transmis le mauvais œil et la traditionnelle prière suffisent bien des fois à éloigner le mal.

Cette pratique mêle profane et sacré dans une Corse profondément pieuse qui ne s’est pas encore défaite, et c’est heureux, de ses racines d’hier.



12 Avril 1964 : « Les cent ans de Mlle Marthe Battesti »

Publié le 29 septembre 2018 à 7:30


Vero est fier de Mme Marthe Battesti. L’air pur que l’on respire à Vero, à plus de 300 m d’altitude, doit être pour quelque chose dans le secret de ses cent ans. Elle passe ses journées allongée dans une petite chambre rustique, au premier étage d’une minuscule et très vieille maison du village, à deux pas d’un calvaire. Sur l’édredon voisinent un livre de messe, un ouvrage réservé aux élèves des classes primaires et le roman « Le sable vif » de Pierre Moinot, prix des libraires 1964.

Née Orsoni, elle nait à Vero le 11 avril 1864. Elle se souvient mal du long chemin parcouru depuis. Elle a vécu en Algérie aux côtés de son époux (mort il y a quelques années) qui faisait partie de l’administration pénitentiaire.

Elle a obtenu son brevet élémentaire, diplôme rarissime dans ces petits villages corses dont la population dépasse rarement les 200 âmes. Elle avait ensuite occupé quelques postes de suppléantes dans l’enseignement. Il lui en est resté la soif de s’instruire davantage et de lire, de lire toujours alors que petit à petit, sa mémoire et son ouïe se ressentaient des atteintes du temps. La centenaire vit aujourd’hui en compagnie de sa nièce dont le dévouement est à souligner, elle-même mère de dix enfants.



15 fevrier 1975 : « Alistro : gardien de la plaine et de la mer »

Publié le 25 septembre 2018 à 8:00

 Alistro fait partie de la commune de San Giulano. Si Alistro est connu et réputé pour ses vins, ses fruits, sa plage, on ne peut l’évoquer sans penser à son phare. Nous avons eu l’occasion de le visiter et dès notre arrivée nous avons été accueillis par le gardien, M. Regulus Maurizzi. Originaire de Matra, il a été muté de Bastia en 1948 au phare de la Giraglia qu’il a quitté en 1963 pour rejoindre son poste actuel. Nous avons gravi les 102 marches en colimaçon et sommes arrivés dans la pièce où se trouve le phare à feu tournant avec un appareil optique Frenel d’une puissance de 1500 watts d’une portée de 35 kilomètres.

Le phare, construit en 1864, avait précédé la construction d’un sémaphore à feu fixe que les Allemands avaient dynamité en 1943 au moment de leur départ. Après de longues discussions, le phare a été épargné mais non sans que le système lumineux n’ait été décapité par l’explosion d’une couronne de dynamite.

C’est en 1951 que la coupole a été reconstuite. De la merveilleuse terrasse qui l’entoure, on découvre un panorama magnifique avec à l’arrière-plan les villages de Canale-du-Verde et Linguizetta, à ses pieds le joli lotissement Cardoni avec ses 30 villas toutes blanches, les vignobles, les cultures et plus loin, le bleu de l’immense Tyrrhénienne.


Nous avons demandé à M. Maurizzi s’il était content de son sort. Il nous a répondu affirmativement et qu’il avait toujours été dans son travail qui le tient 24/24 du 1e janvier au 31 décembre. Un tableau prévoit les heures d’allumage et d’extinction tous les jours du crépuscule jusqu’à 5 minutes avant le lever du soleil.

Dans deux ans, M. Maurizzi sera à la retraite après avoir consciencieusement rempli sa tâche. Il est en train de faire construire en contre-bas du phare une petite maison avec un jardin. Le phare continuera de tourner pour guider et mener à bon port les navires et les avions pendant la nuit. (André Frasseto)



26 février 1974 : « Le clémentinier des quatre saisons : le rêve impossible d'un Corse venu du Maroc »

Publié le 25 septembre 2018 à 0:35

L’inventeur de la clémentine ‘des quatre saisons’ est Corse. René Ristorcelli est sec et musclé comme un pied de vigne. De la race des défricheurs, il a participé à l’expansion agricole du Maroc avant de devenir gérant de deux des propriétés du roi Hassan II. De retour en Corse avec son épouse depuis un mois, il vit pour le moment dans un hôtel bastiais. Propriétaire d’un terrain du côté de Casamozza, il va poursuivre incessamment son expérimentation sur le sol de ses aïeux.

« Je n’ai rien inventé. On n’invente pas la nature. C’est à la suite d’une mutation remarquée en 1945 sur un clémentinier ordinaire que m’est venue l’idée du clémentinier des quatre saisons. J’ai découvert un rameau mutant suite à une greffe ; c’était une branche extraordinairement chargée de clémentines en grappes. » Il prélève les premiers greffons et obtient des récoltes très abondantes de clémentines de gros calibres. « J’ai greffé 330 oranges navel avec ce nouveau clone en 1964, puis 220 citronniers en 1967. Les arbres produisaient toute l’année des fruits abondants. Je me suis attaché à rechercher une production précoce, c’est-à-dire 100% hors saison, assortie d’une seconde production presque normale fin décembre. »

