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9 janvier 1984 : « M. Marc Tennevin, professeur de mathématiques menacé par le F.L.N.C »

Publié le 8 décembre 2018 à 6:50

Les professeurs enseignant au collège et lycée Fesch se retrouveront aujourd’hui en réunion extraordinaire. Il s’agit d’assister un homme dont chacun s’accorde à dire qu’en pédagogue scrupuleux et en chrétien fervent, il était un exemple dans une profession trop souvent critiquée. Après avoir tenté, au fil de mois, de convaincre M. Marc Tennevin de ne pas quitter la Corse, ses collègues ont fini par s’incliner devant le désarroi d’un homme dont le propos quotidien comme l’attitude étaient totalement étrangers à la haine et à la suspicion engendrées par les actes délibérées des uns et facilitées par l’inconscience et la passivité égoïste des autres.

Il est probable qu’il n’y aura rien d’autre à faire demain qu’à accompagner M. Tennevin et sa famille à Campo dell’Oro. Démarche impuissante de la part de ceux qui ont choisi de réapprendre et d’enseigner ce qui peut être tenu pour une vertu : savoir avoir honte en certaines circonstances parce que ces circonstances sont aussi le fait des renoncements collectifs. (JB)

Les 130 professeurs du collège Fesch et du lycée se sont réunis hier pour évoquer le départ sous la menace d’un de leurs collègues.

Hier, ses collègues ont décidé de réfléchir ensemble et de mettre en commun leurs idées et leurs sentiments susceptibles de déboucher sur une aide matérielle et morale à la famille de ce professeur, agrégé d’histoire et de géographie, qui a connu les pires déboires psychologiques depuis deux ans.

Aujourd’hui 10 janvier, une journée d’action est organisée, elle se traduira par un établissement désert. Une délégation se rendra au rectorat pour recueillir la prise de position de l’administration de tutelle à cet égard et afin d’étudier la possibilité administrative de voir verser le salaire de chaque manifestant, au cours de cette journée d’action, à M. Tennevin.


Plusieurs fois victime d’attentats et de menaces, M. Tennevin, qui enseignait au Finosello, a souhaité changer d’établissement pour l’année 1983-1984. C’est à l’issue de ce dernier trimestre au cours duquel ce professeur paraissait avoir retrouvé la joie de vivre dans ce pays, où il disait lui-même avoir « donné le meilleur de lui-même. » Il a reçu la dernière échéance que lui « accordaient » les clandestins et a décidé de partir, notamment pour sa femme, qui est atterré.

La famille Tennevin quitte donc la Corse aujourd’hui. Il n’est pas assuré de trouver un poste dans l’académie d’Aix-en-Provence, où il se rend. Sa demande de mutation a été envoyée hors délai (cette opération se fait en général en décembre). (MM.PC)

D’autres que lui, victimes des mêmes menaces ou les devançant, avaient pris leurs précautions. En 1983, 109 enseignants du secondaire (sur 1790 occupant leur poste en Corse) ont demandé leur mutation sur le continent. Ils avaient été 70 l’année précédente. L’an dernier, 109 professeurs chargés d’enseigner à nos enfants ont demandé à partir et à nous fuir. « Nous ». (JB)


Catégories : Années 80, Société, Ajaccio