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3 janvier 1961 :« Visite au paneraghiu de Bastia »

Publié le 11 janvier 2019 à 4:45

 Dans la rue de la Marine, près du Vieux-Port, ce quartier si cher au cœur des Bastiais, se trouve l’échoppe de M. Jean Puccietti, le dernier vannier de la ville. Alerte, affable et souriant, il y a trente-cinq ans qu’il fait ce métier que son père lui a enseigné. Du temps où celui-ci travaillait encore, Bastia comptait vingt-cinq vanniers.

Chez lui, tout est fait en châtaignier. Il est spécialisé dans les paniers. De ses mains expertes sortent aussi bien le « curbone » qui sert à transporter les cabris que le « spurtellu » destiné au ramassage des châtaignes. Ses clients sont des marchands de poissons, de légumes, les grands magasins qui lui passent des commandes, des paysans, etc…Il fait aussi les armatures des bonbonnes. « Du travail, il y en à revendre », nous dit-il.

La partie la plus longue de sa tâche, c’est la préparation des branches coupées qu’on lui apporte. Quand le bois est vert, il le met au four où il reste environ une demi-heure. S’il est trop sec, il le laisse tremper dans l’eau de mer. Quand il a atteint la souplesse désirée, il faut le refendre et le vanneur effectue cette opération à une vitesse et avec une précision étonnante, taillant des baguettes de 2 à 3mm d’épaisseur.

« Je suis allé en Italie voir comment fonctionnaient les grands ateliers de vanniers. Ils ont des machines qui débitent des baguettes, toutes prêtes à être utilisées, à une cadence telle qu’une seule d’entre elles, marchant pendant deux heures, procurerait le stock d’un mois. Mais c’est trop cher pour ma bourse. Pensez, près d’un million »

Pour faire un panier, M. Puccietti met une demi-heure et si les commandes ne concernent pas des travaux de taille exceptionnelle, la moyenne est de six à sept paniers par jour, qui seront vendus aux alentours de 6 NF pièce.

Il y a plusieurs types de paniers, et chacun d’eux est toujours commencé par le fond. Pour cela, notre vannier dispose par terre 7 à 10 bandes parallèles et séparés par une distance qui équivaut à leur propre largeur, puis tresse celles-ci avec d’autres bandes. Entremêlant les brins, les rapprochant à petits coups sec de marteau, l’artiste travaille à une allure incroyable et ses doigts agiles semblent voler d’un brin à l’autre.

Le vannier n’aura pas de successeur. « Je n’ai que des filles. » Il n’a pas d’apprenti non plus. Encore un métier, et des plus populaires, qui va disparaitre. Le panier tressé deviendra-t-il un objet de collection ? Serons-nous condamnés à ne plus voir que les tristes sacs en nylon ? (J-C)



Catégories : Années 60, Bastia, Culture et Patrimoine