En une dizaine d’années, il a greffé 1300 clémentiniers des quatre saisons, sur des souches de 35, 29 et 13 de plantation, avec plusieurs variétés de citrus comme intermédiaires. « Dans tous les cas, la fructification est identique, seuls les procédés culturaux apportent des variations. Sur ces arbres, la grappe de fruits caractéristique de la mutation apparait, représentant une hérédité transmissible et non dégénérée. »

En 1970, des clémentines ‘Ristorcelli’ étaient mises en vente à l’étranger. A Rungis, elles atteignent 12 F le kilo. Des scientifiques internationaux sont allés à sa rencontre mais des heurts se sont produits entre le praticien et les théoriciens. Par ailleurs, cette réalisation française, œuvre d’un agrumiculteur sans étiquette, est diversement accueillie en terre d’Islam. Excédé, il quitte le Maroc au début de cette année. Il va expérimenter les possibilités de la nouvelle clémentine en Corse. M. Ristorcelli pourrait paraphraser Verlaine en s’adressant à ses compatriotes : « Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches… » (J-C Lanfranchi)



21 Juin 1983 « Santa Maria Poggio a pris l'accent du pays basque »

Publié le 17 juillet 2018 à 6:55

 La commune du Campoloro Moriani a accompli les dernières formalités de son jumelage avec Sare, une collectivité locale du Pays Basque. Une centaine de Saratars ont été accueilli avec à leur tête leur maire, M. Pierre Agnosbergues, ainsi que l’ancien, M. Paul Dutournier.

Le maire de Santa-Maria Poggio, M. Jean-Claude Dominici et son collègue de Sare ont lu les serments de jumelage rédigés en français, corse et basque. Le doyen du village, M. Félix Orsini, a également prononcé une allocution.

Dans la soirée, un grand banquet à l’ « Oru du Serpentina » a clos la journée. A 21h00, une soirée culturelle a eu lieu dans la salle de fêtes, réunissant A Manella di Corti, A Filetta, Tavagna, Jacques Andreani et le groupe basque Txaranga. (D.C)



23 juin 1970 « Inauguration du barrage de l'Alesani »

Publié le 14 juin 2018 à 5:30

 Mis en chantier il y a environ cinq ans, le barrage a été inauguré hier. Il retient 11 millions 300.000 mètres cubes d’eau destinés uniquement à l’irrigation 4.600 hectares. C’est un ouvrage de 65 mètres de haut, situé dans la partie la plus étroite des gorges de l’Alesani, cours d’eau impétueux désormais domestiqué.

Cette inauguration était incluse dans le programme d’une journée consacrée à différentes réalisations de la Somivac dans la plaine arinetale.

Parodiant une phrase de Napoléon, M. Jean-Pierre Bourgoin, p-d-g de la Somivac, commentant cette réalisation : « Du haut de ces 65 mètres, 59 millions vous contemplent. Soit : 30% des crédits de la Somivac depuis sa création. »

Le barrage vient à point nommé prendre la relève de la réserve basse de Peri qui ne suffit plus pour alimenter cette bande de terre faiblement vallonnée longue de 12 kilomètres, entre la mer et le pied des montagnes, de Bravone à Moriani. Grâce à lui, 2000 hectares pourront être consacrés aux agrumes et 1200 aux cultures annuelles.

M. Bourgoin, préfet de la Corse, a actionné la vanne de vidange faisant jaillir au pied de ces 520.000 mètres cubes de roches disposées les unes sur les autres, une énorme gerbe blanche, pulvérisant de l’eau cinquante mètres à la ronde. Ce fut un spectable féérique que le préfet compara aux grandes eaux de Verailles. (J-C Casanova)



16 Aout 1979 « Le groupe "Téléphone" pour la réouverture de la Clé des Chants »

Publié le 8 juin 2018 à 3:30

A l’occasion de sa réouverture, la Clé des Chants, établissement qui fut le rendez-vous de la jeunesse des années 60 accueille « Téléphone », le groupe rock qui « monte ». Le groupe est né le 16 décembre 1976. Leur concert aura lieu le samedi 18 aout à Cateraggio. (Reproduction Gérard Baldocchi)


11 Octobre 1989 : « Les banlieusards de la Castagniccia »

Publié le 5 mai 2018 à 10:15

Fabien, Sandra, Séverin sont des collégiens pas comme les autres. Agés de 11 à 12 ans, ils vont au collège à Cervione, mais habitent dans l’Alesani. Résultat : des journées de douze heures avec lever à six heures et retour à la maison à 18 heures. Il faut une heure et un quart pour parcourir les trente kilomètres qui séparent Pietricaggio de Cervione. Depuis la rentrée 89, les directives ministérielles sont appliquées aux 6èmes et 5 èmes : cinq matinées de cours et quatre après-midi doivent apparaitre dans leur emploi du temps. Pour les parents de l’Alesani, cette mesure pénalise lourdement les élèves de montagne. Selon eux, ce n’est pas de cette façon qu’on enrayera la désertification des villages de l’intérieur.

6H45 à Pietricaggio un samedi matin. Le temps est clément en ce dernier jour de septembre. Le chauffeur du car, Sébastien Raffaelli, s’apprête à fait tout le tour du canton par Piobetta, Tarrano, Felce. Un second car partira de Novale pour rejoindre aussi Valle d’Alesani. Les deux bus transportent chacun quinze élèves. Fabien passe son temps ainsi : « Je lis, je révise. Mais souvent, je préfère écouter mon baladeur pour faire passer le temps.. »

On s’arrête pour prendre Séverin sur la route avant Tarrano. Il habite à un kilomètre de là. Ses parents le conduisent en voiture.

