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27 décembre 1985 : « L'occhiu pour chasser le mauvais oeil »

Publié le 16 novembre 2018 à 9:00

 Nous sommes en Casinca. Les flammes dansent joyeusement dans le fucone. La lueur qu’elles projettent fait vaciller les ombres sur les murs. De loin parviennent les sons annonçant la messe de minuit. C’est Noël. Tout autour de la cheminée, une dizaine de femmes relativement jeunes vont s’initier au secret de « l’occhiu » : l’art et la manière de chasser le mauvais sort. Le mauvais œil qui vous donne subitement mal à la tête ; qui vous indispose brutalement. Et qui disparait aussitôt dès lors que l’on s’est soumis directement, ou par un objet interposé, à cette prière que l’on marmonne plus que l’on formule.

Une vieille dame dispense son savoir. Silence, puis chapelet de mots que l’on reprend individuellement puis en cœur. Une assiette est remplie d’eau. Une ‘luminella’ et de l’huile. La prière reprend son cours. Trois gouttes d’huile sont versées dans l’assiette. A l’importance qu’elles prendront, ou pas, l’officiante vous dira si vous êtes ou non, ‘annucchiatu’. Et à quel degré. Auquel cas vous ne serez débarrassé du mal pernicieux qu’au terme de trois séances d’occhiu, pratiquées par trois officiantes différentes. La pose de la main sur la tête de celui auquel a été transmis le mauvais œil et la traditionnelle prière suffisent bien des fois à éloigner le mal.

Cette pratique mêle profane et sacré dans une Corse profondément pieuse qui ne s’est pas encore défaite, et c’est heureux, de ses racines d’hier.



Catégories : Années 80, Plaine orientale , Culture et Patrimoine