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26 janvier 1984 :« Reportage au centre pénitentiaire de Casabianda »

Publié le 8 décembre 2018 à 7:05

 Les récentes évasions de la prison gruyère de Bastia ont mis en avant de l’actualité les problèmes de l’administration pénitentiaire en Corse : insuffisance et inadaptation des locaux de détention. A Casabianda, point de barreaux, de mur d’enceinte, ni même de serrures aux portes. Unique en France, elle possède peu d’équivalent à l’étranger.


Dans les 1800 hectares de terrain (dont 700 en culture), les 167 détenus vaquent à leurs occupations sans toutefois en dépasser le périmètre de 20 km. Malgré l’absence de clôture, on a noté que trois fugues au cours de l’année 1983 et une en 1982.

Exceptionnellement, l’administration pénitentiaire nous a autorisé à visiter les installations et à rencontrer des membres du personnel et des détenus qui nous ont accueilli pour une journée. Après avoir quitté la RN 198, on est surpris par l’ampleur des surfaces cultivées. Sur les différentes voies quadrillant le domaine, on rencontre pêle-mêle, des véhicules conduits par des détenus et des animaux du cheptel.

Au bout d’une piste, une barrière symbolique et un gardien interrompant sa discussion avec des détenus nous accompagne dans le bureau de M. Alain Franchi, directeur depuis le 1er janvier.

La création du centre remonte à 1862. Après que le domaine a été acquis par l’Etat (suite à une vente aux enchères), l’administration en hérite une première fois. Mais l’insalubrité était telle que le pénitencier dut fermer en 1885. Avant l’assainissement des marais par les armées alliées, il ne restait en culture qu’une cinquantaine d’hectares, le reste ayant été envahi par le maquis.

C’est en juillet 1948 que Casabianda reçut ses premiers condamnés (politiques) qui assurèrent les premiers travaux de remise en état des bâtiments et de défrichement des terres.

Depuis 1953 il reçoit les condamnés de droit commun qui purgent des peines de deux à vingt ans, généralement pour attentats aux mœurs à caractères incestueux (actuellement 79%), meurtres, assassinats, parricides (15%), le reste pour vol, coups, etc. Ces détenus sont dirigés par le centre national d’orientation de la prison de Fresnes.


Dans le centre, spécialistes et techniciens se livrent pendant plusieurs jours à une étude approfondie de chaque délinquant avant l’orientation. Sont transférés ici les condamnés auxquels leur personnalité, leurs antécédents et leur éducation permettent de bénéficier du traitement en milieu ouvert.

Les pensionnaires se lèvent à 6h30. Après l’appel de 7h00, ils se rendent à leurs différentes tâches. Après le déjeuner, retour au travail de 13h30 à 18h00. Les détenus ont ensuite la liberté de circuler sur le domaine. En période estivale, ils ont accès à la plage pour se baigner ou pêcher. Dans le foyer (qu’ils gèrent), ils peuvent lire, voir la télévision ou le cinéma, jouer aux jeux de société ou au ping-pong. Au niveau des activités scolaires, ils peuvent préparer le certificat d’études ou suivre des cours d’alphabétisation et bientôt de langues étrangères, grâce à des détenus de niveau culturel élevé.

M. Joël Marié, assistant social depuis un an, s’occupe des activités socio-culturelles.

Des détenus ont aussi inauguré récemment les premières activités du groupe ‘Expression’ afin discuter avec la direction des problèmes quotidiens.

Sur la vente de leur production, les détenus perçoivent 25%, le reste allant à l’association et à l’administration.

Les parloirs sont toujours libres et se déroulent hors la présence du personnel pénitentiaire. Un pavillon aménagé permet au détenu de recevoir sa famille une fois par semaine. Les familles peuvent également pique-niquer avec leurs proches sur les 7 km de plage du domaine.


Un deuxième pavillon appelé ‘Chambre d’amour’, situé sur une plage, permet au détenu d’avoir des relations sexuelles avec son épouse. Car quelques-unes d’entre elles se sont installées dans la région d’Ajaccio ou de Bastia. Toutes ont un emploi et bénéficient une fois par semaine du parloir. Ainsi, nombre de détenus sont devenus père pendant l’exécution de leur peine. (Antoine Feracci-Photos J.Martinetti)


Catégories : Années 80, Plaine orientale , Société