Le chauffeur se souvient qu’en 1973, il était parti de Cervione, à midi, avec sept élèves dans sa voiture. Il neigeait. Ils se sont trouvés bloqués jusqu’à 19 heures. Un élève a réussi à ouvrir le coffre, à monter sur le toit de la voiture et à faire des signes au chasse-neige. Il y eut trois mètres de neige en mars cette année-là.

L’an dernier, en novembre, une tempête s’est levée. Les parents, inquiets de ne pas voir entrer leurs enfants, sont allés à leur rencontre. Le car était bloqué par un éboulis.

8h. Cervione, enfin ! Les petits montagnards descendent du car…nous allions écrire « chargés comme des mulets ». Les parents de Fabien ont pesé son cartable : 12kg !

Les parents de l’Alesani rappellent l’article 26 de la Déclaration des droits de l’homme qui stipule : « L’éducation doit viser au plein épanouissement de chacun. » Nicole et Jean-René Santini-Derrien aiment à citer cette phrase : « Si vous étiez manchot, vous auriez assez de doigts pour compter les élèves d’Alesani qui sont allés jusqu’au baccalauréat depuis dix ans… ! »

Leur parcours du combattant commence à l’école primaire. Les enfants de Pietricaggio sont scolarisés à Valle-d’Alesani. Il n’y a pas de cantine. Parents et enfants effectuent trois allers et retours en voiture dans la journée, soit 54 kilomètres.

Puis, au collège, la longueur du trajet entraine une fatigue excessive. « Beaucoup d’enfants sont déprimés ». Les parents envisagent de créer une association de parents d’élèves de montagne. L’inspecteur d’académie, M. Flori, a donné raison aux parents sur l’allègement des devoirs. Les élèves ne devraient pas avoir plus d’une demi-heure de travail chez eux le soir. C’est aux professeurs d’établir un planning hebdomadaire. Les parents souhaitaient aussi que les enfants puissent rentrer à 9 heures au lieu de 8 heures au moins une à deux fois par semaine. Le principal s’est engagé à mettre en place de nouveaux horaires l’an prochain. (Jocelyne Normand)



17 Mai 1963 : « Solenzara : le repaire des Corsaires »

Publié le 13 avril 2018 à 17:50

Ils se font appeler ‘Les Corsaires’. Ces jeunes, âgés de 14 à 20 ans sont une trentaine. Chaque soir, ils se réunissent dans la baraque qu’ils ont fabriquée eux-mêmes avec gout et originalité. Ils préparent ici leurs surboums et sorties en bande. Mordus de rythme, leur idole est Vince Taylor. Eux-mêmes ont formé un orchestre rock et twist. Ils sont reconnaissables à leurs blue-jeans décolorés et très étroits et à leurs sweaters blancs portant l’insigne du club. Bravo les Corsaires Rouges ! (Dany Mondo)


6 Mai 1963 : « L'Opération Sourire : 300 km de routes et 8 heures de recherches pour trouver dix bons conducteurs »

Publié le 11 avril 2018 à 13:25

Trouver sur la route dix bons chauffeurs et les récompenser. Telle était la mission confiée à une voiture dans laquelle nous avions pris place et qui devait, dans le cadre de « l’opération sourire », organisée par la Prévention Routière, sillonner toute la journée la route de la plaine orientale entre Bastia et Bonifacio.

Quoi de plus simple, de prime abord. Avant le départ à 8 heures, on nous avait même donné quelques instructions. « Suivez un véhicule quelconque…Observez-le pendant quelques kilomètres et si vous jugez que son chauffeur conduit selon les règle du code de la route, arrêtez-le et remettez lui cette lettre de félicitations et un dixième de la Loterie Nationale. »

A 8 heures, nous quittions donc la place St Nicolas. Au volant, M. François-Louis Valéry, délégué par M. Caillot-Grenier, à sa droite, le gendarme Hubert Marlien de la B.T de Bastia. A l’arrière, celui que l’on devait appeler pompeusement ‘le représentant de la presse.’

Le temps que l’on nous refuse quatre fois la priorité à droite, nous quittions la ville pour le sud de la plaine orientale.

‘Dix chauffeurs conduisant correctement, cela doit se trouver dans les deux ou trois heures qui suivent’, avance l’un de nous.

A cette heure matinale, la circulation entre Bastia et Casamozza n’est pas très importante. Les voitures roulent à peu près correctement. Il semble que les gens aient bien compris que ce tronçon est le plus meurtrier de tous les réseaux de l’ile. Sur la proposition du représentant de l’ordre, nous faisons halte au carrefour de Casamozza. Tandis que le gendarme fait signe aux véhicules de s’arrêter, M. Valéry distribue les prospectus rappelant les nouvelles dispositions de l’article R4 du code de la route : « En marche normale, le conducteur doit maintenir son véhicule près du bord droit de la chaussée. » Vox clamantis in deserto.

Nous reprenons la route vers le sud. Sur le pont de Casamozza, nous tombons nez à nez dans la côte sinueuse, avec une 2CV qui grimpe les lacets. L’homme est prudent, ralentit dans les agglomérations, se sert de ses clignotants et tient sa droite.

