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17 juillet 1972 : « Un squelette vieux de 9000 ans découvert près de Bonifacio »

Publié le 24 novembre 2018 à 10:05

 C’est une découverte archéologique de la plus haute importance que viennent de réaliser sur leur chantier de fouille de l’Araguina, a Bonifacio, le professeur Michel-Claude Weiss, professeur d’archéologie à la faculté de lettres de Nice, et M. François de Lanfranchi, professeur de lettres au C.E.S des Padules à Ajaccio, tous deux directeurs de l’Institut corse des études préhistoriques (pour les zones nord et sud de l’ile).

Ils ont effet mis au jour, le 14 juillet, un squelette qui constituerait la preuve la plus ancienne de l’existence de l’homme corse. D’après les premières estimations, ce squelette aurait été enseveli en 6600 avant Jésus-Christ, soit il y a plus de 9000 ans. Les services du professeur Rabischong et du professeur Duday, de la faculté de Montpellier vont venir l’étudier sur place afin de confirmer cette thèse.

Le squelette est remarquablement conservé. « Cela s’explique par le fait qu’à Bonifacio les sols sont calcaires » nous a expliqué le professeur Weiss.



Le squelette a la tête tournée vers la droite et les pieds joints. Il s’agit d’un sujet assez jeune ainsi qu’en témoigne la dentition. Le Pr Weiss qu’il s’agit d’une sépulture intentionnelle dans la mesure où le corps a été « posé ». Les os sont en effet entourés de gros blocs de pierre.


Le squelette devrait rejoindre Levie où se trouve actuellement le squelette découvert l’an dernier.

Edition du 22 juillet : La découverte est capitale pour la préhistoire méditerranéenne. Contrairement à ce que l’on pensait, il s’agit d’une femme. Elle a été l’objet d’une sépulture de la part des membres du groupe qui vivait à la manière troglodyte sous la voûte-abri de l’Araguina. Elle aurait une trentaine d’années.

Les deux archéologues ont également découvert des preuves de l’existence d’une civilisation pré-néolithique, autrement dit de la civilisation la plus ancienne jamais découverte dans l’ile. « Il s’agit de prédateurs ne connaissant pas encore l’agriculture, mais vivant encore de chasse et de pêche. »

On a en effet trouvé dans le camp des écailles de poissons, des aiguilles d’oursins ainsi que des ossements de « prolagus corsicanus », cousin du lapin. Ces éléments viennent corroborer les découvertes des fouilles de Curacchiaghiu, datant au 7ème millénaire avant Jésus-Christ la date de l’inhumation de la dame de Bonifacio.

Edition du 25 juillet 1972: « La Corse à la recherche de son passé »

La Corse est au rendez-vous des archéologues européens. « La découverte de la dame de Bonifacio est une découverte qui aura des répercussions internationales » nous dit le professeur Duday, venu de Montpellier pour étudier la découverte. Le rapport de cette mise à jour sera publié en octobre par le bulletin de la Société préhistorique française, rue Saint-Martin, à Paris.

L’un des premiers archéologues venus en Corse fut Prosper Mérimée qui découvrit l’alignement de la vallée du Taravo. Il faut remonter au lendemain de la guerre pour voir la naissance d’un courant qui a trouvé un premier aboutissement spectaculaire à Bonifacio. C’est celui de l’Institut corse d’études préhistoriques, dont le président pour cette année est M. Mariani. Ses techniciens utilisent les méthodes modernes de fouille et de recherche. L’institut joue d’ailleurs un rôle d’école. Il y a deux chantiers de fouille, l’un dirigé à Sagone par le Pr Weiss et l’autre à Curacchhiaghiu par M. de Lanfranchi, à Levie. Là, chaque année, des étudiants venus du continent travaillent et étudient les techniques modernes. C’est d’ailleurs à Curacchiaghiu qu’on a découvert les premiers vestiges d’une civilisation pré-néolithique.

La région de Bonifacio est très riche en abris sous roche, où vivaient il y a neuf mille ans des petits groupes se nourrissant de chasse et de pêche. Les conditions de conservation offertes par le calcaire sont telles que les analyses sont facilitées. Le ministère des Affaires culturelles l’a très bien compris et a racheté le site de l’Araguina. Le site sera fermé pour une huitième campagne en 1973. MM. Weiss et Lanfranchi sont très confiants. Ils ont l’intention d’ouvrir un nouveau chantier dans le site afin d’étudier les conditions d’existence de cette civilisation néolithique qui est la plus ancienne de Corse actuellement retrouvée.

On commence à reparler à Bonifacio du site de Piantarella, un moment étudié puis abandonné pour des raisons obscures…Là encore, il s’agit d’une expérience de grande valeur à tenter : ne parle-t-on pas d’une petite ville enfouie et qui, à l’époque, était traversée par une rivière de Figari ? (J-P Gherardi)



Catégories : Années 70, Culture et Patrimoine, Par lieu : Extrême-Sud