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26 juillet 1972 : "Visite à un village du Nebbiu qui ne veut pas mourir"

Publié le 26 novembre 2018 à 7:00

Les avis sont unanimes : la propagande touristique n’éveille que médiocrement un intérêt pour certaines régions de l’arrière-pays. Aujourd’hui encore, les cars s’arrêtent en des lieux privilégiés, le temps d’une visite. Puis, en route vers la mer ! Mais il arrive que la perspective des plages encombrées et des stations bruyantes provoque comme un regret. Le regret de quitter si hâtivement la calme beauté des paysages qu’ils traversent. Hier, on disait vacances, on pensait retour à la nature. Un vrai changement de vie. De nos jours, on quitte les immeubles pour les labyrinthes étouffants des terrains de campings, on passe des rues de Paris à celles d’un village qui compte 500 âmes permanentes en hiver et 5000 éphémères en saison. Le paysage du Nebbiu prend, dans l’alternance des vallées verdoyantes et d’éminences rocheuses, un aspect enchanteur et tourmenté. Aux confins de cette région, un ravissant petit village : Murato.

Juste avant d’arriver par la route, bordée de pierres sèches et sombres prenant des tons vieil or, on y rencontre des vaches efflanquées, des ânes et des cochons.

La rue, cette ligne de vie du village, est déserte. Le silence est absolu. La patronne d’un des bistrots de la place nous indique que les gens sont en vacances et qu’elle ne commence à servir des cafés qu’à 9h30. On entend les clochettes des troupeaux de chèvres se répondre de loin en loin. Au pied du village, la Bevinco roule en cascades et achève d’habiller le silence.

Sur le vieux banc de pierre, un groupe de jeunes gens cherchent le frais. Thème des conversations : Murato participe au concours des « Villages fleuris », organisé par le commissariat au Tourisme. On nous montre les balcons débordant de géraniums-lierre et les parterres de fleurs entretenus par les employés municipaux. Avant de rendre visite à la mairie, nous avons demandé à un vieux Muratais ce qu’il pensait de cette jeunesse : « Les gens prétendent qu’il faut du changement. Peut-être qu’une fois le changement venu, Murato ne sera plus ce qu’il était : la ‘perle du Nebbiu’. Ce sera un endroit comme les autres. »


Le maire, M. Jean Leccia, ne partage pas cette opinion. « Les vacanciers, c’est une bonne chose pour la commune. Cela ramène un peu de vie. Mais la construction d’hôtels, de relais touristiques, pourraient les effrayer. C’est pourquoi nous avons notre politique sur l’achat de petites et moyennes résidences. Mais nous nous heurtons aux problèmes des emplacements disponibles : les Muratais ne se dessaisissent pas facilement de leur patrimoine… »

Le maire a fait le tour des projet en cours : l’assainissement, l’enrobé sur la route qui part de l’église Saint-Michel pour aboutir à la sortie du village, l’illumination de l’église, la suppression des lignes aériennes autour de cet édifice, l’installation d’une maison des jeunes sur un terrain attenant à la mairie, l’ouverture la saison prochaine d’un terrain de camping…Et le maire de conclure : « Murato est un village qui ne veut pas mourir. » (JC Lanfranchi)



Catégories : Années 70, Nebbiu, Société