Ca y est, on tient le premier chauffeur modèle. Nous l’arrêtons à Folelli. C’est M. François Benedetti, agriculteur à Ghisonaccia. « Ah, la prévention routière, il y en a bien besoin. Hier soir, à l’embranchement de Porto-Vecchio, j’ai failli me faire tuer par un camion mal chargé. »

Nous nous remettons en quête. Voilà dix kilomètres que nous roulons. Et les candidats que nous pistons nous déçoivent au plus haut point. Ils s’arrêtent au milieu de la route, ne clignotent pas, ne possèdent pas de stop…


Nous voilà à Ghisonaccia. Nous prenons d’autres voitures en filature, avec le même résultat. Les bons chauffeurs sont non seulement rares, mais introuvables. Une traction attire notre attention. Elle est la seule qui roule à droite. Nous la suivons pendant cinq kilomètres. Nous klaxonnons. Elle s’arrête. Il s’agit de M. Paul Luciani, de Ghisoni. Exploitant forestier.

Le suivant se fera attendre. Nous voici à Porto-Vecchio. A 14h, nous nous rendons à l’évidence : jamais nous ne trouverons dix bons chauffeurs. Nous nous arrêtons à la sortie nord de Solenzara. Placés après un virage nous verrons combien d’automobilistes prennent cette courbe à leur droite.

Nous arrêtons un camion. C’est Antoine Campana, chauffeur de l’entreprise Zaveroni de Ventiseri. « Il y a huit ans que je conduis. Jamais un accident. » Il est 15 heures et nous possédons encore sept billets de loterie. Nous allons en liquider quelques uns en quelques minutes. Nous arrêtons M. Jean Valéry, libraire, qui totalise 32 ans de conduite sans le moindre accident. Sans même une seule contravention.

Puis 500 mètres plus au nord, nous nous postons à nouveau. Comment autant d’automobilistes peuvent-ils couper ainsi les virages sans savoir ce qui peut surgir devant eux ? Nous retenons tout de même MM. Modeste Casabianca, conducteur d’engins à Ghisonnaccia, Barthélémy Graziani, agent de travaux à Aleria, Paul Beveraggi, représentant à Bastia, Michel Andreuzzi, et Ange Fraticelli, agriculteur à Aleria. Et voilà ! Nous avons terminé ! Je ne savais pas qu’il était si difficile de trouver dix chauffeurs modèles.



26 octobre 1976 « Pluies catastrophiques sur le cortenais et la région bastiaise »

Publié le 27 mars 2018 à 0:45

D’ores et déja dans le cortenais, les dêgats sont évalués à plusieurs millions de francs. C’est Dimanche en fin de soirée que l’orage s’est déclenché, provoquant de nombreuses coupures de courant à Corte et dans les communes limitrophes. Hier vers 13 heures, la pluie devait redoubler de violence. Les appels fusaient au centre principal de secours dirigé par le capitaine Venturini et composé essentiellement de volontaires. Les secours se rendirent dans différents points de la ville au secours d’automobilistes en difficulté.


Sur le cours Paoli, de nombreux magasins étaient inondés sans compter les caves et les dépôts, notamment celui de la maison de la Presse où les dégâts étaient très importants.

Le pont de l’Orta était devenu une véritable piscine où les pompiers avaient du mal à dégager plus d’une vingtaine de véhicules dont le moteur était noyé.

Au Pont-Vieux, les appartements situés au rez-de-chaussée étaient inondés et des véhicules obstruaient la route Nationale 193.

Dans la région de Ponte -Leccia, le Golo en crue recouvre sur plusieurs dizaines de mètres la Nationale. La route du Niolu est obstruée en plusieurs endroits par des éboulements. Le téléphone était coupé à Ponte-Leccia, Venaco, Vivario, Vezzani, Erbajolo, Poggio et Antisanti.

Vers 17 heures, un radio amateur, M. Michel Perfettini, lançait un appel de détresse depuis Vivario privé de téléphone et d’électricité. On apprenait en fin de soirée que les maisons appartenant aux familles Perinetti, Mattei-Carlotti et Fragosi s’étaient effondrées vers 16h. Les secours sont arrivés à pied en compagnie du sergent Branbour, chef de l’antenne du S.D.I et de M. Gérard Duvivier, secrétaire général de la sous-préfecture. On apprenait qu’une personne de Vivario, M. Joseph Fregosi, 70 ans, avait disparu à la suite de l’éboulement. La maison Perinetti était inoccupée, mais dans la maison Mattei-Carlotti, Mmes Carlotti n’ont eu la vie sauve qu’au fait qu’elles s’abritèrent contre un mur de la cuisine qui était resté debout.


A Rapale, on nourrissait les pires inquiétudes pour un berger. Des équipes de secours de Bastia sont aussitôt parties sur les lieux. Il a finalement été retrouvé, abrité sous un olivier.

Au standard téléphonique de Corte les opératrices étaient débordées, accordant une priorité aux appels de détresse. Il fallait plus d’une heure pour atteindre le continent.

L’adjudant-chef Christian Pasquiou est mort à 20h30 à Venaco. Il a succombé en service.

Dans la plaine de Biguglia, un camion bloqué par les eaux du Bevinco avec six personnes à son bord a pu être localisé par les sapeurs-pompiers. Les eaux atteignaient plusieurs mètres.

