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3 juillet 1972 : « Les clés vagabondes de Centuri »

Publié le 24 novembre 2018 à 6:05

 A l’extrême pointe de l’ile, une sorte de bout du monde : Centuri. A l’entrée du village se trouve un château des Mille et une Nuits, bâti par le comte Cipriani, dont les parents avaient fait fortune en Amérique du Sud. En bas, la « Marine » et son port miniature. Les maisons de pêcheurs sont couvertes de dalles de pierre verte, la Serpentine.

Un nouveau chapitre s’est ouvert le 6 mai 1971 pour le village. Ce jour-là, la liste emmenée par M. Victor Lorenzi recueillit plus de suffrage que celle du maire en place, le Dr Napoleoni. Centuri venait de choisir une nouvelle destinée. Trois jours de scrutin avaient été nécessaires. Les coups de théâtre abondèrent avant l’élection de M. Victor Lorenzi, qui avait décidé de donner à son frère le fief de Morsiglia pour briguer la mairie de Centuri. « A peine pour deux ou trois ans », avait-il précisé. Le temps de faire du village un petit Saint-Tropez et remettre à flot ses finances. »

Pour atteindre cet objectif, il conclut une alliance avec les membres d’une troisième liste, plus encline à combattre le Dr Napoleoni que lui-même. Mais les ralliés à l’ancien maire de Morsiglia signifiaient que le « oui » à M. Lorenzi n’est nullement un « quitus à un diktat ».

Une majorité de suffrages vint officialiser cette union en mai 71. Mais la lune de miel fut de courte durée. Dès le mois d’aout, 6 des 11 conseillers municipaux (la majorité;), emmenés par le premier adjoint, M. Pierre Carrara, désapprouvent la gestion communale de M. Lorenzi. De propos aigre-doux on en arrive à un échange de lettres recommandées. Rien ne va plus…

La « guerre des serrures » intervient. A trois ou quatre reprises, la serrure de la mairie, une vieille bâtisse délabrée, située à la sortie du hameau d’Orche, sera changée. Mieux : un beau jour, les registres des délibérations, des arrêtés municipaux, du budget communal, de la liste électorale, disparaissent. L’adjoint supplémentaire, répondra à Me Poggi, huissier de justice, venu constater la chose : « Vous le savez bien, tous ces documents ne sont pas tous à la mairie ! »

Puis M. Pierre Carrara et ses amis occupent la mairie pendant trois jours et trois nuits, afin d’obtenir le libre accès au bâtiment communal. Ils obtiennent satisfaction sur intervention du sous-préfet de Bastia.

M. Victor Lorenzi porte plainte auprès du procureur de la République contre son premier adjoint pour « occupation abusive de la mairie, entrainant le désordre dans la commune. » Il ajoute que « lors d’une précédente occupation, les gendarmes sont intervenus et que des bagarres ont eu lieu ». Et M. Lorenzi de conclure : « Actuellement, je me trouve sans la clé de la porte de la mairie. » Si bien qu’on ne savait plus qui fermait la porte à qui. Les uns et les autres étaient tour à tour suspects ou innocents. Les enquêteurs avaient par moments l’impression de se trouver face à cette image de l’infini : le serpent qui se mord la queue. Le seul à se frotter les mains étaient le serrurier du coin. A ce train-là, il allait manquer de serrure…

Et puis, au début du mois dernier, la confusion atteint son point extrême avec le départ de M.Lorenzi qui décide d’aller passer ses vacances à Villard-de-Lense (Isère). La mairie est d’abord fermée. Un écriteau en indique la raison : « Le maire est absent. » Les candidats au mariage iront officialiser ailleurs leur union, les naissances seront éventuellement enregistrées à Bastia et les vieillards à l’article de la mort, ne voulant pas compliquer les choses, se retiendront de mourir.

Une pétition réunissant 101 signatures est adressée le 15 juin dernier au sous-préfet de Bastia qui reçoit peu après M. Carrara.


Le porte-drapeau de l’opposition est un homme énergique. Il a 28 ans et un physique avantageux. Ses propos tiennent déjà du routier politique. A l’heure où nous écrivons, l’un de ses partisans est passé de l’autre côté. L’opposition n’a plus de majorité. « Je demande que tous les documents essentiels à la gestion réintègrent la mairie et que me soit remis le courrier pendant toute la durée d’absence du maire. Enfin, que des sanctions soient prises pour mettre un terme à toutes les irrégularités qui ont été portées à la connaissance des autorités. » (JC Lanfranchi)


Catégories : Années 70, Cap Corse, Insolite