Hier en Corse


Corse Matin : 40 ans d'archives

Articles

7 janvier 1982 : « François Bornea, le 'dernier bandit corse', n'est plus »

Publié le 17 novembre 2018 à 3:10

 L’ancien gendarme devenu bandit a disparu à Zonza à l’âge de 77 ans. François Bornea est entré dans la légende de ces seigneurs au « palais vert » qui ont peuplé la solitude du maquis et tracé leur destin entre le bien et le mal. François Bornea n’aimait pas trop les journalistes ; il expliquait que chaque fois qu’il rencontrait un journaliste parisien, un tissu d’inepties et d’inexactitudes lui causèrent un tas d’ennuis. Aussi ne s’est-il jamais ouvert à aucun d’entre eux, ni même à des cinéastes, dont René Clair, ou à des romanciers parmi lesquels son ami Auguste Le Breton.

Cet homme, au visage intelligent, au regard d’aigle, connut aussi une vie tumultueuse que peut l’être une vie de bandit. De retour du service militaire, il sollicite, en 1925, son admission dans la gendarmerie maritime de Toulon. Là-bas, au sein de la colonie corse, nombreux sont les souteneurs menant la « belle vie ». Il glisse sur la mauvaise pente et la « disgrazia » l’attendra au détour de sa vie.

Radié des cadres de la gendarmerie, il s’installe chez ses parents, ç Guitera, où il effectue, ici et là, de petits travaux. Pendant cette période, les « exploits » du bandit Joseph Bartoli, qui terrorise la région du Taravo, ne le laissent pas indifférent. Aussi, les deux hommes se rencontreront-ils un soir dans un café de Cozzano.

C’est le début d’une longue liste de forfaits qui dureront quelques mois, notamment l’attaque façon far West de la voiture d’Ange Marsili assurant la liason entre Ajaccio et Zicavo. Les deux hors-la-loi vont même jusqu’à ordonner la fermeture des cafés à partir de 22h et interdire aux gendarmes de la région de sortir en armes !

En 1934, François Bornea se constituera prisonnier à la gendarmerie de Levie après avoir tenu le maquis pendant sept ans. La cour d’assises de Bastia le condamne à cinq ans d’emprisonnement. Après avoir payé sa dette, il est mobilisé en septembre 1939 et incorporé au 173ème régiment d’infanterie. A la fin des hostilités, il s’installe à Zonza où il coulera des jours paisibles.

« Voyez la pureté de notre ciel au-dessus des montagnes, et voyez aussi, du côté de la mer, ces nuées orageuses qui montent comme des mauvais courants. Ce sont ces courants qui jadis, dans un moment de folie et d’égarement, ont fait de nous des bandits, des êtres violents, vindicatifs, méchants » avait-il expliqué un jour à un écrivain le rencontrant. (M.Muraccioli)



Catégories : Années 80, Alta-Rocca, Personnages