Les orages qui s’abattirent sur la côte orientale firent déborder le Tagnone et le Tavignano ont inondé la nationale 198 entre Caterragio et Aleria. Dans la nuit de mardi, le champion automobile Manzagol est resté une heure dans l’eau et a été secouru par les habitants d’Aleria, MM. Fraticelli et Paoli entre autres, tandis que sa voiture était emportée vers la mer. On nous apprenait en outre qu’un troupeau de 250 brebis appartenant à M. Bonagiunta, berger à Cateraggio, avait été emporté dans la plaine d’Aleria tandis qu’un troupeau appartenant à M. Poggi, avait été décimé en partie. Près du col de Sorba, un éboulement de 8 à 10 mètres cubes de rochers et de terre au milieu de la route interrompaient la circulation.

A 16 heures, nous apprenions que le corps de M. Alain Endocus, boucher à Abbazia, présumé chauffeur d’une Renault 30 immergée, avait été découvert sur la plage de Padulone à Aleria. La passagère, vraisemblablement son épouse, n’avait pas encore été retrouvée en fin de soirée.

La colère des habitants était à son comble devant ce spectacle de désolation qui se répète à chaque tempête de l’automne et de l’hiver. Combien faudra-t-il encore enregistrer de morts afin que l’administration prenne les mesures nécessaires sur ce tronçon fatal de la nationale 198 ?

27 octobre 1976  « Les vivarais : un véritable cataclysme ! »

« Un cataclysme ! Un cauchemard ! » M.Michel Perfettini, 45 ans, conseiller municipal, a vécu une soirée d’épouvante. Un fleuve de boue a charrié des rochers de plusieurs tonnes, des pins arrachés. Le tout s’est abattu en un vacarme assourdissant et meurtrier sur cette partie du village appelée « Fontanello ». La coulée a volatilisé la petite maison située en bordure de la RN 193 que M. Joseph Fregosi venait de réintégrer. « Avec le temps, je préfère rentrer chez moi, avait-il dit à ses amis attablés au restaurant-crêmerie Simongiovanni. Le gérant de l’établissement, M. Pierre Setti, l’avait alors accompagné en voiture chez lui, à plusieurs centaines de mètres en amont du village. « Je rentrerai à Paris après la Toussaint pour voir mes enfants » lui avait-il confié. Des enfants qu’il ne reverra plus, hélas ! Son corps reste introuvable, prisonnier de sa gangue de boue.

Deux autres maisons ont également été sectionnées par cette avalanche liquide, charriant des rochers et des futs d’arbres dévastateurs. M. Dominique Carlotti, adjudant-chef en retraite, est encore tout tremblant d’émotion : « On se trouvait dans la cuisine, autour du feu, ma femmme Mimi, ma belle-mère Fiora et moi. Peu avant 16 heures, j’ai entendu un bruit sourd contre la maison. C’était le châtaignier, miné par un éboulement de 1969. Je venais à peine de remonter et de reprendre ma place autour de l’âtre…une explosion ! On aurait dit une bombe qui venait de s’abattre sur la maison. Ma femme poussa un cri : ‘Regarde !’Il n’y avait plus qu’un trou béant devant nous. Les trois-quarts de la maison s’étaient volatilisés. Plus rien, le vide ! »

Le reste de la maison, sectionnée d’un coup de hache, a été emportée au fond de la vallée jusqu’à la voie ferrée, elle aussi sectionnée, arrachée en plusieurs endroits, avec des blocs de rochers de plusieurs tonnes qui s’étaient comme posées dessus. Sectionnée également la maison Perinetto -Tartaroli, heureusement inhabitée.

Vivario est téléphoniquement isolé depuis lundi après-midi, privé de courant. Les pompiers ont été employés à approvisionner en eau le sanatorium de Tattone.




22 octobre 1976 « Canale-di-Verde, mon village »

Publié le 25 mars 2018 à 5:20

"Les estivants sont partis. Canale est tombé en léthargie. Pour les cinquante âmes qui l’occupent, l’hiver est déjà là. Notre village a vu fondre ses effectifs en peu d’années. Il y a douze ans il comptait 112 habitants. La désertion des zones rurales improductives d’une part, et la scolarisation des élèves portée à 16 ans d’autre part, y ont pris des allures d’exode. Plusieurs maisons ont vu leur feu s’éteindre les unes après les autres. Désormais, un nombre considérable de vieillards composent notre village.

Je ne voudrais pas être l’avocat du diable mais au train où vont les choses je crains fort que dans un avenir très proche Canale continuant à se désagréger y laissera la vie. Il deviendra une localité de résidences secondaires et que sais-je encore…Triste sort pour cette localité située à 4 km à vol d’oiseau de la mer, à une heure de Bastia.

Les hommes, paraît-il, sont profondément attachés au village qui les a vu naître et où ont vécu leurs parents. Nous voudrions dire à nos concitoyens qui sont à la retraite et qui résident sur le continent de rentrer chez eux. Nous ajouterions : Vous venez de passer un mois dans votre village natal. Vous avez été heureux de retrouver la maison familiale, votre église, votre fontaine, les places qui ont assisté à vos premiers pas. Vous avez honoré ceux des vôtres qui reposent dans la sépulture de la famille. Chacune de ces pierres vous apportent un bienfait et vous enseigne un devoir. Enfin, la vue de votre village est un spectacle aimable et touchant où l’âme se plait.

