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18 décembre 1992 : « Hôtel Ile de Beauté, dernière ! »

Publié le 30 décembre 2018 à 7:25

Ils seront nombreux ceux qui éprouveront de la nostalgie lors de la vente aux enchères du mobilier de l’hôtel. L’« Ile de Beauté » y révèlera sa superbe à l’abandon.

Crée en 1933, l’hôtel trois étoiles est fermé depuis la fin de la saison estivale 1991, sa propriétaire, Mme Lyne Mattei, étant malheureusement décédée. Elle avait succédé en 1964 à ses parents, M. et Mme César Mattei. Son père fut un grand chef cuisinier dont certains se souviennent du fameux repas corse qu’il avait préparé pour remporter le ‘ruban bleu’ de la gastronomie régionale, au Grand Palais à Paris, le 17 mars 1956. Il était arrivé en avion spécial avec toute son équipe et ses produits (on comptait même un agneau vivant qu’il avait offert à M. André Pignare, le propriétaire des restaurants ‘Plein Ciel’ de la Tour Eiffel.)

Pendant la guerre, la commission d’armistice italienne logeait à l’ « Ile de Beauté ». Me Scalise, un célèbre avocat romain, y revint en pèlerinage durant l’été 1991.

M. Mattei avait embauché une partie du personnel de l’« Imperial Palace », hôtel de classe internationale qui avait été bombardé pendant la guerre. La mairie est édifiée à son emplacement.

M. Pellissier se souvient des bals donnés dans la salle de restaurant : « Dans les années 50, celui d’une des premières éditions du Tour de Corse fut somptueux. A l’époque, on aimait s’habiller à Bastia. »

D’anciens garçons de salle, comme M. Parsus Pasqualini, gardent le souvenir des frères Guerrini, « qui descendaient là ».

Lorsque, dans les années 60, César Mattei tomba malade, on dut fermer le restaurant et une grande partie du personnel fut embauché au bar de l’aéroport de Bastia. En 1964, après le décès de ses parents, Mme Lyne Mattei va s’investir corps et âme dans l’hôtel. Pour y apporter quelques modifications, elle fait appel à M. Jean Noël Susini, l’architecte du Prince Rainier de Monaco. Il crée une avancée de plusieurs mètres sur les trois étages de la façade nord : Mme Lyne Mattei souhaitait que chaque chambre dispose de toilettes individuelles. L’architecte crée aussi une aile qui abrite quatre belles chambres d’angle en arrondi.

La propriétaire tient à ce que les peignoirs, serviettes de toilettes, etc, fussent assortis au carrelage. Elle voyage beaucoup pour acheter la plus belle literie et des draps très fins. Pour le mobilier, elle affectionne le style Louis XVI. Le vaste hall est réalisé en marbre. Outre les ascenseurs, elle installe un buanderie-lingerie avec d’énormes machines à laver, essoreuses, repasseuses, rendant son établissement autonome.

L’hôtel était fréquenté par Jacques Gavini, ministre de la Marine nationale, François Pietri, ministre des Finances, Jacques Marietti, directeur des Editions Max Eshing ou Martini le chansonnier de la « Lune Rousse » de Pigalle.

Les bals du 31 décembre, des pompiers et du lycée ponctuent la vie mondaine bastiaise. En 1982, l’hôtel change de rythme et ouvre d’avril à octobre. Depuis quelques années, l’hôtel ne reçoit plus la même clientèle. « Ma mère aurait souhaité que l’hôtel devienne une maison de retraite par exemple. »

« J’ai voulu que tous ceux qui étaient attachés à l’hôtel puissent recueillir son dernier souffle avant qu’il ne disparaisse » nous dit la fille de Mme Lyne Mattei. Elle a demandé aux commissaires-priseurs de Drouot de réaliser « des petits lots afin que chacun puisse emporter quelques chose ».

On y découvre des fauteuils, commodes, chaises, coiffeuses, chevets dans le style Louis XVI, un lustre avec appliques, un bureau cylindrique en acajou, des lits capitonnés. Des objets des années 50, le style 1900 art nouveau et art déco 1930, des tapis chinois, le style Empire au bar, des images d’Epinal, quatorze petits soldats, un buste de Napoléon, une paire de candélabres à sujet de personnages antiques, une machine à laver Gladel -Lavinox, un séchoir Gladel, une machine à laver Cheveau…



Catégories : Années 90, Culture et Patrimoine, Bastia