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2 au 16 novembre 1966 : « M. Pascal Rossini en voyage aux Etats-Unis »

Publié le 11 janvier 2019 à 8:40


 Quittant la belle et chère province de la Louisiane, le maire d’Ajaccio a poursuivi sa route en direction du Far West, vers Las Vegas. Son voyage dure un mois.

A peine son avion avait-il atterri à Phoenix (Arizona), le maire prenait place à bord d’une voiture. La route du Grand Canyon fait aisément penser, dans ses derniers lacets, aux routes insulaires, notamment à celle qui conduit aux Calanche de Piana, avec cette différence qu’elles sont trois ou quatre fois plus larges.

Deux heures après avoir quitté Phoenix, M. Rossini faisait étape à Flagstaff, une grande station touristique où il fut accueilli par M. Horace Giorgi, ami de Pierre Pasquini, député de Nice. Un apéritif d’honneur et une réception cordiale marquaient cette brève halte. Le Grand Canyon fut atteint à la nuit tombée.

Pendant les deux jours passés à Las Vegas, M. Rossini a eu, en M. Jean Pardini, le guide précieux et affable. Originaire d’Olmeta-di-Tuda, il n’a voulu laisser à personne d’autre le soin d’accueillir le maire au « Caesar Palace », l’hôtel où il a les fonctions de « Captain » (maitre d’hôtel).

Le maire, M. Dan K. Gragson, l’attendait ensuite à la mairie pour lui remettre les clés de la ville, un droit à tous les privilèges et les honneurs. De son côté, M. Dan K Gragson recevait une médaille de la ville d’Ajaccio, une brochure illustrée et des vues des principaux sites touristiques de l’ile.


Une soirée de gala a ensuite été donnée au « Caesar Palace ». Le maire a eu l’occasion de rencontrer une concitoyenne : Mme Marie Nicolaï, née Andrea, dont la famille demeure rue Bonaparte à Ajaccio. Pour un soir, le cœur de Las Vegas a battu pour la Corse.


Detroit -New York :

Venant de Detroit, le maire est arrivé à New York. La grosse pomme est l’ultime étape de son voyage.

Auparavant, le maire a visité Los Angeles. « Rossini pour maire! », c’est l’électorale bienvenue qui attendait le maire à son arrivée à l’aéroport international de Los Angeles. La visite de la ville a été conduit par un ami d’enfance de M. Rossini, M. Philippe Serra. La réception des Corses n’a pas manqué de susciter, dans la foule de l’aéroport, un mouvement de sympathique curiosité. Ici, la campagne électorale bat son plein.


Le représentant du département d’Etat, M. Wilkenson, et le lendemain, celui de la municipalité, a été très chaleureux. Le maire étant absent, c’est M. Timberlake, président du conseil municipal qui a accueilli M. Rossini sous l’œil des caméras de télévision.


Reçu par M. Cal Hamilton, directeur des services techniques et du planning de la cité, ce dernier lui a présenté les constructions relatives à l’alimentation en eau, à l’urbanisme et à la voirie. Le maire s’est intéressé au prix de l’eau (plus élevé qu’à Ajaccio), à l’utilisation du bois dans la construction des maisons (99% des habitation sont en bois à Los Angeles) et au financement du réseau routier urbain.

A Los Angeles, le maire a notamment visité les studios d’Universal en compagnie d’une ravissante actrice, Miss Pénélope Chandler. La veille, le maire, en compagnie de M. Serra, a visité la féerique cité de Disneyland. Le parc a été pour le maire la plus merveilleuse des récréations dans ce voyage.

Avant de quitter Los Angeles pour San Francisco, le maire d’Ajaccio a fait une brève apparition à Santa Barbara, charmante station de la Californie où l’ont accueilli M. et Mme Roston, qui fêtaient le vingtième anniversaire de leur mariage à Ajaccio. Mme Roston est en effet ajaccienne. Elle est la fille de l’architecte M. Porri. M. Roston est lui professeur à l’université de Californie

San Francisco :

Direction San Francisco au volant d’une voiture décapotable mise à sa disposition par le département d’Etat. Il a eu le loisir de visiter longuement, sous un ciel limpide et par une température estivale, l’une des villes les plus vivantes et les plus attachantes des Etats-Unis.

Le maire a passé sa dernière journée dans la jolie cité de Santa Cruz (40.000 habitants). Le maire étant absent, c’est M. C. Hall, directeur des services techniques de la ville et son fils qui le reçurent. Tous deux connaissent parfaitement la Corse et se sont fait un plaisir de recevoir le maire d’Ajaccio. Ajaccio et Santa Cruz sont désormais des « Sister’s Cities » et c’est à cette heureuse conclusion que les toasts ont été portés au cours d’un plantureux banquet, chez Malio’s, un établissement balnéaire construit sur pilotis.


Cette Californie, merveilleuse et inépuisable, M. Pascal Rossini l’a quittée avec regret pour gagner Detroit, dans le Michigan.