Comment pouvez-vous rester insensible lorsque trois fois par jour vous entendez les cloches électriques égrener leurs notes graves qui ne ressemblent plus à l’angélus d’antan mais à un cri de détresse invitant au retour tous ses fils sur la terre de leurs aieux ? Qu’attendez-vous pour le faire ? Cela apporterait un regain de vie à votre village et pour vous une longévité certaine dans un environnement qui est le vôtre et que vous aimez."


25 janvier 1992 « Solaro : abattu à la chevrotine »

Publié le 21 mars 2018 à 19:40

Solaro 10h30. Le temps est mauvais. Le propriétaire du restaurant « La Baraka » situé sur la plage de Scaffa Rossa, au lieu-dit Vergone, près de Solenzara, est intrigué par la présence d’une 205 garée sur le parking de son établissement. Il s’en approche et comprend immédiatement. A l’intérieur git un cadavre qu’on a jeté sur le fauteuil arrière, la tête en bas, les pieds en l’air, une grande blessure sous le bras droit. L’enquête révèlera qu’il s’agit de Paul Ferracci, né en 1955 à Casablanca et résidant à Omessa.


La gendarmerie de Travo boucle le secteur. Le capitaine Schuck prend la direction des opérations. Les investigations permettent de retrouver une serviette pleine de sang non loin de la voiture. On sait également qu’il a été tué d’un seul coup de feu tiré par un fusil de chasse chargé à la chevrotine.

Paul Ferracci avait été cuisinier dans la police jusqu’en 1985. Il avait également travaillé à Corte dans un établissement de pièces détachées pour automobiles. Il avait été interpellé par les gendarmes de la brigade de recherches de Corte en 1990 pour détention d’armes et pour recel de vol de chéquiers. Il se trouvait souvent sur la côte orientale où vivaient ses parents.




11 janvier 1992 « Ste Lucie de Moriani : la construction d'un immeuble contestée »

Publié le 20 mars 2018 à 4:30

Accolé au « Santa Lucia », « l’immeuble aux sirènes » orné d’une fresque et situé en bord de mer sur la commune est contesté par l’association ‘Amichi di a terra’, les élus de l’opposition municipale et les riverains. Le permis vient d’être accordé pour la construction d’un ensemble de quatre étages sur une longueur de 70 mètres proposants près de 146 logements pour une surface de près de 19.000m². Pour ses opposants, ce serait bétonner le littoral de la commune d’un mur de près de 170 m de long sur 13 m de haut, coupant la vue et les accès à la mer.

L’association remarque que « l’érosion du littoral a déjà réduit considérablement les plages de la commune. Tous ces projets immobiliers nous inquiètent chaque jour davantage. »

Les riverains se trouveront avec un immeuble de quatre étages à quelques mètres de leurs fenêtres : « Je n’en suis pas à ma première action en justice, remarquait l’un deux. Chaque fois, les permis de construire ont été annulés. Voilà qu’on nous en présente un autre, je continuerai mes recours. » Pour l’opposition, c’est une menace de bétonisation du littoral qui se prépare : « Une révision du P.O.S a été décidée en 1989 mais cette révision n’aboutit pas. Pendant ce temps, on en profite pour demander une modification du P.O.S actuel et déposer des permis sur des zones qui pourraient être classées inconstructibles ultérieurement. » A suivre. (CG)



26 juin 1982 « Perpétuité pour Simon Foglia »

Publié le 15 mars 2018 à 18:25

Les faits : Le 2 septembre 1978, Mathilde Marchioni, veuve Giorgi, âgée de 53 ans, demeurant à Marseille, en vacances chez sa mère à Pietroso où demeurait également son beau-frère Simon Foglia, quitte le domicile maternel en compagnie de celui-ci. Ils ne devaient plus y retourner. Le cadavre de Mathilde Marchioni était découvert dans un état de décomposition avancée le 16 septembre 1978 au lieu-dit ‘Moulin de Linare’ à Saparelle, sur la commune de Pietroso, à 300 m de son domicile. La victime présentait un enfoncement de la boite crânienne au niveau de la région occipitale avec fissure irradiée jusqu’à la base du crâne qui avait entrainé un coma immédiat suivi d’une mort très rapide. On estime que la blessure a pu être faite avec un instrument contondant. Une serpe au manche brisé a été découverte à proximité du cadavre. Simon Foglia a quant à lui disparu. Il présentait un état dépressif depuis la mort de sa femme survenue cinq ans plus tôt et aurait envisagé de se remarier avec Mathilde Marchioni. Econduit, il lui aurait alors asséné un coup avec le dos de la serpe. Les recherches pour le retrouver sont demeurées vaines. Certains pensent qu’il se serait suicidé après avoir donné la mort à Mme Marchioni. Il sera jugé par contumace.

Le procès : C’est dans une salle vide que s’est déroulée l’audience. Ni jurés ni témoins ni public dans cette affaire. L’avocat général Michel Mattei a rappelé ces faits en précisant bien que la procédure engagée était régulière. « Ce crime passionnel cadre bien avec la pathologie mentale de Simon Foglia », a-t-il déclaré. Le président Eon a confirmé la peine. (J.P.G)


28 mars 1978 : "Aleria : 3ème rencontre du F.L.N.C avec des journalistes"

Publié le 12 mars 2018 à 6:30

Le FLNC a tenu dans la nuit de dimanche à lundi sa troisième conférence de presse clandestine. Seuls deux représentants de la presse locale ont été admis à le rencontrer : Tony Graziani, du ‘Provencal’, et notre collaborateur Marc Pantalacci. La réunion s’est déroulée en un lieu hautement symbolique : la cave Depeille à Aleria.

Après un coup de fil, nous attendons à Casatorra, derrière les établissement « Meublena ». Quelques minutes plus tard, un 4L s’avance sur le chemin de terre. Nous partons vers la plaine orientale. Un arrêt sur le chemin menant à l’ancien pont de chemin de fer de Tallone, puis nous effectuons quelques centaines de mètres en tout-terrain. Puis nous rejoignons la cave Depeille. Là, huit à neuf « cagoulards » montent une garde vigilante. Nous voiture est placée derrière les cuves.


Nous entrons. Parmi les superstructures d’acier et de béton, une table de fortune, éclairée par la lueur d’une bougie. Trois membres du bureau politique y siègent. Deux portent la cagoule, le troisième est à visage découvert. Le FLNC aurait-il décidé de sortir de la clandestinité ? Léo Battesti, licencié en droit de 25 ans, originaire de Venaco, nous explique le sens d’un combat qui l’a amené aujourd’hui à « lever toute ambiguité» « La clandestinité n’est pas pour moi une attitude absolue, définitive. Etre patriote, ce n’est pas fuir ses responsabilités, c’est user de l’anonymat pour échapper aux poursuites de la ‘justice’ coloniale et pour continuer la lutte. Pour moi cet anonymat est désormais inutile. Le FLNC l’avait annoncé, le peuple corse connaitra en temps utile le visage de ses militants. »

Il se défend d’être le chef du front. « Il n’y a pas chez nous de responsable, seulement des militants responsables. » Le FLNC lance un appel à l’union au sein de son organisation « à toutes les forces nationalistes et autonomistes, à la jeunesse et au peuple corses »

« Nous forcerons le gouvernement français à reconnaitre le fait national corse. Ce n’est qu’après que pourront s’ouvrir des négociations. Le FLNC ne décidera toutefois pas à la place du peuple corse. Une fois désaliéné, c’est le peuple qui choisira. Notre pays, dont l’histoire révèle sa vocation communautaire, déjà concrétisée dans ‘la terre du commun’, pourra alors concilier son identité propre aux éxigences du monde moderne. »

On aborde les problèmes sociaux et économiques : « Des études sont en cours pour prouver que la Corse est viable dans l’indépendance. Le renforcement de nos moyens d’information permettra la diffusion prochaine de documents et de brochures. »

L’entretien se termine. Le départ est minutieux. Rien n’est laissé au hasard. Tout sera emportée, jusqu’aux bougies consumées. (Marc Pantalacci)



17 janvier "Mystèrieuse disparition d'une habitante de Zalana"

Publié le 3 février 2018 à 4:35

Les habitants de Zalana ont constaté jeudi la disparition de Mme Judith Casabianca née Giuly. C’est en ne la voyant pas comme tous les jours devant le camion du crémier que des voisins, étonnés, sont allées la chercher chez elle, où elle vit seule. Ils ont trouvé les portes closes, mais les volets étaient ouverts et la clé était déposée dans la boite aux lettres.

La gendarmerie de Moita et les sapeurs pompiers d’Aleria ont alors été prévenus. Des plongeurs ont même inspectés les fonds de la Bravone. Certains craignaient le pire, sachant qu’elle venait d’être très affectée par la disparition brutale d’un ami proche.

Hier, les jeunes du village et toutes les personnes vaillantes se joignaient aux équipes de secours. Arrêtées à la tombée de la nuit, les recherches se sont poursuivies hier.

20 janvier : « Les recherches demeurent vaines » Les recherches se sont poursuivies avec une inquiétude grandissante. Des renforts sont arrivés de Bouches du Rhône avec des chiens spécialisés dans les recherches difficiles, qui sont notamment intervenus en Bosnie…Mais à la fin de la journée, toujours aucune trace de Mme Giuly. (I.Pistoresi)


 

6 avril 1973 "Reconstitution du drame de Solenzara"

Publié le 27 janvier 2018 à 6:45

« Une absurde fatalité ». Ces mots sont revenus sur les lèvres de nombreux habitants de Solenzara. Certains avaient cessé toute activité hier entre 10h et 12h pour suivre les péripéties de la reconstitution du drame s’étant produit le 28 février 1972 en plein village, juste en face du bar-dancing « Les Muriers ». Ce jour-là, Christian Valentini, 19 ans, un maçon originaire de San Gavino du Fiumorbu, tirait une décharge de chevrotines sur la voiture d’Ange Dominici, un jeune charcutier de 26 ans demeurant à Poggio di Nazza. L’absurde fatalité a voulu que des militaires faisant du stop contraignent Christian Valentini à revenir à Solenzara et que reprenne la querelle qui, la veille au soir, avait éclaté aux « Muriers ».

Il était un peu plus de 10h quand arriva le parquet d’Ajaccio, M.Théo Ceccaldi, juge d’instruction ; M.Audoui, procureur de la république, ainsi que le commissaire Frassati, les défenseurs de l’accusé Me Ursula Agostini-Terramorsi,Me Romani et le représentant de la partie civile, Me Chailley-Pompei. Christian Valentini a les visage pâle, les cheveux coupés très courts. Vêtu d’une veste noire, d’un pull blanc et d’un pantalon grenat, il fait quelques pas hésitants sous le soleil déjà aveuglant.