Detroit : Avant de gagner New York pour y embarquer le 27 octobre sur le « France », à destination du Havre, M. Rossini a fait un séjour à Detroit, la grande métropole industrielle du Michigan. Séjour au cours duquel il a été chaleureusement et cordialement traité tant par les autorités de la ville que par les Ajacciens qu’il a eu la joie de rencontrer, comme M. Pierre Court, industriel d’excellente réputation, et Mme Simone Douglas-Desmarais, fille de Charles Hamet et cousine de M. Jean Toussaint Chiappini.

M. Rossini s’est rendu dans l’empire Ford. Sous la conduite de M. Haeussler, l’un des responsables de l’usine. Il a pu suivre, sur l’une des chaines d’assemblage, la construction de la « Mustang », la voiture actuellement « dans le vent » aux Etats-Unis.

Sa visite s’est poursuivie par la visite des installations administratives et culturelles, par le musée Henry Ford, la cité des cadre et des ouvriers, pour s’achever au restaurant de l’usine où un déjeuner devait être donné à son honneur.

Mais c’est dans l’après-midi, à l’hôtel de ville, que M. Rossini devait découvrir le « gadget » le plus curieux pour un élu : la machine à voter. Un appareil électronique de haute précision que lui a présenté M. Jérôme P. Cavanagh, maire de Detroit. Il s’agit d’une sorte de tableau de bord avec une série de manettes et de boutons que l’électeur actionne selon son choix. Un progrès et une technique qui n’ont pas laissé insensible le maire d’Ajaccio.

Le soir, le maire s’est envolé pour New York. Là-bas, les manifestations officielles qui devaient marquer sa présence ont été décommandées par M. Rossini en raison de la mort du Dr Ramaroni. Seules ont été maintenues la visite à l’hôtel de ville où le maire a été reçu par l’adjoint au maire, M. John Palmer, et la rencontre avec les Corses de la ville. Puis M. et Mme Rossini ont assisté à une réunion de l’ONU.

Les responsables new-yorkais de la chaine hôtelière Hilton (et auparavant ceux, bostoniens, de la chaine Sheraton), ont tenu à le voir et à s’informer de l’évolution du courant touristique vers la Corse, de sa capacité hôtelière et de son potentiel. M. Larry Ottavio, directeur adjoint du « Startler Hilton » de New York et représentant d’une importante agence de voyages, a assuré le maire d’Ajaccio de son intention de demander à sa société d’ouvrir un dossier corse.

M. Rossini a également rencontré M. Walter Jerrige, directeur de la compagnie pétrolière « Mobiloil » et son assistant français, M. Racine.

Il faut maintenant retenir les perspectives et les promesses de ce voyage. Le maire a poursuivi un circuit d’étude et d’information pour faire connaitre la Corse où elle était inconnue ou méconnue dans ce vaste pays.

Les journées ont été trop courtes pour permettre au maire d’Ajaccio de répondre à toutes les réceptions, diners et cocktails organisés en son honneur, tant par les personnalités du département d’Etat que par les maires ou les autorités consulaires françaises. Avec ce drapeau corse hissé au mât du plus grand palace de Washington et ce diplôme de citoyen d’honneur de La Nouvelle Orléans, toutes ces marques d’amitié ont été des témoignages de la sympathie que le maire a su inspirer au fur et à mesure des rencontres et des visites. Une sympathie qui a grandement facilité sa recherche d’informations et sa mission d’ambassadeur de la Corse.

M. Rossini a voulu s’enquérir des moyens et des méthodes employés dans chaque ville pour résoudre les mêmes problèmes liés à la circulation, à la voirie, à l’eau, à l’assainissement et à la propreté.

La conservation des sites et monuments historiques et leur exploitation à des fins touristiques à La Nouvelle Orléans et à Washington, l’urbanisme à San Francisco, l’articulation des services techniques de Los Angeles, la construction scolaire, la propreté de la ville et le développement de la navigation de plaisance à Santa Cruz, etc…, ont fait l’objet de fructueux échanges d’idées et de réflexions. Les élus et techniciens se sont ingéniés à satisfaire la curiosité du maire qui a pu avoir accès aux plans et aux maquettes de ces projets.


L’hebdomadaire « France-Amérique » et les agences de presse ont couvert cette visite. Les journaux sont allés jusqu’à publier des éditions spéciales et les téléspectateurs de La Nouvelle Orléans ou de Los Angeles ont pu voir et entendre « Corsican Rossini, the mayor of Napoleon’s home town ». Les journalistes ont sans doute apprécié l’insigne faveur de M. Rossini d’avoir été reçu par Robert Kennedy, et ce pendant près d’une heure. C’est ainsi qu’on s’est mis de parler de la Corse. Un jeune étudiant de Newark (Delaware) a même fait le voyage jusqu’à Washington pour parler de Napoléon avec le maire.

C’est tout à fait un travail appréciable qui a été accompli en faveur de notre département. (François Peretti)


Catégories : Années 60, Ajaccio, Personnages