M.Paul Guipponi, le propriétaire du bar et Jérome Poggio, qui se trouvait à côté de la victime quand elle a été tué, sont entendus. On retiendra qu’il y a eu altercation entre Valentini et Dominici. Dominici aurait menacé Valentini avec son arme. Puis les deux jeunes gens se séparent après un échange d’insulte. Valentini dira avoir été insulté de façon intolérable.

Ange Dominici remonte dans sa 2 CV grise et se dirige vers la sortie sud du village. A ses côtés, Jérome Poggio. Pour Poggio, la voiture était à peu près à 25 mètres de la Peugeot de Valentini quand le coup est parti. Il a pris peu, a ouvert la portière et s’est jeté sur le sol « à cet endroit », dit-il en mimant un roulé boulet à hauteur d’une pierre bordant un trottoir. On constate que les deux voitures sont à 25 mètres l’une de l’autre, ce qui est en contradiction avec les rapports d’expertises réalisées par les enquêteurs de la P.J.

Puis l’accusé est appelé à refaire son geste. Il fait lui-même placer la 2 CV…Il dit d’abord l’avoir vu arriver alors qu’il traversait la chaussée, s’être ensuite dirigé vers son véhicule dont il a ouvert le coffre pour sortir son fusil de chasse. Quand la 2 CV conduite par un gendarme s’arrête sur l’injonction de Valentini, 8 mètres séparent à peine les deux voitures. « Il avait le pistolet braqué vers moi » dit-il, en le faisant placer à mi-hauteur du pare-brise. Et dans un silence poignant, Valentini mime son geste. A l’époque, la balle avait frappée Dominici en pleine tête.



21 février 1976 "Reconstitution mouvementée"

Publié le 25 janvier 2018 à 15:25

Ceux qui avaient manqué la reconstitution du premier crime étaient présents hier pour ashsister à la reconstitution du second, commis le 12 janvier dernier. Dès 8h30, la quasi-totalité de la population convergeait vers la demeure où Claire Mariani, Sauveur et Charly étranglèrent Mlle Julie Colombani. Les trois protagonistes ont été reçus par les huées de la foule. Sur place, Me Paul Renucci, partie civile, le bâtonnier Mordiconi et Me Martine Mordiconi, défenseur de Charly, Me Mathieu Cristiani, défenseur de Claire Mariani et Me Retali, défenseur de Sauveur Mariani.

Sur le plancher de la salle à manger et en partie caché par le rideau, masquant un minuscule réduit, un mannequin occupe l’endroit exact où fut découverte la malheureuse victime. Les trois meurtriers ont refait les gestes du 12 janvier 1976. A 16h30 cejour-là, Sauveur et Charly faisaient le guet à 150m de la maison, à l’intersection de la RN 193 et de la route de Calvi, pour s’assurer du départ de Mlle Jeanne Salicetti, professeur au lycée de Corte qui venait régulièrement rendre visite à sa tante Mlle Julie Colombani, vivant seule.

Une fois Mlle Salicetti partie, elle cogna à l’huis de Mlle Colombani, se fit ouvrir et laissa la porte entr’ouverte pour permettre à ses deux enfants attendant sous la porte cochère d’une boulangerie située de l’autre côté de la rue, de l’y rejoindre.

A leur vue, Mlle Colombani pressentant le sort qui allait lui être réservé, prétexta une course chez sa voisine. Ce qu’elle avait redouté arriva très vite.

Claire Mariani tira les rideaux, ferma à double tour la porte-fenêtre. Charly baillonna sa victime et la poussant dans la salle à manger, ordonna à son frère de prendre dans sa poche la cordelette dont il s’était muni et de l’enrouler autour du cou de la victime. Mlle Colombani parvint à murmurer : « Ne me faites pas de mal, ne me tuez pas, prenez tout ce que vous voulez, je ne vous dénoncerai pas ! » Rien n’y fit. Claire et son fils tirèrent jusqu’à ce que la vieille demoiselle s’affaisse.

Charly s’empara de 6.700.000 ancien francs qu’elle gardait dans sa chambre à l’étage. Les deux frères se disputaient déjà le partage lorsque leur mère leur cria de l’étage au-dessous : « Descendez, Mlle Julie bouge encore. » Charly lui asséna un coup de poing sur la tête et l’étrangla de ses propres mains. A 17h30, tous trois sortent par une porte dérobée de l’entresol. Claire Mariani cachant 500.000.000 anciens francs sous une pierre proche de sa demeure, ils louèrent un taxi pour Corte où ils s’habillèrent de la tête aux pieds avant de gagner, toujours en taxi, Ajaccio où Charly et Sauveur comptaient, le lendemain, s’envoler vers Marseille.

Mlle Colombani était la marraine de l’un des huit enfants de Claire Mariani. Elle avait pris sous sa protection cette famille nombreuse dont trois de ses membres allaient froidement l’exécuter. C’est Claire Mariani qui a choisi l’arme du crime. « Pas de sang. Il faudrait nous laver les mains et nous n’aurons pas de temps à perdre. »

Après la reconstitution, c’est à coups de pieds et de poings que la famille Mariani, enchainée à des gendarmes, furent propulsés à l’intérieur du véhicule du fourgon cellulaire. (M. Filippi et A.Feracci)